Confrontation de points de vue sur le mariage des prêtres

Échangez vos idées librement ici

Modérateur : Auteurs

jonas
Messages : 25
Inscription : mer. 02 févr. 2005 15:50

Confrontation de points de vue sur le mariage des prêtres

Message par jonas » sam. 05 févr. 2005 12:09

Bonjour à tous. Je vous présente ci-dessous un entretien au sein du monde catholique dont l'objet est la justification de la position catholique
sur le mariage des prêtres.
Ce n'est pas par provocation que je le fait, c'est pour que vous m'éclairiez: quelqu'un veut-il bien répondre aux arguments présentés dans cet entretien ? Merci.

« Pourquoi les prêtres ne peuvent pas se marier ? »

Entretien avec Bernard CALLEBAT, Maître de Conférences à la Faculté de Droit canonique de Toulouse, interrogé par Fr. Emmanuel Pisani, o.p.

Fr. Pisani : En lisant les actes des Apôtres on est frappé de constater que certains apôtres étaient mariés. Qu’en était-il précisément de la situation matrimoniale des disciples du Christ et plus spécialement des Apôtres ?

Bernard Callebat : Même si une obscurité enveloppe l’histoire des Apôtres, il est généralement admis qu’il y eut des apôtres mariés. Par exemple, l’union de Saint Pierre est vraisemblable.

Fr. Pisani : Que disent les Evangiles ? Marc et Luc ne rapportent-ils pas que Jésus a fait un miracle en faveur de la belle-mère de Pierre ?

Bernard Callebat : : Les Evangiles rapportent effectivement que Notre Seigneur Jésus Christ fit un miracle en faveur de la belle-mère de Saint Pierre. On en trouve mention dans l’Evangile de Saint Marc, au chapitre 1, versets 29-31 et également dans l’Evangile de Saint Luc, au chapitre 4, versets 38-39. L’un et l’autre rapportant la scène où Jésus guérit d’une forte fièvre la belle-mère de Saint Pierre.

Fr. Pisani : Les Apôtres ont-ils des enfants ?

Bernard Callebat : Saint Pierre a eu des enfants, peut-être une fille ; Sainte Pétronille, dont la tradition rapporte qu’elle mourut vierge et martyre. Peut-être aussi un fils, du nom de Marc auquel il est fait allusion à la fin de sa première épître, au Chapitre V, verset 13.

Fr. Pisani : Et les autres Apôtres ?

Bernard Callebat : Il est admis que Saint Paul demeura célibataire. Pour les autres, il y a une incertitude entretenue par des légendes.

Fr. Pisani : Pourquoi Jésus a-t-il choisi des hommes mariés et des hommes non mariés pour le suivre et annoncer son Evangile ?

Bernard Callebat : Je crois que l’important est de relever que Notre Jésus Christ a choisi indifféremment ses Apôtres aussi bien parmi les gens mariés que les célibataires. Il les exhorte à tout quitter, même leurs épouses, pour le Royaume des Cieux. C’est la grande force de la Pentecôte qui transforme toute faiblesse en force.

Fr. Pisani : Quelle est la conduite des Apôtres une fois mariés ? Abandonnent-ils leur femme pour suivre le Christ ? ou poursuivent-ils la mission qui leur est confiée tout en étant mariés ?

Bernard Callebat : La ligne de conduite des Apôtres mariés a été immédiatement tracée et imposée. On peut considérer qu’ils s’abstinrent dès ce moment d’avoir commerce avec leurs femmes. Saint Jérôme argumente dans ce sens. La continence figure, du reste, dans un passage de l’Ecriture sainte où il est dit : « Voici que nous avons tout quitté pour vous suivre (…) Quelle sera notre récompense ». Le mot tout comprend l’abandon de leurs épouses. Dans l’Evangile de Saint Matthieu (Chap. XIX, 27-29), nous trouvons également cette incise où le Christ fait cette promesse à tous ses disciples indistinctement : « quiconque aura abandonné sa maison, ses frères, ou son père ou sa mère, ou son épouse (…) recevra le centuple et possèdera le royaume des cieux ». En complément, il n’est pas inutile de souligner que les Pères de l’Eglise, Saint Augustin, Clément d’Alexandrie ou encore d’autres auteurs comme Tertullien ou Origène sont unanimes à déclarer que ceux des Apôtres qui pouvaient être mariés ont ensuite cessé la vie conjugale et pratiqué la continence parfaite.

Fr. Pisani : : Qu’en est-il de saint Paul ?

Bernard Callebat : Plusieurs textes de Saint Paul ont servi de matière à discussion entre les auteurs (Ière Lettre aux Corinthiens au chap. 9, Ière Lettre à Timothée au chap. 3 ou encore celle à Tite chap. 1). Clément d’Alexandrie dans son commentaire suppose que tous les Apôtres étaient mariés, même Saint Paul, sauf Saint Jean. Il admet la continence des Apôtres. Tertullien, dans son De monogamia, suppose que les femmes présentes n’étaient pas des épouses, mais des dames qui les accompagnaient pour les servir comme elles faisaient pour Notre Seigneur. Il insiste lui aussi sur le fait que les Apôtres respectaient la continence parfaite.

Fr. Pisani : Dans l’épître aux Corinthiens, Saint Paul écrit : « N’avons-nous pas le pouvoir de mener partout avec nous une femme qui soit notre soeur en JC, comme font les autres apôtres, et les frères de notre Seigneur, et Céphas ? » [I, Cor., 9, 5]. N’y a-t-il pas là une lecture toute favorable au mariage des apôtres, et donc des prêtres ?
Bernard Callebat : Saint Jérôme explique ce verset en disant qu’il ne faut pas traduire par « épouse » mais par « dame » et que le mot « sœur » qui suit en explique la signification. L’argument principal, celui du bon sens, nous le trouvons dans une lettre de Saint Isidore de Péluse au Vème siècle, un des hommes les plus savants de son époque. Il a cette formule judicieuse :

« Ceux qui exhortaient à la virginité, qui prêchaient la chasteté et conduisaient les chœurs des vierges, se passaient de femmes ; on n’aurait pas suivi leur enseignement, si l’on avait vu que ceux-là mêmes qui inculquaient la virginité étaient eux-mêmes plongés dans la boue de la volupté. »

Fr. Pisani : De même, dans l’épître à Timothée, Paul exhorte ses frères à mener une vie droite, et à l’égard de l’évêque, il écrit : « Il faut qu’il soit irrépréhensible ; qu’il n’ait épousé qu’une femme ; qu’il soit sobre, prudent, grave et modeste, chaste, aimant l’hospitalité, capable d’instruire » [I Tim 3, 2] : qu’il soit un modèle : le mariage est donc possible, ce qui compte, ce n’est pas que l’on se marie ou non, c’est que ce mariage chrétien soit un modèle de vie en Christ.

Bernard Callebat : : Il serait inexact de faire là une lecture favorable au mariage des évêques. Pour Saint Paul, l’idéal est le célibat dans la virginité comme lui-même l’a inculqué à ses disciples-évêques. Il est évident que le grand besoin d’évêques a fait chercher parmi les veufs, hommes d’âge mûr. Saint Paul ne parle pas ici d’hommes mariés vivant avec leurs épouses. Cette question s’est sans doute posée et la solution se trouve dans la conduite des Apôtres que les premiers chrétiens avaient encore devant les yeux. Celui qui acceptait son élection aux ordres sacrés devait quitter son épouse, s’il était marié, ou vivre désormais dans la continence parfaite avec elle. Cela ressort avec netteté dans sa lettre à Tite où Saint Paul exige que l’évêque soit continent.

Fr. Pisani : A partir de quand a-t-on pour la première fois dans l’histoire de l’Eglise une formulation explicite, canonique du célibat des prêtres ?

Bernard Callebat : La ligne de conduite de l’Eglise en faveur du célibat des prêtres est fixée dès les premiers conciles, c’est-à-dire dès le début du IVème siècle. D’abord au concile d’Elvire en Espagne vers 300-305. Puis au concile de Nicée en 325. Egalement au concile de Carthage de 390. Mais pas seulement dans les conciles : une décrétale du pape Sirice de 386 s’exprime au sujet du célibat et de la continence parfaite dans une forme solennelle puisque les préceptes, nous dit la source, « ont été établis par l’ordonnance des Apôtres et des Pères ». Cette législation est confirmée également dans le Code civil de l’époque, le Code Théodosien de 428. Elle s’articule principalement autour de deux principes : l’interdiction du mariage proprement dit, ou l’obligation de continence absolue après la nomination.

Fr. Pisani : Le célibat concerne-t-il les prêtres ou seulement l’évêque ?

Bernard Callebat : C’est plus que cela. La législation sur le célibat s’impose aux évêques, aux prêtres et aux diacres, c’est-à-dire à tous les clercs constitués dans un ministère.

Fr. Pisani : : Pourquoi sous Justinien, à partir du VIème siècle, le mariage des prêtres devient-il un obstacle à l’épiscopat ? N’est-ce pas aussi la preuve qu’il était jusqu’alors possible ?

Bernard Callebat : Le Code de Justinien pose des principes de nature ecclésiastique ; mais, comme législation civile, il s’intéresse aussi aux effets civils de la discipline canonique. Entre autres explications, l’interdiction de consacrer évêque, un prêtre qui a une femme et des enfants, est justifié par des considérations patrimoniales, c’est-à-dire par la volonté d’éviter la dispersion des biens d’Eglise, plus exposés entre les mains d’un administrateur marié et père de famille. Faut-il alors tirer de ces mentions, la conséquence que le mariage était finalement possible pour les prêtres ? Evidemment non. La législation comme l’histoire ecclésiastique fixent l’attention sur ce qui est anormal, sur ce qui ne tourne pas rond, comme le fait aujourd’hui la presse. Dans les actes, on ne parle pas ou presque jamais de ceux qui accomplissent normalement leur devoir.

Fr. Pisani : Sur la question du célibat, il y a une divergence nette entre l’Eglise d’Orient et l’Eglise d’Occident. Quelle est la position de l’Eglise d’Orient sur cette question ? Quels sont les textes de référence qui abordent cette question ?

Bernard Callebat : En vérité, la divergence entre l’Orient et l’Occident est née assez tard ; précisément, la concession d’un clergé marié a été décidée par les Orientaux au Concile grec de Constantinople de 692, appelé le concile In Trullo.
Elle n’est cependant pas générale puisqu’elle ne concerne que les prêtres et les diacres à l’exclusion des évêques. Il est évident que ce concile s’oppose en partie à la loi du célibat adoptée par l’Occident ; du coup, les décisions du concile de Constantinople sont repoussées par l’Eglise romaine qui ne reconnaîtra jamais le caractère œcuménique et donc obligatoire à cette assemblée. Notons au passage que cette concession a soulevé des difficultés d’applications en Orient. En attestent les réformes de Léon le Philosophe au IXème siècle qui interdit le mariage aux ecclésiastiques pendant les deux années qui suivent l’ordination.

Fr. Pisani : Qu’en est-il aujourd’hui pour la pratique du célibat des prêtres dans l’Eglise d’Orient ?

Bernard Callebat : L’Eglise grecque ou orientale orthodoxe (c’est-à-dire qui appartient au rite grec – grec pur, grec melchite, grec ruthène, grec bulgare et grec roumain –) suit aujourd’hui en grande partie les canons du concile In Trullo, lesquels s’articulent autour de trois principes : d’abord, les clercs inférieurs peuvent se marier à condition que ce ne soit qu’une fois ; ensuite, les prêtres et diacres ont le libre usage du mariage antérieur à l’ordination avec suspension des rapports conjugaux le jour où les fonctions sacrées sont exercées et même les trois jours précédents, étant aussi précisé que le mariage est interdit après l’ordination même en cas de veuvage ; enfin, le clergé supérieur doit vivre dans une continence absolue. En pratique, les plus hauts degrés de la hiérarchie sont refusés au clergé marié. Les patriarches, exarques, métropolitains, évêques ou encore archimandrites se recrutent uniquement parmi la minorité des moines.

Fr. Pisani : Qu’en est-il pour les uniates qui suivent le rite oriental, et qui pourtant sont restés attachés à l’Eglise catholique romaine après le schisme du XIème siècle ?

