Filioquisme, anti-filioquisme et pluralisme religieux

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V. Soloviev
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Filioquisme, anti-filioquisme et pluralisme religieux

Message par V. Soloviev »

Bonjour,
Prédication du pasteur Alain Houziaux au temple de l'Étoile à Paris le 4 novembre 2001 :

J'en viens à une querelle qui a divisé et qui divise toujours les églises chrétiennes. C'est la querelle du "filioque" qui a été à l'origine de la séparation entre les Églises d'Orient (les Églises que l'on appelle orthodoxes) et les Églises d'Occident (le catholicisme puis, à partir du seizième siècle le protestantisme).

Expliquons-nous. Le Symbole de Nicée Constantinople (qui est un Credo un peu plus tardif que le Symbole des Apôtres) énonce que le Saint-Esprit "procède du Père". Et, au dixième siècle, les églises d'Occident ont ajouté qu'il procédait du Père "et du Fils" ("filioque" en latin), alors que les églises d'Orient ont continué à dire qu'il "procédait" uniquement du Père et qu'il ne "dépendait" pas du Fils.

La question, c'est de savoir si la Parole de Dieu (Dieu en tant que Parole et Fils, c'est-à-dire en tant que deuxième personne de la Trinité) et l'Esprit (Dieu en tant qu'Esprit, c'est-à-dire en tant que troisième personne de la Trinité) sont, à côté du Père comme deux mains différentes de Dieu ayant une égale importance, ou si, au contraire l'Esprit est secondaire par rapport au Fils et s'il dépend de lui.

(...)

Quel est l'enjeu de cette querelle ? Pour les églises d'Occident, le Saint-Esprit n'est rien d'autre que l'esprit de Jésus-Christ, et ne peut agir que dans ceux qui se réclament de l'esprit de Jésus-Christ. Au contraire, pour les Églises orthodoxes d'Orient, le Saint-Esprit a la même importance que Jésus-Christ et est indépendant de Jésus-Christ. Ainsi le Saint-Esprit peut agir indépendamment du Christ y compris dans des cultures non spécifiquement chrétiennes.

L'enjeu de cette querelle, c'est donc de savoir si l'on peut être animé par l'Esprit de Dieu sans pour autant confesser que Jésus-Christ est le Fils de Dieu. C'est de savoir si les juifs, les bouddhistes, les musulmans, les agnostiques et les athées peuvent être animés par l'Esprit de Dieu de la même manière que les chrétiens. Et c'est aussi de savoir si, pour s'approcher de Dieu, la reconnaissance de Jésus-Christ comme Fils de Dieu est la seule voie possible, ou si on peut également s'approcher de Dieu par ce que produit l'Esprit (le sens esthétique, le sens moral, les œuvres sociales, la spiritualité soufi, etc.).

Et le problème, c'est aussi de savoir si le Saint-Esprit, c'est seulement ce que nous communique Jésus-Christ (et alors être chrétien, c'est être animé par l'esprit du Christ) ou si l'Esprit est aussi ce qui nous tourne vers Jésus-Christ et nous incite à le reconnaître comme le Fils de Dieu. Ou pour dire les choses autrement : est-ce que Jésus-Christ est le Fils de Dieu en lui-même, ou bien est-ce qu'il devient le Fils de Dieu parce que, animés par l'Esprit, nous le reconnaissons comme tel ? Et, de la même manière, on peut poser la question : est-ce que la Bible est la Parole de Dieu en elle-même et par elle-même ou est-ce qu'elle le devient lorsque nous la lisons en étant illuminés par l'Esprit ?

Et dans cette querelle je vous dirais que je me situe plutôt du côté des Églises orthodoxes.


Source : http://www.eretoile.org/elements/Predic ... ritAH.html

Je suis tombé par hasard sur ce texte, qui m'a vivement interpelé. Puis-je savoir ce que vous en pensez ?

Merci.

V. Soloviev

Jean-Marc
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Message par Jean-Marc »

Ce pasteur n'a rien compris au sens de l'antifilioquisme oriental. Il oublie que si le Saint-Esprit ne procéde effectivement ontologiquement que du Père, il est envoyé dans le monde par le Fils. Ce n'est pas le Père qui envoie l'Esprit sur les hommes pour les convaincre de voir dans l'homme Jésus le Fils de Dieu. Professer le Credo de Nicée dans sa version originale ne consiste pas à relativiser le rôle de Jésus-Christ dans une énième version de l'hérésie adoptianiste qui nie tout bonnement l'Incarnation du Verbe éternel de Dieu.

