Prier un saint d'une autre confession religieuse

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Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » mer. 17 août 2005 9:44

Il est vrai que le mot de “salut” est devenu dans la mentalité catholique une sorte d’acquittement judiciaire : on n’a rien retenu de grave contre vous, vous aurez un strapontin au Paradis. Cette conception est liée à une notion de “normalité”. Il serait très amusant, ou très attristant, de lister les diverses occurences dans la langue de tous les jours de cette expression : « c’est normal !»

Cette conception est liée à la “satisfaction” donnée au Juge éternel par la mort du Christ. Mais heureusement le Père l’a ressuscité… Nous obtenons ainsi la “Rédemption” = le rachat. D’où l’importance donnée dans l’Église catholique à la représentation di Corps du Christ mort sur la Croix.

J’ai noté un jour que dans une rencontre d’amis, s’il arrive que quatre personne se serrent la main en diagonale, elles forment une Croix. Pour les superstitions françaises, c’est un signe de malheur. Pour les orthodoxes c’est une annonce d’événement heureux. Au-delà des détails sans signification, il y a toute une mentalité.

Mais pour les orthodoxes le mot 'salut" ne doit pas être pris en ce sens, c’est le retour à son état original de l’homme qui a toujours été créé à l’image de Dieu.

Les passions (il faudrait parler des passions plus que des péchés) ne font pas partie de notre nature, ce ne sont même pas des faiblesses de notre nature, ce sont des illusions qui sont l’œuvre de l’ennemi du genre humain, le Diable.

Lorsque nous nous incorporons à l’Église, qui est le Corps du Christ vainqueur du péché, de la mort et du Diable, commence l’œuvre de la déification.
Jean-Louis Palierne
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Sylvie
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Message par Sylvie » mer. 17 août 2005 13:04

Chers amis,

C'est de la nourriture solide que je lis ce matin. Je souligne en gras ce sur quoi j'aimerais quelques éclaircissements.

Antoine dit :
Le Christ recrée notre nature, l'Esprit Saint recrée notre hypostase. Le Christ nous recrée sur le plan de la nature, l'Esprit sur le plan de l'hypostase. Et les deux sont distincts mais indissociables.
La sainteté n'est pas séparable de la Vérité. La déification non plus.
Jean-Louis Palierne dit :
Mais pour les orthodoxes le mot 'salut" ne doit pas être pris en ce sens, c’est le retour à son état original de l’homme qui a toujours été créé à l’image de Dieu.

Les passions (il faudrait parler des passions plus que des péchés) ne font pas partie de notre nature, ce ne sont même pas des faiblesses de notre nature, ce sont des illusions qui sont l’œuvre de l’ennemi du genre humain, le Diable.

Lorsque nous incorporons à l’Église, qui est le Corps du Christ vainqueur du péché, de la mort et du Diable, commence l’œuvre de la déification.
Ce matin, je priais à mon lever. Je vous soumets une pratique que je fais, vous me direz si c'est permis ou pas dans l'Orthodoxie. Je me mets en Présence de Dieu et je dis la Prière du cœur à quelques reprises et je Lui parle en mes mots. Ensuite je Lui demande de me donner une Parole pour aujourd'hui. Alors je prends la Bible et je l'ouvre au "hasard" et je lis. Sachant que peu importe la Parole elle ne retourne pas vers Dieu avant d'avoir porté du fruit.

Ce matin, j'ai eu l'Épître aux Romains chap. VIII. Je pensais à saint Séraphim de Sarov, qui disait :" Le vrai but de notre vie chrétienne consiste dans l'acquisition de l'Esprit Saint de Dieu. "

Savez-vous ce qui me fait croire que l'Église Orthodoxe est restée dans la Vérité ?

1- L'amour et la vénération que l'Église Orthodoxe porte à Marie. Je pense que cet amour est répandu dans tous les cœurs Orthodoxes. Ce n'est pas le cas chez tous les catholiques. Beaucoup ne prient jamais Marie et pourtant si elle n'avait pas dit son Oui.

2- Aussi la connaissance et dévotion envers l'Esprit Saint. Ici au Québec, c'est grâce au renouveau charismatique que certains prêtres ont commencé à parler du Saint Esprit. Avant, nous faisions notre signe de croix, nous avions une représentation sous forme de colombe sur certaines images pieuses. Mais c'est quoi son rôle, qu'est qu'Il fait. Nous savions que c'était la troisième Personne de la Très Sainte Trinité. C'était une grande ignorance, en tout cas au niveau des catholiques ordinaires. Peut-être que les théologiens ou clergé le connaissait. Je ne sais pas.

