Missionnarité de l'Eglise

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theodore
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Missionnarité de l'Eglise

Message par theodore »

Quant on voit l'activisme de certaines églises protestantes , y compris dans des territoires aussi hostiles que l'Indonésie ou à un moindre degré l'Algérie on se demande ce que font les églises catholiques de plus en plus timorées (et portées à un stérile dialoguisme avec l'islam) mais aussi les églises orthodoxes qui jusqu'ici semblaient repliées sur elles-mêmes?
Comment inverser la tendance et relancer une forte activité missionnaire.
J'ai lu que les églises orthodoxes patriarcat grec d'Alexandrie mais aussi le patriarcat copte commençaient à percer en Afrique sub-saharienne... enfin...
Y a -t-il une méthode (autre que l'activisme forcené des sectes protestante) pour réussir une évangélisation , orthodoxe de préférence(déjà il n'ya pas de passif colonial , un plus pour les missions orthodoxes par rapport à leurs équivalents catholiques , anglicans et protestants)?
La Croix est la volonté prête à toutes les douleurs.
Saint Isaac de Nisibe dit le Syrien
Sylvie
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Message par Sylvie »

Est-ce que l'Église Orthodoxe est préparée à recevoir les convertis ?

Est-ce qu'il y a des cathéchèses ou préparation à la vie de foi Orthodoxe ?

C'est beau convertir une foule de gens. Ils se convertissent à quoi au juste ?


Sylvie
Alexandr
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Message par Alexandr »

Surtout quand je vois cela par le docteur Kalomiros :
Supposons qu'une personne décide soudainement de devenir orthodoxe et amène tous les catholiques à l'Orthodoxie. Ce changement extérieur pourra-t-il faire un seul orthodoxe véritable de ces millions de catholiques ? Supposons encore qu'ils aient toute la bonne volonté d'apprendre par coeur tous les dogmes de l'Orthodoxie ainsi que toute la bonne volonté de les croire : ils ne pourront pas faire un seul pas vers l'Orthodoxie. Parce que l'Orthodoxie n'est pas seulement une série de dogmes ou d'habitudes, mais quelque chose de plus profond et de plus substantiel, une orientation de vie et de pensée. C'est un souffle, le souffle de la Tradition qu'on ne peut pas apprendre par les livres, mais qui se transfuse d'un être vivant à un autre être vivant, de père en fils, de mère en fille, de frère en frère, d'ami en ami, de prêtre en prêtre, de moine en moine, d'un père spirituel à un fils spirituel, «non par l'encre et le papier, mais de bouche à bouche», d'âme à âme, et tout cela dans l'action mystérieuse de l'Église, dans l'ambiance du saint Esprit, dans la durée, peu à peu, avec la lenteur du développement d'un organisme.
Là, je trouve qu'il tombe dans les choux (et pas seulement là, mais c'est une autre histoire). Ma première pensée après la lecture de ce passage a été : "Mince alors! Je pourrais même pas devenir orthodoxe si je le voulais".
Ce n'est pas le chemin idéal pour se rapprocher de l'orthodoxie, mais moi, je me suis approcher après avoir lu ici depuis au moins six mois les divers discussion, après avoir saisi ce qui était à peu près juste dans le texte de Kalomiros (celui où il parle de l'Europe, qui était sur le site [url] http://www.e-monsite.com/orthodoxie2004 ... 02237.html qui ne marche plus.
Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur »

Alexandr a écrit :Surtout quand je vois cela par le docteur Kalomiros :
Supposons qu'une personne décide soudainement de devenir orthodoxe et amène tous les catholiques à l'Orthodoxie. Ce changement extérieur pourra-t-il faire un seul orthodoxe véritable de ces millions de catholiques ? Supposons encore qu'ils aient toute la bonne volonté d'apprendre par coeur tous les dogmes de l'Orthodoxie ainsi que toute la bonne volonté de les croire : ils ne pourront pas faire un seul pas vers l'Orthodoxie. Parce que l'Orthodoxie n'est pas seulement une série de dogmes ou d'habitudes, mais quelque chose de plus profond et de plus substantiel, une orientation de vie et de pensée. C'est un souffle, le souffle de la Tradition qu'on ne peut pas apprendre par les livres, mais qui se transfuse d'un être vivant à un autre être vivant, de père en fils, de mère en fille, de frère en frère, d'ami en ami, de prêtre en prêtre, de moine en moine, d'un père spirituel à un fils spirituel, «non par l'encre et le papier, mais de bouche à bouche», d'âme à âme, et tout cela dans l'action mystérieuse de l'Église, dans l'ambiance du saint Esprit, dans la durée, peu à peu, avec la lenteur du développement d'un organisme.
Là, je trouve qu'il tombe dans les choux (et pas seulement là, mais c'est une autre histoire). Ma première pensée après la lecture de ce passage a été : "Mince alors! Je pourrais même pas devenir orthodoxe si je le voulais".
Ce n'est pas le chemin idéal pour se rapprocher de l'orthodoxie, mais moi, je me suis approcher après avoir lu ici depuis au moins six mois les divers discussion, après avoir saisi ce qui était à peu près juste dans le texte de Kalomiros (celui où il parle de l'Europe, qui était sur le site [url] http://www.e-monsite.com/orthodoxie2004 ... 02237.html qui ne marche plus.
Ne déduisez pas du texte de Kalomiros (qui, de toutes façons, n'avait pas la science infuse) que l'on ne puisse pas devenir orthodoxe. Ce qu'il veut dire, c'est que l'on ne peut pas avoir de l'Orthodoxie une connaissance purement livresque.
La tradition orthodoxe valorise l'expérience. Si nous aimons à citer les Pères, c'est parce qu'ils nous parlent d'un pays où ils sont allés. L'importance de l'expérience explique aussi que l'on valorise la transmission de personne à personne comme le fait Kalomiros dans le texte que vous citez. (Mais je crois que cela se retrouve dans toute tradition authentique et n'est pas propre à l'Orthodoxie).
Là où Kalomiros a raison, c'est que ce n'est pas parce qu'un Pape déciderait soudain de ramener toute l'Eglise catholique romaine dans le sein de l'Orthodoxie que cela marcherait d'un point de vue spirituel. Cela me rappelle une phrase de Jean-François Mayer: "L'expérience a montré que ce n'est pas parce que des anglicans ou des vieux-catholiques ne reconnaissent plus que sept conciles oecuméniques et mettent des icônes dans leurs églises qu'ils deviennent pour autant orthodoxes." Ce qu'il veut dire par là, c'est que l'Orthodoxie n'est pas une idéologie.
Cette remarque explique aussi la situation difficile des ecclésioles qui apparaissent ici ou là en se proclamant orthodoxes (et parfois en voulant l'être), mais qui sont des créations sui generis, sans être greffées sur le tronc de l'Eglise. Il leur manque toujours quelque chose de particulier, une plénitude qui vient de la vie dans l'Eglise.
Bien, la chance que vous avez si vous vivez en France, c'est qu'il y a plusieurs monastères (comme celui de Saint-Antoine-le-Grand à Saint-Laurent-en-Royans dans le Vercors) où vous pourrez goûter à la tradition vivante telle que la décrit Kalomiros.
Si un jour vous deveniez orthodoxe, je vous conseille aussi le voyage en Grèce ou en Roumanie avec les yeux bien ouverts. Il n'est pas obligatoire d'y passer longtemps. Si vous venez à Athènes en cherchant la vie orthodoxe, vous apprendrez beaucoup plus en cinq jours que quelqu'un qui y passerait toute une vie en n'ouvrant pas les yeux. Car, au milieu de la métropole interlope avec ses aspects fort déplaisants, il reste toujours une foi vécue traditionnelle qui se manifeste à celui qui veut bien la voir.
Je vous assure que de courtes rencontres peuvent vous apprendre plus que vous ne pouvez l'imaginer. Je me souviens encore de ce paysan rencontré à Ieud dans le Maramures et qui était littéralement porteur (et transmetteur) du souvenir de la résistance orthodoxe à l'uniatisme dans cette région... trois sièces plus tôt.
GIORGOS
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Message par GIORGOS »

Cher Alexandr,

Ce que dit votre homonyme (*) à propos d’une conversion formel, comme le serait une « union des églises » par le sommet, c’est la vérité.
Une conversion vraie commence par une metanoia personnel, non pas par « l’obséquieux assentiment de l’intelligence » mais par un change dans le sens de la vie.

« L’Orthodoxie n’est pas une religion, l’Orthodoxie est la manière correcte de vivre » on dit à Grèce.

Des livres vous pouvez apprendre beaucoup, mais il vous faut un contact même physique avec des orthodoxes, au moins pour pouvoir être baptisé.

Dieu qui sonde les reins et les cœurs et qui loue la bonne intention sait plus que nous tous, et au malfaiteur de droite l’a envoyé au Paradis par sa droite confession de foi.
Mais Il l’avait vu et l’avait écouté… !
Et l'autre L’avait vu et L’avait écouté… !
Sommes nous dans la même situation ?

Et si vous, par exemple, ne pouvez pas pour votre éloignement géographique vous voir avec un prêtre ou un moine que vous enseigneront comme des maîtres, au moins pouvez avoir de temps à temps ses conseils par lettre.


(*) Le Dr. Kalomiros.
Giorgos
SEÑOR JESUCRISTO, HIJO DE DIOS, TEN PIEDAD DE MÍ PECADOR.
eliazar
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Missionarité de l'Église

Message par eliazar »

Et moi aussi, j'aime bien ce passage lyrique, enflammé, typiquement méditerranéen de notre bon Alexandre Kalomoros !
Supposons qu'une personne décide soudainement de devenir orthodoxe et amène tous les catholiques à l'Orthodoxie. Ce changement extérieur pourra-t-il faire un seul orthodoxe véritable de ces millions de catholiques ? Supposons encore qu'ils aient toute la bonne volonté d'apprendre par coeur tous les dogmes de l'Orthodoxie ainsi que toute la bonne volonté de les croire : ils ne pourront pas faire un seul pas vers l'Orthodoxie. Parce que l'Orthodoxie n'est pas seulement une série de dogmes ou d'habitudes, mais quelque chose de plus profond et de plus substantiel, une orientation de vie et de pensée.
Méditerranéen parce que, de toute évidence, un von Kalomirtz aurait nuancé plus doctement, dans un style plus sage; par exemple : "Supposons qu'une personne décide soudainement de devenir orthodoxe... elle serait ensuite obligée de considérer point par point toutes les difficultés que cette décision soudaine entraînera dans sa vie quotidienne. etc.."

