Millénarisme

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Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » dim. 07 janv. 2007 21:16

Non, j'en suis incapable. Il faudrait se reporter à des livres qui ont fouillé les origines judép-chrétiennes du christianisme. Cette question m'avait intéressé dans mon jeune temps, puis j'ai laissé tomber (et comme je suis vieux, ça fait longtemps) lorsque j'ai compris qu'il n'y avait pas grand chose à tirer de ce genre de recherches. Ce qui nous intéresse dans la Révélation chrétienne c'est précisément ce qui n'est pas dans le judaïsme, ou bien ce que la Révélation du Nouveau Testament a complètement réinterprété.

À mon avis les auteurs les plus valables dans ce domaine sont Daniélou : “Théologie du judéo-christianisme" (et une série de petits livres), ou bien Joachim Jeremias, un ouvrage dont j'ai oublié le titre. Mais justement eux montrent bien les limites d'une telle approchde. L'Église a fait le tri, sous l'inspiration de l'Esprit, et elle s'incline avec respect devant les ombres de l'Ancienne Loi, mais la Révélation de la Nouvelle Alliance est mille fois plus importante. C'est dans Daniélou ou dans Jérémias que j'ai trouvé ces histoires de millénarisme judéo-chrétien.

Rien de ce qui était valable dans l'Ancienne Loi n'a été oublié. C'est pourquoi nous fêtons la Pâque des chrétiens le dimqanche qui suit la P-aque selon Moïse.
Jean-Louis Palierne
paliernejl@wanadoo.fr

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » dim. 07 janv. 2007 21:30

Je reprends le clavier pour me compléter. Toute l’Apocalypse est écrite pour nous montrer dans l’Assemblée liturgique l’Assemblée des élus que nous verrons au jour que le Seigneur veut (peut-être dans une heure, peut-être dans trois mille ans). La Lturgie, c’est du “pas encore…, mais déjà…”, c’est-à-dire déjà anticipé dans la célébration de la Liturgie. Cette célébration est le règne de mille ans que nous promet l’Apocalypse. Après, le Voyant de l’Apocalypse nous dit qu’il ne voit plus d’autel. Tout est accompli. Cela donne la mesure de la sur-réalité de l’Église dans notre temps actuel et précaire, qui n’a pas sa justification en lui-même.

La difficulté de l’Apocalypse vient de ce qu’on peut la lire naïvement au premier degré, et aboutir à des aberrations utopistes.
Jean-Louis Palierne
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Antoine
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Message par Antoine » lun. 08 janv. 2007 23:08

Saint Irénée de Lyon est sans conteste le père qui aura défendu la doctrine du millénarisme avec le plus d’acharnement. C’est dans le chapitre V de son livre « Contre les hérésies , Dénonciation et réfutation de la prétendue gnose au nom menteur. » que l’on en trouvera toutes les analyses scripturaires et les recours à la Tradition de l’Eglise.
Les citations ci-dessous sont empruntées à la traduction d’Adelin Rousseau, publiée aux éditions du Cerf Paris 1991, (3ème édition).


Saint Irénée affirme que lors de sa Parousie le Christ instaurera son Royaume sur cette terre, héritage promis à Abraham. Notons également qu’il soutient la reconstruction du temple de Jérusalem et qu’il ne s’agit pas là du temple allégorique que constitue le corps du Christ devant ressusciter dans les trois jours:
- V, 30, 4 p. 659 :
Or, après que l’Antéchrist aura réduit le monde entier à l’état de désert, qu’il aura régné trois ans et six mois et qu’il aura siégé dans le Temple de Jérusalem, le Seigneur viendra du haut du ciel, sur les nuées, dans la gloire de son Père, et il enverra dans l’étang de feu l’Antichrist avec ses fidèles ; il inaugurera en même temps pour les justes les temps du royaume, c’est-à-dire le repos du septième jour, qui fut sanctifié, et il donnera à Abraham l’héritage promis : c’est là le royaume en lequel, selon la parole du Seigneur, « beaucoup viendront du levant et du couchant pour prendre place à table avec Abraham, Isaac et Jacob. ».

Saint Irénée affirme au début du paragraphe 32 qu’il y aura d’abord la restauration de cette terre, prélude de l’incorruptibilité. « Ceux qui en auront été jugés dignes s’accoutumeront peu à peu à saisir Dieu. » Et le jugement dernier aura lieu ensuite après cette période d’accoutumance de 1000 ans. Il qualifie d’hérétiques ceux qui méconnaissent ainsi les économies de Dieu.
- V, 32, 1 p. 662:
Aussi est-il nécessaire de déclarer à ce sujet que les justes doivent d’abord, dans ce monde rénové, après être ressuscités à la suite de l’Apparition du Seigneur, recevoir l’héritage promis par Dieu aux pères et y régner ensuite seulement aura lieu le jugement de tous les hommes Il est juste, en effet, que, dans ce monde même où ils ont peiné et où ils ont été éprouvés de toutes les manières par la patience, ils recueillent le fruit de cette patience ; que, dans le monde où ils ont été mis à mort à cause de leur amour pour Dieu, ils retrouvent la vie ; que, dans le monde où ils ont enduré la servitude, ils règnent […] Il convient donc que le monde lui-même, restauré en son état premier, soit, sans plus aucun obstacle, au service des justes.

