la circulation sanguine chez saint Nicodème l'Hagiorite

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Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » mer. 05 sept. 2007 12:46

lecteur Claude a écrit : Pour les personnes que la question du romanche intéresse, je me dois encore de signaler que la Lia Rumantscha (Ligue romanche), ainsi que l'association Pro Grigioni Italiano (les quatre vallées italophones - Val Mesolcina, Val Calanca, Val Bregaglia et Valposchiavo comptaient 13'947 habitants, soit 7,4% de la population des Grisons, en 2006 - cf. Vincenzo Todisco, Una finestra sul Grigioni italiano, Editions Lehrmittel Graubüden, Davos 2006, p. 23 -, et l'italien est langue officielle du canton depuis 1794), sont chaque année présentes au salon du livre de Genève afin de mettre à la disposition du public francophone des livres et des informations sur la situation de nos langues soeurs dans le canton des Grisons.

Je me dois au passage de rappeler ce fait intéressant et peu connu que la Bregaglia a traditionnellement été, depuis le deuxième quart du XVIIe siècle, la seule région au monde à la fois de langue italienne et de religion protestante.

Avant la Réforme, la Bregaglia était de langue romanche, tandis que les trois autres vallées des Grisons italiens (Mesolcina, Calanca et Poschiavo) étaient italophones depuis "toujours" (avec un dialecte lombard comme langue maternelle et l'italien comme langue écrite). Au XVIe siècle, la Bregaglia a servi de refuge pour des centaines de protestants italiens qui fuyaient les persécutions dans leur pays. Cette immigration a eu pour effet de faire passer le Val Bregaglia du romanche à l'italien. L'italien a été proclamé langue officielle de la vallée en 1546, après quelques années d'immigration seulement.

Il faut aussi comprendre que les densités de population étaient si faibles dans ces hautes vallées alpines que l'immigration de quelques dizaines de familles pouvaient faire basculer une majorité linguistique historique - c'était avant que l'on ne reconnaisse le principe constitutionnel de territorialité des langues. On sait par exemple que, en dehors des Grisons, la vallée d'Urseren (Urserental), dite aussi "la vallée sans arbres", 175 kilomètres carrés de la haute vallée de la Reuss dans le canton d'Uri, était entièrement romanche jusqu'au XIIIe siècle, qu'elle est alors devenue bilingue et qu'elle est finalement devenue alémanique au XVe siècle. Le dialecte de la vallée d'Urseren comprend d'ailleurs beaucoup plus de mots italiens et romanches que les autres dialectes alémaniques. Le nom même de la vallée évoque un passé roman: il veut bien entendu dire "la Vallée des Ours" (la forme Ursaria est attestée en 1234, et un ours figure toujours sur les armoiries de la vallée; en romanche grison, "ours" se dit urs; en sursilvan, Andermatt s'appelle toujours Ursera, et la vallée d'Urseren s'appelle la Val d'Ursera ), alors qu'on aurait Bärental, Berntal ou Bärenthal s'il s'agissait d'une vieille région germanique. (Une commune de Moselle, arrondissement de Sarreguemines, dans le parc naturel régional des Vosges du Nord, s'appelle d'ailleurs Baerenthal, ce qui n'est qu'une orthographe francisée de Bärental.) En raison de ce lointain passé romanche, les gens de la vallée d'Urseren se sont toujours sentis différents des autres Uranais, et, jusqu'au milieu du XXe siècle, les électeurs uranais se sont toujours arrangés pour qu'un des deux conseillers aux Etats représentant le canton d'Uri soit de la vallée d'Urseren. On disait que c'était le sommet du particularisme, puisqu'un conseiller aux Etats zurichois représentait en moyenne 500'000 personnes, tandis que, dans les faits, un des conseillers aux Etats uranais représentait les 2'000 habitants de la vallée d'Urseren, du fait que ceux-ci avaient de bonnes raisons historiques de se sentir différents.

La germanisation de la vallée d'Urseren, progressive aux XIIIe et XIVe siècles, totale au XVe siècle, est restée dans la conscience collective romanche le souvenir d'un échec cuisant. La perte de 175 kilomètres carrés est quelque chose de grave pour une langue dont le territoire a toujours été relativement restreint. Le poète sursilvan Giachen Caspar Muoth (1844-1906) a chanté la fin du romanche dans la vallée d'Urseren dans une épopée que Gabriel Mützenberg loue ainsi: "Quoi de plus prenant que les deux mille vers d' Il cumin d'Ursera, vallée romanche que la germanisation venant d'Uri menace et que défend paternellement son seigneur l'abbé de Disentis / Mustér! Le langage en est limpide. Un garçon du Tujetsch qui a vu une landsgemeinde (cumin) à Mustér, note Maurus Carnot, peut sans peine le comprendre. A combien plus forte raison le citoyen de la Cadi en mal de protéger sa langue! Le Val d'Urseren, au cours de cette fameuse assemblée de 1425 que nous présente Muoth, a beau fêter son prince-abbé et jurer fidélité à son parler rhéto-roman, son abandon au dynamisme politique et économique de l'axe nord-sud ne s'en inscrira pas moins bientôt dans son destin. Aussi son sort revêt-il plus fortement une vertu d'exemple. Le peuple y lit un appel pressant." (Gabriel Mützenberg, Destin de la langue et de la littérature rhéto-romanes, L'Âge d'Homme, Lausanne 1991, p. 57)

Mais, au-delà des dimensions de l'épopée et du souvenir d'un échec cuisant, il faut aussi s'en remettre à la vérité des chiffres. A l'heure actuelle, les trois communes de la vallée d'Urseren (Andermatt, Hospental et Realp) ne regroupent que 1'645 habitants. La vallée n'a jamais dû dépasser 2'000 habitants à aucun moment de son histoire (elle en comptait 1'304 au premier recensement fédéral en 1850), et il est probable qu'elle ne devait guère dépasser le demi-millier à l'époque où elle était exclusivement de langue romanche, jusqu'à la fin du XIIe siècle. Dans ces conditions, à l'époque où il n'y avait ni principe de la territorialité des langues ni instruction obligatoire dans la langue du territoire, l'arrivée de quelques dizaines de familles de Walser a dû suffire pour faire basculer progressivement le destin du Val d'Urseren.