Excusez-moi de ce que je vais dire. Je ne veux pas vous insulter. Mais quand j'ai lu des extraits de saint Séraphim de Sarov, ma réaction a été de dire :"Il était charismatique. Comment cela se fait-il." Je regardais la date qu'il était mort pour voir s'il avait entendu parler du renouveau. Je me disais "ça ne se peut pas. Il est mort en 1833. Comment cela se fait-il qu'il parlait ainsi de l'Esprit Saint et que nous catholiques que nous ne savions pas cela avant le renouveau ?"

Maintenant, je vois que malgré le mouvement charismatique, il n'y a pas cette connaissance de l'Esprit Saint telle que vous l'avez chez-vous les Orthodoxes.

En tout cas c'est ce que je comprends. Dites-moi que je me trompe.

Amicalement

Sylvie

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » mer. 17 août 2005 15:31

L’Église (orthodoxe) ne fait rien, n’opère aucune action sacrée, sans invoquer la descente de l’Epsrit saint. C’est particulièrement évident à la Liturgie eucharistique, lorsque le prêtre prie l’Esprit saint de descendre sur les dons offerts. Autrement dit, les dons sont offerts par la communauté des fidèles, et à la prière du prêtre l’Esprit saint cette offrande devient celle du Verbe et Fils unique de Dieu, Celui qui offre et qui est offert, selon les paroles traditionnelles. Si on cherche dans les livres liturgiques de l’Église orthodoxe, on trouve bien d’autres exemples de cette invocation de l’Esprit saint par Lequel l’Église répand et distribue la Grâce du Seigneur en de multiples saints Mystères.

Nous sommes évidemment loin ici de la manière catholique de concevoir les “sacrements” comme une liste limitative de sept actes opérés par le pouvoir du prêtre, d’une efficacité quasi-magique “ex opere operato“” comme ils disent. C’est un des points où l’Église catholique a le plus nui à la pureté de la Tradition chrétienne.

Moi aussi, dans ma jeunesse catholique (lointaine) j’avais l’impression que le saint Esprit était là “en plus” et on ne comprenait pas très bien pour quoi faire. Je comprends que certains ont pu croire que le mouvement charismatique permettait de prendre une meilleure connaissance du saint Esprit. Mais les charismes sont dans l’Église, et le premier d’entre eux est le charisme épiscopal par lequel l’Église institue un homme en centre personnel d’unité et d’initiative pour une Église locale. Certes l’Esprit souffle où il veut, mais c’est pour mener à la Révélation de l’Église corps du Christ, et c’est elle qui détient la promesse de faire descendre l’Esprit.
Jean-Louis Palierne
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Antoine
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Message par Antoine » mer. 17 août 2005 16:05

Ce matin, je priais à mon lever. Je vous soumets une pratique que je fais, vous me direz si c'est permis ou pas dans l'Orthodoxie. Je me mets en Présence de Dieu et je dis la Prière du cœur à quelques reprises et je Lui parle en mes mots. Ensuite je Lui demande de me donner une Parole pour aujourd'hui. Alors je prends la Bible et je l'ouvre au "hasard" et je lis. Sachant que peu importe la Parole elle ne retourne pas vers Dieu avant d'avoir porté du fruit.
Rapidement sur ce point et je vous répondrai sur nature et hypostase plus tard dans la soirée:
D'une façon générale, la vie spirituelle exige beaucoup de discipline et de maîtrise de soi et l'Eglise nous propose dans son calendrier, une répartition sanctifiante du temps que nous nous devons d'observer .

1) la prière du nom est une prière qui demande beaucoup d'ascétisme, une vérification des pensées perpétuelle par un starets et une grande pratique de la prière très avancée. Sinon on tombe très vite dans l'illusion. Quand on prie, le mieux est de commencer par demander la prière elle-même. Cela prend déjà un certain temps car les pensées affluent tout de suite et il faut attendre que le brouhaha se calme sans perdre la demande. Puis il faut commencer sa lecture lentement avec une grande régularité et enfermer l'esprit dans chaque mot.