Ou bien, il aurait encore ajouté: " Supposons que cette personne vive dans un pays où le catholicisme et l'orthodoxie sont considérés comme des religions auxquelles la conversion est assimilée à un délit durement punissable, comme certains pays musulmans : cette personne n'aurait aucune chance d'amener tous les catholiques à l'orthodoxie avant d'être empalée, décapitée, etc. etc. En foi de quoi, je considère que ce Dr Kalomiros est un Grec un peu barjot...".

Pardonnez ma traduction boîteuse, je n'ai pas trouvé le mot allemand pour barjot.

Mais n'étant pas ce Von Kalomirtz, je pense que le Dr Kalomiros a tout de même raison, si j'en crois ma propre expérience. J'ai vécu quatre années dans un ensemble de communautés dont les fidèles, tous néo-orthodoxes, avaient simplement suivi de confiance leur "chef spirituel" dans toutes les "ecclésioles" qu'il avait lui-même choisies au cours de sa longue errance, voire même fondées lorsqu'il n'en trouvait pas qui convinssent à sa pointure.

Une fois ce meneur d'âmes devenu orthodoxe, il a obtenu que son clergé soit fait orthodoxe sans examen sérieux préalable et par pure économie (j'ai bien retrouvé là le supposé délirant d'un Kalomiros-dans-les-choux semblable à celui qu'a lu notre cher Alexandr).

Eh! bien, plusieurs années plus tard, ses prêtres ne connaissaient encore ni la base de la théologie orthodoxe, ni même les règles élémentaires de la déambulation du clergé au cours de la Liturgie dominicale, pour ne rien dire de divers offices moins fréquemment célébrés. Lui-même hésitait souvent, et devait se reprendre.

Ses paroissiens (des diverses paroisses que j'ai fréquentées) continuaient à se signer à la latine, et à considérer que "çà n'a aucune importance" (traduisez : çà n'a aucun SENS"), à vénérer Jeanne d'Arc, François d'Assise ou le Curé d'Ars - tandis que lui-même les conduisait en pélerinage sur la tombe de Marthe Robin, de l'Abbé Julio ou de Jean-Marie Vianney, accompagnés par son clergé... et récitant tous ensemble le chapelet catholique dans les églises catholiques romaines de ces lieux de pélerinage si peu orthodoxes.

Et en prime, il rassurait par exemple une de ses paroissiennes qui avait gardé (de leurs anciennes pérégrinations dogmatiques communes, sans doute!) l'habitude de venir à la Sainte Liturgie avec son chien, de le faire asseoir sur une chaise à côté d'elle, et de lui donner à manger l'antidoron lorsqu'elle revenait de la sainte Eucharistie. Il lui en confirmait l'autorisation.

Sur la foi de cette expérience vécue (et revécue de nombreuses fois, pendant ces années sans constater le moindre progrès de part ni d'autre) j'ajouterai donc à cette exclamation un peu trop vaguement lyrique d'Alexandre Kalomiros le rappel des canons qui interdisent d'admettre dans le clergé des récents convertis. J'ai beau savoir que, par économie, de nombreux Évêques orthodoxes passent outre, dans l'intérêt du troupeau - je déplore en tout cas que cela puisse aboutir à ce qu'un ancien moine du grand habit (ayant défroqué et s'étant marié deux fois par la suite) soit élevé à la dignité de prêtre responsable d'une grande paroisse alors que dans l'entrée de son foyer le seul signe religieux exposé à la vue des visiteurs soit un autel à Bouddha où brûle nuit et jour une veilleuse d'huile, parce que son épouse est bouddhiste.

Et je me borne à l'exemple le plus indiscutable (parce que public), mais j'en ai constaté bien d'autres, avec effarement. Tout cela pour dire, en gros, que Kalomiros n'a pas tort.

L'orthodoxie, cela demande beaucoup de temps. L'orthodoxie, cela doit se vivre. L'orthodoxie, cela nécessite de s'immerger : d'abord trois fois dans l'eau baptismale, et par la suite des milliers de fois dans le peuple orthodoxe de l'Église.

Mais je ne suis pas d'accord avec votre crainte, cher Alexandr :
Mince alors! Je pourrais même pas devenir orthodoxe si je le voulais"
... parce que c'est justement si vous le VOULEZ que vous irez d'abord demander à être immergé (baptisé) et que tout commencera enfin, de votre vie orthodoxe au sein de l'Église Orthodoxe. Et çà durera ce que çà doit durer ! Pour moi, cela dure depuis plus d'une vingtaine d'années et je lis tous les jours ou presque les nouveaux messages sur ce Forum pour en apprendre un peu plus !

Alors, bon courage, et ... :
< Demeurons dans la Joie. Prions sans cesse. Rendons grâce en tout... N'éteignons pas l'Esprit ! >
Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève »

Kalomiros n’a pas tort dans l’interprétation qu’en font Eliazar et Giorgos. Mais je trouve quand même qu’il pousse le bouchon un peu loin si je me borne à son texte. Autant j’ai vibré à son Fleuve de feu, autant l’extrait cité ici m’interroge car ce ne sont pas seulement les anciens ktos qui sont exclus de l’orthodoxie apparemment sans espoir, mais tous les convertis. Eh ! Y aurait-il une orthodoxie transmissible « de père en fils, de mère en fille, etc. » si des fous ne s’étaient mis en tête de convertir ces Grecs platoniciens ou astrolâtres, ces Perses au passé dualiste et qui vénéraient le feu, ces Egyptiens qui mettaient Dieu au féminin, ces Arabes de Mésopotamie ou d’Arabie heureuse qui faisaient commerce d’encens avec tous les idolâtres, ces Romains le nez coincé dans leur juridisme, ces Gaulois bons vivants et presque trop bons artisans, ces Daces qui n’hésitaient pas à appeler leurs gamins « gros serpent » (Drago, entendu par des oreilles latines), ces Slaves du sud qui n’avaient même pas d’écriture, ces Slaves et ces Varègues tueurs de loups, ces Arméniens paumés dans leurs montagnes, ces Ethiopiens qui ne pouvaient même pas avoir la peau de la même couleur que tout le monde, ces Irlandais qui faisaient courir des chevaux sans char… ? J’ai dû en oublier quelques uns au passage. Orthodoxes « de souche » ou nouvellement greffés, nous sommes tous les enfants d’un effort missionnaire qui, ne l’oublions pas, obéit au commandement du Christ au moment de son Ascension.
J’aimerais bien pouvoir remettre le texte de Kalomiros dans son contexte. Je sais trop combien une citation isolée peut déformer la pensée d’un auteur.
Le mot allemand pour barjot serait sans doute läufer, mon cher von Kalomirtz. En d’autres termes, celui qui court droit dans le mur. Vous auriez oublié votre langue supposée maternelle ?

Faut-il vraiment faire une règle de ne pas ordonner de nouveaux convertis ? J’ai vu aussi des orthodoxes « de souche » lamentables une fois sortis de leur village et immigrés à Paris, cela dans diverses juridictions, et Natacha, à L’Age d’Homme, m’a décrit un état antérieur à dresser les cheveux sur la tête d’un chauve de la cathédrale Saint-Sava fréquentée alors uniquement par des Serbes, orthodoxes depuis des générations – qui n’hésitaient pas à se battre physiquement dans la nef pendant que le prêtre et le diacre tentaient de célébrer la divine liturgie. Depuis, cela s’est plus que nettement amélioré et la ferveur y est palpable, grâce soit rendue à ceux qui l’ont reprise en mains ! Et j’ai des contre-exemples de prêtres néo-orthodoxes qui savent leur théologie sur le bout du doigt, qui célèbrent aussi bien que quiconque et dont le souci pastoral est indéniable. Y compris le seul et véritable père Noël qui est orthodoxe comme chacun sait à Paris où il préside aux destinées de la paroisse francophone roumaine intra muros.
Les premiers évêques, de saint Polycarpe à saint Lin, etc., étaient tous des nouveaux convertis. Les premiers martyrs aussi, ô Blandine !
Ce n’est pas là le problème. Ouvriers de la première comme de la onzième heure, on le sait, recevront le même salaire et l’Esprit Saint peut amener des maturations intérieures accélérées si l’homme s’ouvre vraiment à son enseignement. Ce sera plus enraciné pour nos enfants et petits enfants qui n’auront pas à se déprendre d’un enseignement faussé ? Certes. Mais ils auront à vaincre un autre obstacle aussi redoutable : la routine, mère de l’acédie.
Le mal converti dont parle Eliazar n’a d’orthodoxe que l’étiquette, c’est évident. Il y en a quelques autres du même tonneau, de Babar à Son Enflure de Toutes les Puces, mais je ne vois pas pourquoi mettre tous les néo-orthodoxes, fidèles et prêtres, dans le même panier. Pas plus que les orthodoxes sociologiques ne sont tous des saints, dommage d’ailleurs, les néos ne sont pas tous des guignols !
Il faut une transmission vivante, d’homme à homme. C’est indispensable. Le temps qu’elle prend et sa profondeur dépend de chacun, quelle que soit l’heure à laquelle il arrive à vigne, et de sa relation intime avec Dieu.

Comment ont fait les Russes pour évangéliser la Sibérie ou l’Alaska ? Comment ont fait autrefois Cyrille et Méthode pour évangéliser les Slaves ?
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."
Alexandr
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Message par Alexandr »

Je me permets un petit hors-sujet...

Attention, c'est long...
L'Idolâtrie
L'Européen est caractérisé par un terrible antagonisme : l'opposition de l'homme extérieur et de l'homme intérieur. L'Européen est différent dans les apparences de ce qu' il est réellement. Il vit et se meut dans le mensonge du conventionnel. Toute sa civilisation est une addition de mensonges conventionnels auxquels il s'est adapté. Il est égocentrique à l'extrême, mais il se comporte avec les autres avec une politesse absolue, presque recherchée.

