Commémoration des morts et sacrifice non sanglant

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Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » jeu. 28 déc. 2006 11:52

Lorsque Dieu a demandé à Abraham de sacrifier la chair de sa chair, son propre fils Isaac, Abraham n’a pas hésité et a préparé ce sacrifice par obéissance. Il n’a pas écouté sa volonté propre; Mais il ne lui avait fait cette demande que pour l’éprouver (Il est un peu raide parfois !), il a retenu la main d’Abraham et arrêté son geste. L’épreuve était concluante.

Dieu n’a besoin d’aucun sacrifice, Il nous invite à entrer en communion avec lui par un acte encore plus concret que le sacrifice d’un bouc ou d’un mouton. — ou même de quelques fleurs, comme je voyais les hindouistes le faire dans les rues de Paris. Il nous offre de communier à Lui-même en mangeant sa chair et en buvant son sang. Et si nous participons au sacrifice c’est en réalité Lui-même qui s’offre et qui est offert.

Dans cette problématique du sacrifice et de son utilité, et du profit qu’on en tire (ça fleure bon la “satisfaction” et les “mérites” et la “rédemption”) il y a beaucoup de traces de cette fausse théologie dont l’Église latine s’est servie pour emposonner les esprits de l’Occident. Ce n’est pas une nourriture spirituelle, c’est un poison, et nous voyons bien combien est profonde la dépendance à laquelle elle conduit — car c’est une véritable drogue.

Lisez et relisez le texte de l’anaphore de saint Basile. Saint Basile était si respectueux de la Tradition remise par le Seigneur Lui-même à ses Apôtres, transmise par ceux-ci aux premiers évêques des Églises qu’ils fondèrent, puis d’eux à leurs successeus les évêques orthodoxes jusqu’à nos jours, que ce texte doit être considéré comme la Révélation par le Seigneur des paroles de l’Eucharistie. Et vous y comprendrez que lorsque l’on parle de l’Eucharistie, le mot sacrifice n’est qu’une des perspectives bien partielles offertes à l’homme, car l’intelligence humaine ne peut embrasser clairement une réalité aussi abondante.

Ce sera pour vous le meilleur des antidotes à la drogue de l’Église latine.
Jean-Louis Palierne
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Makcim
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Message par Makcim » ven. 29 déc. 2006 1:08

Voici le texte dans sa traduction du Monastère franco-roumain de la Théotokos de Villeblazy (11250)

[Nous aussi, pécheurs, avec ces bienheureuses puissances, ô Maître ami des hommes, nous proclamons et nous disons : Tu es saint en vérité, Tu es parfaitement saint, et il n'est pas de mesure à la magnificence de ta sainteté. Tu es sanctifié en toutes tes oeuvres, car en toutes choses Tu as agi envers nous avec justice et selon un jugement véritable.
Ayant façonné l'homme en prenant de la poussière de la terre, Tu l'honoras de ta propre image, ô Dieu, et Tu l'installas dans le paradis de délices, lui promettant, s'il gardait tes commandements, la vie immortelle et la jouissance des biens éternels. Mais a toi, le Dieu véritable qui l'avais créé, il refusa d'obéir et, trompé par la ruse du serpent, fut mis à mort par ses propres transgressions.

Alors, ô Dieu, dans ton juste jugement, Tu l'as banni du paradis, pour l'exiler en ce monde ; Tu l'as fait retourner à la terre d'où Tu l'avais tiré, tout en dispo¬sant pour lui le salut par une nouvelle naissance en ton Christ lui-même. Car Tu n'as pas délaissé pour toujours l'ouvrage que Tu avais fait et façonné dans ta bonté, ni oublié l'œuvre de tes mains, mais selon tes entrailles de miséricorde Tu l'as visité de multiples manières ; Tu as envoyé les prophètes ; Tu as opéré des miracles par les saints qui, à chaque génération, te furent agréables ; Tu nous as parlé par la bouche de tes serviteurs les prophètes, qui nous ont annoncé le salut à venir ; Tu nous as donné le secours de la Loi, Tu as préposé les anges à notre garde.
Mais, lorsque fut venue la plénitude des temps, Tu nous as parlé par ton Fils lui-même, par qui Tu avais créé les siècles. Lui qui est le rayonnement de ta gloire, l'empreinte de ta substance, lui qui porte l'univers par sa parole puissante, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à toi, Dieu et Père, mais, étant Dieu avant les siècles, il est apparu sur la terre, il a vécu au milieu des hommes, il a pris chair de la Vierge sainte, il s'est anéanti lui-même, prenant forme d'esclave, devenant conforme à notre corps de misère pour nous rendre conformes à l'image de sa gloire.
Puisque le péché était entré dans le monde par un homme, et par le péché, la mort, il a plu à ton Fils seul engendré, lui qui est dans ton sein, Dieu et Père, de condamner le péché dans sa propre chair, en naissant d’une femme, la Sainte Mère de Dieu et toujours vierge Marie, en naissant sous la Loi, afin que ceux qui étaient morts en Adam fussent vivifiés en lui, ton Christ.
Ayant vécu en citoyen de ce monde, il nous a donné ses préceptes de salut, nous a détournés de l'égarement des idoles, et nous a amenés à te connaître, toi, le vrai Dieu et Père, nous ayant acquis pour lui-même comme un peuple qui lui appartient, un sacerdoce royal, une nation sainte. Nous ayant purifiés dans l'eau et sanctifiés par l'Esprit saint, il s'est livré lui-même en rançon à la mort, par laquelle nous étions retenus captifs, vendus au pouvoir du péché. Descendu par la croix aux enfers afin de tout remplir de lui-même, il a mis fin aux douleurs de la mort, et, ressuscité le troisième jour, il a ouvert à toute chair la voie de la résurrection d'entre les morts, car il n'était, pas possible que le Prince de la vie fût soumis à la corruption. Il est devenu prémices de ceux qui se sont endormis, premier-né d'entre les morts, afin d'avoir la primauté en tout. Monté aux cieux, il s'est assis dans les hauteurs à la droite de ta majesté, lui qui viendra rendre à chacun selon ses œuvres.
Il nous a aussi laissé, de sa passion salvatrice, ce mémorial que nous t'avons présenté selon ses préceptes. Car, sur le point d'aller à sa mort volon¬taire, vivifiante et éternellement digne d'être célébrée, la nuit où il se livra lui-même, pour la vie du monde, prenant du pain dans ses mains saintes et immaculées, et l'élevant vers toi, Dieu et Père, il prononça l'action de grâce et la bénédiction, puis il le sanctifia, le rompit, et le donna à ses saints Disciples et apôtres en disant : " Prenez… "]
Makcim

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » ven. 29 déc. 2006 8:09

Merci Maksim pour la reproduction d'un passage de ce texte essentiel de la Tradition apostolique, la Révélation que nous tenons du Dieu-homme Lui-même. Il nous montre combien il est important pour le foi orthodoxe de réaffirmer en cet instant de la Liturgie eucharistique tout le réalisme de la chute d'Adam, dont nous sommes tous les héritiers.

Parce que cette chute d'Adam a été rappelée, parce que son caractère provisoire et curable en est affirmé, toute notre vie en ce monde, en ce temps intermédiaire prend le sens d'une école primaire du salut. Tout peut être alors placé dans le perspective correcte.
Jean-Louis Palierne
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