Je signale au passage qu'Andermatt, le chef-lieu de la vallée d'Urseren, est un lieu de pélerinage très fréquenté par des patriotes russes, car un momument érigé en 1898 y commémore le passage de l'armée russe du maréchal Souvorov en 1799 lors de la guerre de la deuxième Coalition. Le 25 septembre 1799, une célèbre bataille entre les Russes et les Français sur le pont du Diable (Teufelsbrücke) permit à l'armée de Souvorov de franchir le Gothard dans le but de prendre à revers l'armée française. Or, le lendemain, 26 septembre 1799, l'armée française du général niçois Masséna remportait à Zurich une victoire décisive sur l'autre armée russe (celle de Korsakov) et ses alliés autrichiens, ce qui ôtait tout objet à l'opération dont on avait chargé le corps d'armée de Souvorov. Souvorov parvint à repasser les Alpes dans l'autre sens, puis à rapatrier ses troupes en Russie après l'écroulement de la deuxième Coalition. Le lecteur orthodoxe sera sans doute intéressé de savoir que le maréchal Souvorov était un personnage assez peu commun, qui rédigeait des proclamations en vers à l'adresse de ses troupes, imposait à ses officiers des séances de prières publiques, faisait abattre les "arbres de la Liberté" plantés en Italie du Nord par les jacobins et dont il percevait bien la symbolique religieuse (l'arbre de la Liberté étant un symbole du néo-paganisme antiquisant dont les républicains français faisaient la promotion), écrivait des acathistes à ses heures perdues, faisait la promotion d'une conception de la discipline basée sur l'initiative du soldat et non plus sur son obéissance mécanique à la prussienne, et n'en a pas moins laissé le souvenir d'un boucher en raison du massacre qu'il avait toléré à Praga, faubourg de Varsovie, en 1794, massacre dans lequel il n'avait pourtant aucune part de responsabilité, puisque la boucherie avait été ordonnée par la délicate amie des Philosophes - et ennemie implacable du monachisme orthodoxe russe - Catherine II.

Pour en revenir à la Bregaglia, on ne peut que faire le constat que les réfugiés protestants italiens qui s'y implantèrent au XVIe siècle avaient fait un choix judicieux. En effet, le grand foyer protestant italophone de la Valteline, qui prospérait sous la protection des trois ligues des Grisons et de la Confédération helvétique, devait être emporté lors de la guerre de Trente Ans. Lors du Sacro Macello (Saint Massacre) des 18 et 19 juillet 1620, les autorités catholiques, aidées par les troupes espagnoles stationnées à Milan, organisèrent en deux jours le massacre de 600 à 700 protestants de la Valteline à Tirano, Teglio et Sondrino. Seuls 70 réformés italiens parvinrent à se réfugier en Engadine, où ils furent absorbés par la population romanche ou alémanique. Depuis ce funeste mois de juillet 1620, et malgré la persécution du protestantisme par les Capucins au cours de l'occupation espagnole de 1622, la Bregaglia a été la seule région au monde à être à la fois de langue italienne (75% d'italophones au recensement de 2000, l'italien étant la seule langue officielle des communes de la vallée) et de tradition protestante (71% de réformés au recensement de 1990). Certes, la Bregaglia n'a plus aujourd'hui que 1'620 habitants, mais elle était beaucoup plus florissante à l'époque de la Réforme: en effet, il ne faut pas oublier que le glissement de terrain du 4 septembre 1618 y avait causé la mort de 2'430 personnes ...

Le célèbre sculpteur Alberto Giacometti, né à Borgonovo dans la Bregaglia, était originaire de Stampa, un village de la Bregaglia, passé à la Réforme en 1533 (3 ans avant la Rome du protestantisme!), et lui-même de confession réformée. Un aspect de la culture italienne qui n'est pas souvent mis en avant. Il y a ainsi des villages qui sont de langue italienne et de foi protestante sans interruption depuis 450 ans; et nos hiérarchies orthodoxes qui prétendaient interdire à des Italiens de revenir à la foi orthodoxe...

(En revanche, le village protestant de Torre Pellice, en Piémont, n'est de culture italienne que depuis le début du XXe siècle. Avant 1848, il était uniquement de culture française, la population parlant un dialecte apparenté au provençal, mais ayant le français comme langue liturgique et de culture.)