Sylvie
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Message par Sylvie »

C'est de savoir si les juifs, les bouddhistes, les musulmans, les agnostiques et les athées peuvent être animés par l'Esprit de Dieu de la même manière que les chrétiens.
Je ne crois pas que le Saint Esprit agit de la même manière.
Voici un extrait de l'Évangile selon Saint Jean 14, 15-17

Si vous m'aimez, vous garderez mes commandements ; et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu'il soit avec vous à jamais, l'Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir, parce qu'il ne le voit pas ni ne le reconnaît. Vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure auprès de vous (var. "Il est en vous.")
Je crois que l'Esprit Saint peut éclairer les consciences des hommes en général. La loi naturelle des commandements est inscrite dans le cœur de tout être humain.

Je crois qu'il peut apporter la lumière de la Vérité de la foi à tout être humain lorsqu'Il voit de bonnes dispositions à accueillir cette vérité et à changer en conséquence de cette vérité.

La variante "Il est en vous." me semble importante. Je crois que l'Esprit Saint éclaire le Chrétien, attaché au Cep, de l'intérieur puisque la Trinité habite en lui et non de l'extérieur comme dans la nuée pour les prophètes dans l'Ancien Testament.

Cher Jean-Marc,

Pourquoi selon vous, Jésus prie le Père d'envoyer l'Esprit-Saint ?



Sylvie

GIORGOS
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Message par GIORGOS »

Dans la citation, le pasteur Alain Houziaux dit:
Le Symbole de Nicée Constantinople … est un Credo un peu plus tardif que le Symbole des Apôtres…


Mais quelle machin est ce « symbole des apôtres », inconnu dans la Tradition de l’Eglise et dans les écrits des Pères?
Giorgos
SEÑOR JESUCRISTO, HIJO DE DIOS, TEN PIEDAD DE MÍ PECADOR.

Jean-Marc
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Message par Jean-Marc »

Chère Sylvie, j'ai voulu faire un raccourci.
En réalité, l'Esprit-Saint procède du Père et se manifeste PAR le Fils. Saint Grégoire de Chypre disait : " L'Esprit se manifeste de toute éternité par le Fils, ou du Fils, dans lequel il repose." Jésus dit bien à ses apôtres, évoquant la Pentecôte, "Je vous enverrai le Paraclet...".
Le problème du filioque latin, c'est qu'ajouté au Credo de Nicée, il semble exprimer une réalité essentaliste, à l'égal de la procession du Père... et c'était certainement ce que voulait affirmer abusivement certains théologiens occidentaux. Compris comme désignant une manifestation "in hoc mundo" "en ce monde", il n'est pas contraire à la patristique grecque.

Sylvie
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Message par Sylvie »

Pour répondre à Giorgos,

Extrait du catéchisme de l'Église Catholique
Le symbole des Apôtres :

Je crois en Dieu,
le Père Tout Puissant,
Créateur du ciel et de la terre.
Et en Jésus-Christ, son Fils unique
notre Seigneur,
qui a été conçu du Saint-Esprit,
est né de la Vierge Marie,
a souffert sous Ponce Pilate,
a été crucifié, est mort
et a été enseveli,
est descendu aux enfers.
Le troisième jour est ressuscité des morts,
est monté aux cieux,
est assis à la droite de Dieu le Père
Tout Puissant,
d'où il viendra juger les vivants et les morts.
Je crois en l'Esprit Saint,
à la sainte Église catholique,
à la communion des saints,
à la rémission des péchés,
à la résurrection de la chair,
à la vie éternelle.
Amen.
Voilà pour le Credo que nous récitons en la place de celui de Nicée-Constantinople à la messe ou lorsque nous disons nos prières.

Remarquez que l'Esprit Saint passe quasiment inaperçu.

Amicalement

Sylvie
Dernière modification par Sylvie le mer. 05 oct. 2005 14:47, modifié 1 fois.

V. Soloviev
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Message par V. Soloviev »

Bonjour,
Sylvie a écrit :Remarquez que l'Esprit Saint passe quasiment inaperçue.
C'est pour cette raison qu'il est rapporté aux apôtres, puisqu'il est sensé exprimer une foi antérieure aux développements théologiques de la pneumatologie du IVème siècle.

