Millénarisme

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Stephanopoulos
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Millénarisme

Message par Stephanopoulos » ven. 06 oct. 2006 6:24

Bonjour à tous,

Dans les grandes lignes, quel est la raison pour laquelle l'Eglise a rejeté le millénarisme?

Pourriez-vous me conseiller un excellent ouvrage sur ce sujet?

Merci de votre aide.
Stephanopoulos

Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » ven. 06 oct. 2006 7:51

Pourquoi l’Eglise a rejeté le millénarisme ?
Je ne connais pas de livre spécialement sur cette question mais elle est traitée dans toutes les histoires de l’Eglise aux premiers siècles.
En gros, il y a deux formes de millénarisme qui ont encouru ce rejet. La première, que l’on retrouve chez Montan et ses disciples puis, au moyen âge occidental, avec Joachim de Fiore consiste à dire qu’il y a successivement trois ères : celle du Père correspond à l’AT et à l’histoire d’Israël ; celle du Fils, au NT et à l’Eglise ; puis viendra celle du Saint Esprit, qu’ils caractérisent en général par une acratie sociale et le remplacement de l’Eglise par des communautés charismatiques informelles. Il existe diverses nuances et variantes. Elle durera mille ans, bien sûr, jusqu’au jour du Jugement. Cette forme de millénarisme a été condamnée parce qu’elle soumet la Trinité à une succession temporelle et considère la révélation par le Christ comme partielle et purement pédagogique. Elle nie le rôle majeur de l’Esprit dans l’Eglise, la Pentecôte devient un simple avant-goût du futur. Contrairement à l’arianisme, elle ne nie pas la divinité du Fils et de l’Esprit, elle ne les hiérarchise pas, mais elle les ligote par les conditions de la création.
La seconde forme de millénarisme consiste à couper la résurrection générale en deux étapes : d’abord celle des saints qui accompagne le second avènement. Le Christ revient en gloire, les saints l’accompagnent, ils balancent aux oubliettes les divers gouvernements et Il règne, avec les saints pour ministres et fonctionnaires, durant mille ans. Le peuple ordinaire continue à mourir, il n’a plus aucune initiative ni autonomie pour gérer le monde, tout le monde est évidemment converti puisque le Christ est visiblement aux manettes, on n’a donc pas le choix. Evidemment, par miracle tout baigne, les trains arrivent à l’heure et les virus ne rendent plus malade mais l’humanité n’est plus que passive, si ce n’est esclave. Au bout de mille ans, on lâche le diable, il trouve des partisans, il y a la grosse bagarre, la résurrection du peuple tout-venant et le Jugement. Le caractère mécanique et infantilisant de cette utopie ne vous échappera pas. On est là aux antipodes de la déification.
Enfin, une troisième forme, plus subtile et peut-être plus dangereuse, se trouve chez Augustin avec son ouvrage La cité de Dieu. Il a inspiré en occident l’organisation de l’empire carolingien puis la réforme ecclésiale d’Hildebrand. Cette troisième forme se focalise moins sur les fameux mille ans cités dans l’Apocalypse que sur la réalisation du Royaume de Dieu en tant que formes sociales. Elle consiste à proposer comme idéal concret une théocratie politique chapeautée par l’Eglise et remodelant la société. Au contraire du millénarisme de type montaniste, les projets issus d’Augustin furent en général des sociétés très hiérarchisées, avec une forte fonctionnarisation.
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Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » ven. 06 oct. 2006 10:33

Très bonne synthèse. Dans cette catégorisation, où faut-il placer le dispensationnalisme des néo-évangélistes ?

Nous vivons dans un monde provisoire, illusoire et transitoire. La promesse du Salut n’est pas la promesse de la réunion à la “Grande Âme”, d’un retour au monde des Idées, mais c’est la promesse de la résirrection de la chair qui permettra à notre âme immortelle de retrouver une vie réelle et concrète, mais glorieuse. Nous ne cherchons pas à “changer la vie”, ou à “consreuire un monde meilleur”, ou à appeler ‘des lendemains qui chantent”, ou à répandre un esprit universel de tolérance et de dialogue interculturel. Nous cherchons seulement à marquer dans nos gestes concrets notre respect de la Loi de Dieu, à aimer nos ennemis, à faire l’aumône, à nous unir à l’Église. C’est le Seigneur Chrit Lui-même qui est la Tête de l’Église et c’est l’Esprit Lui-même qui souffle dans le monde — et quel ouragan !