Il ne s’agit pas d’une allégorie mais bien du monde terrestre dans lequel nous vivons. C’est ainsi que Saint Irénée commente le verset de l’évangile de Matt 26, 27-29 : « Je ne boirai plus désormais du fruit de cette vigne, jusqu’au jour où j’en boirai du nouveau avec vous dans le royaume de mon Père » Le Royaume signifie ici, selon la Tradition, l’instauration du royaume provisoire sur terre.
- V, 33, 1 p. 665:
Sans aucun doute, c’est dans l’héritage de la terre qu’il le boira, de cette terre que lui-même renouvellera et rétablira en son état premier pour le service de la gloire des enfants de Dieu, selon ce que dit David : « Il renouvellera la face de la terre ». (ps 103,30) En promettant d’y boire du fruit de la vigne avec ses disciples, il a fait connaître deux choses : l’héritage de la terre, en lequel sera bu le fruit nouveau de la vigne avec ses disciples, et la résurrection corporelle de ses disciples.. Car la chair qui ressuscitera dans une condition nouvelle est aussi celle qui aura part à la coupe nouvelle.. Ce n’est pas, en effet, alors qu’il serait dans un lieu supérieur et supra-céleste avec ses disciples, que le Seigneur peut être conçu comme buvant du fruit de la vigne, et ce ne sont pas davantage des êtres dépourvus de chair qui pourraient en boire, car la boisson tirée de la vigne a trait à la chair, non à l’esprit.


Saint Irénée souligne encore dans le passage suivant la distinction entre «en ce siècle », et «le siècle à venir». Et Irénée précise que ce qu’on appelle « le temps du Royaume » concerne bien la restauration du Royaume de Dieu sur notre terre :
- V, 33, 2 p. 665-666 :
Il dit encore: « Quiconque aura quitté champs ou maisons, ou parents, ou frères, ou enfants, à cause de moi, recevra le centuple en ce siècleet héritera de la vie éternelle dans le siècle à venir » (Matt 19,29.Lc 18,29-30.). Quel est donc en effet le centuple que l’on recevra en ce siècle, et quels sont les dîners et les soupers qui auront été donnés aux pauvres et qui seront rendus? Ce sont ceux qui auront lieu au temps du royaume, c’est-à-dire en ce septième jour qui a été sanctifié et en lequel Dieu s’est reposé de toutes les œuvres qu’il avait faites : vrai sabbat des justes, en lequel ceux-ci, sans plus avoir à faire aucun travail pénible, auront devant eux une table préparée par Dieu et regorgeant de tous les mets.


Après avoir dans le paragraphe 33,3 dépeint un nouveau paradis sur terre dont il tient l’affirmation de Papias et de Polycarpe, Saint Irénée consolide sa doctrine eschatologique par les sources vétérotestamentaires. Il commente les prophéties d’Isaïe, d’Ezéchiel et de Jérémie et interprète littéralement cette notion de « terre d’Israël »
- V, 34, 1 p. 669:
Ezéchiel dit de même : « Voici que je vais ouvrir vos tombeaux, et je vous ferai sortir de vos tombeaux, et je vous introduirai dans la terre d’Israël. Et vous saurez que je suis le Seigneur, quand j’ouvrirai vos tombeaux, quand je ferai sortir des tombeaux, mon peuple. Je mettrai mon Esprit en vous, et vous vivrez, et je vous établirai sur votre terre, et vous saurez que je suis le Seigneur ». ( Ez.37,12-14) Le même Prophète dit encore : « Voici ce que dit le Seigneur : Je rassemblerai Israël d’entre toutes les nations parmi lesquelles ils ont été dispersés, et je me sanctifierai en eux aux yeux des peuples des nations, et ils habiteront sur leur terre, que j’ai donnée à mon serviteur Jacob.. Ils y habiteront en sécurité, ils bâtiront des maisons et planteront des vignes, ils habiteront en sécurité, quand j’exercerai un jugement sur tous ceux qui les auront méprisés, sur ceux de leurs alentours, et ils sauront que je suis le Seigneur, leur Dieu et le Dieu de leurs Pères » ( Ez.28,25-26) Or nous avons montréun peu plus haut que c’est l’Eglise qui est la postérité d’Abraham. Et c’est pourquoi, afin que nous sachions que tout cela se réalisera dans la nouvelle Alliance, qui , de toutes les nations, rassemble ceux qui sont sauvés, suscitant ainsi à partir des pierres des fils à Abraham, Jérémie dit : « C’est pourquoi voici que des jours viennent, dit le Seigneur, où l’on ne dira plus : « Le Seigneur est vivant, lui qui a ramené les fils d’Israël de l’Egypte », mais : « Le Seigneur est vivant, lui qui a ramené les fils d’Isarël du pays de septentrion et de toutes les contrées où ils avaient été chassés, et qui va les rétablir sur leur terre, celle qu’il avait données à leurs Pères. » (Jér 16,14-25 ; 23,7-8.)