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » jeu. 01 nov. 2007 16:58

lecteur Claude a écrit :J'ajoute encore que j'ai quelques fois eu l'occasion de signaler à des interlocuteurs roumains que le romanche présentait des similitudes étonnantes de vocabulaire avec leur langue. Non seulement, le roumain et le romanche sont les deux seules langues à se réclamer directement de l'héritage de Rome jusque dans leur non, mais ce sont aussi les deux seules langues, à ma connaissance, ou "église" se traduit par un mot issu de basilica plutôt que par un mot issu d'ecclesia (les deux substantifs étant d'ailleurs des mots grecs, βασιλικά οἰκία et εκκλησία, latinisés par la suite): là où le reste de la latinité parle d'église, égllése en francoprovençal ORB, glèisa en languedocien, lïzà en auvergnat, chiesa en italien, iglesia en castillan, igreja en portugais, etc., et où les langues germaniques voisines ont aussi emprunté le même mot (Kirche en allemand, church en anglais, kerk en néerlandais), le romanche dit baselgia et le roumain biserica. Là où, dans toutes les autres langues de la famille, le latin albus a été supplanté par un adjectif germanique blank (d'où blanc en français, blanc en francoprovençal ORB, blanc en languedocien, blanch en auvergnat, bianco en italien, blanco en castillan, branco en portugais, etc.) qui voulait en fait dire "brillant, lumineux" (cf. anglais bright, allemand blank), le romanche continue à dire alv et le roumain alb. Là où la fête du cinquantième jour après Pâques est désignée par l'original grec (Pentecôte en français, Pentecouta en francoprovençal ORB, pentecotà en auvergnat, Pentecoste en italien, Pentecostés en castillan, Pentecostes en portugais, et d'ailleurs Pentecostes en latin, etc., tous translittérant le grec πεντηκοστή), terme repris par les langues germaniques voisines (allemand Pfingsten, anglais Pentecost), le romanche et le roumain me semblent bien être les seuls à traduire en néo-latin: Tschuncaisma et Cincizecime.
Nul ne m'a jamais donné une explication de ces similitudes entre deux langues latines séparées l'une de l'autre pour un océan germanique et une île magyare, alors que le romanche n'a pas ces similitudes avec les langues latines dont il est géographiquement le plus proche (francoprovençal, ladin des Dolomites, français, italien, etc.) Elles sont d'autant plus intéressantes que la seule existence du romanche à l'heure actuelle perpétue le souvenir de la famille des Victorides qui fit de l'évêché - alors orthodoxe - de Coire le gardien de l'identité culturelle des populations rhétiques. Les orthodoxes oecuménistes, avec leur récriture permanente de l'Histoire, devront là aussi effacer le fait qu'à l'époque carolingienne, on a à la fois changé la religion en introduisant le Filioque et fait de l'évêché de Coire un puissant facteur de germanisation. Et oui, amis oecuménistes, la thèse du professeur Romanidis et de ses épigones, cette thèse que vous trouvez si fantaisiste à propos des évêques orthodoxes romans que la monarchie carolingienne remplaçait par des fonctionnaires francs et filioquistes, vous en avez un exemple incontestable - et que donc vous passerez sous silence, comme d'habitude - dans les Grisons en 843 (cf. Manfred Grosser, adapté par Jean-Jacques Furer, Romanche Facts & Figures, publié en français - comme le titre ne l'indique pas - par la Lia Rumantscha, 2e édition, Coire 2004, p. 16).

Quelques semaines après avoir posté le message cité plus haut, j'ai découvert par hasard l'existence d'un autre livre sur le romanche que j'ai pu me procurer. Il s'agit du Manuel pratique de romanche sursilvan-vallader de Ricarda Liver (professeur de romanche aux universités de Berne et de Genève), version française revue par Mathilde Brachna, 2e édition, Ligue Romanche, Coire 1991. Contrairement aux livres de Furer et Taggart, qui ne sont que des dictionnaires, le livre de Mme Liver est un véritable manuel d'étude de la langue, avec de la grammaire et des textes. Contrairement à l'ouvrage du docteur Stich, qui est consacré au rumantsch grischun, le manuel de Mme Liver se concentre sur les deux idiomes principaux, le sursilvan, parlé dans la vallée du Rhin antérieur, principalement par des catholiques, et le vallader, parlé en Basse-Engadine, principalement par des protestants. Il s'agit d'ailleurs des deux idiomes romanches les plus vivants, puisqu'au recensement fédéral de l'an 2000, 13'879 personnes ont indiqué le sursilvan comme langue la mieux connue, tandis que 5'138 personnes ont indiqué le vallader comme langue la mieux connue. Les autres idiomes romanches sont loin derrière (2'343 pour le puter, 2'085 pour le surmiran, 571 pour le sutsilvan) - cf. le détail de ces chiffres dans l'article de Wikipédia sur le sujet http://fr.wikipedia.org/wiki/Romanche , avec cette petite réserve que les chiffres ne concernent pas la langue maternelle, mais la langue la mieux parlée; comme il y a beaucoup de Romanches qui considèrent parler l'allemand mieux que leur langue maternelle, le chiffre réel des Romanches est largement supérieur à celui des gens ayant indiqué le romanche comme langue la mieux connue au recensement).

Or, le livre de Ricarda Liver contient une explication plausible des intéressantes similitudes entre le romanche et le roumain que j'évoquais dans mon message du 4 septembre dernier.

"Or on sait que la latinisation de la Rétie dans les premiers siècles fut très superficielle. Les contacts entre les Romains et la population indigène se limitaient à la vie militaire et aux centres administratifs tels qu'Augsburg et Coire. Tandis que le Valais, conquis par Auguste en même temps que la Rétie par ses beaux-fils, était très rapidement latinisé (les inscriptions nombreuses dès le 1er s. le prouvent bien), la Rétie ne fut complètement latinisée que beaucoup plus tard, au cours des 4e/5e siècles. On suppose que ce ne sont pas les occupants romains eux-mêmes qui en accomplirent la latinisation, mais les populations latinisées de la plaine helvétienne et de la Vindélicie (province romaine du sud du Danube) qui, chassés de leur terres par les invasions des Alamans, se réfugièrent dans les Alpes rétiques." (Liver, op. cit., p. 4.)