Dans les pays sous-développés, là où les hommes n'ont pas encore la sophistication de la civilisation européenne, chacun exprime peu ou prou son monde intérieur avec une certaine liberté et simplicité qu'on ne retrouve pas en Europe. Leurs manières sont abruptes, mais les hommes sont plus vrais. En Europe, ceci est tenu pour un manque de civilisation et de développement spirituel. Ainsi, on en est arrivé à considérer que la civilisation se trouve dans le jeu continuel de l'hypocrisie, ce "sépulcre blanchi, rempli de putréfaction" (Mt 23,27). On nettoie continuellement l'extérieur de la coupe pour paraître propre aux hommes (Luc 11,39; Mt 23,25-26).

Mais comme il arrive pour les Pharisiens, ce mensonge continuel dans lequel ils vivent ne les humilie nullement. Au contraire leur perfection extérieure les remplit d'assurance quant à leur supériorité. Le signe le plus caractéristique des Européens, c'est l'orgueil ! Ils voient d'en haut tous les autres peuples qu'ils considèrent comme "non-civilisés" ou "sous-développés"

Il se peut que certains parmi eux s'intéressent beaucoup aux besoins des autres. Les individus, les groupes ou les nations et surtout les sous-développés pour lesquels ils nourrissent des sentiments de pitié. Mais au fond, ils s'intéressent aux autres comme un entomologiste s'intéresse aux insectes. Ils ont pour les hommes des sentiments inférieurs à l'amour qu'ils ont pour un chien.

Ils ont de leur civilisation la même haute idée qu'ils ont d'eux-mêmes. Ils n'acceptent rien sans le passer au crible de leur esprit critique dont ils sont fiers. Ils considèrent comme relatives toutes les valeurs, même celles qu'ils acceptent, et discutent avec une apparente profondeur de tout ce que l'humanité a cru.

Leur attitude habituelle est celle des agnostiques bien disposés qui sont prêts à être d'accord avec vous, en vous laissant comprendre, naturellement, qu'on ne peut rien prouver à tout ce que vous leur dites, et que par conséquent, vous les indifférez.

Il y a pourtant une seule chose qui ne passe jamais par l'esprit de ces agnostiques : c'est de mettre en doute la valeur de leur civilisation. Jamais une civilisation ne fut supérieure à la leur. Il se peut qu'ils remettent en cause ou discutent ou contestent différents problèmes d'ordre partiel et mineurs concernant leur culture, et que dans le détail, ils parviennent même à exprimer de fortes oppositions, mais jamais ils ne mettent en doute la justesse de la ligne générale de leur civilisation.

La civilisation de l'Europe est basée sur une religion, une religion que personne ne veut appeler ainsi, car il ne s'agit pas du culte d'une ou de plusieurs divinités, mais du culte de l'homme.

La religion des anciens Grecs et leur civilisation n'étaient rien d'autre que le culte de l'homme. Si la civilisation de la Grèce antique a trouvé un tel écho dans le cÏur des Européens, c'est justement à cause de cette ressemblance intérieure.

Comme les anciens Grecs, ainsi les Européens ont divinisé la raison de l'homme, ses passions, ses forces psychiques et ses faiblesses. En un mot, ils ont fait de l'homme le centre, la mesure, et le but de tout. C'est en l'homme que la civilisation de l'Europe prend sa source. Elle existe pour l'homme et tire de l'homme sa justification.

Il se peut qu'il y ait discorde quant aux moyens par lesquels se réalisera l'amélioration de la vie de l'homme. Il se peut qu'il y ait des différences dans la manière de rendre le culte à l'homme. Il se peut qu'en prenant l'homme comme mesure on arrive à certains résultats, mais toujours et pour tout, l'homme est le centre autour duquel tout gravite, la source de leur inspiration et le but de leur effort.

Telle est l'Europe.

Quelle que soit la religion qu'il croit posséder, au fond sa religion n'est autre que l'adoration de l'idole homme. L'Européen a cessé de voir en l'homme l'image de Dieu. Il y voit simplement l'image de lui-même.

En d'autres termes, la religion de l'Europe, c'est la vieille religion de l'humanité, celle qui a séparé l'homme de Dieu. Le but de Dieu, c'est de déifier l'homme. Mais l'homme égaré par le diable a cru qu'il pouvait devenir dieu sans la grâce du Créateur, de sa propre initiative et par ses propres efforts seulement. Il s'est empressé de goûter à l'arbre de la connaissance avant qu'il soit mûr pour une telle nourriture.

Le résultat fut que ses yeux s'ouvrirent et qu'il connut le bien et le mal, vit sa nudité corporelle et spirituelle et en fut effrayé. Il ne supporta plus de regarder (en face) le Seigneur son Dieu et courut se cacher loin de sa Face. Il comprit qu'un grand abîme s'ouvrait entre lui et son Créateur. Alors le Père miséricordieux maudit la première cause de la catastrophe: le diable, "le serpent ancien". Dans son immense Amour Il promit déjà le salut : "Et Je mettrai l'inimitié entre toi (le serpent, le diable) et la femme (la sainte Vierge) et entre ta postérité et sa postérité (le Christ). "Celui-ci t'écrasera la tête et tu lui blesseras le talon" (Gen.3,15). Et pour que l'homme ne vive pas éternellement dans cet état de mort spirituelle, Il le chassa du paradis "de peur qu'il n'étende la main et ne prenne du fruit de l'arbre de la Vie, qu'il en mange et qu'il vive dans les siècles" (Gen 3,22). Dieu permit ainsi, par miséricorde et amour, la mort corporelle et la corruption, lesquelles, comme la mort spirituelle, ont été la conséquence de la rupture du contact (de l'homme) avec la source de la Vie, pour que l'âme ne reste pas pendant les siècles dans sa mortification spirituelle, son malheur et sa nudité. Ainsi l'homme séparé de Dieu et vivant la réalité continuelle de la mort est devenu esclave du diable.

C'était donc par réaction à l'expérience de sa nullité que l'homme a adoré l'homme en le proclamant dieu. En effet, les anciens avaient enseigné que l'âme était une partie de la substance divine, c'est-à-dire qu'elle est divine par essence et par conséquent n'a pas besoin de Dieu.

Cette volonté intérieure de l'homme de croire à sa propre divinité conjointe à l'effet de sa soumission aux puissances sataniques est la base de toute idolâtrie.

La religion de l'Europe n'est autre que cette idolâtrie primitive sous une forme moderne.

Papisme, protestantisme, humanisme, athéisme démocratie, fascisme, capitalisme, communisme, etc, et beaucoup d'autres choses nées en Europe, sont des expressions du même esprit "humanolâtre". La civilisation de l'Europe n'est pas autre chose que le résultat d'un effort constant et angoissant de l'homme de dresser son trône au-dessus du trône de Dieu. Il ne s'agit de rien d'autre que de la construction d'une nouvelle tour de Babel dans laquelle domine la confusion quant à la façon de la construire, bien que le but reste commun à tous.

L'idéal de l'Européen s'identifie avec l'idéal de Lucifer. Au fond, c'est le même mépris de la Bonté de Dieu, la même insulte envers son Amour, la même révolte et éloignement de sa Providence, la même ingratitude, la même marche dans le désert qui, au lieu de conduire l'homme en haut, où il croit aller, le conduit vers l'abîme de la mort.


Alexandre Kalomiros, médecin et théologien

SOURCE : http://perso.club-internet.fr/orthodoxie/bul/01.htm

L'Europe, pour tout le monde, est un pays chrétien. Mais en vérité, le diable est malin par excellence et ses plaisanteries ont des conséquences tragiques pour l'humanité. Le malheur, le plus grand malheur qu'ait jamais trouvé le monde a la Croix pour bannière. L'aristotélisme des théologiens occidentaux et leur assimilation de la pensée rationaliste de la Grèce antique, la transformation de la théologie en philosophie, l'altération de la foi, le papisme, la soif de puissance et des pouvoirs mondains, les croisades, les mélanges et les compromis de la religion avec la politique, l'inquisition, les missions qui se sont révélées être les avant-gardes des colonisateurs, les conquêtes, les guerres «sangsues» systématiques du sang des peuples, les orgies, les impostures, les humiliations et les tyrannies ont été faites au nom de la Croix.

Conséquemment à cette chute si tragique de la religion, il était naturel que l'athéisme et la Réforme jaillissent en tant qu'expression de la recherche de la délivrance et de la santé.

Il faut prêter attention au fait que l'athéisme ne s'est présenté en Europe ni comme un indifférentisme ou un agnosticisme, ni comme une simple disposition épicurienne ; l'athéisme de l'Europe n'a pas été une négation «philosophique». Il exprimait une forte haine contre le Dieu des chrétiens tel qu'ils L'avaient connu en Europe, c'était en fait une passion violente, une indignation de l'âme, un blasphème.

Dans l'Orient chrétien orthodoxe, de l'époque de Constantin le Grand jusqu'à la révolution grecque, on n'a jamais connu de pareils incidents. Les hommes de l'Orient avaient un Dieu complètement différent du Dieu qu'ont connu les hommes de l'Occident. C'est pour cela qu'ils n'ont jamais voulu Le renier, même s'ils étaient de grands pécheurs. Les premiers athées en Grèce nous sont venus de l'Europe. Leur athéisme s'est nourri des fautes des chrétiens et de l'altération de la vérité chrétienne qui a été faite en Occident.

La Réforme aussi peut apparaître comme une secte isolée, mais en réalité elle est née en tant que négation du catholicisme. Elle n'a jamais existé comme une doctrine à part entière ; au contraire, elle était et est toujours une opposition religieuse. Ce qui justifie cette négation, c'est la présence du catholicisme. Si le catholicisme disparaissait, elle perdrait sa raison d'être.

Alexandre Kalomiros

L'ÉCOLE DE L'OCCIDENT
Les controverses durent depuis des siècles en Occident et se font avec un «naturel» étonnant, et ceci parce que tous les participants, même s'ils ont des conceptions différentes, appartiennent à la même école.

Il est très difficile pour les Européens, et avant tout pour les protestants, les athées et les indifférents du point de vue religieux, de comprendre combien leur mentalité a reçu profondément le sceau de la papauté et combien leur propres conceptions négatives sont déterminées par les thèses correspondantes des adeptes de la papauté.

Le papisme a été le grand pédagogue de l'Occident. C'est lui qui a enseigné les premières lettres aux Européens et c'est lui qui les a initiés au rationalisme qu'il a hérité de la Grèce antique à travers Rome.