2) La lecture au hasard n'a pas grande signification et il ne faut pas confier aveuglément au doigt les réponses que l'on cherche comme des oracles divins. Je ne vois pas en quoi Dieu guiderait votre main à la bonne page biblique. C'est de l'enfantillage. Dieu ne s'interroge pas de cette façon en lui soumettant le hasard. L'orthodoxie a un cycle liturgique dans lequel il faut entrer. Elle a donc également une suite dans les lectures bibliques de chaque jour qu'il convient de respecter ce qui n'empêche en rien une lecture plus globale ensuite pour la découverte, l'étude et l'approfondissement des textes. Elle vous propose ses prières pour chaque heure du jour et chaque évènement de la Vie. Avant de prier avec ses propres mots il faut utiliser en toute humilité ceux de nos Pères. La spontanéité en la matière demande une très longue éducation. La prière des psaumes est primordiale. Il ne faut pas chercher à inventer des pratiques qui nous mèneront inévitablement à l'erreur, mais suivre l'enseignement de nos Pères qui ont vécu la theoria.
Notre site propose à la rubrique "livres et textes", des références sur ce sujet .
Dernière modification par Antoine le mer. 17 août 2005 20:28, modifié 1 fois.

Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » mer. 17 août 2005 20:09

Saint Paul a répondu d'avance à votre question : "tout est permis, mais tout n'édifie pas". Si on commence à penser en termes de permis/interdit, c'est infantilisant et cela ne va pas loin. Les canons ne sont pas des lois à la façon d'un code juridique mais la mesure qui permet de construire, ou plutôt d'être construit car ce n'est pas avec nos seules forces que nous pourrions parvenir à la déification ! Nous sommes appelés, nous tous les êtres humains, à devenir temple de l'Esprit Saint et c'est ce temple que les canons permettent de construire.
Parmi ces canons, il y a la prière de l'Eglise, l'ordo des lectures et des chants. Outre que les suivre éloigne de l'illusion, cela permet aussi de faire taire les états d'âme transitoires, les vaguelettes de l'humeur.
Bon, le cybercafé ferme, je posterai quelque chose de plus long demain.
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."

nathalie chater
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Message par nathalie chater » jeu. 18 août 2005 9:39

Cher Antoine,
Sans doute ne sommes-nous pas prédestinés, et en cela l'Eglise orthodoxe insiste: Libres enfants de Dieu, car l'amour ne peut forcer ni contraindre. Aussi me semble-t-il, à moins que Thérèse ait voulu signifier autre chose, que son image des roses et des pâquerettes n'est pas du tout une hiérarchisation. Et je pense qu'elle se serait mise elle-même du côté des pâquerettes!
Nous ne choisissons pas notre situation, naître ici ou là, à telle ou telle époque, avec tels ou tels gènes, être une pâquerette, ou une rose. En revanche nous choisissons d'être au mieux ou pas. C'est ainsi qu'il y a des gens bien portants et d'autres dont la condition physique est difficile. Et ce ne sont ni les uns ni les autres qui sont à l'avance sur un chemin de sainteté plus aisé. Et s'il est "plus difficile au riche d'entrer dans le Royaume, qu'à un chameau de passer par le châs d'une aiguille", cela ne signifie pas non plus que le pauvre y a déjà un pied.
La déification suppose en effet une synergie, elle implique donc que chacun face un chemin qui lui appartient, non au sens où il lui serait comme un destin, mais au sens où il est le sien. C'est ça la liberté: être ce que Dieu nous fait.
Ainsi, recouvrer notre nature première, ou plutôt oeuvrer à la ressemblance à Dieu, telle est notre destinée, car nous sommes faits à son image. Et on ne peut pas échapper en fait à cette injonction. Ce serait refuser ce qui fait de nous des êtres capables de refus...
C'est pour cela qu'il y a des saints si différents, venus de milieux différents, ayant vécu dans des conditions qu'ils n'avaient pas choisies.
C'est pour cela encore que d'ouvrir "au hasard" la Bible pour y chercher une réponse n'est pas vraiment digne de nous. Car c'est nous qui devons faire notre route, en suivant Celui qui a dit " Je suis le Chemin, la Vie, la Vérité".

Le terme d'hypostase, appliqué à l'homme me gène toujours, car il sonne à mes oreilles comme un écho de Plotin, qui désignait par là ce qui émane du premier principe: l'UN. Mais peut-être a-t-il dans le langage des Pères une autre coloration?
Je lui préfère tout de même "personne", car cela implique la relation aux autres. Mais j'ai hâte (comme Sylvie) de lire votre développement sur "la nature recréée par le Christ " et "l'hypostase recréée par l'Esprit Saint".
Ne s'agit-il pas d'une "restauration" plutôt?