Dans cette hypothèse, la Rhétie romanche, qui allait se réduire comme peau de chagrin au fil des siècles (on parlait romanche sur les bords du lac de Constance au VIIIe siècle, et le nom même de Walenstadt, dans le canton de Saint-Gall, rappelle que la frontière linguistique entre romanche et alémanique y passait au moment de la fondation de la ville en 831), aurait servi de lieu de repli pour les populations latinisées de régions bien plus orientales. On pourrait donc supposer que le renforcement de ce bastion alpin de la latinité soit, par exemple, lié à la chute du Norique après la mort de saint Séverin, événement dont il a déjà été question à plusieurs reprises sur le présent forum. Dès lors, il n'y aurait rien de surprenant à ce qu'une partie des populations qui ont été à l'origine du peuplement romanche actuelle aient fait partie de la Romanité orientale, comme les ancêtres des Roumains actuels, et aient emporté avec elles, dans leur exode vers le sud-ouest, des expressions qui étaient propres à la Romanité orientale et ne se retrouvent ainsi, en dehors du romanche, qu'en roumain. C'est la seule explication cohérente que je trouve.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » dim. 04 nov. 2007 17:36

lecteur Claude a écrit :Non seulement, le roumain et le romanche sont les deux seules langues à se réclamer directement de l'héritage de Rome jusque dans leur non, mais ce sont aussi les deux seules langues, à ma connaissance, ou "église" se traduit par un mot issu de basilica plutôt que par un mot issu d'ecclesia (les deux substantifs étant d'ailleurs des mots grecs, βασιλικά οἰκία et εκκλησία, latinisés par la suite): là où le reste de la latinité parle d'église, égllése en francoprovençal ORB, glèisa en languedocien, lïzà en auvergnat, chiesa en italien, iglesia en castillan, igreja en portugais, etc., et où les langues germaniques voisines ont aussi emprunté le même mot (Kirche en allemand, church en anglais, kerk en néerlandais), le romanche dit baselgia et le roumain biserica.
J'ai oublié de signaler - et l'oubli est impardonnable s'agissant d'une langue parlée par des populations qui comptent une forte proportion d'orthodoxes - que le grec εκκλησία a aussi donné kishë en albanais (le nom officiel de l'Eglise d'Albanie est Kisha Orthodhokse Autoqefale e Shqipërisë, Eglise orthodoxe autocéphale d'Albanie).

Je signale aussi, par honnêteté, une autre étymologie donnée par un savant professeur de linguistique russe de l'INALCO de Paris, qui fait découler aussi bien le russe церковь que les équivalents germaniques que j'ai cités plus haut du type Kirche, kerk, church, d'un autre mot grec que εκκλησία, à savoir κυρίκον. Je cite:

"Selon plusieurs étymologistes, le slave commun *cĭrku vient sans doute du gothique *kiriko, "église", forme hypothétique apparentée à celles des langues germaniques modernes, comme l'allemand Kirche, le néerlandais kerk "église" (> nom de la ville de Dunkerque). Le substantif flamand kerkmisse signifiant littéralement "messe d'église" était employé par métonymie pour désigner la fête patronale, ce qui a donné le français kermesse. Le [ts] du mot slave est le résultat d'une ancienne palatalisation du [k] devant une voyelle antérieure. L'anglais church offre l'exemple d'une palatalisation où le [k] s'est transformé en [tch]. Précisons que le mot germanique, quant à lui, avait emprunté le mot au grec kyrikon, "maison du Seigneur", substantif issu de l'adjectif kyriakon, "du Seigneur", qui est dérivé de kyrios, "maître, souverain". Ce dernier était appliqué au Christ dans les textes chrétiens, et on le retrouve dans l'invocation liturgique Kyrie, eleison "Seigneur, prends pitié" (> français kyrielle, "litanie, procession"). Certains linguistes pensent que le slave a pu emprunter le terme signifiant "église" directement au grec." (Serguei Sakhno, Dictionnaire russe-français d'étymologie comparée, Editions L'Harmattan, Paris 2001, p. 308.)

Là, je me permets d'avouer mon scepticisme. Il est tout à fait envisageable que le russe церковь découle d'un mot gothique - langue germanique orientale complètement éteinte au cours du XVIIIe siècle, mais dont nous savons qu'elle était utilisée comme langue liturgique dans certaines paroisses orthodoxes dans la Dobroudja et la Crimée au IXe siècle. Ce qui me paraît plus étonnant, c'est que le mot gothique lui-même dérive d'un mot grec κυρίκον plutôt que du mot grec εκκλησία qui a été repris dans toutes les langues latines sauf le romanche et le roumain. En effet, je n'ai trouvé trace d'un mot κυρίκον ni dans le Rosgovas pour le grec moderne, ni dans le Bailly pour le grec ancien. Et cette absence me surprend d'autant moins qu'aujourd'hui, on utilise le mot εκκλησία pour l' "Eglise" en tant qu'institution, et le mot ναός pour l' "église" en tant que bâtiment / lieu de culte / "maison du Seigneur". Je n'ai jamais rencontré aucune utilisation d'un mot κυρίκον à la place de ναός. Toutefois, je peux me tromper, et toute correction serait la bienvenue.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » jeu. 14 mai 2009 12:37