Le rationalisme a été l'âme de toutes les hérésies qui ont combattu le christianisme et tous les combats théologiques du christianisme sont dirigés contre lui. L'hérésie, c'est le refus d'accepter ce qui est au-dessus de la raison, et l'effort pour le transformer en quelque chose de rationnel. C'est la négation de la réalité vivante et l'acceptation de la conceptualisation pour la seule raison que le concept est compréhensible, tandis que la réalité vivante est quelque chose d'incompréhensible.

«L'Église» occidentale commença d'être imprégnée par le rationalisme bien avant le schisme. Le papisme et les différentes hérésies desquelles s'ornent maintenant «l'Église» de Rome ont eu le rationalisme pour base. Elles sont nées et ont peu à peu grandi à travers les siècles. L'éloignement (géographique) de Rome et les difficultés de contact ont contribué à ce que les premières déviations ne soient pas détectées à temps. Celui qui étudie l'histoire observera que l'Occident fut toujours pour le christianisme une province spirituelle. C'est en Orient que presque tous les problèmes spirituels et théologiques sont nés et ont trouvé leur solution. En Orient, les chrétiens se trouvaient dans une continuelle tension spirituelle. C'est par là que passaient tous les courants des hérésies, et c'est là que se trouvait la guerre spirituelle. Les occidentaux vivaient dans une sorte de confortable euphorie. C'étaient les enfants douillets de la chrétienté.

Les maladies de l'Orient étaient très aiguës. Elles étaient de la catégorie de celles qui créent des anticorps et développent l'immunité. Mais dans le même temps, en Occident, commençait une maladie chronique du genre de celles qui conduisent sûrement à la mort.

Le rationalisme porte en lui la présomption et la présomption amène l'isolement. L'isolement grandit avec la puissance mondaine. Or, à l'époque où l'Occident avait besoin plus que jamais de l'assistance spirituelle et de la conduite de l'Orient, se creusa entre eux un gouffre insondable.

L'Église latine, dans son effort de christianiser les peuples de l'Europe jusqu'alors barbares, au lieu de s'efforcer de les élever au sommet inaccessible de la foi et de la vie chrétienne, présenta le christianisme comme quelque chose de facile et d'agréable, espérant de cette façon porter plus vite les barbares au christianisme. Ainsi, au lieu d'élever les barbares, elle fit descendre l'Église. Elle rendit l'enseignement plus compréhensible, plus rangé, plus systématique, plus scientifique. C'est ainsi que commença la propagation du rationalisme et l'altération de la foi chrétienne. Le christianisme, mystère de vie dans le saint Esprit, devint peu à peu un système philosophique et moral qui trouva plus tard sa meilleure expression dans la «Summa Theologica» de Thomas d'Aquin.

C'est dans cette culture européenne que les renégats postérieurs du christianisme trouvèrent leur nourriture. C'est dans cette culture qu'ils ont grandi, et c'est elle qui leur a appris à penser et à philosopher. Protestants, humanistes, athées, toute la série des philosophes européens est sortie de l'école du catholicisme. C'est pourquoi ils parlent tous la même langue du rationalisme et c'est pour cela que malgré toutes leurs antinomies, ils se comprennent à merveille.

Alexandre Kalomiros

SOURCE : http://perso.club-internet.fr/orthodoxie/bul/12.htm

MYSTERE REDOUTABLE
Alexandre Kalomiros

La discussion entre l'athéisme et le catholicisme est possible. Ils discutent sur un même plan philosophique avec des arguments de la même famille. Mais la discussion entre l'athéisme et l'Orthodoxie est impossible car l'Orthodoxie parle une langue complètement incompréhensible pour l'athéisme. L'Orthodoxie comprend parfaitement bien la langue de l'athéisme, mais si elle-même se mettait à parler cette langue, elle cesserait d'être orthodoxe.

Pour exemple, prenons la discussion concernant la nature de l'homme. Le catholicisme considère que l'homme est composé d'âme et de corps. L'athéisme n'accepte pas l'existence de l'âme et enseigne que l'homme est seulement corps. Cette négation est une réponse à la conception de l'homme dans le catholicisme.

Dans leur effort d'exprimer les mystères profonds de la nature humaine avec des concepts simples, les catholiques ont emprunté les notions hellénistiques sur le corps et l'âme, de façon à ce que toutes deux soient absolument compréhensibles. Comme les anciens, ils ont décrit l'âme comme indépendante, l'âme existant en elle-même étant l'être proprement dit, et ils ont ramené le corps au niveau de fardeau inutile qui emprisonne l'âme et ne la laisse pas se développer librement, ainsi que le croyaient les Grecs.

C'est de cette manière que le mystère de l'existence humaine est descendu au niveau naïf des définitions philosophiques. C'est ainsi qu'a commencé l'échange d'arguments philosophico-scientifiques qui se perpétuera jusqu'à la consommation des siècles sans naturellement que l'on puisse démontrer quoique ce soit.

Il en est ainsi parce que l'on recherche cette preuve dans le domaine de la logique pure et pas dans un domaine qui la dépasse. Cette logique pure n'a qu'une fonction auxiliaire car, à elle seule, elle ne peut conduire ni à la connaissance, ni à la certitude.

Comment donc l'Orthodoxie pourrait-elle prendre part à une si naïve et puérile discussion sans descendre elle-même au niveau de la naïveté ? L'Orthodoxie se refuse à donner des définitions philosophiques pour définir l'homme, son corps et son âme. Elle connaît que l'homme n'est pas seulement ce qui apparaît, mais elle sait très bien qu'elle ne peut ni décrire, ni définir son âme, ni considérer le corps et la matière comme des choses qui peuvent devenir compréhensibles par le cerveau humain. Parce que peu importe jusqu'où le cerveau de l'homme peut analyser les êtres, car il ne peut de toute façon que capter les conceptions qu'il fabrique lui-même sur les êtres, mais pas leur substance.

Voilà ce que dit saint Grégoire de Nysse sur l'homme : «car il me paraît que la création de l'homme est redoutable et difficile et inexplicable. Elle représente en elle plusieurs mystères inexplicables de Dieu».

L'Orthodoxie utilise les mots «corps», «âme», «chair», «matière», «esprit» sans signifier toujours avec le même mot les mêmes choses. Elle utilise les mots qui existent dans le vocabulaire humain parce qu'il est nécessaire à son expression. Mais elle ne se précipite jamais pour enfermer un mystère complet que même les anges ne peuvent contenir dans les limites étroites d'une conception humaine. Elle n'accepte pas non plus de diviser l'homme en compartiments hermétiques tels que le corps et l'âme ou comme le prétendent certains hérétiques, corps, âme et esprit, et elle n'attribue pas à la chair une valeur vile, mais souvent s'en sert pour représenter la nature humaine toute entière : «Et la parole a été faite chair».

Mais tel n'est pas notre sujet. L'Orthodoxie est une expérience, une vie en Dieu, une série de contacts ontologiques et non une série de raisonnements humains. Ces raisonnements existent et sont parfaitement logiques, mais ils ne sont que des auxiliaires. Les fondements de l'Orthodoxie ne sont pas des faits de raisonnements et de spéculations philosophiques, mais des expériences de l'énergie divine dans le coeur purifié des saints. Comment donc l'athéisme pourrait-il discuter avec elle ?

LA LUMIERE
par Alexandre Kalomiros



Pourtant, il s'est trouvé des «orthodoxes» qui ont discuté avec l'athéisme et la philosophie en général. Des érudits de différentes associations religieuses de notre pays se sont efforcés, pendant des années, de prouver que «la science aussi admet l'existence de Dieu», mais la seule chose qu'ils ont réussi à prouver avec toutes ces discussions a été la grande estime qu'ils avaient eux-mêmes pour la science et leur ignorance de l'Orthodoxie. En exemples vivants de l'européanisation que nous avons subie dans ce pays, ils n'ont ni voulu ni pu puiser dans l'Orthodoxie la puissance nécessaire pour confondre toute philosophie. Malgré toute leur orthodoxie théorique, ils sont restés de vrais occidentaux.

L'Orthodoxie peut démontrer par la logique aux philosophes que si la philosophie veut rester rationnelle, elle ne peut aboutir qu'à l'agnosticisme, c'est-à-dire la négation de toute connaissance. Toutes les autres prétentions de la philosophie sont irrationnelles, et bien qu'elles afÞrment avoir la raison comme fondement, elles sont en réalité basées sur l'imagination.

Il n'y a qu'un seul chemin vers la Connaissance, celui que Dieu a tracé à travers les siècles. Ce n'est point le chemin des raisonnements, mais le chemin de la vie, car, de plus, la vérité n'est pas un système de théories philosophiques, mais une existence personnelle : «Je suis le chemin, la vérité et la vie.»

Mais pour que l'on puisse marcher sur ce chemin, il ne suffit pas de dire et de croire qu'on est chrétien. «Ceux qui Me disent : Seigneur, Seigneur ! n'entreront pas tous dans le royaume des cieux». Quelque chose d'autre est nécessaire, à savoir la lutte du chrétien pendant toute sa vie. Ce qui est nécessaire, c'est la pureté du coeur qui rend l'homme digne de recevoir l'illumination du saint Esprit. C'est vers cette pureté du coeur que sont dirigées toutes les luttes ascétiques et morales du christianisme, qui a pour but la demeure de la sainte Trinité dans l'homme. «Si quelqu'un M'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera ; Nous viendrons à lui, et Nous ferons notre demeure chez lui.»

Ce contact immédiat avec la sainte Trinité, cette communion étroite avec la Divinité, la vision de Dieu, c'est cela la Connaissance. Elle seule éclaire l'homme. C'est elle qui lui fait sentir ce que Dieu est et ce qu'est sa création. C'est elle qui lui fait pénétrer les raisons des êtres pour lui faire percevoir ce qu'est l'homme au-delà des apparences et loin des définitions philosophiques.

Cette Connaissance, que peuvent en dire les philosophes et les athées ? La nier ? Ils ne le peuvent. L'aveugle qui n'a jamais vu la lumière peut sans doute nier que la lumière existe. Mais sa négation n'aura aucun poids pour quiconque voit.

Celui qui voit ne peut démontrer à l'aveugle l'existence de la lumière. Si l'aveugle est de bonne foi, il le croira et courra tomber à genoux devant le Christ en Le suppliant de lui accorder la lumière. S'il ne le croit pas, il restera aveugle pour toujours et personne ne pourra jamais lui faire comprendre l'ampleur de sa perte.