Au paragraphe 34,2 Saint Irénée cite un verset de l’apocalypse de Jean (20,6) : « Heureux et saint celui qui a part à la première résurrection ». C’est de cette première résurrection qu’il s’agit dans Is 6 11-12, Dan 7,27 et 12,13. Daniel l’appelle « la consommation des jours » Puis il annonce la reconstruction de Jérusalem, montrant ainsi qu’il s’agit bien du royaume d’Israël sur terre et non pas de la Jérusalem céleste. Le terme même de « re- construction » est explicite.
V, 34, 4 p 671-672 :
Isaïe dit encore au sujet de Jérusalem et de Celui qui y règnera : « Voici ce que dit le Seigneur : Heureux celui qui a une postérité dans Sion et une parenté dans Jérusalem! Voici qu’un roi juste régnera, et les princes gouverneront avec droiture. » Et à propos des préparatifs de sa reconstruction, il dit : « Voici que je te prépare pour pierres de l’escarboucle et pour fondements du saphir ; je ferai tes créneaux de jaspe, tes portes de cristal et ton enceinte de pierres précieuses ; tous tes fils seront enseignés par le Seigneur, tes enfants seront dans une grande paix, et tu seras édifiée dans la justice. »

- V 35,1 :
- Dieu montrera ta splendeur [il s’adresse à Jérusalem] à toute la terre qui est sous le ciel (Bar 4,36-5,9)

V, 35, 2 p. 674 :
Ces événements ne sauraient se situer dans les lieux supra-célestes, [/b]« car Dieu, vient de dire le prophète, montrera ta splendeur à toute la terre qui est sous le ciel », mais ils se produiront au temps du royaume, lorsque la terre aura été renouvelée par le Christ et que Jérusalem aura été rebâtie sur le modèle de la Jérusalem d’en haut. ."



Saint Irénée récuse formellement toute lecture allégorique des prophéties qu’il cite :
Si certains essaient d'entendre de telles prophéties dans un sens allégorique, ils ne parviendront même pas à tomber d'accord entre eux sur tous les points. D'ailleurs, ils seront convaincus d'erreur par les textes eux-mêmes, qui disent : « Lorsque les villes des nations seront dépeuplées, faute d'habitants, ainsi que les maisons, faute d'hommes, et lorsque la terre sera laissée déserte... »(Is. 6, 11) « Car voici, dit Isaïe, que le Jour du Seigneur vient, porteur de mort, plein de fureur et de colère, pour réduire la terre en désert et en exterminer les pécheurs » (Is. 13, 9 ) Il dit encore : « Que l'impie soit enlevé, pour ne point voir la gloire du Seigneur! »( Is. 26, 10 ) « Et après » que « cela » aura eu lieu, « Dieu, dit-il, éloignera les hommes, et ceux qui auront été laissés se multiplieront sur la terre. » . Is. 6, 12 « Ils bâtiront des maisons et eux-mêmes les habiteront ; ils planteront des vignes et eux-mêmes en mangeront.» (Is. 65, 21 ) Toutes les prophéties de ce genre se rapportent sans conteste à la résurrection des justes, qui aura lieu après l'avènement de l'Antéchrist et l'anéantissement des nations soumises à son autorité : alors les justes régneront sur la terre, croissant à la suite de l'apparition du Seigneur ; ils s'accoutumeront, grâce à lui, à saisir la gloire du Père et, dans ce royaume, ils accéderont au commerce des saints anges ainsi qu'à la communion et à l'union avec les réalités spirituelles. Et tous ceux que le Seigneur trouvera en leur chair, l'attendant des cieux après avoir enduré la tribulation et avoir échappé aux mains de l'Impie, ce sont ceux dont le prophète a dit : « Et ceux qui auront été laissés se multiplieront sur la terre »( Is. 6, 12) Ces derniers sont aussi tous ceux d'entre les païens que Dieu préparera d'avance pour que, après avoir été laissés, ils se multiplient sur la terre, soient gouvernés par les saints et servent à Jérusalem.
Plus clairement encore, au sujet de Jérusalem et du royaume qui y sera établi, le prophète Jérémie a déclaré : « Regarde vers l'Orient, ô Jérusalem, et vois la joie qui te vient de la part de Dieu. Voici qu'ils viennent, tes fils que tu avais congédiés, ils viennent, rassemblés de l'Orient à l'Occident par la parole du Saint, se réjouissant de la gloire de Dieu. Quitte, Jérusalem, la robe de ton deuil et de ton affliction, et revêts pour toujours la parure de la gloire venant de ton Dieu. Enveloppe-toi du manteau de la justice venant de Dieu ; mets sur ta tête le diadème de la gloire éternelle. Car Dieu montrera ta splendeur à toute la terre qui est sous le ciel.