V. Soloviev

Sylvie
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Message par Sylvie »

Cher Victor ?

Vous ne me ferez pas croire que les apôtres ne connaissait pas l'Esprit Saint après l'enseignement de Jésus. Relire la dernière scène dans l'Évangile de Saint-Jean ou Jésus parle à ses disciple de la venue du Paraclet envoyé par le Père. Relire les Actes des Apôtres pour la Pentecôte. Relire l'histoire de Philippe qui était transporté par l'Esprit Saint après avoir converti l'Eunuque. etc. etc. etc.

Il me semble que tout le développement de la théologie n'a pu se construire qu'à partir de ce qui est dit dans la Parole.

Pour le Symbole des apôtres, voici ce qui est dit dans le CEC (catéchisme de l'Église Catholique)
No 194

Le Symbole des apôtres, appelé ainsi parce qu'il est considéré à juste titre comme le résumé fidèle de la foi des apôtres. Il est l'ancien symbole baptismal de l'Église de Rome. Sa grande autorité lui vient de ce fait : "Il est le symbole que garde l'Église romaine, celle où a siégé Pierre, le premier des apôtres, et où il a apporté la sentence commune."
Note de saint Ambroise, symb. 7.
No 196

Notre exposé de la foi suivra le Symbole des apôtres qui constitue, pour ainsi dir, "le plus ancien catéchisme romain". L'exposé sera cependant complété par des références constantes au Symbole de Nicée-Constantinople, souvent plus explicite et plus détaillé.
Ensuite chaque article du Credo sont repris pour expliquer la foi Catholique.

Amicalement

Sylvie

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

Il n’y a pas eu “développement” de la Théologie. La foi « a été transmise aux Saints une fois pour toutes » (Jude 3)? Elle a été formulée et explicitée graduellement dans l’Églis, et les Pères et les Conciles ont du livrer de dures batailles pour préciser les concepts et les formules nécessaires pour cette explicitation.

Le Symbole du Ier Concile œcuménique, de Nicée, a été rédigé comme texte exact et immuable de la foi reçue par l'Église. Auparavant étaient utilisés dans différentes Églises locales divers textes. Ces textes, dont certains nous sont parvenus, restent des témoignages historiques vénérables, mais sous l'inspiration de l'Esprit Saint, les Pères du Concile de Nicée ont donné une formulation parfaite, qui a depuis été reprise par les Conciles et par les Pères.

En ce qui concerne le Symbole dit “des Apôtres”, je reproduis seulement un texte de mgr Basile Krivochéine, qui a été récemment republié :

« Même s’il contient des éléments anciens, remontant à la période apostolique (comme d’ailleurs dans tous les symbloes anciens) il n’est en réalité qu’un modification tardive du symbole baptismal de l’Église de Rome des IIIe-Ve siècles. À l’origine, sa langue était le latin. Son texte actuel, formé au plus tôt aux Ve-VIe siècles en Occident, demeura tout à fait inconnu à l’Orient orthodoxe, quoique il ait été traduit en grec ultérieurement. Il a toujours été un symbole local, particulier, surtout baptismal, et jamais les représentants de l’Occident n’avaient tenté de le citer ou de s’y référer aux Conciles œcuméniques. Ce fut au pseudo-Concile de Ferrare-Florence en 1439-1440 que pour la première fois les latins tentèrent de s’appuyer sur ce texte pour esquiver la question du Filioque (Comme on le sait, l’article concernant le Saint-Esprit dans le Symbole des Apôtres se borne aux paroles : Credo in Spiritum Sanctum, sans rien dire sur Sa procession). Ils se heurtèrent à la résistance de saint Marc d’Éphèse qui déclara que ce Symbole était inconnu à l’Église. »

Mgr Basile rappelle que certains théologiens récents ont proposé que l’Église orthodoxe reconnaisse ce Symbole comme un document ancien et respectable. Il poursuit en concluant qu’il est difficile d’accepter l’utilité et le bien fondé d’une telle reconnaissance. En effet le Symbole “des Apôtres”, sans contenir d’éléments cobtraires à la foi, est manifestement insuffisant pour être reconnu comme un symbole officiel de l’Église. Sa reconnaissance, même partielle, nuirait au caractère unique et immuable du Symbole de Nicée-Constantinople. « L’Église ne rejette pas le Symbole “des Apôtres”, elle ne connaît simplement pas. »
Jean-Louis Palierne
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V. Soloviev
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Message par V. Soloviev »

Bonsoir,

Je crois que dans l'Eglise catholique romaine, le Symbole des Apôtres a surtout une importance au niveau de la dévotion privée. Il est en effet plus aisé à mémoriser et à réciter. Par contre, d'un point de vue théologique, c'est bien entendu le Credo de Nicée-Constantinople qui a la primauté. C'est lui par exemple qui est récité lors de la liturgie.