Voilà les relations de l'Orthodoxie avec les philosophes : relations entre ceux qui voient et les aveugles. De même qu'il est impossible à quelqu'un qui voit de discuter avec des aveugles sur la beauté du monde, sur les couleurs et la lumière, de même un orthodoxe ne peut discuter avec les philosophes sur la grandeur de la Connaissance.

La Connaissance, c'est quelque chose que l'on doit goûter et sentir. Personne ne peut en parler, ni comprendre ce qu'on en dit sans disposer des représentations adéquates.

Faut-il couper tout dialogue entre les orthodoxes et les rationalistes ? Certainement pas. Le dialogue se poursuivra tant que les aveugles et les voyants seront en présence. Les aveugles parleront toujours comme des aveugles. L'important est que les voyants ne se mettent pas à parler à la manière des aveugles, car alors comment les aveugles pourraient-ils se rendre compte de leur aveuglement ? Les voyants doivent continuer à parler comme des voyants, même s'ils sont incompris. Ils pourront du moins se faire comprendre entre eux et, qui sait, peut-être, en les écoutant, certains aveugles pourront comprendre que sans yeux on ne peut pas connaître la lumière.



LE SALUT
par Alexandre Kalomiros



Plusieurs soi-disant orthodoxes prennent part avec grand plaisir aux conversations avec les catholiques et les protestants en parlant eux-mêmes comme des aveugles à des aveugles.

Prenons comme exemple la discussion concernant la justification, c'est-à-dire la question de savoir si ce sont les oeuvres ou bien la foi qui sauvent l'homme.

Les catholiques enseignent que l'homme est sauvé d'après le nombre et la qualité des bonnes oeuvres qu'il aura à présenter à la fin de sa vie. A un certain moment, les Papes eux-mêmes ont proclamé que les bonnes oeuvres des saints étaient de loin supérieures à celles dont ils avaient besoin pour leur propre salut et que leurs oeuvres surérogatoires pourraient être à la disposition des pécheurs, si ces derniers en versaient le prix relatif.

Les protestants, dénonçant cette thèse des catholiques, ont enseigné que les oeuvres n'ont aucune signification, que «l'homme ne se justifie pas par les oeuvres de la loi» et que c'est seulement la foi qui sauve l'homme.

La discussion persiste depuis des siècles dans un échange incessant d'arguments qui se multiplient sans convaincre personne et qui tourbillonnent dans le cercle vicieux des conceptions anthropocentriques si caractéristiques du rationalisme.

Quelle est l'attitude des «orthodoxes» par rapport à la discussion des occidentaux ? Un sentiment d'infériorité et de désorientation gagne nos théologiens, qui restent béats d'admiration devant la complexité des raisonnements occidentaux. Ils ne savent que dire. Au-dedans d'eux-mêmes ils blâment l'Orthodoxie qui n'a pas pris une position claire sur ce problème. Certains s'allient avec les catholiques - avec quelques réserves - et d'autres essaient de concilier les deux conceptions. Les apôtres et les pères ne les aident pas : ils semblent se contredire eux-mêmes et entre eux.

Voilà en vérité dans quelles ténèbres le rationalisme conduit l'homme. Comment les rationalistes peuvent-ils comprendre les apôtres et les pères, puisque les apôtres et les pères ne sont pas rationalistes et parlent un langage inconnu d'eux ?

Pour les rationalistes, l'Écriture sainte, le livre le plus simple du monde, est plein de contradictions. Pour eux, chaque mot et chaque expression n'a qu'une seule signification définie d'avance. Soit c'est l'apôtre Paul qui a raison d'enseigner que la justification provient de la foi, soit c'est l'apôtre Jacques qui écrit : «Quel est le profit, frères, si quelqu'un dit qu'il a la foi et s'il n'a pas les oeuvres, est-ce que la foi peut le sauver ?É Les démons même croient et ils tremblent.»

C'est pour cette raison que plusieurs théologiens protestants ont appelé l'épître de saint Jacques «de paille», et s'indignent de la voir au nombre des livres du Nouveau Testament. Mais l'apôtre Paul lui-même paraît se contredire, parlant à un moment de la justification par la foi et à un autre moment de l'attribution «à chacun selon ses oeuvres». C'est à cause de cela que certains protestants ont commencé à débattre le sujet «des deux justifications».

La pensée des apôtres et des pères est si pure et si simpleÉ pourtant, entre les mains des théologiens rationalistes, elle s'emplit de brouillard et de ténèbres. Pour leur pensée étroite, chaque antithèse ne peut être que contradiction. Et cependant, la réalité est pleine d'antithèses. Ce n'est que lorsque l'homme accepte les antithèses telles qu'elles sont, sans s'efforcer de les aplanir, qu'il s'approche de la vérité.

Les orthodoxes devraient glorifier Dieu, car jamais un problème semblable n'est apparu dans l'Église orthodoxe. La discussion sur la justification qui, depuis tant de siècles, se poursuit en Occident, est vide de tout contenu. Le salut n'est pas accordé comme une récompense pour quelque chose de bon que l'homme aurait réussi, foi ou oeuvres. Le salut n'est pas une récompense, ni la damnation une punition. Cette conception, comme toutes les conceptions rationalistes, est anthropocentrique. C'est le prolongement dans le monde spirituel de ce qui arrive dans la vie quotidienne des hommes dans la société où une bonne parole ou une bonne oeuvre est récompensée et une mauvaise parole ou une mauvaise oeuvre est punie par les lois que les hommes ont établies.

Comme les anciens Grecs, les occidentaux ont fait Dieu à l'image de l'homme. Ils Le voient comme un juge qui juge et punit sur la base des lois établies. Mais la Justice de Dieu n'a pas plus de connotation vindicative que législative. Dieu ne punit pas pour satisfaire sa Justice. Ceci est une conception tout à fait antichrétienne. Dieu ne punit personne, jamais ; comme un père, Il ne fait que corriger l'enfant pour le faire progresser. Même la géhenne n'est pas un lieu de punition, mais un lieu d'auto-exil, loin de la Présence de Dieu. C'est un état d'aveuglement volontaire, le lieu qui ne reçoit jamais les rayons du soleil. Dieu est juste, c'est-à-dire bon, c'est pourquoi Il ne peut partager le lieu de sa communion avec les injustes, c'est-à-dire les pécheurs, et ce, non parce que Dieu refuse d'approcher le pécheur, mais parce que le pécheur se détourne de la Justice de Dieu, qu'il ne veut avoir aucun contact avec elle. «Ce n'est pas Lui (Dieu) qui est hostile, mais nous, car Dieu n'est jamais hostile» (2e homélie de saint Jean Chrysostome sur la IIe épître aux Corinthiens, chapitre 3.)

Le salut comme la connaissance est une question de relation avec Dieu. Les oeuvres et la foi, les vertus et les efforts sont ceux qui ouvrent la porte du coeur au Seigneur. Mais ce qui donne le salut, ce ne sont ni les oeuvres, ni la foi, ni les vertus, ni les efforts, ni tout cela ensemble. Car il se peut que l'homme possède tout cela et ne puisse jouir des «arrhes de l'Esprit», ne puisse devenir l'habitacle de la sainte Trinité. Le salut, comme aussi la connaissance, c'est la vivification de l'homme par la Grâce de Dieu, et la vision de Dieu dont le coeur pur se rend digne dès à présent à la mesure de sa pureté. Ce n'est ni une récompense forcée, de la part de Dieu, de luttes et d'efforts qui peuvent n'avoir en rien purifié le coeur, ni la récompense d'une foi intellectuelle qui peut n'avoir en rien changé la vie de l'homme.

LE GRAND ABIME

par Alexandre Kalomiros
Le catholicisme, le protestantisme et l'athéisme, comme toutes les autres philosophies, parlent le même langage. Malgré leurs oppositions, chacun comprend l'argument de l'autre ; mais un grand abîme sépare tous ces systèmes de l'Orthodoxie, car celle-ci est quelque chose de substantiellement différent. Toutes les cacodoxies de l'Occident et le dessèchement de leur spiritualité ont comme cause de base le rationalisme. Les Européens jugent des choses avec les mesures terrestres et toute la religion avec la perspective et les critères de cette vie. On pourrait multiplier les exemples et en remplir beaucoup de livres. Mais ces exemples que nous venons de citer suffisent déjà à faire comprendre que ce qui différencie l'Église orientale des «Églises» d'Occident n'est pas une différence de caractéristiques, mais une différence de sens.

En supposant qu'il y ait, de la part des occidentaux, la meilleure bonne volonté pour approcher et vivre l'Orthodoxie, (chose qui n'arrive peut-être que chez les catholiques «traditionalistes»), il ne suffit pas d'avoir une telle disposition pour devenir capable de sentir et de vivre l'Orthodoxie. Tant de siècles d'apostasie ne sont pas passés sans laisser leur sceau dans l'âme de ces hommes. Et ce sceau est tellement profond qu'il ne peut s'effacer qu'avec la Grâce de Dieu, et seulement dans des coeurs humbles.

Plusieurs ont pris le nom d'orthodoxes, ces derniers temps en Europe, et se sont fait chrismer avec le saint chrême de l'Église orthodoxe, mais il en est très peu qui soient devenus vraiment orthodoxes. La plupart ont embrassé l'Orthodoxie de façon intellectuelle, enchantés par la richesse des connaissances qu'elle leur offrait et fascinés par une nouvelle vision du christianisme qui comblait le gouffre laissé dans leur esprit par le christianisme mutilé de l'Occident. Mais avant qu'ils arrivent à communier pour la première fois, avant qu'ils arrivent à pleurer sur leurs péchés, avant qu'ils cherchent dans le silence et l'ascèse la Grâce du Christ, ils se sont sentis impérieusement obligés de prêcher l'Orthodoxie aux orthodoxes.

Scandalisés par l'ignorance des orthodoxes sur les questions théoriques, domaine dans lequel eux-mêmes étaient des «champions», ils ont méprisé le peuple orthodoxe qui, quoique dans l'ignorance, a vécu l'Orthodoxie de ses pères et a été prêt à mourir pour elle. Mais Dieu n'habite pas dans l'esprit des orgueilleux. Leur préparation intellectuelle ne les a pas sauvés de l'erreur, et ces aveugles conducteurs d'aveugles sont tombés dans le gouffre des erreurs en y entraînant d'autres après eux, ou sont retournés «comme le chien à son propre vomissement» et à leurs premières oeuvres mondaines.