Dans le paragraphe 35,2 p 674, Saint Irénée commente ensuite ce qui concerne la Jérusalem céleste : Le sous-titre en est : « Après le royaume des justes : la Jérusalem d’en haut et le royaume du Père. » Il y commente les chapitre 20 et 21 de l’apocalypse.
Bien que ceci déborde un peu de la question du millénarisme citons tout de même sa vision du royaume des cieux :
V, 36, 1 p. 676) :
Car ni la substance ni la matière de la création ne seront anéanties… mais « la figure de ce monde passera », c’est-à-dire les choses dans lesquelles la transgression a eu lieu : car l’homme a vieilli en elles.

Et Saint Irénée nous présente alors une nouvelle création, « un ciel nouveau et une terre nouvelle »Il s’appuie en cela sur la Tradition conservée par les presbytres et sur les textes scripturaires vetero et neo testamentaires.:
V, 36,1 p 677
Et comme le disent les presbytres, c’est alors que ceux qui auront été jugés dignes du séjour du ciel y pénétreront tandis que d’autres jouiront des délices du paradis, et que d’autres encore possèderont la splendeur de la cité ; mais partout Dieu sera vu, dans la mesure où ceux qui le verront en seront dignes.

V, 36, 2 p 677
Tels sont, au dire des presbytres, disciples des apôtres, l’ordre et le rythme que suivront ceux qui sont sauvés, ainsi que les degrés par lesquels ils progresseront : par l’Esprit ils monteront au Fils, puis, par le Fils, ils monteront au Père, lorsque le Fils cédera son œuvre au Père, selon ce qui a été dit par l’Apôtre : « Il faut qu’il règne, jusqu’à ce que Dieu ait mis tous ses ennemis sous ses pieds : le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort. »( 1 or 15,25-26) Aux temps du Royaume, en effet, l’homme vivant en juste sur le terre, oubliera de mourir. « Mais, poursuit l’apôtre, lorsque l’Ecriture dit que tout lui a été soumis, il est clair que c’est en exceptant Celui qui lui a soumis toute choses. Et quand toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même sera soumis à Celui qui aura soumis toutes choses afin que Dieu soit tout en tous. (1 Cor. 15, 27-28)



Saint Irénée conclue dans le paragraphe 36,3
Ainsi donc, de façon précise, Jean a vu par avance "la première résurrection", qui est celle des justes, et l’héritage de la terre qui doit se réaliser dans le royaume ; de leur côté , en plein accord avec avec Jean, les prophètes avaient déjà prophétisé sur cette résurrection. C’est exactement cela que le Seigneur a enseigné, lui aussi, quand il a promis de boire le mélange nouveau de la coupe avec ses disciples dans le Royaume, et encore lorsqu’il a dit : « Des jours viennent où les morts qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de l’Homme, et ils ressusciteront, ceux qui auront fait le bien pour une résurrection de vie, et ceux qui auront fait le mal pour une résurrection de jugement » (Jn 5, 25 28-29) Il dit par là que ceux qui auront fait le bien ressusciteront les premiers pour aller vers le repos, et qu’ensuite ressusciteront ceux qui doivent être jugés. C’est ce qu’on trouve déjà dans le livre de la Genèse, d’après lequel la consommation de ce siècle aura lieu le sixième jour, c’est à dire la six millième année ; puis ce sera le septième jour, jour du repos, au sujet duquel David dit : » C’est là lon repos, les justes y entreront.(Ps 131,1 ; 117,20) Ce septième jour est le septième millénaire (Apoc 20,4-6) celui du royaume des justes, dans lequel ils s’exerceront à l’incorruptibilité, après qu’aura été renouvelée la création pour ceux qui auront été gardés dans ce but. C’est ce que confesse l’apôtre Paul, lorsqu’il dit que la création sera libérée de l’esclavage de la corruption pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu. (Rom 8,19-21)




Staphanopoulos soulève le problème de l’affirmation du millénarisme dès le christianisme primitif et demande quelle peut en être la validité doctrinale. Ceci est en effet une question très épineuse car
Saint Irénée affirme que toutes ses thèses relèvent de la Tradition transmise par les presbytres qui la tenaient des apôtres. C’est cette succession apostolique qui garantit le témoignage de vérité et la fidélité à l’enseignement de Jésus lui-même.
III, 2, 2 p. 278 :
Mais lorsqu'à notre tour, nous en appelons à la Tradition qui vient des Apôtres et qui, grâce aux successions des presbytres, se garde dans les Églises

IV, 26, 2 p. 278-279:
C'est pourquoi il faut écouter ceux qui, dans l'Église, sont presbytres: eux qui ont la succession des Apôtres, ainsi que nous l'avons montré, et, avec la succession dans l'épiscopat, ils ont reçu le sûr charisme de la vérité selon le bon plaisir du Père.