Bernard Callebat : Les Eglises uniates regroupent les différentes communautés chrétiennes d’Orient qui ont reconnu l’autorité du pape depuis le schisme du XIème siècle. Elles sont généralement d’une importance infime. Aucune Eglise à l’exception de celle de rite syro-maronite ne s’est entièrement soumise. Unies au point de vue dogmatique, elles ont conservé la discipline matrimoniale orientale.

Fr. Pisani : Autrement dit, il y a dans l’Eglise catholique des prêtres mariés, en toute « conformité » avec l’Eglise ?

Bernard Callebat : C’est un fait. Est-ce à dire que Rome a accepté les règles sur le célibat ecclésiastique imposées au concile In Trullo ? Certainement pas, mais il est apparu prudent de ne pas aggraver les difficultés toujours existantes avec ces Eglises.
Ce sont des raisons de stratégies diplomatiques qui expliquent la neutralité occidentale à propos de cette question épineuse.
Il est incontestable que l’Eglise occidentale n’a jamais accepté la discipline orientale. Par exemple, au concile de Florence de 1439, où l’on tente vainement le retour à l’Eglise universelle, les latins font ressortir certains abus introduits dans la législation matrimoniale des Grecs.

Fr. Pisani : Que se passe-t-il dans l’Eglise d’Occident ?
Bernard Callebat : Dans l’Eglise d’Occident, selon une tradition ancienne, le principe applicable est celui de la loi du célibat ou de la continence absolue applicable à tous les ministres de l’autel.

Fr. Pisani : A partir de quand s’impose la loi du célibat ? Est-elle applicable aux seuls évêques ou seulement aux prêtres ?

Bernard Callebat : Sur le plan disciplinaire, dès le IVème siècle, cette loi s’impose aussi bien aux évêques, aux prêtres qu’aux diacres. L’Eglise d’Occident est conséquente avec elle-même. Il n’y a pas de raison pour imposer le célibat aux seuls évêques. Cette loi crée ainsi une parité de condition entre tous les membres des ordres majeurs, qu’ils soient célibataires ou non lors de leur consécration.

Fr. Pisani : Synodes et conciles à partir du IVème siècle confirment au cours des siècles la loi du célibat des prêtres. Est-elle respectée ? La répétition de cet appel à la continence n’est-elle pas le signe d’un manquement du clergé et d’une certaine façon d’une difficulté humaine à vivre cet état de vie ?

Bernard Callebat : Il faut rappeler qu’il s’agit là d’une discipline identique dans les quatre principales Eglises composant l’Occident, à savoir l’Espagne, les Gaules, l’Italie et l’Afrique. On en trouve référence dans les conciles d’Elvire, d’Arles, de Carthage ou encore d’Hippone. Il est d’ailleurs probable qu’elle ait connu une application conciliaire antérieure dans les Eglises d’Afrique dès le milieu du IVème. Preuve, en tous les cas, de leur importance : ces ordonnances sur le célibat seront toutes reprises dans les collections canoniques du Moyen Age, y compris et surtout dans le recueil fondamental du Corpus Iuris canonici. Légitimement, on peut se poser la question : cette loi du célibat est-elle réellement respectée ? La fréquente répétition des mêmes défenses prouverait peut-être la difficulté d’enraciner cette règle, d’autant plus que la disparition de l’empire romain a été suivie d’un effondrement moral de la société. En fait, il ne faut pas confondre le rappel des normes avec sa fréquence dans les faits. Les actes des conciles sont aussi le reflet de l’actualité la plus récente et la plus marquante. Pas nécessairement la plus courante.

Fr. Pisani : L’Eglise d’Occident du Haut Moyen Age prévoit-elle des sanctions pour ses prêtres qui ne respecteraient pas la loi du célibat ?

Bernard Callebat : Les sanctions ne sont pas uniformes et dépendent assez souvent de la sévérité ou de l’indulgence des évêques. La peine ordinaire est la déposition qui consiste dans la privation perpétuelle de l’ordre ou du bénéfice, ou plus fréquemment des deux à la fois. Le déposé est en outre dépouillé du privilège clérical. Cette peine est souvent doublée d’une excommunication qui entraîne le bannissement de l’Eglise et de la communion des chrétiens. Il arrive aussi que les sanctions soient moins sévères. Dans ce cas, les coupables sont maintenus dans leur ordre ; on leur refuse un avancement, ou on les rabaisse au rang de lecteurs ou de chantres, fonctions ecclésiastiques compatibles avec le mariage.

Fr. Pisani : Au préalable, vous pourriez peut-être nous dire pourquoi selon vous, il y a une telle passion ? Une telle répression du prêtre ou du religieux défroqué ?

Bernard Callebat : Aujourd’hui, il y a effectivement une passion publique autour de la question du célibat ecclésiastique. Passion qu’il faut replacer dans un contexte culturel où le sexe est présenté comme la source exclusive de l’épanouissement humain ; le célibat du prêtre devient alors un reproche vivant, une anomalie scandaleuse, une provocation incomprise. Quant au caractère de la répression, il a évolué avec le temps. A présent, et dans la mesure où le clerc marié veut s’amender, on ne parle plus généralement que de perte de l’état clérical et de dispense du célibat. Ce n’est que dans la mesure où le clerc marié maintient une position de scandale qu’il se verra imposer des sanctions pénales particulières.

Fr. Pisani : Je citais en introduction les propos de Luther et de Calvin qui parlent finalement d’une loi tyrannique ? Quelle est leur argumentation théologique ?

Bernard Callebat : Luther traite pour la première fois du célibat ecclésiastique en juin 1520 dans l’appel qu’il adresse à la nation allemande sur la réformation du christianisme. La loi du célibat y est présentée comme la cause de toutes les misères qui rongent le clergé. Pour sauver la conscience des pasteurs, il les engage à se marier et à vire honnêtement en lançant cette célèbre sentence : « le salut de leurs âmes importait davantage que les lois tyranniques et arbitraires qui n’émanaient pas du Seigneur ». De son côté, à la suite de Luther, Calvin affirme sans hésitation le droit au mariage pour le prêtre ; il réfute les arguments de l’Eglise catholique et rejette l’origine apostolique de cette discipline.

Fr. Pisani : Dans quelle mesure est-elle aujourd’hui reprise par les théologiens favorables au mariage des prêtres, je pense par exemple au Cardinal Kasper ?

Bernard Callebat : La discipline classique sur le célibat des prêtres est contestée. A l’extérieur, et nous venons de le voir avec Luther et Calvin, mais aussi à l’intérieur de l’Eglise catholique. La position du cardinal Kasper en faveur d’un relâchement de la discipline sur le célibat n’est pas récente puisqu’il s’était exprimé dans ce sens en 1991 lorsqu’il était évêque de Rottembourg-Stuttgart. Le motif principal avancé était de nature pastorale : la crise des vocations sacerdotales, le vieillissement du clergé, la disparition du tissu paroissial traditionnel justifieraient, selon lui, l’appel à des clercs mariés.

Fr. Pisani : La question du célibat des prêtres est-elle disciplinaire ou dogmatique ?

Bernard Callebat : Le célibat des prêtres est aujourd’hui une ordonnance de nature disciplinaire ou de droit ecclésiastique, c’est-à-dire qu’elle a été portée par l’Eglise même ; cette ordonnance, en théorie, pourrait être remise en cause. Mais en vérité, cette ordonnance est de nature dogmatique. Si le prêtre est tout entier à N.S. Jésus-Christ et à son Eglise, ce qui exclut l’état de mariage et la famille naturelle, ce n’est ni pour être libre de son temps, ni pour obtenir une plus grande confiance des fidèles : ce sont là des conséquences, et non des fins. C’est pour participer au Sacerdoce du Christ. Or, dans son essence, le célibat du Christ a pour motif sa consécration non seulement à Dieu son Père, mais aussi à l’Eglise son épouse ; sinon, il serait bigame. De même qu’est-ce qui légitime la virginité inviolable de Marie, sinon sa consécration à Dieu et à l’Eglise. Le prêtre malgré la fragilité de sa nature est l’héritier et le continuateur du Sacerdoce du Christ ; et, pour renouveler réellement le sacrifice de la Croix, il est revêtu du pouvoir et de la dignité de Jésus-Christ lui-même.

Fr. Pisani : Pourquoi devient-elle dogmatique ? Comment expliquez-vous cette évolution du dogme ? Et d’abord comment expliquer l’émergence d’un dogme ?

Bernard Callebat : Cette dimension dogmatique ressort parfaitement après le concile de Trente, notamment dans l’Ecole française de spiritualité avec Olier, Condren, Bérulle, Bourgoing, Bossuet. Elle est ordonnée autour du motif de l’Incarnation qui consiste à rendre à Dieu un hommage qui fût parfait et éternel. Par voie de conséquence, le prêtre va s’identifier à N.S. J. C. Les voix concordantes des papes au XXème siècle ne font guère de doute s’agissant de cette évolution vers un caractère dogmatique du célibat des prêtres. Pourquoi et comment expliquer cette évolution de la discipline vers une approche dogmatique ? Certainement parce qu’il y a un approfondissement permanent, fidèle et continu du sacerdoce ministériel reçu comme une consécration perpétuelle à Dieu, une configuration ontologico-sacramentelle indélébile au Christ souverain et Eternel pontife. Jean-Paul II a écrit lui-même :

« Par la consécration sacramentelle, le prêtre est configuré à Jésus-Christ en tant que Chef et Pasteur de l’Eglise » »

et il ajoute ces mots qui montrent à quel point cette dimension dogmatique est avancée :

« Le lien du célibat avec l’ordination sacrée configure le prêtre à Jésus-Christ, Tête et Epoux de l’Eglise. L’Eglise comme épouse de Jésus-Christ veut être aimée par le prêtre de la même manière totale et exclusive avec laquelle Jésus-Christ, Tête et Epoux, l’a aimée. »

Fr. Pisani : Ne devrait-on pas laisser le choix aux jeunes qui désirent donner leur vie au Seigneur de se marier ou non ?

Bernard Callebat : Faisons l’honneur aux jeunes gens portés vers la vocation sacerdotale de leur enseigner les devoirs, les vérités et les grandeurs de la vie sacerdotale. Même si ces exigences vont à l’encontre du monde et de ses modes. C’est une manière de les prendre au sérieux. Car le problème du recrutement sacerdotal, avant d’être quantitatif, est qualitatif. S’il y a si peu de jeunes gens qui répondent à l’appel, c’est parce qu’ils trouvent cette vocation trop redoutable.
Ils ont été nourris de sucreries et de spectacles faciles. Ils reculent devant le célibat comme devant une pratique d’un autre âge. Ils se marient par incapacité au sacrifice. Et certains réclament ensuite le sacerdoce : puisqu’il n’y a pas assez de célibataires, c’est un devoir de l’Eglise de les ordonner. Ce raisonnement est celui qui entretient la décadence des professions d’élites : puisqu’il n’y a pas assez d’agrégés et que les agrégés sont médiocres, recevons-les avec 5 sur 20. C’est le discours inverse qu’il faut tenir : puisque l’institution du sacerdoce n’a pas les sujets qu’elle mérite, n’acceptons que les candidats rigoureusement éprouvés dans ce domaine. Notre époque, par un faux concept du respect des personnes voudrait sacrifier les institutions aux individus, et la vérité à la pédagogie.

Fr. Pisani : Et pourtant, ne peut-on pas suivre le Christ tout en se mariant ? Pourquoi en serait-on moins prêtre ?

Bernard Callebat : Le mariage est une voie éminente de salut. Comme celle du sacerdoce. Mais pas seulement. Vous auriez pu ajouter que l’on peut suivre aussi le Christ, sans se marier et sans être prêtre. Ce qui indique assez que le mariage des prêtres n’est pas une réponse absolue à la faiblesse numérique du clergé. Du reste, il y aurait un risque grave à admettre le mariage inconditionnel des prêtres : si le prêtre venait lui-même à divorcer. Quel crédit aurait alors l’Eglise alors qu’elle considère le mariage comme un sacrement, c’est-à-dire par nature indissoluble ?

Fr. Pisani : On a invoqué que le prêtre devait pouvoir disposer de plus de temps, d’une plus grande disponibilité pour les fidèles, au fond de pouvoir être tout à tous ? Est-ce que cette raison est pertinente ?