Parfois Dieu en dispose ainsi que la foi est adoptée par un empire chrétien, parfois cet empire s’écroule. Les Empires grandissent et disparaissent, les peuples et les nations aussi. Nous n’avons pas à prophétiser sur l’Empire du Mal ou sur l’Empire du Bien. Rien ne nous a été révéler qui nous autorise à prédire le déroulement de l'Histoire. Dieu est capable de se jouer même des catastrophes réputées les plus inéluctables.

Nous n’avpns aucune préférences pour une forme de gouvernement ou une autre, une vision du monde, une idéologie ou un programme politique. S’il arrive à certains chrétiens d’être appelés à assumer d’importantes responsabilités dans la conduite des affaires de ce monde, tant mieux : qu'ils tentent de gérer les affaires avec intelligence et discernement, en “intendants avisés”. Mais il faut qu’ils sachent qu’ils prennent de gros risques, tant pour leurs personnes que pour la société qui leur a été confiée, et que leur succès n’est pas assuré.

Dieu sait parfaitement tirer le mal du bien, et il se peut qu’un gouvernement sans aucune affinité avec l’Église lui procure la paix dont elle a besoin. Et Dieu laisse parfois le Diable une certaine liberté pour tenter même les meilleures volontés.
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Stephanopoulos
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Message par Stephanopoulos » ven. 06 oct. 2006 18:06

Merci beaucoup pour vos réponses!
Evidemment, par miracle tout baigne, les trains arrivent à l’heure et les virus ne rendent plus malade mais l’humanité n’est plus que passive, si ce n’est esclave.
Ceci fait plus penser au diable qu'au Christ. Faire des hommes des esclaves puis, par la même occasion, un instrument de condamnation à la fin des mille ans de "paix"!
tout le monde est évidemment converti puisque le Christ est visiblement aux manettes, on n’a donc pas le choix.
Le Christ va donc opérer une conversion forcée planétaire.
Pourtant le Christ à dit "bienheureux ceux qui n'ont point vu et qui ont cru" (Jean; 20, 28)
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Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » ven. 06 oct. 2006 22:04

Eh, ce sont les millénaristes qui disent ça, pas les orthodoxes !
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Message par Stephanopoulos » sam. 07 oct. 2006 5:37

Rassurez-vous Anne Geneviève, j'avais compris!

Chose curieuse; le Christ selon les millénaristes assoit son joug sur la terre avec la collaborations des saints, alors que, justement, le Christ s'est incarné pour nous libérer de la loi (c'est-à-dire réellement libre). Il y a tout de même quelque chose qui jure!

Est-ce-que cette doctrine n'aurait-elle pas influencé l'islam?
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Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » sam. 07 oct. 2006 18:26

Je ne sais pas ce qu'en disent les historiens qui se sont pachés sur les origines obscures de l'Islam (je rappelle que le Coran est vraisemblablement issu d'une mauvaise vocalisation d'un lectionnaire syriaque) ça ressemble fort à une perversion d'un millénarisme judéo-chrétien.
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Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » dim. 08 oct. 2006 16:15

Je ne suis pas spécialiste de l’islam et de son histoire mais il semble effectivement que le Coran puise à des sources chrétiennes déformées. On a beaucoup parlé d’une influence de la gnose sabéenne donc, derrière cette école particulière, il faudrait penser au judéo-christianisme qui a nourri les mouvements gnostiques. Je suis incapable de dire s’il y a influence directe d’un millénarisme sur Mohammed et son entourage ; ce qui me semble assuré, par contre, c’est une identité de démarche, qui consiste à reprendre sous d’autres formes le messianisme temporel des disciples de Schammaï.
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Message par Stephanopoulos » mar. 02 janv. 2007 21:45

Bonjour à vous tous,

J'ai trouvé sur le net un texte sur le chiliasme (ou millénarisme), qui dit en gros que cette dernière était une croyance que partageait la majorité écrasante des chrétiens des origines et que l'amillénarisme est apparu plus tard comme une nouveauté.

Je ne sais pas que répondre à un tel texte.