Saint Irénée parle également des presbytres dans une lettre à Florinus, et dont Eusèbe de Césarée cite un extrait (Hist. Eccl., V, xx, 7 ; cf. Eusèbe, SC 41, p. 62), il qualifie Polycarpe de presbytre bienheureux et apostolique . Dans la même lettre (Ibid., V, xx, 4 ; cf. Id., Ibid., p. 61), il évoque " les presbytres qui ont été avant nous " Il appelle " presbytres ceux « qui ont vu et entendu » les apôtres et les disciples du Seigneur. Mais tous ne sont pas évêques. Et avoir la succession apostolique équivaut à posséder la tradition issue des Apôtres.
IV, 32, 1 p. 512-C'est de cette manière que le presbytre (senior), disciple des Apôtres, discourait sur les deux Testaments, montrant qu'ils proviennent d'un seul et même Dieu ensuite toute parole des Écritures aura pour lui une signification pleinement assurée, pourvu qu'il lise ces Écritures d'une manière attentive auprès de ceux qui, dans l'Église, sont presbytres, puisque c'est auprès d'eux que se trouve la doctrine des Apôtres comme nous l'avons montré.


C’est donc sur le témoignage des presbytres que Saint Irénée s’appuie et aux quels il attribue une valeur de vérité apostolique :
V, 33, 2-4 p. 665-667:
C’est ce que les presbytres qui ont vu Jean, le disciple du Seigneur, se souviennent avoir entendu de lui, lorsqu’il évoquait l’enseignement du Seigneur relatif à ces temps-là. Voici donc les paroles du Seigneur : " Il viendra des jours où des vignes croîtront, qui auront chacune dix mille ceps, et sur chaque cep dix mille branches, et sur chaque branche dix mille bourgeons, et sur chaque bourgeon dix mille grains, et chaque grain pressé donnera vingt-cinq métrètes de vin. Et lorsque l’un des saints cueillera une grappe, une autre grappe lui criera : Je suis meilleure, cueille-moi et, par moi, bénis le Seigneur ! De même le grain de blé produira dix mille épis, chaque épi aura dix mille grains et chaque grain donnera cinq chénices de belle farine ; et il en sera de même, toute proportion gardée, pour les autres fruits, pour les semences et pour l’herbe… Voilà ce que Papias, auditeur de Jean, familier de Polycarpe, homme vénérable, atteste par écrit dans le quatrième de ses livres – car il existe cinq livres composés par lui. Il ajoute : " Tout cela est croyable pour ceux qui ont la foi. Car, poursuit-il, comme Judas le traître demeurait incrédule et demandait : Comment Dieu pourra-t-il créer de tels fruits ? – le Seigneur lui répondit : Ceux-là le verront, qui vivront jusqu’alors.

V, 36, 2 p. 677) :
Tels sont, au dire des presbytres, disciples des apôtres, l’ordre et le rythme que suivront ceux qui sont sauvés, ainsi que les degrés par lesquels ils progresseront… le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort. Aux temps du royaume, en effet, l’homme, vivant en juste sur la terre, oubliera de mourir.


Il n’empêche que deux siècles plus tard Eusèbe de Césarée, condamnera le millénarisme et rejettera la responsabilité des erreurs de Saint Irénée sur Papias. Il essaie de disculper Saint Irénée qui aurait été abusé par « L’ancienneté de Papias » et soutient que les presbytres ont transmis par écrit les traditions venues jusqu’à eux au sujet des Écritures canoniques ; et d’ajouter : « et comme Irénée est l’un d’eux, nous allons donc citer ses paroles.» (Hist. Eccl., V, viii, 1 = Eusèbe, SC 41, p. 35).
Il devient alors difficile de savoir quand un presbytre est dans le vrai et quand son témoignage est douteux. Le recours au concept d'apostolicité tel que défini par Saint Irénée n'est pas pertinent quant à la fiabilité du dépôt de la foi. Mais c’est ainsi que se forge petit à petit la doctrine de l’Eglise:
Hist. Eccl., III, 39, 11-13 (Eusèbe, SC 31, p. 154) :
Le même Papias ajoute d'autres choses qui seraient parvenues jusqu'à lui par une tradition orale, certaines paraboles étranges du Sauveur et certains enseignements bizarres, et d'autres choses tout à fait fabuleuses. Par exemple, il dit qu'il y a aura mille ans après la résurrection des morts et que le règne du Christ aura lieu corporellement sur la terre […] Il a été cause qu'un très grand nombre d'écrivains ecclésiastiques après lui ont adopté les mêmes opinions que lui, confiants dans son antiquité : c'est là ce qui s'est produit pour Irénée et pour d'autres qui ont pensé la même chose que lui.