Bernard Callebat : Cette raison peut avoir sa pertinence dans la mesure où elle est comprise comme l’état du prêtre agissant in persona Christi, avec l’intention du Christ, avec les paroles du Christ, avec la vocation du Christ dans une fonction pour laquelle il a été consacré. En ce sens, cette disponibilité dans le temps est nécessaire à l’homme de la liturgie, de l’hommage que l’Eglise et la création entière rendent à Dieu. En particulier dans les fonctions sacrées qui surpassent toutes les autres occupations.

Fr. Pisani : Le mariage des prêtres ne serait-il pas un moyen de pallier la crise des vocations presbytérales ? D’une certaine manière, l’Eglise ne sera-t-elle pas contrainte de réviser sa discipline du célibat si elle veut avoir des prêtres ?

Bernard Callebat : Le mariage des prêtres est une fausse réponse à une vraie question, celle de la crise des vocations sacerdotales. Fausse réponse car dans les autres religions chrétiennes par exemple, luthérienne, anglicane, orthodoxe où le mariage des pasteurs est autorisé, il y a également raréfaction du personnel ministériel. Il faut donc s’interroger sur les raisons profondes de la crise des vocations sacerdotales. Une crise ancienne qui remonte au XIXème siècle et qui est liée principalement au processus de sécularisation, de laïcisation de la société post-révolutionnaire.

Fr. Pisani : Un prêtre qui vit en concubinage, a-t-il toujours aux yeux de l’Eglise le droit de célébrer la messe ?

Bernard Callebat : La célébration du sacrement de la sainte Eucharistie n’est pas un acte mineur. C’est, pour reprendre l’expression d’un théologien, le sacrement suprême de l’Eglise. Le prêtre ne pourra pleinement le réaliser que s’il est en état de grâce. Le prêtre en situation d’indiscipline grave n’est pas en état de grâce. Il ne peut donc célébrer licitement la sainte Messe.

Fr. Pisani : Quelle réponse concrète, humaine aussi, propose l’Eglise à ses prêtres qui dans leur histoire affective vivent – et l’on sait que la situation existe – en concubinage ?

Bernard Callebat : Le prêtre en situation de concubinage est en situation de péché. Comme tout pécheur, il doit être reçu avec miséricorde. Dans pareille hypothèse, deux solutions sont possibles : ou bien le prêtre vit en concubinage sans intention d’y renoncer, et dans ce cas, il sera prudent d’engager une procédure canonique de perte de l’état clérical avec dispense de célibat ; ou bien, le prêtre désire rester dans l’institution ecclésiale et alors il doit se séparer de sa concubine suivant les recommandations de son supérieur.

Fr. Pisani : Quel regard l’Eglise porte-t-elle sur les associations de femmes de prêtres ? Y a-t-il un dialogue ? Le sujet est-il abordé dans les milieux ecclésiastiques ou rejetés ?

Bernard Callebat : C’est une question douloureuse pour l’Eglise dans la mesure où elle concerne certains de ses membres ; douloureuse aussi pour ces épouses de prêtres contraintes bien souvent à une discrétion absolue, y compris dans leur propre famille. Le dialogue existe dans des cas très particuliers. D’une manière générale, ce sujet n’est jamais abordé publiquement par les supérieurs pour éviter de blesser à la fois le corps ecclésial, ainsi que les personnes intéressées.

Fr. Pisani : Qu’en est-il de l’enseignement des papes sur cette question au cours du XXème siècle ? Que dit Pie XI ?

Bernard Callebat : La doctrine des pontifes romains sur le célibat des prêtres n’a pas varié au XXème siècle. Bien souvent, elle n’est abordée qu’indirectement à l’occasion du thème général du sacerdoce. Précisément, le Pape Pie XI dans son encyclique de 1935 Ad Catholica sacerdotii fastigium y renvoie à trois points de vue : d’abord, par référence à la sainteté du prêtre : il écrit notamment,

« Une telle virginité réclame de celui qui en est revêtu une élévation de pensées, une pureté de cœur, une sainteté de vie qui répondent à la sublimité et à la sainteté de la fonction sacerdotale; »

ensuite par référence à la continence, vertu spécifique du prêtre et enfin par référence aux fins dernières.

Fr. Pisani : Quels sont les principaux angles d’approche de la question ?

Bernard Callebat : La pensée de Pie XII dans l’exhortation apostolique sur la sainteté du mariage en 1950 offre une spiritualité nettement christocentrique et le célibat se situe dans cette perspective mystique. Conscient des difficultés du temps, Pie XII recommandait une éducation exigeante de cette vertu. Jean XXIII se situe dans le même mouvement. C’est dans l’encyclique Sacerdotii nostri primordia de 1959 publiée à l’occasion du centenaire de la mort du saint curé d’Ars qu’il remet à l’honneur les vertus sacerdotales du prêtre, en particulier la chasteté. Le pape Paul VI fit paraître en 1967 l’encyclique Sacerdotalis caelibatus alors que dans l’Eglise naissait à cette époque une vive contestation à propos du célibat. Les interrogations sont multiples : le célibat ne devrait-il pas être facultatif ? Sa suppression ne serait-elle pas un progrès ? Ne faciliteraient-elle pas le rapprochement œcuménique ? A toutes ces questions, le pape Paul VI répond fermement que le célibat est lié au ministère ecclésiastique.

« Il doit être, écrit-il, un soutien pour le ministre de l’Eglise dans son choix exclusif, définitif et total de l’amour unique et souverain du Christ, de dévouement au culte de Dieu et au service de l’Eglise ». »

L’œuvre de Jean-Paul II est marquée par le souci de la sanctification du clergé. C’est au célibat ecclésiastique qu’il consacre l’un de ses premiers actes en 1979 avec une Lettre à tous les prêtres de l’Eglise. D’autres documents sont venus compléter cet écrit. Trois arguments sont régulièrement développés pour justifier le célibat ecclésiastique : l’exemple du Christ, l’enseignement des Apôtres et la tradition propre à l’Eglise latine.

Fr. Pisani : N’y a-t-il pas une obsession de la continence ? En quoi un prêtre concubin conduirait-il moins bien ses brebis, les fidèles qui lui sont confiés, sur les chemins de la sainteté ? Sainteté ne veut pas dire être continent ? N’y a-t-il pas là une confusion qui découle d’un regard négatif de la sexualité ?

Bernard Callebat : Il n’y a pas une obsession de la continence. Il y a en revanche une récurrence de l’opinion à remettre en cause la discipline de l’Eglise. La question du célibat, qui ne s’était plus guère posée durant les derniers siècles, a rebondi à la faveur de plusieurs facteurs : d’une part, celui de l’émancipation des mœurs de la société moderne et d’autre part, celui de la sécularisation dans l’Eglise elle-même. Il y a une tendance à fixer les modes de la société civile sur la société ecclésiale. Comme si l’Eglise était une société de même nature que le monde profane. La conception qui ferait dire à l’Eglise qu’elle a un regard négatif de la sexualité est inexacte. C’est un faux procès. Au contraire. L’Eglise a toujours posé un regard positif et réaliste, dans le cadre du lien matrimonial. Mais elle le fait dans une perspective particulière, celle de la famille. Vis-à-vis du prêtre, le célibat imposé porte la marque d’une autre paternité, de cette paternité spirituelle qui s’étend à toutes les âmes. Elle est le reflet de la paternité de Dieu qui ne fait acception de personnes. Le prêtre célibataire est le père de tous ; ce qu’illustre parfaitement cette incise de saint Paul dans la lettre aux Corinthiens (VII, 32-34.) :

« Un célibataire prend à cœur les intérêts du Seigneur et s’applique à lui plaire. Un homme marié doit s’occuper des intérêts terrestres et aviser aux moyens de plaire à sa femmes. Ainsi est-il partagé . »

Fr. Pisani : Un prêtre, marié et père de famille, n’est-il pas en mesure de mieux comprendre les difficultés qui se présentent aux couples mariés ? Comment donner un conseil réaliste si l’on ne connaît rien à la réalité de ce qui est vécu, tout simplement parce que l’on ne la vit pas soi-même ?

Bernard Callebat : Il serait prétentieux de croire que l’imitation des modes de vie civils suffit à les comprendre. D’autant que ces mêmes modes de vie que l’on prétend imposer à tous sont en échec avec la multiplication des dissolutions de mariage. Du reste, dans l’ordre des choses, il appartient à chacun de s’adresser aux conseillers de son choix. Il n’y a pas de primauté de l’Eglise en matière de conseils. L’essentiel est de rechercher la lumière auprès de ceux qui sont capables de la fournir et donc de recourir à des conseillers humains (parents, médecins, maîtres, amis,…), s’il s’agit de questions simplement humaines, et à des conseillers spirituels s’il s’agit de questions d’ordre spirituel.

Fr. Pisani : L’argument selon lequel l’Eglise romaine par la doctrine du célibat sacerdotal serait seule à respecter la tradition apostolique n’est-elle pas un obstacle à l’oecuménisme ?

Bernard Callebat : Certainement. Mais le vrai œcuménisme ne consiste pas pour l’Eglise catholique à renoncer à ses Traditions, surtout quand elles sont d’origine apostolique

Jean-Serge
Messages : 340
Inscription : mer. 14 juil. 2004 12:19
Localisation : Ile de France

Disponible sur le forum...

Message par Jean-Serge » sam. 05 févr. 2005 12:59

La fonction recherche du forum : vous cliquez dessus, tapez clergé célibat, cliquez dans chercher tous les mots et hop vous arrivez à des liens où il a été question de cela sur le forum.

Exemple :

viewtopic.php?t=11&highlight=c%E9libat+pr%EAtre

Peut-être ces messages contiennent-ils la réponse à vos questions...
Priidite, poklonimsja i pripadem ko Hristu.

Claude le Liseur
Messages : 4147
Inscription : mer. 18 juin 2003 15:13

Message par Claude le Liseur » sam. 05 févr. 2005 16:25

Mon cher Jonas,

Merci pour ce texte, qui mériterait une réponse détaillée, tant il est un monument de désinformation. Comme je dois absolument rédiger un texte sur la vie de saint Photios pour demain, je me contenterai aujourd'hui de faire quelques remarques sans plan qui constituent mes premières réactions à ce texte. Ce sont des réflexions en vrac, qui ne se veulent pas une réponse point par point, mais prétendent faire entendre un autre son de cloche.

1. Toutes les références à la situation matrimoniale des Douze Apôtres et de saint Paul, le treizième apôtre, ne nous appportent guère d'enseignement pour ce qui est des évêques et des prêtres. Le ministère des Apôtres était autre que celui des évêques, les Apôtres ayant eu un ministère itinérant pour instituer les Eglises locales, tandis que les évêques étaient liés à leur Eglise particulière. Un seul des Douze a été aussi évêque: saint Jacques à Jérusalem, la Mère des Eglises. Le premier évêque de Rome n'est bien sûr pas saint Pierre, mais saint Lin.