Pour que l'homme comprenne les saints et les pères de l'Église, il ne lui suffit pas simplement de les lire. Les saints ont parlé et écrit, ayant vécu les mystères de Dieu. Ils avaient une expression personnelle des mystères. Pour pouvoir les comprendre, il faut avoir soi-même accédé à un certain degré d'initiation aux mystères de Dieu, par une saveur, une odeur et une vision personnelle. On peut lire les livres des saints et très bien se préparer en ce qui concerne une connaissance intellectuelle, sans avoir goûté à une seule miette de ce qu'ont goûté les saints qui ont écrit ces livres sur leur propre expérience. Mais pour comprendre les saints essentiellement, et non intellectuellement, il faut avoir l'expérience de ce qu'ils disent. Il faut avoir goûté à ce qu'ils ont goûté. Il faut vivre dans l'ambiance chaleureuse de l'Orthodoxie, il faut avoir grandi en elle. Il faut avoir fait l'expérience de l'ascèse, de l'effort, de la lutte pour la perfection chrétienne. Il faut se courber très profondément pour pouvoir passer par la porte basse et étroite qui conduit au royaume des cieux. Il faut s'humilier, s'être délivré des vains fardeaux des biens humains, avoir vidé son coeur de ce que les hommes considèrent comme grand et digne de respect. Il faut avoir versé des larmes de repentance pour la vanité dans laquelle on a vécu, des larmes brûlantes de supplication envers le Seigneur pour qu'Il nous fasse sortir des ténèbres et fasse descendre dans notre coeur un rayon du saint Esprit. Il faut qu'une cosmogonie complète, totale, ait lieu dans le coeur d'un occidental, pour qu'il puisse comprendre quelque chose à l'Orthodoxie. Comment peut-il s'humilier et devenir simple, celui qui, dès le berceau, a respiré l'air sec du rationalisme et a appris à adorer l'idole de l'intelligence humaine ? Comment peut-il échapper aux échardes des préoccupations, celui qui, tout petit, a appris à chercher les choses qui sont «très hautes pour les hommes» et «abomination devant Dieu»É Celui à qui on a enseigné à considérer le regard de l'homme fixé sur son propre nombril comme étant la recherche de la vie intérieure ? Comment peut-il verser des larmes sur la vanité de la vie, celui qui a appris à considérer cette vanité comme valeur ?

Qu'ont fait en vérité le catholicisme et le protestantisme pour préserver l'homme de ce tourbillon sans fin dans lequel il est tombé ? N'est-ce pas en fait la religion de l'Occident qui a poussé l'homme à courir jusqu'à l'asphyxie pour gagner ce que le Christ a déclaré comme vain ? Le monachisme, le coeur de la religion, elle l'a ou bien détruit ou bien transformé en ordres utilitaires ayant pour mission, soit par leur activité, soit par leur doctrine, de servir le bien-être terrestre de l'homme, et la sagesse du monde «que Dieu a convaincue de folie». Elle a fait de la politique un domaine d'activité «chrétienne» en influençant les royaumes et versant le sang pour acquérir du pouvoir et de l'argent. Elle s'est servie des missions comme appâts pour assujettir les peuples de couleur à la domination inhumaine de l'Europe. Elle a recherché le loisir et le confort, en enseignant que la fortune était un don de Dieu. Elle a donné au christianisme une finalité utilitaire et sociale, en faisant croire aux hommes que le Christ est un maître de morale s'intéressant avant tout au bon ordre de la société, et que l'Église était la gardienne par excellence des lois humaines, et la surveillante de leur mise en application. Elle a créé le type du chrétien pharisien, du bon et juste citoyen qui a l'impression d'avoir approché la perfection parce qu'il n'a nui à personne ou parce qu'il a donné de l'argent pour les oeuvres de bienfaisance.

D'une civilisation préoccupée par la recherche du bien-être humain, caractérisée par l'orgueil luciférien, par les acquisitions de la science, comment demander qu'il sorte des hommes humbles, des hommes qui cherchent avec effort et larmes l'illumination d'en haut ? Comment demander à une civilisation dont la caractéristique principale est un mouvement incessant vers l'extérieur, de forger des hommes qui se pencheront sur le fond de leur coeur pour trouver, dans le silence et l'humilité de leur chambre, «la perle de grand prix» ?

Pareille chose, lorsqu'elle se produit, équivaut à un miracle des plus rares et des plus inestimables. Mais si, pour un seul individu, le goût de l'Orthodoxie est aussi difficile à acquérir, comment toute «l'Église» catholique ou l'ensemble des «Églises» protestantes pourraient le goûter ?

La plupart des millions d'occidentaux ne savent même pas qu'il existe une Orthodoxie. Comment, après une ou plusieurs réunions des représentants des différentes «Églises», des âmes qui depuis des siècles marchent dans l'obscurité pourraient, en foules, réaliser un retour vers la vérité ? Ceux qui parlent de «l'union des Églises» croient-ils qu'ils traitent d'affaires politiques, dans lesquelles les chefs des nations conduisent par groupes leurs sujets à la guerre ou à la paix ? Les hommes ne viennent pas au Christ et à l'Église par groupes. Il viennent en personnes libres.

Supposons qu'une personne décide soudainement de devenir orthodoxe et amène tous les catholiques à l'Orthodoxie. Ce changement extérieur pourra-t-il faire un seul orthodoxe véritable de ces millions de catholiques ? Supposons encore qu'ils aient toute la bonne volonté d'apprendre par coeur tous les dogmes de l'Orthodoxie ainsi que toute la bonne volonté de les croire : ils ne pourront pas faire un seul pas vers l'Orthodoxie. Parce que l'Orthodoxie n'est pas seulement une série de dogmes ou d'habitudes, mais quelque chose de plus profond et de plus substantiel, une orientation de vie et de pensée. C'est un souffle, le souffle de la Tradition qu'on ne peut pas apprendre par les livres, mais qui se transfuse d'un être vivant à un autre être vivant, de père en fils, de mère en fille, de frère en frère, d'ami en ami, de prêtre en prêtre, de moine en moine, d'un père spirituel à un fils spirituel, «non par l'encre et le papier, mais de bouche à bouche», d'âme à âme, et tout cela dans l'action mystérieuse de l'Église, dans l'ambiance du saint Esprit, dans la durée, peu à peu, avec la lenteur du développement d'un organisme.

Mais ceux qui parlent d'union ne sont pas tous naïfs. Ils savent très bien que tant les catholiques que les protestants ne se feront jamais orthodoxes en bloc. Mais ceci ne les intéresse pas. Ils ne sont pas préoccupés par le retour des brebis perdues au bercail du Christ. Ils calculent plutôt un compromis et se contentent d'un accord conventionnel. D'ailleurs, ils ont cessé depuis longtemps d'être eux-mêmes orthodoxes. Ils ne s'intéressent pas à la vérité ni à la vie en Christ. En eux opère déjà le mystère de l'Antichrist, et ils en sont possédés jusqu'à ce que ce mystère soit accompli.

Je trouve un peu fumeuse la théorie des -ismes. Le christianisme? Bah, j'sais plus... A moins que je n'extrapole sa pensée.
eliazar
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Message par eliazar »

.../... Je trouve un peu fumeuse la théorie des -ismes. Le christianisme? Bah, j'sais plus... / ...
Cher Alexandr,

Tu résumes en peu de mots tout ce qui fait que nous aimions ce Forum.

Pour toi, Kalomiros est fumeux, pour moi c'est Olivier Clément.

Or tous deux sont intelligents, cultivés, supérieurs à notre moyenne (d'une manière ou d'une autre) ...et orthodoxes, plus ou moins.

Où trouver un autre forum où les deux soient cités, lus, discutés (voire pourfendus) et soumis à la saine critique de tout un chacun ?

Même si deux ou trois paragraphes du Kalomiros que tu as cité m'ont fait éclater de rire tellement j'y lisais en filigrane le nom d'Olivier Clément - et même si Olivier Clément traite Séraphim Rose de fanatique haineux (!) - et même si Anne Geneviève écrit, par exemple, à propos justement du Dr Kalomiros :
Y aurait-il une orthodoxie transmissible « de père en fils, de mère en fille, etc. » si des fous ne s’étaient mis en tête de convertir ces Grecs platoniciens ou astrolâtres, ces Perses au passé dualiste et qui vénéraient le feu, ces Egyptiens qui mettaient Dieu au féminin, ces Arabes de Mésopotamie ou d’Arabie heureuse qui faisaient commerce d’encens avec tous les idolâtres, ces Romains le nez coincé dans leur juridisme, ces Gaulois bons vivants et presque trop bons artisans, ces Daces qui n’hésitaient pas à appeler leurs gamins « gros serpent » (Drago, entendu par des oreilles latines), ces Slaves du sud qui n’avaient même pas d’écriture, ces Slaves et ces Varègues tueurs de loups, ces Arméniens paumés dans leurs montagnes, ces Ethiopiens qui ne pouvaient même pas avoir la peau de la même couleur que tout le monde, ces Irlandais qui faisaient courir des chevaux sans char… ? J’ai dû en oublier quelques uns au passage. Orthodoxes « de souche » ou nouvellement greffés, nous sommes tous les enfants d’un effort missionnaire qui, ne l’oublions pas, obéit au commandement du Christ au moment de son Ascension.
Et finalement : même si çà me démange de répondre à Anne-Geneviève qu'il ne s'agit pas du tout de la même chose, et qu'on ne peut pas additionner des litres et des mètres carrés.

Il y a conversion et conversion, mais le passage d'un occidental vers l'Église (orthodoxe) ne peut à mon sens pas être une conversion. Le passage d'un païen, d'un idolâtre, d'un barbare varègue vers l'Église était le passage d'un être brut, disponible pour découvrir Dieu dans le message de son Incarnation - un être "naturel" (avec toute l'ambiguïté de ce mot, bien sûr), disons plutôt : dans toute la force et la santé de son âge (historique). Prêt à se jeter à corps perdu dans la grande aventure de découvrir le Christ - comme un naufragé lâche sa dernière planche et se jette à l'eau pour accoster sur l'île inconnue qui lui sauve la vie.