Antoine
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Message par Antoine » jeu. 18 août 2005 11:21

Et je pense qu'elle se serait mise elle-même du côté des pâquerettes!
Ce n'est pas son humilité qui est en cause bien sûr et on doit sans aucun doute prendre cette humilité en modèle. Notre pâquerette avait une conception un peu augustinienne de la grâce dans les passages que j'ai lus. Que voulez vous elle était catholique romaine...
Mais vous avez raison il faudrait reprendre tous ses écrits et en faire une critique dogmatique. Je n'ai pas le temps de faire ce travail. Il y a déjà suffisamment à faire avec ce qui est dogmatiquement correct pour se nourir sans aller chercher à corriger ce qui est hétérodoxe dans des écrits d'auteurs pour lesquels rien n'interdit d'avoir votre tendresse. Nous ne rejetons pas en bloc sans discernement. Qu'il y ait de la sainteté chez Thérèse oui, qu'elle soit sainte c'est une autre question; car cette sainteté sera entâchée d'hétérodoxie ne serait-ce que par son appartenance à une ecclésiologie papiste et à une communauté séparée de l'Eglise orthodoxe.

Sylvie
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Message par Sylvie » jeu. 18 août 2005 13:34

Chers amis,

Merci pour votre bon jugement à propos d'ouvrir la Bible au "hasard". Je crois que sainte Thérèse faisait cela. Je ne pense pas qu'elle faisait cela dans le but de discerner ce qu'elle devait faire. toutefois, j'avoue que j'ai vu à maintes reprises cette déviation de chercher une réponse à travers cette pratique. Aussi, je ne l'ai pas fait ce matin. Je suis allée hier soir sur le site http://www.pagesorthodoxes.net/ et j'ai imprimé les prières du matin et du soir. Il y a une très grande différence entre nos prières et les vôtres. On dirait que dans vos prières, il y a un mouvement. Glorification de Dieu, reconnaissance que nous sommes pécheurs et que nous espérons Son Secours, prière à Marie et aux saints retour pour glorifier Dieu etc. Vous me direz encore une fois si je me trompe.

C'est vrai qu'il n'y a pas lieu de faire ici une étude complète de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus. Mais je pense qu'on l'a mis comme modèle aux catholiques romains justement parce qu'ils étaient encore embourbés dans le Jansénisme. Les gens avaient peur de Dieu, voilà pourquoi la dévotion à Marie et aux saints qui agissaient comme intercesseurs à Dieu.

Hier soir, je faisais du ménage dans ma bibliothèque. J'ai trouvé un livre avec Imprimatur en 1934, imprimé au Canada, dont le titre est Introduction à la sainteté de R.P.H. Petitot. O.P.(je ne sais pas la signification des lettres) J'ai lu quelques extraits, j'imagine que cela doit avoir changé, en fait je l'espère. Je cite une note en bas de page de à propos de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus.

"Notons que sœur Thérèse agissait exactement de même. Elle confiait à Céline : "Moi, je prends la discipline pour me faire le plus de mal possible". sa sœur nous rapporte qu'elle se frappait en effet avec autant de violence que de vitesse, qu'elle se donnait trois cent cinquante coups durant un Miserere."

C'est une chose que j'ignorais d'elle.

Cela m'a toujours étonnée de voir autant de saints qui ont pratiqués la discipline ou manger des herbes amères ou faire exprès pour ne pas sentir des fleurs parfumés pour se mortifier ou encore faire exprès pour respirer des mauvaises odeurs en fait se donner des souffrances volontaires pour ressembler à Jésus.