2. Je ne comprends pas pourquoi notre défenseur du célibat ecclésiastique veut à tout prix en faire une tradition apostolique sans mentionner que l'Eglise catholique romaine elle-même a des prêtres mariés dans ses pseudopodes "orientaux" arrachés par la force ou la ruse à l'Eglise orthodoxe et aux Eglises non-chalcédoniennes. Le fait que, dans tel ou tel village du Maramures de ma connaissance, le prêtre uniate de l'Eglise roumaine gréco-catholique soit un cafetier marié ordonné sans aucune formation théologique cadre mal avec ces affirmations sur l'origine apostolique du célibat sacerdotal. On constate qu'à l'intérieur de la même Eglise, il y a des traditions "apostoliques" que l'on met de côté si on peut ainsi arracher des fidèles à l'Eglise orthodoxe. La fin justifie donc les moyens: est-ce aussi une tradition "apostolique"?
Oui, je me demande comment le professeur Callebat peut affirmer sans rire qu'il est visible dans l'enseignement des papes du XXème siècle que le célibat est une question dogmatique, quand on lit le catéchisme de Jean-Paul II, § 1580: "Dans les Eglises orientales, depuis des siècles, une discipline différente est en vigueur: alors que les évêques sont choisis uniquement parmi les célibataires, des hommes mariés peuvent être ordonnés diacres et prêtres. Cette pratique est depuis longtemps considérée comme légitime: ces prêtres exercent un ministère fructueux au sein de leur communauté." J'avoue que je vois mal comment concilier l'opinion du professeur Callebat avec ce passage du catéchisme de Jean-Paul II: le célibat sacerdotal serait un dogme en Europe occidentale, mais, sous d'autres latitudes, et à l'intérieur de la même confession, il cesserait de l'être? N'est-ce pas du relativisme et de l'adogmatisme complets?
D'ailleurs, le catéchisme de Jean-Paul II ne dit pas que le célibat sacerdotal serait de nature dogmatique, même pour le rite latin. § 1579 de ce catéchisme: "Tous les ministres de l'Eglise latine, à l'exception des diacres permanents, sont normalement choisis parmi les hommes croyants qui vivent en célibataires et qui ont la volonté de garder le célibat "en vue du Royaume des cieux" (Mt 19,12)." Je mets l'accent sur l'adverbe "normalement": il veut bien dire que des dérogations sont envisageables, et donc que c'est une question disciplinaire et non dogmatique. (Je ne verrai pas un article du catéchisme du type: "Nous croyons normalement que le Christ est ressuscité"...) Je me demande si notre professeur de droit canonique ne serait peut-être pas plus papiste que le Pape lui-même!
C'est bien plutôt au XIème siècle que les précurseurs et les partisans de la réforme grégorienne ont voulu faire du célibat sacerdotal une question dogmatique: lorsque, le 16 juillet 1054, le cardinal Humbert de Moyenmoutier, légat de Léon IX, déposa à Constantinople la prétendue sentence d'excommunication par laquelle il se retranchait en fait lui-même de l'Eglise orthodoxe, une, sainte, catholique-conciliaire et apostolique, l'ordination d'hommes mariés était assimilée à une hérésie et reprochée à ceux qui voulaient demeurer orthodoxes: "(...) comme les Nicolaïtes, ils permettent aux ministres du saint autel de contracter mariage et revendiquent ce droit pour eux (...) " Curieusement, l'accusation de nicolaïsme a été abandonnée dès qu'il est apparu, au XVIème siècle, que la création d'Eglises "unies" conservant les apparences extérieures de l'Eglise orthodoxe était une stratégie très valable pour étendre la domination du Vatican en Europe centrale. Je voudrais demander aux prêtres mariés de l'Eglise uniate d'Ukraine ou de celle de Transylvanie, si touchants dans leur papolâtrie qui n'a plus cours en Occident, s'ils ont bien conscience d'être des "nicolaïtes" aux yeux des papes du XIème siècle?
En tout cas, il est clair et net que le Vatican ne considère plus, depuis au moins quatre siècles, que le célibat sacerdotal soit une question dogmatique. Les affirmations de notre savant canoniste, si elles sont dans l'esprit des anathèmes de Humbert de Moyenmoutier, me semblent en totale contradiction avec les passages que j'ai cités du catéchisme de Jean-Paul II.

3. Il est vrai qu'il y a eu, dans les Espagnes et en Afrique du Nord, un mouvement en faveur du célibat sacerdotal dès le IVème siècle, sans doute en raison de la persistance d'idées gnostiques ou platoniciennes mal christianisées sur le mépris du corps. Certes. Mais le célibat sacerdotal ne triomphe dans toute l'Europe de l'Ouest que sous l'influence de la réforme grégorienne, dans la seconde moitié du XIème siècle, et ceci pour la raison bien prosaïque qu'il faisait de l'Eglise catholique romaine nouvellement fondée l'héritière de ses clercs à leur décès et permettait ainsi à cette Eglise de conserver ses immenses richesses. N'oublions pas qu'à partir de l'imposition finale du célibat sacerdotal par Grégoire VII et jusqu'à la Révolution française, les prêtres catholiques romains étaient considéres comme des personnes mainmortables, c'est-à-dire qu'elles ne pouvaient pas librement disposer de leurs biens par dispositions pour cause de mort.
Plus que des considérations spirituelles ou une tradition apostolique, c'est bien la volonté de puissance qui est la cause de la position réellement hérétique par laquelle les prêtres mariés ont été qualifiés de "nicolaïtes" à partir du XIème siècle.
La renonciation du moine à la vie monastique est une chose. Le célibat obligatoire imposé à des prêtres vivant dans le monde est une autre chose.
Sans même parler du fait que l'immense majorité des prêtres de paroisse en Europe de l'Ouest ont été mariés jusqu'au XIème siècle, il est de toute façon patent que l'on a élevé à l'épiscopat des hommes mariés. Le pape Silvère (+ 537) était le fils du pape Hormisdas.
Saint Grégoire de Nysse, un des Pères de l'Eglise, était un homme marié; sa femme Théosebie est aussi au calendrier des saints.
On pourra toujours faire remarquer que ces évêques pratiquèrent la continence après leur élévation à l'épiscopat. Mais leur mariage ne posa aucun problème quand ils étaient prêtres ou diacres.
Je vous invite à parcourir le calendrier des saints qui se trouve sur ce forum dans la rubrique homonyme: au fil des jours de l'année, vous découvrirez de véritables dynasties sacerdotales dans les Gaules.

4. Ajoutons que le mépris pour les prêtres mariés, bien loin d'être une tradition apostolique ou une sympathique tradition locale des Eglises ibérique et maghrébine, pourrait aussi être une influence de l'hérésie des encratistes. A ce défenseur du célibat sacerdotal qui s'appuie sur le concile d'Elvire et sur celui de Carthage, je pourrais répliquer en citant le concile de Gangres, réuni après le concile oecuménique de Nicée, dont le canon 4 proclame ce qui suit: "Si quelqu'un juge qu'il ne doit pas prendre part à la communion pendant la messe célébrée par un prêtre marié, qu'il soit anathème".

5. Il est patent que, dans l'Eglise d'Arménie, à l'époque où elle faisait encore partie de l'Eglise orthodoxe, une, sainte, catholique-conciliaire et apostolique, et était en communion avec Rome et Constantinople, les descendants de saint Grégoire l'Illuminateur se sont succédé de père en fils sur le siège suprême de la Sainte Etchmiadzine, et ceci de l'an 301 jusqu'à l'an 438.

6. Si l'on me reproche de citer l'exemple d'une Eglise fort "orientale" et exotique, alors je prendrai aussi l'exemple d'une Eglise de rite latin, à savoir celle de Hongrie (qui fut d'ailleurs fondée comme une Eglise autocéphale avec la bénédiction du pape auvergnat Sylvestre II, adversaire des dérives autoritaires de ses prédécesseurs, et ne passa sous la domination papale que fort tard). Les lois du roi Ladislas (1077-1095), prises en application du concile de Szabolcs (1092), se contentent d'interdire la bigamie des prêtres, tandis que l'existence de prêtres légitimement mariés ne posait aucun problème. Le célibat sacerdotal ne fut introduit dans cette Eglise de rite latin qu'au cours du XIIème siècle (cf. Prêtre Prof. Mircea Pacurariu, Istoria Biserici Ortodoxe Române, tome I, Bucarest 1980, p. 202). Curieux pour une tradition apostolique...

7. Je me demande sur quoi se base le professeur Callebat pour affirmer qu'il y aurait une crise des vocations dans l'Eglise orthodoxe. (D'ailleurs, son affirmation concernant les autres "traditions chrétiennes" qui connaissent l'existence de clercs mariés et seraient sujettes à la crise des vocations ne me semble vraie que pour l'Eglise anglicane: je n'ai jamais entendu parler de crise des vocations pour les pasteurs de l'Eglise réformée, bien au contraire... A Genève, canton qui ne brille pourtant pas par l'abondance des vocations pastorales, l'Eglise nationale protestante a dû, l'année dernière, licencier des pasteurs en surnombre!) C'est une affirmation complètement entièrement fausse en ce qui concerne l'Eglise orthodoxe. Il n'y a eu raréfaction des prêtres au XXème siècle que dans les pays communistes où les communistes les ont fait disparaître par tous les moyens (j'ai indiqué sur ce forum, dans le fil "Lénine et Staline sont de retour", le nombre de prêtres orthodoxes tués en Union soviétique au cours de la seule année 1922; dans d'autres pays, on a fermé les séminaires, etc.) Mais dans un pays orthodoxe libre, comme la Grèce, les effectifs des prêtres de paroisses ont augmenté au même rythme que la population orthodoxe. Evidemment, comme la Grèce connaît depuis 30 ans une terrible crise de dénatalité, on ne peut pas s'attendre à ce que le nombre des prêtres augmente de 10% par an quand la population orthodoxe augmente de 0,05%, mais l'affirmation de notre savant canoniste paraît hilarante quand on sait les efforts de nombreux évêques grecs pour diminuer le nombre des prêtres dans leur diocèse en exigeant un niveau de formation de plus en plus élevé...
A noter que, dans les pays récemment libérés du communisme, l'augmentation du nombre des prêtres est parfois de 50% en 15 ans ou de 100% en 20 ans, et ce, dans des pays en complet déclin démographique, le communisme ayant tué la vitalité démographique de ses sujets aussi bien qu'il a tortué leurs corps; alors, quelle crise des vocations?
De telles affirmations gratuites sonnent malheureusement comme une espèce de discours à usage interne destiné à des gens qui n'auront pas l'idée que Jonas a eu en allant s'informer chez les orthodoxes ou les protestants de leur situation réelle.

8. S'appuyer sur le premier concile oecuménique (Nicée 325) pour justifier le célibat sacerdotal obligatoire, c'est parler de corde dans la maison d'un pendu. C'est en effet au cours de ce concile que saint Paphnuce, ascète du désert et moine lui-même, rappela "la chasteté spirituelle de l'amour conjugal et donc la pleine compatibilité du sacerdoce et du mariage" (Olivier Clément, L'Eglise orthodoxe, Que sais-je? n° 949, Paris 1991, p. 69).

9. Imaginer qu'il y aurait eu divergence entre l'Orient et l'Occident à partir du concile In Trullo ou Quinisexte de 691 est aussi assez discutable. Certes, le 13ème canon de ce concile condamne vigoureusement le célibat sacerdotal qui venait de s'affirmer à Rome (et à Rome seulement, c'est-à-dire pas dans l'Eglise des Gaules ou dans celle de Milan): "Comme nous avons appris que dans l'Eglise de Rome il s'est établi comme règle qu'avant de recevoir l'ordination de diacre ou de prêtre les candidats promettent publiquement de ne plus avoir de rapports avec leurs épouses; nous, nous conformant à l'antique règle de la stricte observation et de la discipline apostolique, nous voulons que les mariages légitimes des hommes consacrés à Dieu restent en vigueur même à l'avenir, sans dissoudre le lien qui les unit à leur épouse, ni les priver des rapports mutuels dans les temps convenables." Mais, si ce concile marquait une telle rupture entre l'"Orient" et l'"Occident", comment se fait-il qu'il fut approuvé, sous réserve des canons antérieurs, de la législation propre à Rome et des bonnes moeurs (clause générale que l'on retrouve toujours en droit international privé), par le pape Adrien Ier (772-795) et par le concile réuni l'an 878 à Troyes en Champagne sous la présidence de Jean VIII (872-882)? On pourrait tout aussi bien dire que le concile In Trullo marque une évolution vers la discipline aujourd'hui prônée par notre savant professeur de droit canon, puisque c'est le canon 12 de ce concile qui prescrit la continence aux évêques, et en particulier aux évêques d'Afrique et de Lybie qui continuaient à cohabiter avec leur épouse.
Comment concilier l'idée d'un célibat sacerdotal, "tradition apostolique" proclamée solennellement par le concile africain de Carthage en 390, avec le fait que les évêques africains, trois siècles plus tard, continuaient à cohabiter avec leur épouse? (On n'ose penser ce qu'il devait en être des prêtres...)
Porte-parole d'une tradition sans doute plus apostolique que le célibat sacerdotal obligatoire imposé par la Papauté, le 5ème canon des Apôtres (IIIème siècle), proclamait quant à lui: "Que l'évêque, ou le prêtre, ou le diacre ne répudie pas sa femme sous prétexte de fidélité à l'Eglise".
C'est un fait indéniable qu'à partir du VIème siècle, même les Eglises de rite byzantin ont préféré choisir leurs évêques parmi les moines, et que cette pratique est devenue obligatoire par la suite. Mais la discipline qui consiste à choisir les évêques parmi les moines est apparue pour des raisons d'opportunité (on avait constaté que les moines fournissaient, en général, les meilleurs évêques), et personne ne l'a présentée comme une tradition apostolique, ou n'a cherché à nier qu'il y a eu des évêques mariés pendant très longtemps.
Il n'a en revanche jamais été question, au sein de l'Eglise orthodoxe, d'imposer le célibat aux prêtres de paroisse, même s'il peut arriver que l'on confie le service d'une paroisse à un hiéromoine, c'est-à-dire un moine ordonné prêtre. Ce n'est d'ailleurs pas la même chose, puisque le hiéromoine est moine avant tout, et que la vie monastique lui a donné une ascèse particulière dont le célibat fait partie. Mais même si l'Eglise en était venue à imposer le célibat sacerdotal, ce qu'à Dieu ne plaise, car nous sommes en général très attachés à notre clergé marié, nul ne pourrait prétendre qu'il s'agirait là d'une tradition apostolique.