L'occidental que nous sommes, les uns et les autres, ici, est un être vieilli, encombré d'un bric à brac au milieu duquel traînent mille idées, systèmes, croyances, agnosticismes divers (çà semble antinomique, mais il y a une vraie diversité dans les aspects individuels de l'agnosticisme, qui sont fonction, notamment, du point d'origine à partir duquel on a cheminé jusqu'à choisir d'être agnostique) - et dans ce foutoir, en plus, il traîne depuis des siècles des tas de statuettes écornées de Jésus, toutes plus fausses que des jetons - au point que la seule énonciation de Son Nom suffit à écoeurer encore plus l'Occidental, qui ne veut même plus en entendre parler. Depuis l'insoutenable Christ tordu de douleurs sur sa croix supplicielle (Dévôt Christ de Perpignan aussi bien que certains Christs encore plus" écorchés" de l'art néo-sulpicien de nos années 50-80), jusqu'aux Christs puvisdechavannesques du XIXème s., rose-et-bleu ciel à barbichettes dorées et doux yeux pervenche, en passant par les Jésus charpentiers ... ou Super-Star. L'Occident a pris une indigestion de faux Jésus. Il est au dernier stade d'une maladie de foi qui ne ratera pas son homme.

Pour cet homme-là, c'est de guérison et non de conversion qu'il faut parler. Plus encore que de guérison : de survie, de soins intensifs, de poumon d'acier... Faire retour à cette Orthodoxie qui fut pour nos ancêtres une illumination, la première évangélisation de l'Occident, c'est presque mission impossible. Les premiers évangélisateurs apportaient une Nouvelle extraordinaire, et c'est par foules que ceux qui les avaient entendus se précipitaient pour avoir l'honneur de s'en faire les martyrs. On aurait dit qu'ils avaient peur de devoir encore attendre trop d'années avant de Le rencontrer.

Nos contemporains, eux, entrent dans l'Église (orthodoxe) comme des crabes, ils n'avancent que pour vite reculer ou changer de direction, ils font la petite bouche, comparant, analysant, examinant les petits détails à la loupe ou au face-à-main.

Ce sont des jouisseurs déjà repus; ils sont invités aux Noces de l'Agneau - mais ils ont le ventre trop plein pour avoir encore envie de se mettre à table.

On a parlé dans d'autres fils de ce Charles de Foucauld qui voulait créer des ordres (!!!) pour aller dans les pays non chrétiens, mais attention ! sans convertir personne au Christ : juste témoigner. Dire en quelque sorte, les yeux humblement baissés : "Vous voyez, nous aussi on a une religion".

Eh! bien, même dans l'Orthodoxie, on a eu aussi le missionnaire qui se refusait à baptiser les chamans, tant il les admirait. Alors :
Orthodoxes « de souche » ou nouvellement greffés, nous sommes tous les enfants d’un effort missionnaire qui, ne l’oublions pas, obéit au commandement du Christ au moment de son Ascension...
... moi, je veux bien, mais je dois avoir la vue trop basse : je n'en vois pas la couleur. Au moment de l'Ascension, le commandement avait une grandeur cosmique - la réponse immédiate fut l'Église de Paul, par exemple, ou du frère du Seigneur Jacques de Jérusalem. Aujourd'hui, où est donc l'Église Orthodoxe missionnaire ?

Dans celles que je connais (et que j'aime, parce qu'un converti éprouve un immense besoin d'aimer, à n'importe quel prix), plutôt que "Allez et baptisez toutes les Nations au Nom du Père, Fils et Saint-Esprit", le mot d'ordre serait à peu près : N'en faites pas trop, soyez discrets, mettez-vous dans un coin, regardez comment font les autres (ktos, protestants, new age s'il le faut) et tâchez de ne pas trop les choquer par des affirmations qui les gêneraient... au besoin, copiez-les; vous verrez, il y a de bonnes choses chez eux aussi; mais surtout : ne provoquez personne, et ne parlez pas trop français : ils risqueraient de comprendre, et de se convertir.

OUI! Kalomiros a raison. Je persiste et signe des deux mains. L'Occident a bien besoin en effet d'un docteur... mais d'un docteur en médecine, qui qu'en grogne - pour soigner le grand vieillard à bout de vie, à bout de résistance, à bout de Souffle qu'il est devenu, lui qui se prenait pour une civilisation modèle. Quand Kalomiros écrit :
.../ ... l'athéisme ne s'est présenté en Europe ni comme un indifférentisme ou un agnosticisme, ni comme une simple disposition épicurienne ; l'athéisme de l'Europe n'a pas été une négation «philosophique». Il exprimait une forte haine contre le Dieu des chrétiens tel qu'ils L'avaient connu en Europe, c'était en fait une passion violente, une indignation de l'âme, un blasphème.
Dans l'Orient chrétien orthodoxe, de l'époque de Constantin le Grand jusqu'à la révolution grecque, on n'a jamais connu de pareils incidents. Les hommes de l'Orient avaient un Dieu complètement différent du Dieu qu'ont connu les hommes de l'Occident. C'est pour cela qu'ils n'ont jamais voulu Le renier, même s'ils étaient de grands pécheurs. Les premiers athées en Grèce nous sont venus de l'Europe. Leur athéisme s'est nourri des fautes des chrétiens et de l'altération de la vérité chrétienne qui a été faite en Occident ... / ...
... qui pourrait vraiment prétendre qu'il est fumeux, ou qu'il est hors sujet ?

Et quand il écrit:
.../... Les maladies de l'Orient étaient très aiguës. Elles étaient de la catégorie de celles qui créent des anticorps et développent l'immunité. Mais dans le même temps, en Occident, commençait une maladie chronique du genre de celles qui conduisent sûrement à la mort.
Le rationalisme porte en lui la présomption et la présomption amène l'isolement. L'isolement grandit avec la puissance mondaine. Or, à l'époque où l'Occident avait besoin plus que jamais de l'assistance spirituelle et de la conduite de l'Orient, se creusa entre eux un gouffre insondable.
L'Église latine, dans son effort de christianiser les peuples de l'Europe jusqu'alors barbares, au lieu de s'efforcer de les élever au sommet inaccessible de la foi et de la vie chrétienne, présenta le christianisme comme quelque chose de facile et d'agréable, espérant de cette façon porter plus vite les barbares au christianisme. Ainsi, au lieu d'élever les barbares, elle fit descendre l'Église. Elle rendit l'enseignement plus compréhensible, plus rangé, plus systématique, plus scientifique. C'est ainsi que commença la propagation du rationalisme et l'altération de la foi chrétienne. Le christianisme, mystère de vie dans le saint Esprit, devint peu à peu un système philosophique et moral qui trouva plus tard sa meilleure expression dans la «Summa Theologica» de Thomas d'Aquin.
C'est dans cette culture européenne que les renégats postérieurs du christianisme trouvèrent leur nourriture. C'est dans cette culture qu'ils ont grandi, et c'est elle qui leur a appris à penser et à philosopher. Protestants, humanistes, athées, toute la série des philosophes européens est sortie de l'école du catholicisme. C'est pourquoi ils parlent tous la même langue du rationalisme et c'est pour cela que malgré toutes leurs antinomies, ils se comprennent à merveille.../...
... qui peut vraiment dire "Le Dr Kalomiros exagère" ?


Et qui ne devine pas de qui il parle, quand il brosse ce portrait - et à qui il répond quand il dresse ce tableau ?... :
... / ... il s'est trouvé des «orthodoxes» qui ont discuté avec l'athéisme et la philosophie en général. Des érudits de différentes associations religieuses de notre pays se sont efforcés, pendant des années, de prouver que «la science aussi admet l'existence de Dieu», mais la seule chose qu'ils ont réussi à prouver avec toutes ces discussions a été la grande estime qu'ils avaient eux-mêmes pour la science et leur ignorance de l'Orthodoxie. En exemples vivants de l'européanisation que nous avons subie dans ce pays, ils n'ont ni voulu ni pu puiser dans l'Orthodoxie la puissance nécessaire pour confondre toute philosophie. Malgré toute leur orthodoxie théorique, ils sont restés de vrais occidentaux.

L'Orthodoxie peut démontrer par la logique aux philosophes que si la philosophie veut rester rationnelle, elle ne peut aboutir qu'à l'agnosticisme, c'est-à-dire la négation de toute connaissance. Toutes les autres prétentions de la philosophie sont irrationnelles, et bien qu'elles afÞrment avoir la raison comme fondement, elles sont en réalité basées sur l'imagination.

Il n'y a qu'un seul chemin vers la Connaissance, celui que Dieu a tracé à travers les siècles. Ce n'est point le chemin des raisonnements, mais le chemin de la vie, car, de plus, la vérité n'est pas un système de théories philosophiques, mais une existence personnelle : «Je suis le chemin, la vérité et la vie.»

Mais pour que l'on puisse marcher sur ce chemin, il ne suffit pas de dire et de croire qu'on est chrétien. «Ceux qui Me disent : Seigneur, Seigneur ! n'entreront pas tous dans le royaume des cieux». Quelque chose d'autre est nécessaire, à savoir la lutte du chrétien pendant toute sa vie. Ce qui est nécessaire, c'est la pureté du coeur qui rend l'homme digne de recevoir l'illumination du saint Esprit. C'est vers cette pureté du coeur que sont dirigées toutes les luttes ascétiques et morales du christianisme, qui a pour but la demeure de la sainte Trinité dans l'homme. «Si quelqu'un M'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera ; Nous viendrons à lui, et Nous ferons notre demeure chez lui.»

Ce contact immédiat avec la sainte Trinité, cette communion étroite avec la Divinité, la vision de Dieu, c'est cela la Connaissance. Elle seule éclaire l'homme. C'est elle qui lui fait sentir ce que Dieu est et ce qu'est sa création. C'est elle qui lui fait pénétrer les raisons des êtres pour lui faire percevoir ce qu'est l'homme au-delà des apparences et loin des définitions philosophiques.

Cette Connaissance, que peuvent en dire les philosophes et les athées ? La nier ? Ils ne le peuvent. L'aveugle qui n'a jamais vu la lumière peut sans doute nier que la lumière existe. Mais sa négation n'aura aucun poids pour quiconque voit.
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Alexandr
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Message par Alexandr »

Cher tous,

Je n'ai pas dit que Kalomiros était entièrement faux (en tout cas je n'y ai pas pensé ainsi), c'est même un des textes qui m'a beaucoup frappé. En effet, j'étais habitué aux critiques anti-occidentales "gauchistes ultra", mais là, Kalomiros ébranle tout le fondement de l'Occident.