Claude le Liseur a écrit :J'avais exprimé mon scepticisme quant à l'idée que le Platt lorrain mérite vraiment le nom de "francique" et soit proche de la langue des anciens Francs. De ce point de vue, l'ouvrage de M. Kieffer (op. cit., p. 16) a l'immense mérite de donner une liste de quelques mots communs au néerlandais et au francique et inconnus en allemand: Bengel, Boll, dapper, Spreew, Trauffel, andoun, wéini?, soit "bâton", "louche", "vite", "étourneau", "truelle", "s'habiller" et "quand?" en français. (Je signale au passage que ces mots se traduisent par Stock, Kelle, schnell, Star, Kelle, sich anziehen et wann? en allemand.) Comme les Mérovingiens étaient sans doute originaires de l'embouchure du Rhin, actuel pays de langue néerlandaise, c'est en effet un argument de poids en faveur de la parenté entre la langue germanique de Moselle et la langue des anciens Francs. Il se pourrait donc bien, contrairement à ce que j'écrivais en 2006, que le francique lorrain, bien que moyen-allemand, ait des titres tout à fait légitimes à porter ce nom et à se rattacher à ce glorieux passé.
Je relis ce message du 28 mai 2007 et je me rends compte que j'avais oublié de signaler que Bengel, qui veut dire "bâton" en francique, veut dire "garnement" en allemand.

Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » ven. 15 mai 2009 9:38

Le garnement est-il celui qui mérite le bâton ? ;-)
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Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » ven. 15 mai 2009 10:43

Anne Geneviève a écrit :Le garnement est-il celui qui mérite le bâton ? ;-)
Bien vu; c'est probablement là l'origine du glissement sémantique...

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Message par Claude le Liseur » ven. 11 sept. 2009 2:07

Claude le Liseur a écrit :
Claude le Liseur a écrit :J'avais exprimé mon scepticisme quant à l'idée que le Platt lorrain mérite vraiment le nom de "francique" et soit proche de la langue des anciens Francs. De ce point de vue, l'ouvrage de M. Kieffer (op. cit., p. 16) a l'immense mérite de donner une liste de quelques mots communs au néerlandais et au francique et inconnus en allemand: Bengel, Boll, dapper, Spreew, Trauffel, andoun, wéini?, soit "bâton", "louche", "vite", "étourneau", "truelle", "s'habiller" et "quand?" en français. (Je signale au passage que ces mots se traduisent par Stock, Kelle, schnell, Star, Kelle, sich anziehen et wann? en allemand.) Comme les Mérovingiens étaient sans doute originaires de l'embouchure du Rhin, actuel pays de langue néerlandaise, c'est en effet un argument de poids en faveur de la parenté entre la langue germanique de Moselle et la langue des anciens Francs. Il se pourrait donc bien, contrairement à ce que j'écrivais en 2006, que le francique lorrain, bien que moyen-allemand, ait des titres tout à fait légitimes à porter ce nom et à se rattacher à ce glorieux passé.
Je relis ce message du 28 mai 2007 et je me rends compte que j'avais oublié de signaler que Bengel, qui veut dire "bâton" en francique, veut dire "garnement" en allemand.
Notre grand linguiste, le professeur Hagège, exprime dans un ouvrage récent le même scepticisme que celui dont je faisais preuve en 2006.

«Laissant ce débat aux historiens, on doit également souligner que Clovis et les siens parlaient bien une langue germanique, mais que le francique actuel, que ses défenseurs les moins informés peuvent juger flatteur de rattacher par une filiation directe à la langue de Clovis, ne descend pas exactement d'elle. D'une part, en effet, la langue de Clovis était une forme de francique plus septentrionale, proche du francique ripuaire des bords du Rhin, et parlée dans la région située entre Cologne et Tournai, berceau des Francs Saliens; elle n'était pas éloignée, même, du bas-allemand, ancêtre du néerlandais. D'autre part, cette langue a disparu, apparemment sans laisser de traces directes, et probablement dès le VIIe siècle, ou plus exactement, elle s'est fondu dans le latin des Gallo-Romains, qui était en train de se transformer en une langue romane ancêtre du français. On peut donc émettre que l'origine du francique, qui ne serait pas le descendant de la langue des Francs Saliens de Clovis, est beaucoup plus ancienne, et qu'il s'agirait, en fait, d'une langue germanique présente avant même la conquête romaine sur le territoire de la Lorraine actuelle, notamment celui qui était autrefois occupé par les Médiomatrices, de Forbach à Sarrebourg (NdL: il s'agit en gros de l'hypothèse d'Alain Simmer).»

(Claude Hagège, Dictionnaire amoureux des langues, Plon / Odile Jacob, Paris 2009, p. 268. L'article que le professeur Hagège consacre au francique cite à plusieurs reprises l'Assimil de poche de francique de M. Kieffer, que j'ai cité sur le présent forum, ainsi qu'un ouvrage de Mme Hélène Nicklaus sur cette langue, encore plus récent et que je ne me suis pas encore procuré.)

Claude le Liseur
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Re:

Message par Claude le Liseur » dim. 13 mars 2011 21:56

Claude le Liseur a écrit :

De ce que j'ai compris, Assimil a acheté les droits pour le domaine francophone et italophone de la collection Kauderwelsch Wort für Wort des éditions Peter Rump de Bielefeld. La collection Kauderwelsch Wort für Wort vient de publier en avril 2007 son 209e titre, consacré au frioulan (Friaulisch Wort für Wort, par Georg Pagitz)!

Il faut rendre hommage à ces collections de petits volumes de poche qui permettent enfin de sortir des ouvrages faciles à trouver en librairie et bien faits sur des langues peu répandues, et en particulier sur les langues régionales et les dialectes d'Allemagne, de France, d'Italie et de Suisse.