Voici un extrait :

"1°) LE PREMILLENARISME

La vue la plus ancienne, partagée par l'Église des premiers siècles, est connue aujourd'hui sous le nom de prémillénarisme ou chiliasme. Selon cette doctrine, le millénium désigne un règne messianique et terrestre d'une durée de mille ans qui débute à partir du retour de Christ. Le nombre mille, en grec chiliôs, a donné naissance au mot chiliasme.Il apparaît à quiconque étudie l'histoire de la doctrine, que le prémillénarisme était bien la position des premiers croyants.Pour les partisans de cette vue, le Christ lui- même enseignait que son retour devait être suivi par l'établissement de son royaume ici-bas : voir Mt 20.20-23 ; Luc 1.32,33 ; 22.29,30; Actes l.6,7.Les deux premiers siècles semblent n'avoir connu aucune controverse sur ce point.Très tôt, le prémillénarisme a compté de nombreux adhérents, comme Papias qui connaissait l'apôtre Jean, et beaucoup d'autres, au nombre desquels Agustin, Jean le Presbytre, et une partie des Douze dont André, Pierre, Philippe, Thomas, Jacques, Jean et Matthieu. G.N.H. Peters inclut aussi parmi les prémillénaristes des deux premiers siècles des hommes tels que Clément Romain, Barnabé, Hermas, Ignace et Polycarpe (1). C'est seulement vers la fin du second siècle et le début du troisième que cette vue semble avoir été remis en question bien qu'a cette époque de nombreux prémillénaristes aient continué de se manifester par leurs écrits, en particulier Cyprien (200-258), Commodien (200-270), Népos (230-280), Coracion (250-311) et autres Lactance (240-330). Quoique l'appartenance de certains des personnages cités plus haut à cette doctrine ait été mise en doute, il est incontestable que Népos et Commodien en ont été d'ardents défenseurs en Afrique du Nord. D'ailleurs, même les adversaires du chiliasme reconnaissent l'existence d'un vaste consensus prémillénariste pendant les trois premiers siècles.

2°)L'AMILLENARISME

L'amillénarisme, ainsi appelé depuis le 19ème siècle, aborde la prophétie sous un autre angle. Cette vue rejette l'existence d'un règne millénaire consécutif au retour du Christ. Bien que les amillénaristes hésitent à se réclamer de fondateurs particuliers, ils font généralement remonter leurs origines à l'école égyptienne d'Alexandrie vers l'an 190 de notre ère. Quelques rares auteurs avancent même une date plus précoce, tel Landis, qui s'efforce de rattacher ce mouvement au Christ et aux apôtres (2). La plupart des amillénaristes en situent cependant le point de départ entre les deuxième et troisième siècles, bien que des érudits comme Berkhof(3) aient tendance à faire quelque peu violence aux faits en prétendant qu'à cette époque la doctrine était déjà en plein essort. En réalité, si l'on en constate les premiers balbutiements pendant la demière décennie du deuxième siècle, cet enseignement s'est surtout manifesté au cours du troisième siècle. Au nombre des premiers amillénaristes, on peut citer Gaïus, dont les écrits remontent au troisième siècle, et Clément d'Alexandrie qui enseignait à l'école d'Alexandrie entre 193 et 220. Au troisième siècle, Origène (185-254), un disciple de Clément, et Dyonisus (190-265), ont mené le combat contre le prémillénarisme."

Voici le lien : http://www.croixsens.net/eschatologie/m ... itions.php
Dernière modification par Stephanopoulos le mer. 03 janv. 2007 15:11, modifié 1 fois.
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Message par Jean-Louis Palierne » mar. 02 janv. 2007 22:23

Mais il faut bien se rendre compte que l’Église a toujours pensé que le jour du Royaume est pour demain ! Nul ne sait ni le jour ni l’heure où l’on entendra la trompette de l’Archange sonner la fin de partie et où nous verrons le Chris appaître en gloire pour juger les vivants et les morts. cex-ci recomposeront leurs corps et tous entreront dans le tourbillon de la déification ultime où nous serons incorporés dans le Corps multipersonnel dont le Christ est l’unique souffle et l’Esprit saint l’unique souffle. Toute l’histoire présente de ce monde n’est qu’une ultime étape, transitoire et éphémère, où notre seul souci doit être de répondre à l’appel du Seigneur.