Quand même, cette histoire de -ismes me laisse perplexe. Les orthodoxes sont chrétiens mais est-ce que l'orthodoxie fait partie du christianisme? ça me rappelle un autre texte de chez Cassien où quelqu'un (peut-être Kalomiros) écrivait que l'orthodoxie n'était pas une religion : là, ça me dépasse complétement.
Citation:
.../... Je trouve un peu fumeuse la théorie des -ismes. Le christianisme? Bah, j'sais plus... / ...


Cher Alexandr,

Tu résumes en peu de mots tout ce qui fait que nous aimions ce Forum.
Vous voulez dire que tout le monde ici considère que l'orthodoxie n'est pas une religion?
Pour toi, Kalomiros est fumeux, pour moi c'est Olivier Clément.
Pour OC, j'ai entendu deux choses :
- les critiques sur ce forum.
- un membre de ma famille : " il est comme les catholiques (sous-entendu tant mieux, pas comme le patriarche de Moscou)", ce qui ajoute du coup l'eau à votre moulin et à beaucoup d'ici. Mais je n'ai pas osé répondre ça.

Je termine ce hors-sujet en donnant mon avis sur ce forum :
- j'aime la franchise avec laquelle vous vous exprimez.
- je n'aime pas quand des personnes se moquent sur des textes même s'ils sont franchement anti-orthodoxes. C'est rare, mais dans un océan de discussion avec des textes patristiques à l'appui, ça fait marée noire.

En allant sur ce forum, je fais le pari que les gens d'ici sont représentatif de l'orthodoxe moyen (même si ce n'est pas très orthodoxe ce que je viens d'écrire, vous m'avez compris), et que je ne suis pas tombé sur un groupe sectaire polymorphe.
Dzma
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Message par Dzma »

Cher Alexandr;

Il est vrai qu'il n'est pas correct de se moquer des textes anti-orthodoxes mais en même temps il est tout aussi inacceptable que des personnes écrivent ces mêmes textes.

Sincèrement , je ne pense pas que les membres de ce groupe soient "Séctaires et polymorphes" cependant il est nécéssaire que tout échange se réalise dans la plénitude de vérité, indispensable pour que les choses avancent dans le bon sens.

Quant aux évocations sur Olivier Clément, je ne partage pas plusieurs de ses positions mais il faut bien les lire pour faire avancer le débat.
eliazar
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Message par eliazar »

Juste un mot pour répondre à Alexandr qui écrit :
Vous voulez dire que tout le monde ici considère que l'orthodoxie n'est pas une religion?
1° Le simple fait que je pose une question (dans le fil "De la gloire de l'Olivier") sous forme de sondage devrait suffire à te prouver que je ne parle jamais au nom de tout le monde; au contraire, je demande à tout le monde de me corriger chaque fois que je fais une erreur. Et çà m'arrive forcément. Un de ceux qui m'ont le plus corrigé depuis mon entrée sur ce Forum est Claude, et je n'en ai qu'une plus grande amitié envers lui.

Maintenant je suis plus à l'aise pour te répondre sur le fond:

2° Je considère, moi Eliazar, que l'Orthodoxie n'est pas une religion, en effet. C'est la foi de l'Église du Christ.
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Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève »

Dans le portrait que trace Kalomiros de l’occident, je peux certes reconnaître quelques figures bien parisiennes, y compris Olivier Clément à qui, décidément, le forum tresse de drôles de couronnes. Mais je n’y reconnais ni mon grand-père, ni certaine vieille paysanne dont je n’oublierai jamais le visage en prière, ni les montagnards de Saint-Vincent-les-Forts, ni plein d’autres gens que j’ai côtoyés et qui n’ont jamais lu Aristote ni les théologiens ktos. Il y a un occident tapageur auquel ces critiques s’adressent fort justement ; et il y a un occident silencieux qui ne voit pas l’Eglise orthodoxe parce qu’on lui a raconté des fadaises sur le schisme mais qui est plus proche du peuple orthodoxe que ne le pense Kalomiros. J’ai, de manière complètement irrationnelle, je l’avoue, le sentiment que c’est à leur nez qu’il claque la porte en généralisant à partir des cymbales ré(rai)sonnantes des environs de la Sorbonne. C’est vrai qu’entre l’autre qui les traite de « France d’en bas » et le désert économique qui les chasse, ces petites gens qui avaient le sens de la vie et de son mystère même s’ils n’avaient pas les mots pour le dire sont en voie de disparition.
Un des rares machins œcuméniques auquel j’ai participé fut l’Expobible 13e. Je me suis retrouvée dans la galerie marchande en train de travailler à une tapisserie tirée d’une enluminure représentant sainte Radegonde, tandis qu’Hélène Iankoff, à la table à côté, peignait une icône. C’était assez décalé et je me demandais deux ou trois fois l’heure ce que je foutais là, jusqu’au moment où est arrivé un couple, parisiens populaires typés, la cinquantaine, l’accent de Ménilmuche. Ils ont tout regardé, un bon moment, et puis ils sont venus vers nous en pleurant et ils nous ont confié : « On nous avait dit que ça n’existait plus. Alors on n’osait plus y croire. » Ils gardaient depuis plus de quinze ans la foi chevillée au cœur mais en en ayant honte à cause des discours qu’ils entendaient à la radio ou à la télé. Une foi dont le contenu théologique était sans doute très minimal, d’ailleurs. Que sont-ils devenus ? Je pense souvent à leurs larmes, à leur soulagement à voir que d’autres qu’eux croyaient en Dieu et en Jésus Christ.
Je n’aimerais pas qu’un homme que j'estime comme Kalomiros les méprise ou les refuse à cause d’une poignée d’intellectuels parisiens. Et encore moins qu’on les rejette dans le désert ou dans l’Eglise catho, c’est à dire qu’on les laisse crever dans la faim et la soif de Dieu pour ne pas choquer le jésuite du coin. Et quand je dis « ils »… J’ai le sentiment que pour un couple qui avait osé nous approcher et nous parler, il y en avait dix autres qui se contentaient de passer et de tout regarder.
Bien sûr, Kalomiros a raison. Il a raison pour les rats des villes et de bibliothèque, pour les philosophes et les politiciens, les profs à la catho, Bernard Henri Lévy et Olivier Clément. Mais pour les « millions d’occidentaux » ?

La maladie de l'Eglise orthodoxe commence quand elle se prend pour une religion.
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."
eliazar
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Missionnarité de l'Église

Message par eliazar »

J'ai une excellente nouvelle pour Anne-Geneviève, qui écrivait à propos du petit peuple français encore croyant :
... / ... qu’entre l’autre qui les traite de « France d’en bas » et le désert économique qui les chasse, ces petites gens qui avaient le sens de la vie et de son mystère même s’ils n’avaient pas les mots pour le dire sont en voie de disparition.
Hier, en revenant de fêter saint Spyridon (en avance d'un jour, mais le métropolite Emmanuel étant venu présider la Liturgie dominicale en son honneur, on avait avancé sa fête au dimanche), je me suis arrêté un long moment sur la promenade des Anglais pour profiter du ciel cristallin (d'un bleu de carte postale, c'est vrai, mais un 11 décembre, çà fait du bien de se rôtir au soleil) et de la mer qui poussait paresseusement sur les galets de jolies petites vagues bordées d'une dentelle d'écume légère ...

A côté de mon banc, il y avait une drôle de pyramide en contreplaqué, à hauteur d'homme, recouverte de photos et de textes, en l'honneur de la Révélation d'Arès. Et un bon nombre de promeneurs du dimanche s'arrêtaient, se faisaient donner des explications et remettre des invitations pour l'expo - café organisée dans un quartier populaire du 9 au 17 décembre.

Je ne résiste pas à rassurer Anne-Geneviève, et à vous communiquer à tous la bonne nouvelle que j'évoquais en tête de ce message. Non seulement il y a encore des gens qui croient au Christ, mais il y a du côté de Bordeaux un Monsieur Michel Portay qui L'a vu lui apparaître 40 fois de suite, au bord du Bassin d'Arcachon, il y a une vingtaine d'années.

Jésus Christ en personne lui ayant dicté ces 40 messages à chaud (Monsieur Portay doit connaître la sténo, à moins qu'il ait pensé à se munir d'un dictaphone au cas où?), ledit Michel a tout noté sans y rien changer, puis il en a fait un livre: "La Révélation d'Arès". Non, je n'ai pas vu le livre. Mais les nouvelles sont encourageantes. Le Christ aurait confié à son messager, entre quelques autres, cette révélation vraiment époustouflante :
"Si le choix de devenir bon se transmet d'un homme à l'autre, la bonté sera une force capable de changer le monde"
Bon, il y a un "si"... évidemment. Mais tout de même.

En plus, la petite association chargée de diffuser ce nouvel évangile ("Les Hommes deviennent les Frères"... le titre de leur ordre est un peu long, mais çà dit bien ce que çà veut dire) est aussi chargée de nous prévenir qu'il ne faut pas avoir peur de se pencher sur ces 40 épîtres de Jésus-Christ à Michel Portay, vu qu'Il a bien précisé:
"Etre bon est une démarche individuelle, libre, en dehors de toute religion, de toute philosophie, politique ou idéologie."
Et en plus, cerise sur les huîtres si j'ose dire, les "croyants libres qui s'inspirent de La Révélation d'Arès" vous offrent un petit café si vous achetez leur nouvel évangile. Cela devrait tout de même rassurer le Dr Kalomiros sur la santé spirituelle des Français du Sud-Ouest.

Après tout, que demande le peuple ?!

Après le coucher du soleil, en rentrant (frileusement tout de même, car lorsqu'il n'est plus là, le vent de mer redevient vite... de saison), je me demandais si c'était ce genre de racolage que souhaitent vraiment ceux qui trouvent l'Église Orthodoxe pas assez missionnaire ....
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Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève »

C'est encore pire que ça. Un de ses voisins, que je connais bien, l'avait fait rentrer à l'ECOF il y a fort longtemps et en fut même le parrain. Le monsieur y est rapidement devenu... je crois que c'est diacre (pas prêtre, ça c'est sûr) et donc ne peut être considéré véritablement comme de la piétaille. Après quoi, il s'est mis à délirer et Germain, qui avait encore la tête sur les épaules en ce temps là l'a renvoyé ferrer les oies dans le laïcat. Du coup le monsieur a claqué la porte pour fonder sa propre secte. Le parrain en pleure de honte.
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