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tichon
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Message par tichon » mer. 31 mai 2006 1:04

merci beaucoup

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » ven. 02 juin 2006 2:14

lecteur Claude a écrit :Les vases sacrés sont le disque ou patène (grec δίσκος, russe дискос, roumain disc; latin patena, anglais paten, allemand Diskos), qui sert à contenir les parcelles de pain eucharistique ; le calice (grec ποτήριο, russe чаша, roumain potir; latin calix, anglais chalice, allemand Kelch), qui sert à contenir le précieux sang ; l’astérisque (grec αστερίσκος, russe звезда, roumain steluţă; latin stellula, anglais star-cover, allemand Asteriskos) qui recouvre la patène, la lance (grec λόγχη, russe копё, roumain copia; latin lancea, anglais spear, allemand Lanze) dont le prêtre se sert à la prothèse pour découper les parcelles du pain eucharistique qu'il dépose ensuite sur la patène, et la cuiller (grec λαβίδα, russe лжиџа, roumain linguriţă; latin cochlear, anglais spoon, allemand Löffel) qui sert à la communion des laïques et des clercs inférieurs (lecteurs et sous-diacres).
Tichon,
je vous signale juste que j'ai rajouté les traductions latines, au cas où vous auriez à travailler avec des sources antérieures au XIXe siècle.

tichon
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Message par tichon » jeu. 03 août 2006 17:26

Bonjour,

et merci pour les langues supplémentaires ci-dessus. C'est une véritable aide pour moi d'avoir vos explications.

Pardonnez-moi mon ignorance, mes chers amis, mais j'ai encore un petit souci de traduction... et de compréhension.


D'une part, je suis tombé sur le terme "дарохранительница", traduit et décrit ainsi :
Le dictionnaire de M. ROTY a écrit :Tabernacle, dans le quel la sainte réserve est toujours gardée sur l'autel. Il doit être en or ou en argent, à la rigueur en étain, et toujours couvert. Il a généralement la forme d'un petit tombeau, parfois d'une église ou d'une petite tour [...] ou encore d'une petite colombe suspendue par des chaînes au baldaquin de l'autel, ou à un petit baldaquin particulier.
Qu'est-ce la "sainte réserve" ?

Je crois avoir lu quelque part que le tabernacle (catholique) sert à contenir les hosties et le vin (pain et vin). En est-il ainsi dans l'église orthodoxe ou est-ce différent ?

D'autre part, je trouve le terme "ковчег" dans la même phrase que la "дарохранительница". La traduction dont je dispose pour le moment me dit :
1. arche de Noé, 2. arche de l'Alliance, 3. Tabernacle
Quelle est donc la différence entre "ковчег" et "дарохранительница" ? Les deux me semblent désigner le tabernacle (en faisant abstraction des deux significations vétérotestamentaires qui ne me posent pas de problèmes particuliers de compréhension) et quel est le rôle du tabernacle dans l'église orthodoxe ?

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » jeu. 03 août 2006 19:05

Dans l”Église catholique le Tabernacle est une espèce de coffre-fort, autrefois scellé sur l’autel (du temps des “autels-buffets”) ou quelque part dans le Sanctuaire, dans lequel se trouvait un grand Calice (un "ciboire") plein d’hosties (de pain azyme) consacrées destinées à être distribuées lors de la communion des fidèles (et éventuellement portées aux malades). Il n’y avait pas de réserve de vin consacré. Il était fréquent qu’un prêtre “dise la messe” (par exemple en semaine) consacre "son" hostie et "son" vin dans le calice, les consomme, puis aille chercher dans le tabernacle le ciboire plein d’hosties consacrées auparavant et les distribue aux fidèles qui avaient assisté à sa messe.

Récemment j’ai vu dans une église de Paris une cérémonie de prières en semaine, animée depuis l’autel par une religieuses, puis la religieuse est allée chercher dans le tabernacke du sanctuaire le ciboire plein d’hosties qu’elle a distribuées aux présents.

Autrefois, pour aller porter la communion à des fidèles malades, le prêtre emmenait une hostie (prise dans le ciboire) dans une petite boîte, la “custode”, dont la forme extérieure était très proche de celle du boîtier des vieilles grosses montres de gousset de nos arrières-grands parents.

La "darohranitel’nitsa" orthodoxe (mot à mot la sauvegarde des saints Dons) sert uniquement à porter la communion aux malades, avec cette différence que le prêtre orthodoxe (la communion peut être portée aussi par un diacre) emmène une parcelle de pain non azyme imbibée de vin. Une sainte réserve est donc conservée dans le sanctuaire des églises orthodoxes, mais uniquement pour les malades. Il n’y a pas de ciboire contenant une quantité d’hosties consacrées, et donc pas de tabernacle, tout au moins au sens de coffre fort.

Ces réceptacles, ces vases sacrés ont toujours reçu par vénération et par euphémisme diverses appellations. “Kovtcheg” désignait initialement l’Arche d’Alliance, réceptacle de la présence divine au sein du peuple hébreu.
Jean-Louis Palierne
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tichon
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Message par tichon » ven. 04 août 2006 17:02

donc, si je comprends bien, kovceg et darohranitel'nica sont des "synonymes" ?