Observez-vous la même chose chez vos saints Orthodoxes ?

amicalement

Sylvie

Anne Geneviève
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dans ce pré là, on rencontre aussi des chardons

Message par Anne Geneviève » jeu. 18 août 2005 16:40

Reprenons, et que Sylvie me pardonne ce message bâclé pour cause de fermeture du cybercafé. Parmi les séquelles de la mentalité kto, l’une des pires et, sur ce point, je suis en parfait accord avec Jean Louis Palierne, c’est le juridisme. Non seulement le salut devient, comme il l’a dit, « une sorte d’acquittement judiciaire » mais de plus, tout le sens des canons est faussé. Toute l’épître aux Romains est à relire, sur la relation entre la loi et le péché et la libération qu’apporte le Christ à la créature. Et quelle étonnante prescience que cette lettre soit justement adressée aux Romains !
Je vais une fois encore rabâcher, mais c’est tellement important que je préfère passer pour une radoteuse et enfoncer le clou : les Pères ont choisi le mot grec kanon pour désigner les règles de l’Eglise, mais ce n’est pas un terme juridique, c’est un terme d’architecture ; et qui n’est même pas grec mais sumérien, canûn. Un canûn, c’est un roseau, et de là vient la canne (à sucre ou de vieillesse) ou les canisses provençales, mais aussi la « canne » de l’architecte dans l’antiquité, c’est à dire l’étalon de mesure qui permet les tracés directeurs au sol. Son lointain descendant, c’est la canne enrubannée des compagnons tailleurs de pierre ou charpentiers. Certains m’ont montré comment ils s’en servent pour restaurer par exemple une église romane, c’est impressionnant de simplicité et le résultat toujours harmonieux. Si l’on veut traduire kanon en français, il faut parler de règle pour garder la métaphore.
Donc, avec les canons, nous sommes dans la bonne mesure pour édifier le temple de l’Esprit – nous ne sommes pas dans le registre juridique du permis et de l’interdit.
Alors « est-il permis en orthodoxie de… » n’est jamais la bonne question. Par contre, il est intéressant de se demander : si je fais ça, où ça me mène ? qu’est-ce que ça construit en moi et autour de moi ? et d’où me vient cette idée, cette intuition, cette suggestion intérieure ? est-ce que, par hasard, il y aurait déjà une réponse dans les canons ? Ah oui, tiens, en voilà une mais je ne la comprends pas… mais parce que j’ai confiance dans les Pères qui l’ont édictée – confiance parce qu’ils étaient alors en synergie avec l’Esprit Saint, parce que l’Eglise est le corps du Christ, pas parce que ce serait supergourou ! – dans cette confiance, je vais essayer de m’y tenir et pas en aveugle, en restant attentive à ce qui se passe. D’expérience, chaque fois que j’ai eu assez de jugeotte ou de souplesse pour passer par cette recherche des canons, j’ai pu constater à la longue et à l’usage leur bien-fondé.
Rentrer dans les prières du cycle liturgique, des offices monastiques, des psaumes, c’est aussi bâtir sa vie avec la mesure du canon, c’est renforcer ainsi ce qui, en l’Eglise, nous greffe au Cep qu’est le Christ (Jean 16 et 17). C’est progressivement ramener au silence les petits friselis de l’humeur, ce qui ne veut pas dire d’ailleurs qu’on ne rencontrera pas d’obstacle ou de résistance intérieure, mais d’un autre ordre. Cela dit, les offices monastiques vont avec le mode de vie monastique. Quand on vit dans le monde, en famille, avec un travail et des horaires, on peut s’en tenir au tout premier ordo monastique : le psautier dans l’ordre, à raison de trois psaumes chaque matin. Au départ, c’est beaucoup moins gratifiant que l’apparente spontanéité, mais ça travaille plus en profondeur.
A ce propos, et puisque tout cela tourne encore autour de l’épître aux Romains, les latinophones de l’Eglise orthodoxe et indivise avaient choisi un seul mot latin, peccatum, d’où en français péché, pour traduire au moins 8 mots grecs différents. Mais peccatum n’était pas non plus un terme juridique. C’était le vocabulaire de l’équitation : cela se disait d’un cheval qui bronche. Rien à voir avec la transgression d’une loi dont je ne sais qui, le curé ou les anges, seraient les gendarmes !
Je vois que le fil a continué sur Thérèse de Lisieux que, pour ma part et comme d’instinct, je n’apprécie pas beaucoup. Toute une kyrielle de copines ont voulu me persuader qu’elle était orthodoxe sans le savoir mais je n’ai jamais vu en quoi, je l’ai toujours trouvée très doloriste, très catho de son époque…
Le dolorisme : encore une hérésie catho et, celle là, répertoriée de longue date. L’ascèse orthodoxe n’est pas la recherche de la souffrance ; quant à l’idée que c’est la souffrance qui sauve ou qui, du moins, donne des bons points transformables en tickets pour le Paradis, pouah ! Mais quel Dieu serait-ce là ? Un créateur sadique ? Mais en ce cas, la seule grandeur de l’homme serait de lui cracher au nez, quitte à endurer la punition pour l’éternité ! Heureusement que ce n’est qu’une idole, une fausse image, une hérésie ! C’est la contradiction évidente entre cette image d’hidalgo offensé et sadique et le texte des Evangiles qui m’a fait claquer les portes de l’Eglise romaine, il y a longtemps déjà.
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Dorian
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Re: Prier un saint d'une autre confession religieuse

Message par Dorian » lun. 18 oct. 2010 15:48

...
Dernière modification par Dorian le sam. 11 déc. 2010 16:07, modifié 1 fois.