Il faut néanmoins se tenir au courant des publications chez Assimil, Assimil Italia et Peter Rump, car certains titres ne paraîtront vraisemblablement que dans une langue. Ainsi, s'il existe un volume pour l'alsacien, le basque ou le breton aussi bien en allemand chez Peter Rump qu'en français chez Assimil, il est plus que probable que ne seront jamais traduits en français les volumes de la collection Kauderwelsch Wort für Wort consacrés au bavarois, au dialecte de la Ruhr, au parler berlinois, viennois, de Cologne, etc.

Pour l'instant, Assimil Italia n'a publié qu'un volume consacré au piémontais (Il Piemontese in tasca) dont je doute qu'il soit jamais traduit en allemand ou en français.

En revanche, il n'y aurait rien d'étonnant à ce que le volume de Kauderwelsch Wort für Wort consacré au frioulan fût traduit ou adapté en italien.


Poue une fois, j'étais prophète dans mon message du 28 juin 2007, puisque le volume de Kauderwelsch Wort für Wort consacré au frioulan a été adapté par Assimil Italia:

Federico Vicario et Paolo Roseano

Il Friulano in tasca

Assimil Italia, Chivasso (TO) 2010, 214 pages

La version italienne est au demeurant très supérieure à son modèle allemand; ce qui n'a rien d'étonnant, le public pour un guide de conversation frioulan étant sans doute plus important à partir de l'italien que de l'allemand.

En plus du piémontais et du frioulan, Assimil Italia a aussi consacré un volume au gênois:

Alessandro Guasoni et Fiorenzo Toso

Il Genovese in tasca

Assimil Italia, Chivasso (TO) 2010, 214 pages

Notons que ce dernier idiome est particulièrement intéressant pour un lecteur de ce côté-ci des Alpes. En effet, le gênois est étroitement apparenté aux dialectes parlés à Monaco (le monégasque, langue nationale de la Principauté, à côté du français qui en est la langue officielle), à Menton (le mentonasque) et dans la haute vallée de la Roya réunie à la France en 1947 seulement (tendasque, brigasque), l'ensemble constituant les dialectes ligures (rien à voir avec les Ligures de l'Antiquité!) ainsi que le rappelle d'ailleurs la carte de la page 11 du Genovese in tasca. Ceci les différencie radicalement du nissart qui est une forme d'occitan, tout en étant différent du pur provençal parlé à Cannes. On constate donc que le département des Alpes-Maritimes a été constitué de quatre morceaux (une partie de l'ancien département du Var représentant quelques cantons provençaux réunis à la France depuis 1481 + l'ancien comté de Nice réuni à la France en 1860 + Menton et Roquebrune détachées de la principauté de Monaco en 1848 et réunies à la France en 1861 + la haute vallée de la Roya réunie à la France en 1947) et de trois aires dialectales.

Claude le Liseur
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Re:

Message par Claude le Liseur » mar. 07 févr. 2012 18:53

Claude le Liseur a écrit :
Voici qu'entre-temps les éditions Assimil ont publié le premier ouvrage de grande diffusion en français sur le francique lorrain:

Jean-Louis Kieffer
Le Platt lorrain de poche
Editions Assimil
Chennevières-sur-Marne, mars 2006

De ce que j'ai compris, Assimil a acheté les droits pour le domaine francophone et italophone de la collection Kauderwelsch Wort für Wort des éditions Peter Rump de Bielefeld. La collection Kauderwelsch Wort für Wort vient de publier en avril 2007 son 209e titre, consacré au frioulan (Friaulisch Wort für Wort, par Georg Pagitz)!

Il faut rendre hommage à ces collections de petits volumes de poche qui permettent enfin de sortir des ouvrages faciles à trouver en librairie et bien faits sur des langues peu répandues, et en particulier sur les langues régionales et les dialectes d'Allemagne, de France, d'Italie et de Suisse.
Il convient de préciser que le très intéressant ouvrage de M. Kieffer portait essentiellement sur le francique mosellan (région de Boulay-Moselle et de Bouzonville en France et région de Sarrelouis en Allemagne) et accessoirement sur le francique rhénan (région de Forbach, Sarreguemines, Sarrebourg et Bitche en France et de Sarrebruck et Pirmasens en Allemagne). S'agissant de la variété la plus prestigieuse du francique, le francique luxembourgeois, à la fois la variété la plus internationale (la totalité du grand-duché de Luxembourg, la région d'Arlon en Belgique, la région de Thionville en France et la région de Bitburg en Allemagne) et la seule qui soit officialisée (langue officielle du grand-duché de Luxembourg depuis 1984 aux côtés du français - seule langue de rédaction des lois - et de l'allemand), il y avait encore une lacune que cette même collection Assimil Langues de poche (nouveau nom de la collection Assimil Evasion) vient de combler:

Joscha Remus (adaptation française de Franck Colotte, Peter Gilles et Jackie Weber-Messerich)

Le Luxembourgeois de poche

Assimil, Chennevières-sur-Marne, janvier 2012, 182 pages

Il y a bien sûr encore plus de mots venus du français en luxembourgeois qu'en schwyzertütsch: environ 5'000 mots, dont

Ënnen oignons (allemand Zwiebeln)
Koppel couple (allemand Paar)
Entrée entrée (allemand Eingang)
Sortie sortie (allemand Ausgang)
Arrivée arrivée (allemand Anfahrt)
Bagage bagage (allemand Reisegepäck)
Camion camion (allemand Lastwagen)
futti cassé ("foutu") (allemand kaputt)
Busarrêt arrêt de bus (allemand Bushaltestelle)
Präbbeli parapluie (allemand Regenschirm)
Poubelle poubelle (allemand Mülleimer)
Schminni cheminée (allemand Kamin)
Affekot avocat (allemand Rechtsanwalt)