Saint Irénée aurait qualifié Eusèbe d’hérétique s’il avait vécu à son époque ou après lui :
V, 31, 1; 32, 1 p 660, 662) :
Mais certains qui passent pour croire avec rectitude, négligent l’ordre suivant lequel devront progresser les justes et méconnaissent le rythme selon lequel ils s’exerceront à l’incorruptibilité. Ils ont ainsi en eux des pensées hérétiques [...] Ainsi donc, certains se laissent induire en erreur par les discours hérétiques, au point de méconnaître les ‘économies’ de Dieu et le mystère de la résurrection des justes et du royaume qui sera le prélude de l’incorruptibilité.





Saint Irénée n’est bien sûr pas le seul à soutenir ce millénarisme et cette eschatologie. Par exemple Justin, dans son dialogue avec Tryphon, écrit:
Car voici comment Isaïe parle de cette période de mille années. Or, dis-je, nous avons compris que l’expression de ce passage : « Car, comme les jours de l’arbre seront les jours de mon peuple, ils feront vieillir les œuvres de leurs peines », révèle les mille années en mystère. Il fut dit, en effet, à Adam que « le jour même où il mangerait du fruit de l’arbre, il mourrait », nous savons qu’il n’a pas atteint mille ans (Gn 2, 17). Nous comprenons également que cette parole : "Le jour du Seigneur est comme mille ans" (Ps 89, 4) se rapporte à ce passage. D’ailleurs, chez nous, un homme du nom de Jean, l’un des apôtres du Christ, a prophétisé, dans la révélation qui lui fut faite, que ceux qui auront cru à notre Christ passeront mille ans à Jérusalem ; après quoi arrivera la résurrection générale, et en un mot éternelle, pour tous sans exception, puis le jugement.

Dialogue 80-81, pp. 228-230 :
Je ne suis pas assez misérable, Tryphon, pour dire autrement que je pense. Je t’ai déclaré déjà que moi-même et beaucoup d’autres avions ces idées, au point que nous savons parfaitement que cela arrivera ; beaucoup, par contre, même chrétiens de bonne doctrine, ne le reconnaissent pas, je te l’ai signalé […] Je suis d’avis qu’il ne faut pas suivre les hommes appelés chrétiens qui n’admettent pas cela […] Pour moi et les chrétiens d’orthodoxie intégrale, tant qu’ils sont, nous savons qu’une résurrection de la chair arrivera pendant mille ans dans Jérusalem rebâtie, décorée et agrandie, comme les prophètes Ezéchiel, Isaïe et les autres l’affirment.
Mais Justin souligne que cette position ne fait pas l’unanimité:
« beaucoup… même chrétiens de doctrine pure, ne le reconnaissent pas ».



On ne peut que constater effectivement que le millénarisme faisait partie intégrante de la foi de l’Eglise primitive. Ceci pose de sérieux problèmes relatifs à la fiabilité des témoignages et donc à leur catholicité. Stephanopoulos a raison de soulever cette question importante.

L’Eglise primitive a élaboré sa propre dogmatique petit à petit et s’est démarquée petit à petit de la synagogue avec des crises et des conflits assez durs. N’oublions pas qu’elle se revendique comme l’héritière de l’ancien testament. Elle a sa propre lecture des textes qu’elle interprète à la lumière du nouveau testament. Ceci est peut-être la source de l’abandon de la doctrine millénariste jugée comme trop judaïsante à une époque où le christianisme du 4ème siècle consommait sa rupture définitive d’avec le judaïsme.

Une autre thèse a également la vie dure et est toujours exposée comme allant de soi. On affirme que l’orthodoxie est toujours première par rapport à l’hérésie. Il y a d’abord la vérité plénière puis ensuite ses déformations qui donnent naissance aux hérésies. Irénée d’ailleurs écrit dans son chapitre III, 4,3
« C’est à une époque fort tardive, à une époque où les temps de l’Eglise atteignaient déjà leur milieu, que tous ces gens là se sont dressés dans leur apostasie. »
. Tertullien soutiendra cette thèse quand il écrit dans son apologétique (47,14):
« Jamais l’ombre n’existe avant le corps, la copie avant l’original »
Mais on constate qu’historiquement le christianisme naissant était loin de l’orthodoxie émergeante. Par exemple Edesse était très marquée par Marcion, Bardesane , Mani. L’évêque Palut a eu bien du mal à s’imposer dans la ville.
Alexandrie était très marquée par les gnostiques égyptiens. La légende de la fondation de son Eglise par Marc est assez tardive. Il fallait donner une vérité apostolique à ce centre de la chrétienté.
Ignace d’Antioche en Asie mineure aura également beaucoup à lutter contre les docètes, les gnostiques , les judéo-chrétiens. On peut sans doute soutenir qu’il y a eu des christianismes très divers avant qu’une doctrine ne réussisse à s’imposer. L’orthodoxie est sans doute une émergence parmi toutes les hérésies qui lui seraient antérieures. Le christianisme des origines est très diversifié et l'évènement du Christ n’est pas compris de la même façon partout. Des courants très divers s’affrontent. Le judeo-christianisme jérusalémite, les hellénistes , le christianisme johanique, paulinien. Qui est hérétique qui est orthodoxe ? Il faudra attendre le 2ème siècle pour voir se préciser une doctrine dominante puis surtout les affrontements sur la doctrine trinitaire et sur la christologie. Ce sont ces développement progressifs qui permettent à l’Eglise de trouver sa normativité et de définir ne serait-ce que son canon des écritures, et d’élaborer son credo auquel tout baptisé devra souscrire. Ainsi se dessineront de façon plus lisible les contours de l’hérésie et ceux de l’orthodoxie.