Sylvie
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Re: Prier un saint d'une autre confession religieuse

Message par Sylvie » lun. 18 oct. 2010 19:55

Daroslav a écrit :Récemment dans une émission de radio, un archimandrite orthodoxe à parler de "Saint François d'Assise" ou de "Sainte Thérèse de Lisieux".

Bon d'accord ce sont des saints catholiques et pas des saints orthodoxes, mais j'ai quand même été troublé car j'avais vraiment l'impression qu'on en faisait des bons exemples. Toute cette confusion de ce qui est ou n'est pas orthodoxe et qu'on en minimiserait l'importance me gêne et me trouble énormément (sans parler de l'oecuménisme et des prières communes qui ne font qu'enfoncer le clou). A vrai dire, je ne peux pas supporter. Ont-ils honte de dire que l'orthodoxie est la vraie religion du Christ ou bien ne le croient-ils plus ? Moi-même je commence à en douter de cette "orthodoxie".


viewtopic.php?f=1&t=2052&p=13129#p13055
Cher Doroslav,

Pourquoi n'y aurait-pas de bons exemples dans les autres confessions, religions voire même chez des athées ?

Sans les prier ou les canoniser, je peux tout de même voir en eux de bons exemples et cela m'humilie d'avantage, moi orthodoxe qui n'arrive pas à les imiter.


Sylvie-Madeleine

Dorian
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Re: Prier un saint d'une autre confession religieuse

Message par Dorian » lun. 18 oct. 2010 22:18

...
Dernière modification par Dorian le sam. 11 déc. 2010 16:07, modifié 1 fois.

Sylvie
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Re: Prier un saint d'une autre confession religieuse

Message par Sylvie » lun. 18 oct. 2010 23:23

Daroslav a écrit :
Sylvie a écrit :Pourquoi n'y aurait-pas de bons exemples dans les autres confessions, religions voire même chez des athées ?

Sans les prier ou les canoniser, je peux tout de même voir en eux de bons exemples et cela m'humilie d'avantage, moi orthodoxe qui n'arrive pas à les imiter
Imiter un athée j'ai essayé mais ça marche pas. Peut-être qu'à force ça viendra tout seul...Je ne veux pas être un éclectique,non plus, je ne sais pas qu'est-ce qui est bon ou pas. Et je ne dis pas que l'homme-sans-Dieu ne fait pas de bonnes choses.
Mais par rapport à la foi orthodoxe, qu'est-ce que la sainteté ? on peut être saint sans croire ? Et croire à quoi, le Christ suffit pour être saint sans tous les autres dogmes ?
Je ne veux pas dire d'imiter quelqu'un dans l'athéisme mais plutôt que même chez un athée, nous pouvons trouver un bon exemple à suivre. Je pense à des gens qui oeuvrent dans une cause humanitaire, un autre qui s'occupe des sidéens. Je les admire et me demande comment ils font pour s'impliquer alors qu'ils ne croient pas en Dieu.

Je pense alors à la Parole de Jésus lorsqu'il dit :"J'étais nu et tu m'as habillé ...." Et l'autre de répondre : "Quand est-ce que j'ai fait ça ? " Jésus réponds :"Lorsque tu l'as fait au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que tu l'as fais."


Sylvie-Madeleine

FABRE
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Re: Prier un saint d'une autre confession religieuse

Message par FABRE » mar. 19 oct. 2010 16:25

oui Sylvie, il est parmi des non-croyants de grands exemples de beauté et de bonté....et si la Lumière du Christ éclaire tout homme.....je pense qu'il est encore meilleur que celui qui se connait " éclairé " de Dieu et devient lui-même lampe...rende grâce à Dieu alors plutôt qu'à lui-même comme le ferait naïvement le " sans-Dieu " même " humaniste" !

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