Ce sera peut-être dans un instant, et peut-être n’aurai-je pas le temps de finir mon message. La conscience de cette imminence du jour du Royaume était — tout naturellement— très présente aux origines de l’Église Un des signes de la décadence de notre monde moderne est de croire que notre histoire actuelle a un sens propre et qu’elle doit déboucher sur une amélioration de la condition humaine, amélioration qui préparerait selon certains chrétiens, le venue du Seigneur.

Le millénarisme est de croire que cet instant de la venue du Royaume sera le début d’une nouvelle étape de l’histoire du salut, celle d’un règne où pendant mille ans les élus de Dieu pourront faire régner sur terre la volonté divine. C’est une tentation qui a été très présente à certaines époques de l’histoire de l’Église, en particulier dans l’Église antique. Mais c’est autre chose que la perspective eschatologique qui fait partie de la foi de l’Église. Le jour du deuxième Avènement du Seigneur marquera la fin de cette période incertaine et éphémère où nous devons à chaque pas risquer notre salut. Dans la Jérusalem nouvelle qu’a vue et que nous décrit le Voyant de l’Apocalypse, il n’y a plus de sanctuaire, et les élus verront le Seigneur face à face.

C’est parce que cette perspective séduisait trop les fidèles et qu’ils l’interprétaient comme une victoire temporelle imminente que l’Église a longtemps jeté un voile discret sur l’Apocalypse. Il est extrêmement difficile d’exprimer une attitude équilibrée et réaliste sur cette question en tenant les deux bouts de la chaîne (ou de l’enchaînement). Nous ne devons jamais oublier l’imminence du jour du Seigneur, mais nous ne devons pas négliger pour autant nos tâches temporelles concrètes, mais nous ne devons pas pour autant oublier qu’elles n’ont qu’une signification très relative.

La tentation millénariste est bien présente à notre époque. Je n'en veux pour témoin que la persistance des rêves utopistes de société juste, transparente, libérée des préjugés. Ce sont des versions qui se croient athées de l'antique millénarisme. Mais d'un autre côté le millénarisme est également très présent dans l'Islam.
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Message par Stephanopoulos » mer. 03 janv. 2007 15:10

Merci Jean-Louis pour votre réponse!

L'article que j'ai publié dit pourtant que le prémillénarisme faisait partie de la foi des premiers chrétiens. Y a-t-il une différence entre prémillénarisme et millénarisme?

Si j'ai bien compris votre message, les chrétiens du temps des Apôtres croyaient de toute manière que le jour du royaume pouvait arriver à n'importe quel instant de la vie; mais par contre ne croyaient pas à un commencement d'une nouvelle histoire du salut pour mille ans, au sens littéral. Cette dernière interprétation serait donc venue un peu plus tard; peut-être juste après le temps des Apôtres.


Il me semble que ce que l'on peut dire, c'est qu'il est difficilement acceptable d'affirmer qu'au temps des Apôtres la croyance du règne de mille ans (dans un sens non-symbolique) et le début d'une nouvelle étape à la venue de celui-ci était acceptée, puisque l'Apocalypse de Saint Jean n'était pas encore connue en ce temps-là.

Nous pouvons noter aussi que trop s'attacher à la lettre peut tuer l'esprit comme nous le dit saint Paul; et que c'est donc bien l'Esprit qui vivifie, éclaire l'Eglise et qui ne nous laisse pas dans la tentation des mauvaises interprétations. Je ne crois pas me tromper en disant que c'est à la lumière des tribulations qu'a connu l'Eglise, à l'exemple entre autre de la tentation millénariste évoquée ci-dessus, que nous nous rendons compte de la nécessité absolue des synodes: « il a paru bon au Saint-Esprit et à nous » (Actes 15, 28).
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Message par Jean-Louis Palierne » mer. 03 janv. 2007 18:56

Les groupes millénaristes ont existé dès l’origine de l’Église. Je crois d’ailleurs que c’est un héritage de certains groupes juifs, et que la secte des Ébionites, dont un lectionnaire mal vocalisé se trouve à l’origine du Coran, sont un groupe judéo-chrétien millénariste, mais je n’ose pas trop m’aventurer sur ce terrain que je connais très peu.