Stephanopoulos
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Message par Stephanopoulos » mer. 10 janv. 2007 18:02

Merci Antoine pour votre précieuse intervention!


Ce qui me paraît capital, ce serait de savoir si ce n'est pas la lecture du chapitre 20 de l'Apocalypse qui a influencé rétroactivement l'interprétation du chiffre mille qui figure dans les textes dans l'Ancien Testament, et ainsi, lui donner une interprétation faussée!

Antoine, vous avez écrit :"Saint Irénée affirme que lors de sa Parousie le Christ instaurera son Royaume sur cette terre..."

N'était-ce pas ce qu'attendait également Judas de la part du Christ?

Antoine, vous avez dit :"Mais on constate qu’historiquement le christianisme naissant était loin de l’orthodoxie émergente. Par exemple Edesse était très marquée par Marcion, Bardesane , Mani. L’évêque Palut a eu bien du mal à s’imposer dans la ville."

Ceci ne vient-il pas du fait qu'il n'existait pas de théologie au sens stricte (ou alors que cette dernière était embryonnaire tout comme l'Eglise) dans l'Eglise du 1er siècle?
Stephanopoulos

Antoine
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Message par Antoine » jeu. 11 janv. 2007 2:55

Stéphanopoulos a écrit :Antoine, vous avez écrit :"Saint Irénée affirme que lors de sa Parousie le Christ instaurera son Royaume sur cette terre..."
N'était-ce pas ce qu'attendait également Judas de la part du Christ?
Irénée, comme Papias, Justin et beaucoup d'autres, parle de l'établissement d'un royaume sur terre après la parousie, et ce au 6ème jour c'est à dire 6ème millénaire. Cela reste une conception eschatologique et ne remet pas en cause la divinité du Christ, sa résurrection, son ascension.
Judas attendait l'instauration d'un royaume du temps même de la vie de Jésus. C'est une conception politique et non plus eschatologique. Judas ne croyait pas en la divinité du Christ. Il n'aura pas été un témoin oculaire de la Résurrection. Il a connu le remords (Matt XXVII,3) qui mène au suicide et ignoré le repentir qui conduit à la Vie.



En ce qui concerne une « théologie embryonnaire », je ne suis pas sûr de bien comprendre ce que vous voulez signifier par ce mot. Aussi préfèrerais-je que vous développiez votre pensée et que vous l'argumentiez.

Stephanopoulos
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Message par Stephanopoulos » jeu. 11 janv. 2007 8:09

Je ne sais pas si le mot embryonnaire convient mais, je me demandait si la théologie, durant le 1er siècle, n'était pas en train de se former ou de se développer de sorte qu’elle n'était pas encore une institution?
Dans l’affirmative, cela voudrait dire qu’il était difficile à ce moment là, d’avoir ou, peut-être, de reconnaître une ligne directrice à laquelle tous pouvait se référer.

Dailleurs, je ne sais pas si je trompe, mais il me semble que les textes sacrés n’étaient pas tous réunis et avec eux circulaient des textes douteux; il a donc fallu du temps pour recueillir tous les textes, séparer le vrai du faux et aussi pour que la théologie et la foi orthodoxe s’impose de manière officielle.


Voilà donc mon interrogation!
Stephanopoulos

Antoine
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Message par Antoine » ven. 12 janv. 2007 0:01

Et qu'est-ce que vous en concluez?

Jean-Louis Palierne
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Eschatologie 1/3

Message par Jean-Louis Palierne » sam. 13 janv. 2007 16:24

Puisque nous échangeons des vues sur la question de l’eschatologie, je crois qu’il est utile de se reporter à un témoin indiscutable de cette foi, c’est le père Justin Popovitch, qui consacre la dernière partie de sa Dogmetique au rappel de l’enseignement apostolique et orthodoxe sur “le second avènement du Christ et le Royaume du siècle à venir. On y verra qu’il ne laisse aucune place à l’éventualité d’un règne de mille ans. C'est un peu long, je reconnais, bien que j'y aie fait quelques coupures, mais je crois que ce texte fait parfaitement le point sur un certain nombre de questions que nous avons discutées ces derniers temps.