Henri
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Re: la circulation sanguine chez saint Nicodème l'Hagiorite

Message par Henri » ven. 10 févr. 2012 10:39

Pardonnez-moi, Claude, sans vouloir interrompre ce passionnant fil sur l'historique des langues, je souhaiterais revenir à la planche anatomique sur la circulation sanguine, dessinée par Nicodème l'Hagiorite qui fut à l'origine de celui-ci. J'ai parcouru le fil, dont le sujet initial m'intéresse au plus haut point, et j'ai lu ceci que vous écrivez :
Chère Madeleine, les inscriptions décrivent simplement le cœur et sa physiologie. Il vaudrait mieux que je numérise tout le texte de saint Nicodème qui accompagnait cette planche, mais ça me prendra du temps, et encore plus de temps pour le traduire. Sauf si un de nos amis hellènes (Apostolos? Yannis? Giorgos? Nicolas?) veut bien se dévouer.
Pourrais-je en savoir plus sur le texte de saint Nicodème qui était associé à cette planche anatomique ? Vous parliez de numériser le texte, cela vous est-il encore possible ? Sinon, où puis-je trouver le texte original, peut-être sur le net, et éventuellement une traduction ? Je ne pense pas que celle-ci se trouve dans l'édition française de la Philocalie traduite par Jacques Touraille. L'approche de l'anatomie-physiologie de l'appareil respiratoire et de l'appareil cardio-vasculaire comme symbole corporel du cheminement de la prière du cœur en nous, et support de cette prière revêt pour moi une importance capitale comme vous pourrez le lire ici : http://hesychiasme.blogspot.com/2011/10/2eme-jour.html. Déjà un grand merci pour toute information que vous pourrez me donner.
Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu Vivant, fais-moi miséricorde.

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Re: la circulation sanguine chez saint Nicodème l'Hagiorite

Message par Claude le Liseur » sam. 11 févr. 2012 22:55

Henri a écrit :
Pourrais-je en savoir plus sur le texte de saint Nicodème qui était associé à cette planche anatomique ? Vous parliez de numériser le texte, cela vous est-il encore possible ? Sinon, où puis-je trouver le texte original, peut-être sur le net, et éventuellement une traduction ? Je ne pense pas que celle-ci se trouve dans l'édition française de la Philocalie traduite par Jacques Touraille. L'approche de l'anatomie-physiologie de l'appareil respiratoire et de l'appareil cardio-vasculaire comme symbole corporel du cheminement de la prière du cœur en nous, et support de cette prière revêt pour moi une importance capitale comme vous pourrez le lire ici : http://hesychiasme.blogspot.com/2011/10/2eme-jour.html. Déjà un grand merci pour toute information que vous pourrez me donner.
Je vais essayer de satisfaire votre demande légitime dans la mesure de mes moyens, mais comme il s'agissait d'une planche reproduite dans un livre qui portait sur la période de la Turcocratie, j'ai peur de ne pas trouver beaucoup d'informations.

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Re: la circulation sanguine chez saint Nicodème l'Hagiorite

Message par Henri » mar. 14 févr. 2012 14:03

Merci par avance, Claude, de ce que vous pourrez faire concernant ma demande.
Dernière modification par Henri le mer. 14 mars 2012 12:57, modifié 1 fois.
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Re: la circulation sanguine chez saint Nicodème l'Hagiorite

Message par Claude le Liseur » mer. 14 mars 2012 10:46

Henri a écrit :Pardonnez-moi, Claude, sans vouloir interrompre ce passionnant fil sur l'historique des langues, je souhaiterais revenir à la planche anatomique sur la circulation sanguine, dessinée par Nicodème l'Hagiorite qui fut à l'origine de celui-ci. J'ai parcouru le fil, dont le sujet initial m'intéresse au plus haut point, et j'ai lu ceci que vous écrivez :
Chère Madeleine, les inscriptions décrivent simplement le cœur et sa physiologie. Il vaudrait mieux que je numérise tout le texte de saint Nicodème qui accompagnait cette planche, mais ça me prendra du temps, et encore plus de temps pour le traduire. Sauf si un de nos amis hellènes (Apostolos? Yannis? Giorgos? Nicolas?) veut bien se dévouer.
Pourrais-je en savoir plus sur le texte de saint Nicodème qui était associé à cette planche anatomique ? Vous parliez de numériser le texte, cela vous est-il encore possible ? Sinon, où puis-je trouver le texte original, peut-être sur le net, et éventuellement une traduction ? Je ne pense pas que celle-ci se trouve dans l'édition française de la Philocalie traduite par Jacques Touraille. L'approche de l'anatomie-physiologie de l'appareil respiratoire et de l'appareil cardio-vasculaire comme symbole corporel du cheminement de la prière du cœur en nous, et support de cette prière revêt pour moi une importance capitale comme vous pourrez le lire ici : http://hesychiasme.blogspot.com/2011/10/2eme-jour.html. Déjà un grand merci pour toute information que vous pourrez me donner.