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » ven. 04 août 2006 18:49

kovceg est un nom que l’on peut donner à la darohralitel’nica, et il y a eu probablement d’autres variantes dans l’histoire de l'glÉise ou selon le lieu. Tabernacle pourrait être un autre nom pour désigner la même chose, mais le principe de l’adoration du Saint Sacrement est inconnu dans l’Église orthodoxe, à moins qu’il y ait eu des dérives aux XVIII-XIXème siècle par imitation des pratiques catholiques. Dans l’Église orthodoxe on célèbre une Liturgie dans laquelle les fidèles, à l’invitation du Seigneur Lui-même communient aux Saints Dons. Pour prier on est en présence des icônes.
Jean-Louis Palierne
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Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » ven. 04 août 2006 20:32

Jean-Louis Palierne a écrit :kovceg est un nom que l’on peut donner à la darohralitel’nica, et il y a eu probablement d’autres variantes dans l’histoire de l'glÉise ou selon le lieu. Tabernacle pourrait être un autre nom pour désigner la même chose, mais le principe de l’adoration du Saint Sacrement est inconnu dans l’Église orthodoxe, à moins qu’il y ait eu des dérives aux XVIII-XIXème siècle par imitation des pratiques catholiques. Dans l’Église orthodoxe on célèbre une Liturgie dans laquelle les fidèles, à l’invitation du Seigneur Lui-même communient aux Saints Dons. Pour prier on est en présence des icônes.
Je doute que ces dérives, si tant est qu'il y en ait eu ailleurs que dans les écrits de certains théologiens, aient duré longtemps, et cela n'a dû concerner que l'Eglise de Russie pendant une brève période. En effet, dès 1690, un concile de Moscou a condamné comme artolâtrie la pratique de l'adoration du Saint Sacrement répandue par la Contre-Réforme (cf. Olivier Clément, L'Eglise orthodoxe, Que sais-je? n° 949, 4e édition, Presses universitaires de France, Paris 1991, p. 15).

Du même Olivier Clément, dans le même livre, p. 97:

"Le pain et le vin doivent être consommés au banquet de la rencontre. Si l'on en met de côté, c'est uniquement pour la communion des malades. Il n'y a donc pas, en dehors de la liturgie, d'adoration du Saint-Sacrement."

A mon humble avis, le refus de l'"artolâtrie" me paraît beaucoup plus lié au caractère dynamique de la spiritualité orthodoxe qu'au caractère pentecostal de notre liturgie, même si celui-ci peut aussi jouer un rôle.

tichon
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Message par tichon » lun. 18 sept. 2006 16:30

Bonjour,

je reviens encore avec une question concernant les habits des dignitaires orthodoxes...

J'ai constaté en faisant des recherches que l'habit de chaque dignitaire orthodoxe est très élaboré et regorge de petits détails intéressants... Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer la composition exacte et la signification de chaque détail de l'habit episcopal et patriarchal ?

En vous remerciant...


Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » mar. 19 sept. 2006 18:49

Cher Tichon,

En réponse à votre question, et parce que j'ai trop de travail pour recopier les noms russes et grecs, je vous enverrai deux images.

La première:

Image

est tirée du livre du livre Η ΘΕΙΑ ΛΕΙΤΟΥΡΓΙΑ de Jean Koukoulis, Christos Oikonomos et Panayiotis Skaltis, éditions Lydia, Thessalonique 2002, que vous connaissez déjà (cf. le fil "Les vases sacrés: une image").

1 est le sticharion, 2 l'épitrachilion (étole), 3 le sakkos, 4 l'omophore, 5 l'encolpion, 6 les surmanches, 7 l'épigonation, 8 les dikirotrikira (chandeliers de bénédiction), 9 la mitre et 10 le bâton pastoral.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » mar. 19 sept. 2006 18:58

Et voici maintenant les mêmes explications en russe (la différence étant la présence sur ce dessin de l'aigle, coussin sur lequel se tient l'évêque dans l'usage russe):

Image

(Tiré d'un catéchisme publié à la Laure de Potchaïev en Ukraine.)

Voilà, j'espère que cela vous aidera, et toutes mes excuses pour ma paresse.

tichon
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Message par tichon » mar. 19 sept. 2006 19:46

Merci, c'est déjà un bon début pour moi... :oops:

et ma question... Quelle est la signification de tous ces objets et de leurs décorations ?

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » jeu. 21 sept. 2006 17:58

Il y a au moins deux éléments qui appellent un commentaire particulier, car ce sont depuis les temps les plus anciens le symbole du ministère et charisme épiscopal. Ce sont l’omophorion et la crosse. L’omophorion est cette large écharpe de laine que l’évêque enroule sur ces épaules. Il est très significatif que l’omophorion soit fait de laine. Cela nous montre que l’évêque prend le rôle du Bon Pasteur qui part à la recherche de la brebis perdue, la prend sur ses épaules et la ramène au bercail. L’évêque ne doit pas craindre de perdre du temps à partir à la recherche des brebis perdues, même de celles qui ignorent ou méprisent son ministère et croient ne pas ou plus faire partie du troupeau.