V. Soloviev

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

Non, dans l'Église catholique actuelle le Symbole dit "des Apôtres" fait figure de texte de base. Le texte du No 196 du Catéchisme catholique est particulièrement explicite à cet égard. Le Symbole de Nicée-Constantinople est cité à titre complémentaire, parce qu'il n'est plus possible à l'Église catholique d'ignorer les textes de base de l'Église orthodoxe. Mais c'est le texte du Symbole dit "des Apôtres" qui est utilisé comme cadre de l'exposition développée de l'Église catholique. D'autre part à la messe catholique on récite le Symbole dir "des Apôtres".
Jean-Louis Palierne
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GIORGOS
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Message par GIORGOS »

Bien, qu’avons nous?
Le “symbole des Apôtres » est un texte bien tardive, ( le premier témoignage connu est au sud de la France au IXème.siècle) et son appartenance a la tradition latine est seulement une conjecture d’après de les questions faites au candidat au baptême selon on lit dans St. Hyppolite de Rome « l’antipape ». Bien tardive et bien pauvre, par ailleurs, dans son exposition théologique comme le fait noter Sylvie, au point de ne pas dire même que le Saint Esprit est Dieu...
Il y a un très grave erreur en soutenir, comme le fait Viktor S. qu’il y a un développement dans la connaissance de la Foi dans l’Eglise, comme si la Révélation eusse été caché précisément a la personne du Christ qui l’a fondé et à le Saint Esprit qui l’a animé avec sa souffle.
Cela revient à dire que les Apôtres censés selon Viktor S. d’avoir rédigé ce « credo », n’avaient pas la plénitude de la Révélation des le premier moment de la Pentecôte.
Giorgos
SEÑOR JESUCRISTO, HIJO DE DIOS, TEN PIEDAD DE MÍ PECADOR.

Jean-Marc
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Message par Jean-Marc »

Le Credo dit "des Apôtres" est présenté par le missel romain comme une alternative au Symbole de Nicée pour la récitation ou le chant à la Messe. Le célébrant peut fort bien ne jamais utiliser cette possibilité et réciter ou chanter avec ls fidèles le Symbole de Nicée.
Je me demande même si cette alternative n'est pas historiquement une innovation de la traduction française du missel romain qui a été finalement introduite dans l'editio typica latine de 2000.

Sylvie
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Message par Sylvie »

Je pense que ça fait plus longtemps que cela que les catholiques disent le symbole des apôtres. Peut-être depuis Vatican II. Avant je ne sais pas, les messes étaient en latin.

Ce Credo est plus court donc il est souvent choisi.

Sylvie

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

Avant il était obligatoire. C'était le "Credo" de la messe latine. Je ne sais plus quand on utilisait le Symbole de Nicée (en tout cas rarement). Toutes les grandes compositions musicales modernes de la messe latine utilisent ce texte. Au XVIIème siècle le musicien néo-grégorien Henry du Mont en a donné des versions dans les huit tons grégoriens dont l'une au moins figurait encore naguère dans les missels latins; Elle était d'usage très courant dans les paroisses. L'usage de chanter le "Credo" est apparu je pense avec la Contre-Réforme. Auparavant, en Occident comme en Orient on disait le Credo et le Notre Père. C'est pourquoi il n'en existait pas en musique grégorienne ancienne. L'Église russe a adopté l'usage latin de les chanter depuis l'introduction de la musique latine au XVIIème siècle. L'Église latine s'est vraiment mise à se réintéresser au Symbole de Nicée à partir du moment où dans les dialogues œcuméniques (alors que l'œcuménisme naissant était encore un dialogue, et non un syncrétisme) les théologiens catholiques ont commencé à s'apercevoir qu'ils avaient du mal à justifier leur rejet de l'Orthodoxie, c'est-à-dire leur oubli de la Tradition antique.
Jean-Louis Palierne
paliernejl@wanadoo.fr

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