10. L'interview du professeur Callebat a aussi le mérite de relier la conception dogmatique, et non disciplinaire, du célibat sacerdotal (qui ne me semble plus guère être celle du Vatican, si j'en juge par le texte du catéchisme de Jean-Paul II) à une conception du prêtre agissant in persona Christi, qui relève d'une spiritualité complètement étrangère à la spiritualité de l'Eglise orthodoxe, et a abouti à ce que le prêtre célèbre tourné vers le peuple. Il en a été plusieurs fois question sur ce forum, et on a fait la comparaison entre cette conception et la conception orthodoxe; vous pouvez utiliser la fonction "Rechercher" en rentrant les expressions "in persona Christi" ou "ex opere operato" pour retrouver les passages pertinents.

jonas
Messages : 25
Inscription : mer. 02 févr. 2005 15:50

Réponse détaillée

Message par jonas » sam. 05 févr. 2005 18:32

Merci pour votre première réaction. En relisant le premier texte, j'aimerai vraiment, si vous en avez le temps, que vous repreniez point par point cette interview !

En attendant, voici quelques questions sur votre première réponse:
1) Vous dites que la question du célibat (ou abstinence de relations conjugales) des apôtres N'EST PAS la même que celle du célibat des prêtres.
Hors, très clairement dans l'interview, est faite l'équation prêtre = nouvel apôtre. Si je peux comprendre la distinction que vous faites, elle m'amène à vous poser cette question: les évangélisateurs orthodoxes n'ont-ils pas la même mission que les apôtres, et ce faisant, si l'on restreint la portée de la première partie de l'interview aux évangélisateurs, n'est-elle pas pertinante ?
Comment le prêtre orthodoxe est-il perçu dans l'orthodoxie ? Et l'évêque?
Je connais comment en monde catholique le prêtre est percu: comme un autre Jésus Christ, c'est d'ailleurs la réponse que m'a faite un prêtre catholique quand je lui ai demandé :
- "pourquoi dire à un prêtre mon Père, alors que Jésus défend de faire cela ?"
- Réponse: "le prêtre est à l'image du Christ, le Christ révèle le Père, donc le prêtre révèle le Père, donc il est usage de dire "mon Père à un prêtre". Ce qui m'amène à vous poser la même question, puisque je crois le même usage existe en monde orthodoxe.
2) Je suis d'accord avec vous sur l'incohérence de la position catholique qui autorise ce qu'elle ne prêche pas pour les uniates.
3) L'existence de dynasties sacerdotales prêche effectivement contre ce que dit l'interview
4) Je ne sais pas en quoi consiste l'hérésie des encratistes.
Le théologien site des conciles pour appuyer sa position.
Vous faites de même en sitant d'autres conciles.
Euh.... comment s'y retrouver ?
:D

Enfin, quelle lecture faites vous des passages de la bible cités dans l'interview, comme par exemple celui parle de ceux qui quittent tout (même épouse) pour le suivre ?

Merci de m'avoir lu. J'ai conscience qu'il faudrait pour ces questions que je me rapproche d'un moine ou prêtre orthodoxe, mais cela ne m'est pas actuellement possible.

Claude le Liseur
Messages : 4147
Inscription : mer. 18 juin 2003 15:13

Re: Réponse détaillée

Message par Claude le Liseur » dim. 06 févr. 2005 19:30

jonas a écrit :Merci pour votre première réaction. En relisant le premier texte, j'aimerai vraiment, si vous en avez le temps, que vous repreniez point par point cette interview !

En attendant, voici quelques questions sur votre première réponse:
1) Vous dites que la question du célibat (ou abstinence de relations conjugales) des apôtres N'EST PAS la même que celle du célibat des prêtres.
Hors, très clairement dans l'interview, est faite l'équation prêtre = nouvel apôtre. Si je peux comprendre la distinction que vous faites, elle m'amène à vous poser cette question: les évangélisateurs orthodoxes n'ont-ils pas la même mission que les apôtres, et ce faisant, si l'on restreint la portée de la première partie de l'interview aux évangélisateurs, n'est-elle pas pertinante ?
Comment le prêtre orthodoxe est-il perçu dans l'orthodoxie ? Et l'évêque?
Je connais comment en monde catholique le prêtre est percu: comme un autre Jésus Christ, c'est d'ailleurs la réponse que m'a faite un prêtre catholique quand je lui ai demandé :
- "pourquoi dire à un prêtre mon Père, alors que Jésus défend de faire cela ?"
- Réponse: "le prêtre est à l'image du Christ, le Christ révèle le Père, donc le prêtre révèle le Père, donc il est usage de dire "mon Père à un prêtre". Ce qui m'amène à vous poser la même question, puisque je crois le même usage existe en monde orthodoxe.
2) Je suis d'accord avec vous sur l'incohérence de la position catholique qui autorise ce qu'elle ne prêche pas pour les uniates.
3) L'existence de dynasties sacerdotales prêche effectivement contre ce que dit l'interview
4) Je ne sais pas en quoi consiste l'hérésie des encratistes.
Le théologien site des conciles pour appuyer sa position.
Vous faites de même en sitant d'autres conciles.
Euh.... comment s'y retrouver ?
:D

Enfin, quelle lecture faites vous des passages de la bible cités dans l'interview, comme par exemple celui parle de ceux qui quittent tout (même épouse) pour le suivre ?

Merci de m'avoir lu. J'ai conscience qu'il faudrait pour ces questions que je me rapproche d'un moine ou prêtre orthodoxe, mais cela ne m'est pas actuellement possible.

Chacune de vos questions est très pertinente et mériterait une réponse détaillée. Comme le temps m'est compté, je vais me contenter de revenir sur votre première question à propos du ministère des Apôtres.
La différence entre la situation des Apôtres et celle d'un évangélisateur de nos jours est que les Apôtres ont dû instituer les premières Eglises locales, tandis que, de nos jours, ce sont des Eglises locales qui en fondent d'autres. L'Eglise de Constantinople a fondé les Eglises de Géorgie, de Russie, de Serbie, de Roumanie et de Bulgarie. L'Eglise de Russie a à son tour fondé l'Eglise du Japon.
Le ministère des Apôtres a été limité dans le temps. Il correspond à une période de l'histoire de l'Eglise. Depuis la mort du dernier des Apôtres, ce sont les évêques institués par eux, et les successeurs de ces évêques, qui sont devenus les gardiens de la foi apostolique. Si on dit par liberté de langage que saint Nicolas Kassatkine a été "l'apôtre du Japon" ou que saints Cyrille et Méthode ont été les "apôtres des Slaves", le titre que leur donne l'Eglise n'est jamais que celui d'"Egal-aux-Apôtres". Contrairement aux Douze et à saint Paul, les évangélisateurs qui se sont succédé jusqu'à nos jours ont construit sur la base d'Eglises locales qui existaient déjà.
Les Douze Apôtres, et même le treizième, saint Paul, quoique d'une manière spéciale en ce qui le concerne (cf. Actes IX: 3-6), avaient tous été des disciples directs du Christ.

Voilà comment un saint homme du XXème siècle, l'archimandrite Justin Popovitch, décrivait le passage du ministère des Apôtres à celui des évêques:
"Investis de pleins pouvoirs par le Sauveur afin que le pouvoir de la hiérarchie fut transmis à leurs successeurs par voie de succession, les Apôtres ont établi leurs successeurs - les Evêques - pour remplir leur fonction. Dans ce but ils leur ont transmis une grâce spéciale par l'imposition des mains (Actes XIV:23), déclarant que c'est le saint Esprit Lui-même qui les établit comme Evêques dans l'Eglise (Actes XX: 28). Ces successeurs des saints Apôtres ont transmis leurs droits et leurs devoirs à leurs successeurs, puis ces derniers à leur tour à leurs successeurs, et c'est ainsi que, par une succession ininterrompue, l'imposition des mains par les Apôtres s'est prolongée jusqu'à nos jours et qu'elle se prolongera jusqu'à l'accomplissement du monde. Afin que ces droits et pouvoirs fussent conservés dans toute leur plénitude et pureté, les Apôtres ont transmis à leurs successeurs les instructions les plus détaillées sur la manière de se comporter dans la maison de Dieu, qui est l'Eglise du Dieu vivant, colonne et fondement de la vérité (I Tim III:15)." (Archimandrite Justin Popovitch, traduit du serbe et du grec par Jean-Louis Palierne, Philosophie orthodoxe de la Vérité, tome V, Lausanne 1997, pp. 308 s.)
Voilà, ma réponse est un peu courte, mais je n'ai pas le temps de faire plus long. Je ne peux que vous en demander pardon et vous conseiller la lecture de l'un ou l'autre des volumes de l'oeuvre citée.

Savez-vous que nous en avons en Suisse une Eglise néo-protestante, "l'Eglise néo-apostolique", qui prétend fonder sa légitimité sur le fait qu'un nouveau collège de douze apôtres serait apparu en Angleterre en 1835 et aurait refondé l'Eglise, ce qui permet à ce groupe de s'attribuer une succession apostolique qu'il serait bien en peine de faire remonter jusqu'au temps de Notre Seigneur...

Claude le Liseur
Messages : 4147
Inscription : mer. 18 juin 2003 15:13

Re: Réponse détaillée

Message par Claude le Liseur » sam. 02 avr. 2005 21:23

jonas a écrit :
(...)

3) L'existence de dynasties sacerdotales prêche effectivement contre ce que dit l'interview
4) Je ne sais pas en quoi consiste l'hérésie des encratistes.
Le théologien site des conciles pour appuyer sa position.
Vous faites de même en sitant d'autres conciles.
Euh.... comment s'y retrouver ?
:D

Enfin, quelle lecture faites vous des passages de la bible cités dans l'interview, comme par exemple celui parle de ceux qui quittent tout (même épouse) pour le suivre ?

Merci de m'avoir lu. J'ai conscience qu'il faudrait pour ces questions que je me rapproche d'un moine ou prêtre orthodoxe, mais cela ne m'est pas actuellement possible.
Encore quelques réponses en vrac, le manque de temps ne me permettant pas de donner une réponse plus circonstanciée.


1) L'existence de dynasties sacerdotales: outre l'exemple que j'ai déjà donné de la famille de saint Grégoire l'Illuminateur, mentionnons le fait que saint Patrick, l'illuminateur de l'Irlande, était fils de diacre et petit-fils de prêtre. Il y aurait naturellement d'autres exemples, mais c'est celui qui me vient en premier à l'esprit, parce que nous avons célébré sa fête il y a peu de temps, le 17 mars.
2) Les encratistes étaient des hérétiques qui niaient la sainteté du mariage et refusaient, par exemple, de recevoir la communion des mains d'un prêtre marié. L'encratisme fut condamné par un concile local réuni à Gangres en Asie mineure au IVème siècle. Les décisions de ce concile ont été jugées assez importantes pour faire partie de la législation synodale de toute l'Eglise, mais il semble que l'encratisme ait influencé la mentalité de l'Eglise latine après le schisme et la "Réforme grégorienne".
3) Le canoniste en question cite des canons de conciles locaux. Je vous cite en revanche la réaction des pères du premier concile oecuménique (Nicée 325) et les canons du concile Quinisexte, qui a promulgué la législation canonique devant compléter les décrets des cinquième et sixième conciles oecuméniques, et dont le concile de Troyes avait aussi reconnu la validité pour l'Europe occidentale. Il me paraît clair que des conciles oecuméniques et le concile Quinisexte reflètent la tradition apostolique autrement mieux que des conciles locaux isolés. Il est facile de concilier ces canons incompatibles en se rendant compte que les Pères du concile Quinisexte, par exemple, ont bel et bien rappelé à l'ordre l'Eglise locale de Rome qui avait adopté, avec le célibat sacerdotal, une pratique disciplinaire contraire à la Tradition.
Il y avait donc une coutume du célibat sacerdotal qui existait dans trois Eglises locales - Espagne, Carthage et Rome, laquelle Eglise de Rome ne s'étendait guère que sur un tiers de l'Italie actuelle, et il y a eu un rappel de l'Eglise universelle à renoncer à cette coutume qui n'a pas de source dans la Tradition apostolique de l'Eglise une, sainte, catholique-concilaire et apostolique.
4) Les passages de la Bible cités dans l'interview correspondent à la vocation du monachisme, qui n'est pas le sacerdoce. Dans l'Eglise, la plupart des prêtres ne sont pas moines, et la plupart des moines ne sont pas prêtres.