Mais ce qui étonne les auteurs modernes c’est la ferveur du sentiment de l’imminence eschatologique qu’on rencontre aux origines de l’Église. C’est l'étonnement, l'incompréhension des auteurs modernes, qui est totalement faux. En effet l’interprétation réductrice couramment reçue de nos jours du christianisme ne veut voir en lui qu’une doctrine “d’amour et de paix” qui fonde affectivement l’ordre social (la “tolérance”) de nos jours. Le christianisme serait donc une thérapeutique relationnelle (et toutes les religions se vaudraient). Mais le christianisme dénonce l’état déchu de l’homme et annonce que le Seigneur (qui est le Fils de Dieu qui s’est fait le Fils de l’homme pour nous faire fils de Dieu) est venu nous apporter une guérison ontologique : le salut.

L’Église des premiers temps prêchait donc l’imminence du salut et vivait en chaque liturgie l’anticipation du Banquet du Royaume.

La science historique moderne n’arrive pas à intégrer cette notion et voit dans toute idée eschatologique un signe dérisore de mentalité primitive.

Il n’en reste pas moins que l’Église a montré beaucoup de prudence devant les dérives du millénarisme (qu’il faudrait donc dans la terminologie des savants modernes caractériser comme “pré-millénaristes”), car ce sont des superstitions qui ont parfois surgi aux marges de l’Église.

Mais de nos jours on voit bien des gens qui raisonnent en termes de catastrophe mondiale ou de “Grand Satan” dévorateur de l’humanité. C’est aussi faux que les utopies millénaristes des lendemains qui chantent.
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Message par Stephanopoulos » dim. 07 janv. 2007 18:23

Cher Jean-Louis, vous dites :"Les groupes millénaristes ont existé dès l’origine de l’Église."

Ce qui me chiffonne c'est le chiffre mille. Il me semble que l'évocation d'un règne de mille ans ne figure que dans l'Apocalypse de saint Jean.
Or celui-ci ne s'est fait connaître que dans le courant du IIème siècle.

Comment donc pouvait-il y avoir des millénaristes dès l'origine de l'Eglise (surtout selon la seconde forme évoquée par Anne-Geneviève)?

Existait-il un ou des écrits juifs messianiques qui parlaient également d'un règne de mille ans?
Stephanopoulos

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Message par Jean-Louis Palierne » dim. 07 janv. 2007 19:55

Le millénarisme a pu exister avant l’Apocalypse de Jean parce que l’Apocalypse de Jean n’a fait que reprendre une prophétie qui avait court déjà dans le juda_isme et qui avait été repris dans certains groupes judéo-chrétiens. Ces groupes judéo-chrétiens ont très tôt dispara (c’est une des pages les plus obscures de l’histoire de l’Églkse, et je me garderai bien de tenter d’entrer dans ce sujet) mais des dérivés malsains peuvent se trouver aux origines de l’Islam (autre sujet dans lequel je n’entrerai pas).

Sous l’inspiration de l’Esprit saint, l’Apocalypse a repris au chapitre 20 ce qui en était reprenable. C’est la prophétie d’un règne de mille ans du Christ sur terre, avec l’enchaînement de Satan. Mais les Pères (en général les Pères en ont très peu parlé) y ont vu l’annonce de la vie de l’Église, qui échappe aux contingences de ce temps intermésiaire et se joue par la force de l’Esprit des forces du mal. Effectivement l’Église voit autour d’elle passer des dominations et des empires qui croient régner sur le monde et qui s’écroulent le jour où le Seigneur le veut. Leurs dominations peuvent être passagèrement très cruelles, dévastatrices, nous pouvons avec nos yeux de myopes les croire innébranlables, mais ils s’écroulent.

Nous voyons ressurgir une forme de millénarisme avec le dispensationnalisme qui inspire le président des États-Unis. Patience, lui aussi passera.

La nazisme et le communisme représentaient eux aussi des formes de millénarisme. Mais les élendemains qui chantent” n’ont duré qu’un temps. (Mais je n’oublie pas qu’ils ont eu le temps de commettre beaucoup de crimes affreux).
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Message par Stephanopoulos » dim. 07 janv. 2007 20:44

Cher Jean-Louis, vous écrivez: "Le millénarisme a pu exister avant l’Apocalypse de Jean parce que l’Apocalypse de Jean n’a fait que reprendre une prophétie qui avait court déjà dans le judaisme".

Pouvez-vous donc me citer (ou me donner les références) le ou les écrits Juifs du 1er siècle dans lequel il est écrit texto qu'il y aura un règne de mille ans?

Quand je dis texto, je veux dire un ou des documents où il est clairement mentionné le chiffre mille.
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