Et c’est le rôle pastoral à l’égard du troupeau des fidèles que rappelle la crosse : c’est le bâton du berger. Il nous montre que l’évêque doit veiller à la cohésion du troupeau et ramener dans le droit chemin celles qui commencent à errer. C’est de lui qu’il est question dans le livre d’Ézéchiel : Fils d’homme, je t’établis comme guetteur sur la maison d’Israël [Ézéchiel 9:17).

Il est souvent question du pasteur dans toute la Bible, chez les prophètes, dans les Psaumes comme dans les Évangiles ; Le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manqauer. Il me conduit par de verts pâturages… Ces paroles de l’Écriture nous parlent d’abord du Seigneur, mais aussi de l’évêque qui dans la communauté des baptisés se trouve à l’image et à la place du Christ.

Un élément caractéristique du charisme et ministère épiscopal, c’est qu’il est le seul dans l’Église à pouvoir prendre des décisions de personne à personne. C’est à lui qu’il revient de guérir les pécheurs, d’abord en les écartant pour un temps de la communion de l’Église, puis en les réconciliant à l’Eucharistie au moment qu’il jugera bon en les touchant de la main (c’est l’origine de ce que nous appelons “l’absolution”). C’est à lui aussi qu’il revient de guérir les maladies du corps par l’onction des malades, comme le Bon Samaritain. C'est encore à lui qu'il revient d’enseigner la parole de Vérité avec exactitude. Rien n’est plus horrible que d’entendre qu’un évêque a pu dire, au sujet de la fameuse traduction “œcuménique” du Notre Père : « Oui, c’est une bêtise, mais ça ne fait rien, nous, nous avons le vrai texte. ». C’est le devoir d’enseigner la parole de Vérité que rappellent ces curieux triple et double chandelier : le “tricheirion” et le “dicheirion”, symbolisant les deux vérités fondamentales de la révélation chrétienne : La Trinité des Personnes divines consubstantielle, et la double nature du Dieu-homme, vrai Dieu et vrai homme. C’est à l’évêque enfin qu’il revient de promouvoir les prêtres au service de l’autel, et ils deviennent les mains de l’évêque pour la dispensation des saints Mystères aux fidèles, et il ordonne également les diacres pour le service de la communauté. Il le fait par étapes, progressivement, discernant le progrès des personnes dans la vie de la maison épiscopale.

Et tous ces actes ils les accomplit de manière strictement personnelle, sans avoir à rendre compte de son discernement. Les canons interdisent meme d'opposer à un évê^que le précédent d'une de ses décisions antérieures : « tu es très sévère avec tel fidèle, mais pour tel autre tu as été plus "coulant". tu as ordonné untel, mais tu ne veux pas de tel autre. » Non, le charisme de son discernement est sa seule justification, et il répondra devant Dieu. Mais il doit informer le synode auquel il appartient de tout ce qau'il fait, et dans certains cas le synode peut le déposer.

Et c'est l'évêque qui assure la communion de l'Église locale avec l'Église universelle via le synode auquel il appartient et par la succession des synodes canoniques il est en communion avec la Tradition depuis les origines de l'Église.

Il faut toujours souligner que la vie de la communauté chrétienne n’est pas celle d’une masse indifférenciée qui s’associe à l’Eucharistie par des acclamations unanimes, enthousiastes et rythmées Amen! ou Axios! etc, elle n’est pas frustrée de sa prière par la séparation d’un espace sacré et d’un clergé ordonné, elle n’a pas à prouver devant le monde qu’elle est une communauté exemplaire. Ce serait cela le “groupisme”. L’Église locale connaît une diversité de ministères : l’évêque, les prêtres, les diacres, les chantres, les laïcs, les moines sont comme les membres d’un corps vivant, ses organes.
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tichon
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Message par tichon » jeu. 05 oct. 2006 9:25

Merci pour ces explications concernant le bâton du berger (crosse) et l'omophorion.

Quelles significations porte le couvre-chef, la mitra (dont le terme provient probablement du perse 'ami' ou 'union') et que veulent dire les décorations sur elle ?

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » jeu. 05 oct. 2006 14:39

Pour être franc, je ne sais pas et j'espère qu'on pourra vous répondre, mais je viydrais faire remarquer que les icônes les plus anciennes représentant des saints évêques (par exemple les trois saints Docteurs, ou les fresques de Ravenne, ou des miniarures de manuscrits) les représentent toujours tête nue.
Jean-Louis Palierne
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tichon
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Message par tichon » ven. 06 oct. 2006 20:02

C'est en effet surprenant... et cela me rappelle un peu le port du couvre-chef par les juifs ?

Et ce que je ne comprends pas, c'est que le "simple fidèle" enlève son couvre-chef en entrant dans l'église, alors que les "dignitaires" le gardent ?

J'avoue qu'il y a là plein de mystère pour moi...

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