Stephanopoulos
Messages : 269
Inscription : ven. 05 mars 2004 13:14
Localisation : Vaud, Suisse

Message par Stephanopoulos » ven. 02 déc. 2005 2:17

J'ai lu sur le forum catho de "croire.com" le texte d'un individu qui met en doute l'existence du moine Paphnus, parle de falsification de texte etc... dans le but de démontrer la validité du célibat sacerdotal (malgré le canon 13 du Concile de Conjstantinople In Trullo); et en plus, il a l'audace de dire que Eusèbe de Césarée était proche des Ariens! Est-ce-que-ce texte serait-il de la poudre aux yeux sous l'apparence d'une étude sérieuse?
Enfin, le voici :

"A propos de Paphnuce

l’historien de l’Église bien connu Eusèbe de Césarée, qui assistait au concile de Nicée (325) et était en outre proche des Ariens, n’avait pas eu connaissance de ce fait, on entend parler de cet affaire pour la première fois plus de 100 ans après le concile par les deux auteurs ecclésiastiques byzantins Socrate et Sozomène. Socrate donne pour source de son information un très vieil homme qui aurait assisté au concile et lui aurait rapporté ce fait. Si l’on songe que Socrate, né vers 380, était enfant lorsqu’il recueillit le récit de quelqu’un qui, en 325, ne pouvait avoir été lui-même guère plus qu’un enfant et n’était sûrement pas susceptible d’être tenu pour un témoin compétent du concile - la plus élémentaire critique des sources ne peut qu’émettre des doutes quant à l’authenticité de ce récit.
Ces doutes ont d’ailleurs été exprimés dès l’origine et n’ont cessé ensuite de l’être. En Occident déjà par Grégoire VII et Bernold de Constance. A une époque plus récente, le commentaire de ce récit par l’éditeur des oeuvres de Socrate et de Sozomène, Valesius (1668), que Migne a reproduit dans sa Patrologia graeca (t. LXVII), mérite toute notre attention. Il dit en effet expressément que l’histoire de Paphnuce est suspecte, du fait qu’aucun Paphnuce n’apparaît parmi les Pères égyptiens du concile. Commentant le passage correspondant chez Sozomène, il dit à nouveau que l’histoire de Paphnuce est une fable inventée, surtout parce que, parmi les Pères ayant signé les actes du concile de Nicée, aucun porteur de ce nom n’apparaît. Dans la traduction latine de Cassiodore Épiphane (Historia tripartita), seul est cité de l’épisode un extrait de 16 lignes tiré de Sozomène.
En 1963, un savant allemand, Friedhelm Winkelmann, voulant aller au fond de la question, aboutit à la conclusion sans doute définitive qu’il s’agissait là d’un événement inventé, parce que le personnage de Paphnuce n’était apparu que plus tard, que son nom ne figurait que dans des manuscrits tardifs des actes, que des manuscrits du IVe siècle ne le citaient que comme confesseur de la foi et que ce n’étaient que des légendes hagiographiques tardives qui en faisaient un thaumaturge et un participant au concile de Nicée. Les conclusions du professeur sont aujourd'hui généralement bien accueillies dans les milieux scientifiques.
Mais l’argument le plus convaincant contre l’authenticité du récit semble être le fait que, dans l’Église d’Orient elle-même, qui y aurait pourtant eu tout intérêt, ou bien on l’ignora, ou bien on ne l’utilisa nulle part, précisément parce qu’on était persuadé de son inauthenticité. L’histoire de Paphnuce n’est mentionnée et utilisée ni dans les écrits polémiques relatifs au célibat des clercs, ni dans les grands commentaires, au XIIe siècle, du Syntagma canonum adauctum, c’est-à-dire du grand code de l’Église d’Orient (Aristenus, Zonarus, Balsamon) remontant au concile in Trullo, bien que cela eût été beaucoup plus simple que de se réfugier dans une falsification. Ce n’est qu’au XIIe siècle que cette histoire apparaît dans le Syntagma alphabeticum de Matthieu Blastarès qui, ne la découvrant probablement que grâce au Décret de Gratien, l’aura trouvée intéressante pour l’Orient. En Occident, on avait adopté le fait sans aucun esprit critique, du moins de la part des canonistes qui s’en servirent pour étayer la reconnaissance de la discipline particulière de l’Église d’Orient . Malgré tout, le concile in Trullo ne s’est pas référé à Paphnuce lorsqu’il a officiellement établi la règle du célibat désormais applicable dans l’Église d’Orient.
les évêques auraient voulu interdire aux" évêques, prêtres et diacres d'avoir des relations avec leur épouse" sur quoi, Paphnuce, évêque de la Haute-Thébaïde, serait intervenu avec chaleur pour dissuader l'assemblée de voter une pareille loi, nouvelle assurait-il, et qui ferait tort à l'Eglise. Le concile aurait donc abandonné le projet et laissé chacun libre d'agir comme il le voudrait.
D'où vient-il ? quel en est l'auteur ? quelle en est la date ? . A aucune de ces questions, il n'est possible de trouver une réponse satisfaisante. Socrate, qui achève son Histoire ecclésiastique vers l'an 440, d'ordinaire soucieux de références, ne cite ici aucune source, alors qu'il s'agit d'un fait extrêmement important. Il en faut bien moins, en général, pour susciter la méfiance légitime des critiques.
Ce récit tardif a d'autre part contre lui le témoignage de nombreux représentants de l'époque postnicéenne. Pour toute la période allant de 325 à 440, on cherche en vain, dans l’immense littérature patristique, une allusion à l'intervention de Paphnuce. Les gens qui auraient dû savoir et qui auraient eu tout intérêt à parler ne manquaient cependant pas. Qui plus est, nous voyons ces personnalités bien informées sur le concile de Nicée et sur la vie de l'Eglise, et dont la sincérité ne peut être a priori mise en doute, non seulement ignorer le fameux épisode, mais attester la haute antiquité de la discipline du célibat-continence. C'est notamment le cas pour Ambroise, Epiphane, Jérôme, Sirice et Innocent I. C'est aussi et surtout le cas pour l'épiscopat africain, au temps même de saint Augustin : avec la volonté d’agir en pleine conformité avec les décisions du premier concile oecuménique, comme nous l'avons vu, il vote et reconduit de synode en synode un décret sur la continence parfaite des clercs en affirmant qu'il s'agit là d'une tradition venue des apôtres. On ne peut imaginer de démenti plus net à l’encontre de la véracité de l'histoire de Paphnuce.
Un autre important argument de critique externe a été développe récemment, tendant à démontrer de façon assez décisive que le personnage de Paphnuce mis en vedette dans le récit de Socrate est « le produit d'une affabulation hagiographie progressive »."
Stephanopoulos

Jean-Louis Palierne
Messages : 1044
Inscription : ven. 20 juin 2003 11:02

Message par Jean-Louis Palierne » ven. 02 déc. 2005 20:49

J’ai l’impression que nous savons effectivement très peu de choses sur le moine Paphnuce. Mais l’absence de preuve n’est pas une preuve de l’inexistence. Et de toute façon, ce n’est pas là le problème. La structure de l’Église est fondée sur la Tradition apostolique. Cette Tradition faisait l’objet d’une tradition non-écrite, qui permettait à certains hérétiques d’y introduire des interpolations hasardeuses. Un bienheureux anonyme en fit la transcription probablement peu avant le Ier Concile de Nicée. Elle est connue sous le nom de Canons Apostoliques. Le Concile de Nicée, en même temps qu’il créait un texte unique pour la profession de foi baptismale (le Symbole de la foi, certifia l’authenticité des Canons Apostoliques. Ce texte comporte le canon 13 qui interdit à un évêque ou à un prêtre de répudier sa femme; On peut donc à l’évidence en déduire que l’Église était autorisée par la Tradition apostolique à ordonner évêques ou prêtres des hommes mariés. Il n’est aucunement fait mention dans les décisions du Concile de l’opinion d’un évêque égyptien. Il est vrai que nous ne ne savons que peu de choses certaines sur le déroulement du Concile, mais ce qui est certain c’est aue la structure de l’Église antique se référait uniquement à la Tradition apostolique.

Plusieurs siècles après des chrétiens ascètes (il y avait des ascètes dès l’origine) préférèrent se retirer dans la solitude. C’était l’époque où l’Église s’installait de plus en plus dans la société civile. Il y a toute un longue histoire de la résistance de l’Église à la sécularisation, mais aussi de tension entre l’Église “publique” et les moines. C’est progressivement que les Églises en arrivèrent à choisir des moines (qui alors étaient rarement des prêtres) pour en faire leurs évêques. Cet usage se généralisa à mesure que s’accroissait l’influence des moines dans la vie de l’Église. Le Quinisexte Concile (appelé également Concile in Trullo) adopta définitivement cette mesure.

La référence à saint Paphnuce n’est pas nécessairement mise ainsi en cause, et elle n’est pas non plus nécessairement adoptée.
Jean-Louis Palierne
paliernejl@wanadoo.fr

Pascal-Yannick
Messages : 74
Inscription : ven. 28 juil. 2006 20:03

Re: Réponse détaillée

Message par Pascal-Yannick » dim. 09 sept. 2007 23:46

lecteur Claude a écrit :
jonas a écrit :
(...)

3) L'existence de dynasties sacerdotales prêche effectivement contre ce que dit l'interview
4) Je ne sais pas en quoi consiste l'hérésie des encratistes.
Le théologien site des conciles pour appuyer sa position.
Vous faites de même en sitant d'autres conciles.
Euh.... comment s'y retrouver ?
:D

Enfin, quelle lecture faites vous des passages de la bible cités dans l'interview, comme par exemple celui parle de ceux qui quittent tout (même épouse) pour le suivre ?

Merci de m'avoir lu. J'ai conscience qu'il faudrait pour ces questions que je me rapproche d'un moine ou prêtre orthodoxe, mais cela ne m'est pas actuellement possible.
Encore quelques réponses en vrac, le manque de temps ne me permettant pas de donner une réponse plus circonstanciée.