Excusez-moi pour le retard, mais les choses avancent un peu: j'ai retrouvé hier le texte dans mes archives (pp. 233 et 235-236 du livre du RP Georges Metallinos, Τουρκοκρατία, dans la 3e édition). Je vais voir si je peux le numériser. Pour la traduction, ce sera un peu plus long. Le texte de saint Nicodème l'Hagiorite est écrit dans un grec beaucoup plus puriste que la langue démotique qui est la seule à m'être un peu familière, sans qu'il s'agisse pour autant d'un pastiche du grec ancien. La traduction va donc me prendre beaucoup de temps. Je précise par ailleurs que le texte de saint Nicodème n'est pas issu de la Philocalie, mais du Manuel des Symboles (Συμβουλευτικόν εγχειρίδιον) de 1801.

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Re: la circulation sanguine chez saint Nicodème l'Hagiorite

Message par Henri » mer. 14 mars 2012 12:57

Claude le Liseur a écrit :
Excusez-moi pour le retard, mais les choses avancent un peu: j'ai retrouvé hier le texte dans mes archives (pp. 233 et 235-236 du livre du RP Georges Metallinos, Τουρκοκρατία, dans la 3e édition). Je vais voir si je peux le numériser. Pour la traduction, ce sera un peu plus long. Le texte de saint Nicodème l'Hagiorite est écrit dans un grec beaucoup plus puriste que la langue démotique qui est la seule à m'être un peu familière, sans qu'il s'agisse pour autant d'un pastiche du grec ancien. La traduction va donc me prendre beaucoup de temps. Je précise par ailleurs que le texte de saint Nicodème n'est pas issu de la Philocalie, mais du Manuel des Symboles (Συμβουλευτικόν εγχειρίδιον) de 1801.
C'est moi qui m'excuse pour cette demande qui vous donne un surcroît de travail dans votre emploi du temps déjà très chargé... Je suis tout de même heureux que vous ayez pu retrouver ce texte. N'ayez aucune inquiétude pour le temps que cela pourra prendre, je vous remercie de la peine que vous prenez pour répondre à ma requête.
Je vois que l'ouvrage de Nicodème "Εγχειρίδιον Συμβουλευτικόν" présente comme sous-titre : "περί Φυλακής των πέντε Αισθήσεων, της τε Φαντασίας, και της του Νοός, και Καρδίας", la garde des cinq sens, de l'imagination et du mental et du cœur. Je dois avouer que c'est tout un programme qui me parle beaucoup. Merci pour votre aide précieuse, Claude. À bientôt.
Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu Vivant, fais-moi miséricorde.

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Re:

Message par Claude le Liseur » jeu. 22 mars 2012 23:04

Claude le Liseur a écrit :
Je signale au passage qu'Andermatt, le chef-lieu de la vallée d'Urseren, est un lieu de pélerinage très fréquenté par des patriotes russes, car un momument érigé en 1898 y commémore le passage de l'armée russe du maréchal Souvorov en 1799 lors de la guerre de la deuxième Coalition. Le 25 septembre 1799, une célèbre bataille entre les Russes et les Français sur le pont du Diable (Teufelsbrücke) permit à l'armée de Souvorov de franchir le Gothard dans le but de prendre à revers l'armée française. Or, le lendemain, 26 septembre 1799, l'armée française du général niçois Masséna remportait à Zurich une victoire décisive sur l'autre armée russe (celle de Korsakov) et ses alliés autrichiens, ce qui ôtait tout objet à l'opération dont on avait chargé le corps d'armée de Souvorov. Souvorov parvint à repasser les Alpes dans l'autre sens, puis à rapatrier ses troupes en Russie après l'écroulement de la deuxième Coalition. Le lecteur orthodoxe sera sans doute intéressé de savoir que le maréchal Souvorov était un personnage assez peu commun, qui rédigeait des proclamations en vers à l'adresse de ses troupes, imposait à ses officiers des séances de prières publiques, faisait abattre les "arbres de la Liberté" plantés en Italie du Nord par les jacobins et dont il percevait bien la symbolique religieuse (l'arbre de la Liberté étant un symbole du néo-paganisme antiquisant dont les républicains français faisaient la promotion), écrivait des acathistes à ses heures perdues, faisait la promotion d'une conception de la discipline basée sur l'initiative du soldat et non plus sur son obéissance mécanique à la prussienne, et n'en a pas moins laissé le souvenir d'un boucher en raison du massacre qu'il avait toléré à Praga, faubourg de Varsovie, en 1794, massacre dans lequel il n'avait pourtant aucune part de responsabilité, puisque la boucherie avait été ordonnée par la délicate amie des Philosophes - et ennemie implacable du monachisme orthodoxe russe - Catherine II.


Au début de l'année 1796, alors que Monsieur de Charette continuait une lutte désespérée avec quelques centaines de partisans et poursuivait la route qui devait le conduire au peloton d'exécution de la place des Agriculteurs, aujourd'hui place Viarme, à Nantes le 29 mars 1796, et par là-même à l'immortalité, il reçut une missive surprenante de ce même maréchal Souvorov.
Charette est épuisé. En vain, les membres du Conseil des Armées catholiques et royales de Bretagne viennent de lui écrire, en lui donnant les moyens de correspondre avec elles, il se sent coupé de tout. En vain, il vient de recevoir une lettre enivrante de Souvarow; "Bravo, Charette, honneur des chevaliers français; l'univers est plein de ton nom... Dieu te choisit comme autrefois David pour punir le Philistin." Celui qui de Varsovie vantait ainsi Charette ignorait sa véritable situation.
[/quote]

Emile Gabory (1872-1954), La Révolution et la Vendée. Tome III, La victoire des vaincus, chapitre VIII, "La mort de Stofflet et de Charette", in Emile Gabory, Les guerres de Vendée, Bouquins, Robert Laffont, Paris 2009, p. 499.

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