1) L'existence de dynasties sacerdotales: outre l'exemple que j'ai déjà donné de la famille de saint Grégoire l'Illuminateur, mentionnons le fait que saint Patrick, l'illuminateur de l'Irlande, était fils de diacre et petit-fils de prêtre. Il y aurait naturellement d'autres exemples, mais c'est celui qui me vient en premier à l'esprit, parce que nous avons célébré sa fête il y a peu de temps, le 17 mars.
2) Les encratistes étaient des hérétiques qui niaient la sainteté du mariage et refusaient, par exemple, de recevoir la communion des mains d'un prêtre marié. L'encratisme fut condamné par un concile local réuni à Gangres en Asie mineure au IVème siècle. Les décisions de ce concile ont été jugées assez importantes pour faire partie de la législation synodale de toute l'Eglise, mais il semble que l'encratisme ait influencé la mentalité de l'Eglise latine après le schisme et la "Réforme grégorienne".
3) Le canoniste en question cite des canons de conciles locaux. Je vous cite en revanche la réaction des pères du premier concile oecuménique (Nicée 325) et les canons du concile Quinisexte, qui a promulgué la législation canonique devant compléter les décrets des cinquième et sixième conciles oecuméniques, et dont le concile de Troyes avait aussi reconnu la validité pour l'Europe occidentale. Il me paraît clair que des conciles oecuméniques et le concile Quinisexte reflètent la tradition apostolique autrement mieux que des conciles locaux isolés. Il est facile de concilier ces canons incompatibles en se rendant compte que les Pères du concile Quinisexte, par exemple, ont bel et bien rappelé à l'ordre l'Eglise locale de Rome qui avait adopté, avec le célibat sacerdotal, une pratique disciplinaire contraire à la Tradition.
Il y avait donc une coutume du célibat sacerdotal qui existait dans trois Eglises locales - Espagne, Carthage et Rome, laquelle Eglise de Rome ne s'étendait guère que sur un tiers de l'Italie actuelle, et il y a eu un rappel de l'Eglise universelle à renoncer à cette coutume qui n'a pas de source dans la Tradition apostolique de l'Eglise une, sainte, catholique-concilaire et apostolique.
4) Les passages de la Bible cités dans l'interview correspondent à la vocation du monachisme, qui n'est pas le sacerdoce. Dans l'Eglise, la plupart des prêtres ne sont pas moines, et la plupart des moines ne sont pas prêtres

Je reflechis sur le celibat des pretres orthodoxes,j'aurai deux questions a vous poser lecteur Claude:
Comment sait-on que ces textes sont relatifs au monachisme?
Le fait qu'un pretre soit marie n'est-il pas un facteur favorable a la non disponibilite de celui-ci vis-a-vis de son troupeau:obligations et soucis familiaux et parfois financiers?
Et la Vérité vous rendra libre

Claude le Liseur
Messages : 4147
Inscription : mer. 18 juin 2003 15:13

Re: Réponse détaillée

Message par Claude le Liseur » lun. 10 sept. 2007 12:31

Pascal-Yannick a écrit : Le fait qu'un pretre soit marie n'est-il pas un facteur favorable a la non disponibilite de celui-ci vis-a-vis de son troupeau:obligations et soucis familiaux et parfois financiers?
Je ne sais pas. On a toujours fait comme ça depuis que l'Eglise existe. Je crois que la question ne s'est jamais posée. On n'a probablement jamais eu de raison particulière de faire autrement.

Dans le cas de saint Jean de Cronstadt (1829-1907), par exemple, il est unanimement admis que l'aide de son épouse a joué un rôle important dans son action pastorale.

Il est difficile de répondre à votre question, parce que ce que la logique laisserait supposer ne se vérifie pas toujours dans la réalité. Par exemple, je n'ai pas l'impression que les évêques d'aujourd'hui, souvent salariés par un Etat, soient tellement plus disponibles vis-à-vis de leur troupeau que les évêques d'autrefois qui gagnaient leur vie comme ils le pouvaient, tels cet évêque de Kéa dans les Cyclades que M. de Tournefort trouva le fuseau à la main (cf. Histoire du christianisme, tome IX, Desclée, Paris 1997, p. 569).


Faites-vous votre opinion en observant les prêtres orthodoxes autour de vous.

Stephanopoulos
Messages : 269
Inscription : ven. 05 mars 2004 13:14
Localisation : Vaud, Suisse

Message par Stephanopoulos » lun. 10 sept. 2007 13:02

Ce qui est en tout cas mensonger, c'est de faire du célibat une tradition apostolique. Les Epîtres de saint Paul à Tite et à Timothée le prouvent sans contestation possible.

Voici une texte tiré de L'Encyclopédie qui ne manque pas d'intérêt sur ce sujet, en particulier les propos du pape Jules II :

DU CÉLIBAT DES CLERCS.

On demande si dans les premiers siècles de l’Église le mariage fut permis aux clercs, et dans quel temps il fut défendu.

Il est avéré que les clercs, loin d’être engagés au célibat dans la religion juive, étaient tous au contraire excités au mariage, non seulement par l’exemple de leurs patriarches, mais par la honte attachée à vivre sans postérité.

Toutefois, dans les temps qui précédèrent les derniers malheurs des Juifs, il s’éleva des sectes de rigoristes esséniens, judaïtes, thérapeutes, hérodiens; et dans quelques-unes, comme celles des esséniens et des thérapeutes, les plus dévots ne se mariaient pas. Cette continence était une imitation de la chasteté des vestales établies par Numa Pompilius, de la fille de Pythagore qui institua un couvent, des prêtresses de Diane, de la pythie de Delphes, et plus anciennement de Cassandre et de Chrysis, prêtresses d’Apollon, et même des prêtresses de Bacchus.

Les prêtres de Cybèle non seulement faisaient voeu de chasteté, mais de peur de violer leurs voeux ils se rendaient eunuques.

Plutarque, dans sa huitième question des propos de table, dit qu’il y a des collèges de prêtres en Égypte qui renoncent au mariage.

Les premiers chrétiens, quoique faisant profession d’une vie aussi pure que celle des esséniens et des thérapeutes, ne firent point une vertu du célibat. Nous avons vu que presque tous les apôtres et les disciples étaient mariés. Saint Paul écrit à Tite(24): « Choisissez pour prêtre celui qui n’aura qu’une femme ayant des enfants fidèles et non accusés de luxure. »

Il dit la même chose à Timothée(25): « Que le surveillant soit mari d’une seule femme. »

Il semble faire si grand cas du mariage, que dans la même lettre à Timothée, il dit(26): « La femme ayant prévariqué se sauvera en faisant des enfants. »

Ce qui arriva dans le fameux concile de Nicée au sujet des prêtres mariés mérite une grande attention. Quelques évêques, au rapport de Sozomène et de Socrate(27), proposèrent une loi qui défendît aux évêques et aux prêtres de toucher dorénavant à leurs femmes; mais saint Paphnuce le martyr, évêque de Thèbes en Égypte, s’y opposa fortement, disant que « coucher avec sa femme c’est chasteté; » et son avis fut suivi par le concile.

Suidas, Gelase Cyzicène, Cassiodore et Nicéphore Caliste, rapportent précisément la même chose.

Le concile seulement défendit aux ecclésiastiques d’avoir chez eux des agapètes, des associées, autres que leurs propres femmes, excepté leurs mères, leurs soeurs, leurs tantes, et des vieilles hors de tout soupçon.

Depuis ce temps, le célibat fut recommandé sans être ordonné. Saint Jérôme, voué à la solitude, fut celui de tous les Pères qui fit les plus grands éloges du célibat des prêtres: cependant il prend hautement le parti de Cartérius, évêque d’Espagne, qui s’était remarié deux fois. « Si je voulais nommer, dit-il, tous les évêques qui ont passé à de secondes noces, j’en trouverais plus qu’il n’y eut d’évêques au concile de Rimini(28). — Tantus numerus congregabitur ut Riminensis synodus superetur. »

Les exemples des clercs mariés et vivant avec leurs femmes sont innombrables. Sydonius, évêque de Clermont en Auvergne au ve siècle, épousa Papianilla, fille de l’empereur Avitus; et la maison de Polignac a prétendu en descendre. Simplicius, évêque de Bourges, eut deux enfants de sa femme Palladia.

Saint Grégoire de Nazianze était fils d’un autre Grégoire, évêque de Nazianze, et de Nonna, dont cet évêque eut trois enfants, savoir Césarius, Gorgonia, et le saint.

On trouve dans le décret romain, au canon Ozius, une liste très longue d’évêques enfants de prêtres. Le pape Ozius lui-même était fils du sous-diacre Étienne, et le pape Boniface Ier, fils du prêtre Joconde. Le pape Félix III fut fils du prêtre Félix, et devint lui-même un des aïeux de Grégoire le Grand. Jean II eut pour père le prêtre Projectus, Agapet le prêtre Gordien. Le pape Silvestre était fils du pape Hormisdas. Théodore Ier naquit du mariage de Théodore, patriarche de Jérusalem ce qui devait réconcilier les deux Églises.

Enfin, après plus d’un concile tenu inutilement sur le célibat qui devait toujours accompagner le sacerdoce, le pape Grégoire VII excommunia tous les prêtres mariés, soit pour rendre l’Église plus respectable par une discipline plus rigoureuse, soit pour attacher plus étroitement à la cour de Rome les évêques et les prêtres des autres pays, qui n’auraient d’autre famille que l’Église.

Cette loi ne s’établit pas sans de grandes contradictions.

C’est une chose très remarquable que le concile de Bâle ayant déposé, du moins en paroles, le pape Eugène IV, et élu Amédée de Savoie; plusieurs évêques ayant objecté que ce prince avait été marié, Énéas Silvius, depuis pape sous le nom de Pie II, soutint l’élection d’Amédée par ces propres paroles: « Non solum qui uxorem habuit, sed uxorem habens potest assumi. — Non seulement celui qui a été marié, mais celui qui l’est peut être pape. »

Ce Pie II était conséquent. Lisez ses Lettres à sa maîtresse dans le recueil de ses oeuvres. Il était persuadé qu’il y a de la démence à vouloir frauder la nature, qu’il faut la guider, et non chercher à l’anéantir(29).

Quoi qu’il en soit, depuis le concile de Trente il n’y a plus de dispute sur le célibat des clercs dans l’Église catholique romaine; il n’y a plus que des désirs.

Toutes les communions protestantes se sont séparées de Rome sur cet article.

Dans l’Église grecque, qui s’étend aujourd’hui des frontières de la Chine au cap de Matapan, les prêtres se marient une fois. Partout les usages varient, la discipline change selon les temps et selon les lieux. Nous ne faisons ici que raconter, et nous ne controversons jamais(30).


Notes.

Note_22Questions sur l’Encyclopédie, quatrième partie, 1771. (B.)

Note_23 Voyez l’article Poètes; et l’Histoire du Parlement, chapitre iii.

Note_24Épître à Tite, chapitre i, v. 6. (Voltaire.)

Note_25 I à Timothée, chapitre iii, v. 2. (Voltaire.)

Note_26 Chapitre ii, v. 15. (Voltaire.)

Note_27 Sozomène, liv. i. Socrate, liv. i. (Voltaire.)

Note_28 Lettre lxvii à Oceanus. (Voltaire.)

Note_29 Voyez les articles Onan, Onanisme. (Voltaire.)

Note_30 Fin de l’article en 1771; ce qui suit fut ajouté en 1774. (B.)

On remarquera que Voltaire ne remet pas en cause l'histoire de Saint Paphnuce au concile de Nicée. Ce qui prouve qu'il n'y avait aucune raison de le faire.
Stephanopoulos

Pascal-Yannick
Messages : 74
Inscription : ven. 28 juil. 2006 20:03

Re: Réponse détaillée

Message par Pascal-Yannick » lun. 10 sept. 2007 20:00

lecteur Claude a écrit :
Pascal-Yannick a écrit : Le fait qu'un pretre soit marie n'est-il pas un facteur favorable a la non disponibilite de celui-ci vis-a-vis de son troupeau:obligations et soucis familiaux et parfois financiers?
Je ne sais pas. On a toujours fait comme ça depuis que l'Eglise existe. Je crois que la question ne s'est jamais posée. On n'a probablement jamais eu de raison particulière de faire autrement.

Dans le cas de saint Jean de Cronstadt (1829-1907), par exemple, il est unanimement admis que l'aide de son épouse a joué un rôle important dans son action pastorale.

Il est difficile de répondre à votre question, parce que ce que la logique laisserait supposer ne se vérifie pas toujours dans la réalité. Par exemple, je n'ai pas l'impression que les évêques d'aujourd'hui, souvent salariés par un Etat, soient tellement plus disponibles vis-à-vis de leur troupeau que les évêques d'autrefois qui gagnaient leur vie comme ils le pouvaient, tels cet évêque de Kéa dans les Cyclades que M. de Tournefort trouva le fuseau à la main (cf. Histoire du christianisme, tome IX, Desclée, Paris 1997, p. 569).


Faites-vous votre opinion en observant les prêtres orthodoxes autour de vous.
Je vous remercie d'avoir pris la peine de repondre.En faisant une recherche sur saint Jean de Cronstadt notamment sur ce site http://orthodoxie.club.fr/ecrits/peres/kron/vie.htm voila ce qui a retenu mon attention:En effet il a vecu avec sa femme comme frere et soeur.Le jour de leur mariage,il lui dit: "Lise,des familles heureuses,il y en a suffisamment.Mettons nous,toi et moi,au service de Dieu" Et il garda jusqu'a la fin de sa vie une parfaite virginite.
Pourquoi se sont-ils donc maries?
Et la Vérité vous rendra libre

Pascal-Yannick
Messages : 74
Inscription : ven. 28 juil. 2006 20:03

Message par Pascal-Yannick » lun. 10 sept. 2007 20:13

Stephanopoulos a écrit :Ce qui est en tout cas mensonger, c'est de faire du célibat une tradition apostolique. Les Epîtres de saint Paul à Tite et à Timothée le prouvent sans contestation possible.

Voici une texte tiré de L'Encyclopédie qui ne manque pas d'intérêt sur ce sujet, en particulier les propos du pape Jules II :

DU CÉLIBAT DES CLERCS.

On demande si dans les premiers siècles de l’Église le mariage fut permis aux clercs, et dans quel temps il fut défendu.

Il est avéré que les clercs, loin d’être engagés au célibat dans la religion juive, étaient tous au contraire excités au mariage, non seulement par l’exemple de leurs patriarches, mais par la honte attachée à vivre sans postérité.

Toutefois, dans les temps qui précédèrent les derniers malheurs des Juifs, il s’éleva des sectes de rigoristes esséniens, judaïtes, thérapeutes, hérodiens; et dans quelques-unes, comme celles des esséniens et des thérapeutes, les plus dévots ne se mariaient pas. Cette continence était une imitation de la chasteté des vestales établies par Numa Pompilius, de la fille de Pythagore qui institua un couvent, des prêtresses de Diane, de la pythie de Delphes, et plus anciennement de Cassandre et de Chrysis, prêtresses d’Apollon, et même des prêtresses de Bacchus.

Les prêtres de Cybèle non seulement faisaient voeu de chasteté, mais de peur de violer leurs voeux ils se rendaient eunuques.

Plutarque, dans sa huitième question des propos de table, dit qu’il y a des collèges de prêtres en Égypte qui renoncent au mariage.

Les premiers chrétiens, quoique faisant profession d’une vie aussi pure que celle des esséniens et des thérapeutes, ne firent point une vertu du célibat. Nous avons vu que presque tous les apôtres et les disciples étaient mariés. Saint Paul écrit à Tite(24): « Choisissez pour prêtre celui qui n’aura qu’une femme ayant des enfants fidèles et non accusés de luxure. »

Il dit la même chose à Timothée(25): « Que le surveillant soit mari d’une seule femme. »

Il semble faire si grand cas du mariage, que dans la même lettre à Timothée, il dit(26): « La femme ayant prévariqué se sauvera en faisant des enfants. »

Ce qui arriva dans le fameux concile de Nicée au sujet des prêtres mariés mérite une grande attention. Quelques évêques, au rapport de Sozomène et de Socrate(27), proposèrent une loi qui défendît aux évêques et aux prêtres de toucher dorénavant à leurs femmes; mais saint Paphnuce le martyr, évêque de Thèbes en Égypte, s’y opposa fortement, disant que « coucher avec sa femme c’est chasteté; » et son avis fut suivi par le concile.

Suidas, Gelase Cyzicène, Cassiodore et Nicéphore Caliste, rapportent précisément la même chose.

Le concile seulement défendit aux ecclésiastiques d’avoir chez eux des agapètes, des associées, autres que leurs propres femmes, excepté leurs mères, leurs soeurs, leurs tantes, et des vieilles hors de tout soupçon.

Depuis ce temps, le célibat fut recommandé sans être ordonné. Saint Jérôme, voué à la solitude, fut celui de tous les Pères qui fit les plus grands éloges du célibat des prêtres: cependant il prend hautement le parti de Cartérius, évêque d’Espagne, qui s’était remarié deux fois. « Si je voulais nommer, dit-il, tous les évêques qui ont passé à de secondes noces, j’en trouverais plus qu’il n’y eut d’évêques au concile de Rimini(28). — Tantus numerus congregabitur ut Riminensis synodus superetur. »

Les exemples des clercs mariés et vivant avec leurs femmes sont innombrables. Sydonius, évêque de Clermont en Auvergne au ve siècle, épousa Papianilla, fille de l’empereur Avitus; et la maison de Polignac a prétendu en descendre. Simplicius, évêque de Bourges, eut deux enfants de sa femme Palladia.

Saint Grégoire de Nazianze était fils d’un autre Grégoire, évêque de Nazianze, et de Nonna, dont cet évêque eut trois enfants, savoir Césarius, Gorgonia, et le saint.

On trouve dans le décret romain, au canon Ozius, une liste très longue d’évêques enfants de prêtres. Le pape Ozius lui-même était fils du sous-diacre Étienne, et le pape Boniface Ier, fils du prêtre Joconde. Le pape Félix III fut fils du prêtre Félix, et devint lui-même un des aïeux de Grégoire le Grand. Jean II eut pour père le prêtre Projectus, Agapet le prêtre Gordien. Le pape Silvestre était fils du pape Hormisdas. Théodore Ier naquit du mariage de Théodore, patriarche de Jérusalem ce qui devait réconcilier les deux Églises.

Enfin, après plus d’un concile tenu inutilement sur le célibat qui devait toujours accompagner le sacerdoce, le pape Grégoire VII excommunia tous les prêtres mariés, soit pour rendre l’Église plus respectable par une discipline plus rigoureuse, soit pour attacher plus étroitement à la cour de Rome les évêques et les prêtres des autres pays, qui n’auraient d’autre famille que l’Église.

Cette loi ne s’établit pas sans de grandes contradictions.

C’est une chose très remarquable que le concile de Bâle ayant déposé, du moins en paroles, le pape Eugène IV, et élu Amédée de Savoie; plusieurs évêques ayant objecté que ce prince avait été marié, Énéas Silvius, depuis pape sous le nom de Pie II, soutint l’élection d’Amédée par ces propres paroles: « Non solum qui uxorem habuit, sed uxorem habens potest assumi. — Non seulement celui qui a été marié, mais celui qui l’est peut être pape. »

Ce Pie II était conséquent. Lisez ses Lettres à sa maîtresse dans le recueil de ses oeuvres. Il était persuadé qu’il y a de la démence à vouloir frauder la nature, qu’il faut la guider, et non chercher à l’anéantir(29).

Quoi qu’il en soit, depuis le concile de Trente il n’y a plus de dispute sur le célibat des clercs dans l’Église catholique romaine; il n’y a plus que des désirs.

Toutes les communions protestantes se sont séparées de Rome sur cet article.

Dans l’Église grecque, qui s’étend aujourd’hui des frontières de la Chine au cap de Matapan, les prêtres se marient une fois. Partout les usages varient, la discipline change selon les temps et selon les lieux. Nous ne faisons ici que raconter, et nous ne controversons jamais(30).


Notes.

Note_22Questions sur l’Encyclopédie, quatrième partie, 1771. (B.)

Note_23 Voyez l’article Poètes; et l’Histoire du Parlement, chapitre iii.

Note_24Épître à Tite, chapitre i, v. 6. (Voltaire.)

Note_25 I à Timothée, chapitre iii, v. 2. (Voltaire.)

Note_26 Chapitre ii, v. 15. (Voltaire.)

Note_27 Sozomène, liv. i. Socrate, liv. i. (Voltaire.)

Note_28 Lettre lxvii à Oceanus. (Voltaire.)

Note_29 Voyez les articles Onan, Onanisme. (Voltaire.)

Note_30 Fin de l’article en 1771; ce qui suit fut ajouté en 1774. (B.)

On remarquera que Voltaire ne remet pas en cause l'histoire de Saint Paphnuce au concile de Nicée. Ce qui prouve qu'il n'y avait aucune raison de le faire.
Merci egalement cher Stephanopoulos pour votre reponse qui nous permet de comprendre on ne peut plus clairement certaines ambiguites latines.Cependant j'aimerai avoir un eclaircissement sur un point:comment le mariage des pretres est-il possible alors que Jesus a dit que celui qui voudrait le suivre devait tout abondonner,en l'occurence pere,mere et femme?
Et la Vérité vous rendra libre

Stephanopoulos
Messages : 269
Inscription : ven. 05 mars 2004 13:14
Localisation : Vaud, Suisse

Message par Stephanopoulos » lun. 10 sept. 2007 20:53

Pascal-Yannick, vous disiez :"voila ce qui a retenu mon attention:En effet il a vecu avec sa femme comme frere et soeur.Le jour de leur mariage,il lui dit: "Lise,des familles heureuses,il y en a suffisamment.Mettons nous,toi et moi,au service de Dieu" Et il garda jusqu'a la fin de sa vie une parfaite virginite. Pourquoi se sont-ils donc maries?"

Pour vous répondre, je vous reproduis ici ce que disait Antoine sur le fil "Couples sans enfants" du 17 Août 2005:Le désir d’avoir un enfant est une chose tout à fait légitime dans un couple. Mais ce désir ne doit pas être un désir à tout prix, le centre de la vie du couple, ni son unique signification. L’enfant n’est pas une appropriation du couple. Le mariage est à l'image de l'union conjugale du Christ et de l'Eglise. Il a pour finalité , l’unité des époux en Christ («affermis -les dans l'unité qui vient de Toi», prions-nous à l'office des noces) ; il est l'union de deux personnes en une seule chair dans la divino-humanité du Christ. C'est avant tout cette finalité qu'il convient de réaliser, avec ou sans enfants.

Concernant votre deuxième interrogation, je n'ai pas de réponse toute faite. Cependant, il me semble qu'il convient d'avoir en premier lieu conscience qu'être revêtu du Christ, intégré dans son corps et divinisé ne peut se réaliser en ayant comme unique prototype sa famille. Le terme abandonner est très fort, mais il me semble qu'il faut entendre dans ce terme un détachement. Il ne s'agit pas de délaisser son entourage (comme un vil mépris), mais d'être détaché des êtres ou/et de la création telle qu'elle nous apparaît pour tout retrouver pleinement et en vérité dans le Christ.

Je reconnais que ma réponse est lacunaire et peut-être imparfaite; une personne plus savante que moi se fera, je le pense, une joie de mieux vous répondre et éventuellement de me corriger par la même occasion!
Stephanopoulos

Pascal-Yannick
Messages : 74
Inscription : ven. 28 juil. 2006 20:03

Message par Pascal-Yannick » lun. 10 sept. 2007 21:30

Stephanopoulos a écrit :Pascal-Yannick, vous disiez :"voila ce qui a retenu mon attention:En effet il a vecu avec sa femme comme frere et soeur.Le jour de leur mariage,il lui dit: "Lise,des familles heureuses,il y en a suffisamment.Mettons nous,toi et moi,au service de Dieu" Et il garda jusqu'a la fin de sa vie une parfaite virginite. Pourquoi se sont-ils donc maries?"

Pour vous répondre, je vous reproduis ici ce que disait Antoine sur le fil "Couples sans enfants" du 17 Août 2005:Le désir d’avoir un enfant est une chose tout à fait légitime dans un couple. Mais ce désir ne doit pas être un désir à tout prix, le centre de la vie du couple, ni son unique signification. L’enfant n’est pas une appropriation du couple. Le mariage est à l'image de l'union conjugale du Christ et de l'Eglise. Il a pour finalité , l’unité des époux en Christ («affermis -les dans l'unité qui vient de Toi», prions-nous à l'office des noces) ; il est l'union de deux personnes en une seule chair dans la divino-humanité du Christ. C'est avant tout cette finalité qu'il convient de réaliser, avec ou sans enfants.

Concernant votre deuxième interrogation, je n'ai pas de réponse toute faite. Cependant, il me semble qu'il convient d'avoir en premier lieu conscience qu'être revêtu du Christ, intégré dans son corps et divinisé ne peut se réaliser en ayant comme unique prototype sa famille. Le terme abandonner est très fort, mais il me semble qu'il faut entendre dans ce terme un détachement. Il ne s'agit pas de délaisser son entourage (comme un vil mépris), mais d'être détaché des êtres ou/et de la création telle qu'elle nous apparaît pour tout retrouver pleinement et en vérité dans le Christ.

Je reconnais que ma réponse est lacunaire et peut-être imparfaite; une personne plus savante que moi se fera, je le pense, une joie de mieux vous répondre et éventuellement de me corriger par la même occasion!
Votre debut de reponse est tres interressante car en effet les textes evangeliques sont parfois saisissants et deroutants.Nous suivrons la suite des interventions sur cette question.
Pour en revenir a saint Jean de Cronstadt,un couple qui n'a pas d'enfant cela n'est pas surprenant,mais un couple qui se decide de ne pas avoir de rapports conjugaux m'interpelle.Et c'est ce qui m'a semble en lisant l'extrait biographique ci-dessus.
Et la Vérité vous rendra libre

Répondre