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LE SECOND AVENEMENT
DU CHRIST
ET LE ROYAUME
DU SIECLE À VENIR



L'accomplissement du monde et de l'Histoire


Au travers de tous les changements et de toutes les mutations qu'elle subit, toute la Création se hâte vers son accomplissement. Chaque jour et chaque nuit, tous les hommes, et avec eux et après eux toute la Création, se hâtent vers le dernier jour, celui qui marquera l'accomplissement du monde et de l'histoire humaine. Toutes les journées, telles de clairs ruisseaux, et toutes les nuits, telles de sombres fleuves, courent se briser et se précipiter dans les gouffres et les ravins de l'existence, emportant chaque être et toute la Création vers ce jour ultime dans lequel viendront confluer et se mêler tous leurs flots. Tout ce qui a vécu et tout ce qui vit dans les cages du temps doit parvenir à ce dernier jour pour échouer sur ses berges. Il n'est ni être ni chose qui ne soit emmenés vers ce jour final par le courant du temps dans le lit de l'espace. Toute existence viendra buter sur ce terme du temps, et c'est pourquoi la sainte Révélation lui donne le nom de “Jugement Dernier” , ou de “grand jour”. Et puisque c'est Dieu qui a fixé ce jour où il viendra juger l'Univers, on l'appelle aussi “le jour du Jugement”, le jour de la colère et de la révélation de Dieu, le juste Juge. Mais comme tout le Jugement a été remis au Fils , et qu'au dernier jour, le Fils doit apparaître en gloire en tant que Juge, ce jour s'appelle encore “Jour du Fils de l'homme”, “jour du Seigneur”, “jour du Christ”, “jour de notre Seigneur Jésus Christ”, “jour du jugement et de la perdition des athées”. C'est en ce jour dont l'importance est décisive que le Seigneur viendra prononcer son verdict ultime et définitif sur la totalité de l'histoire du monde et de l'homme, sur tous les hommes réunis comme sur chaque homme pris en particulier. Et de même que lors de l'achèvement de la création du monde, le Seigneur a passé en revue la totalité des êtres et des choses qu'il avait créés et prononcé sur tout son verdict en disant que tout cela est très bon , de même au jour du Jugement Dernier, il viendra passer en revue tous les êtres et toutes les choses, au terme de leur voyage par les chemins de l'Histoire pour prononcer son jugement sur tous et sur chacun. C'est alors qu'il séparera définitivement le bien du mal, c'est alors qu'il tracera entre eux une frontière infranchissable. Alors il prononcera son irréformable verdict sur toutes les valeurs humaines, alors il pèsera sur les très sensibles et parfaitement exactes balances de son amour et de sa justice tous les actes des hommes, toutes leurs pensées, tous leurs désirs, toutes leurs paroles. C'est alors que s'accomplira le mystère de Dieu concernant l'homme, la création, le monde, l'univers ; c'est alors que tous ceux qui sont bons et tout ce qui est bon hériteront du bonheur éternel, du paradis éternel, et que tous ceux qui sont mauvais et tout ce qui est mauvais mériteront le tourment éternel, l'enfer éternel.

Le temps et les signes
du Second Avènement du Christ


De même que le temps a commencé son existence par le Christ, de même il l'accomplira par Lui : le dernier jour du temps sera en même temps le jour du Second Avènement du Christ. En ce jour hors série le temps cessera d'être ; alors se vérifiera cette merveilleuse parole de la sainte Révélation, qu'il n'y aura plus de temps De quelque manière mystérieuse, le temps viendra plonger dans l'éternité. Alors que la sainte Ecriture nous a clairement révélé tout ce qui doit survenir en ce dernier jour, l'instant même où il surviendra ne nous l'a pas été. Cela resté caché dans les insondables profondeurs du silence divin et constitue l'impénétrable mystère de Dieu. Ce mystère reste caché tant des Anges que des hommes et vit dans l'inviolable lumière de l'omniscience divine. Alors que les Apôtres l'interrogeaient ouvertement sur ce point, le Sauveur répondit : Quant à ce jour et à cette heure, personne ne les sait, ni les anges des cieux ni le Fils, seul le Père le sait. Ce mystère ne leur a pas été révélé, alors même qu'entre sa Résurrection et son Ascension il leur révélait les mystères de son économie divino-humaine du salut, et qu'il leur parlait du Royaume de Dieu. Et lorsqu'ils lui demandèrent : Seigneur, est-ce en ce temps-ci que tu vas rétablir le royaume d'Israël ? il leur répondit : 'Il ne vous appartient pas de connaître le temps et le moment que le Père retient en sa puissance'. Même au grand Apôtre des Gentils, de qui le mystère était connu par révélation, le mystère de l'Évangile du Christ, et il lui a été révélé par le Seigneur Lui-même, même à lui n'a pas été révélé le mystère de l'instant auquel surviendra le Jugement Dernier, le jour du Second Avènement du Christ. Il écrit en effet aux chrétiens de Thessalonique : Quant au temps et au moment, frères, il n'est pas nécessaire qu'on vous écrive à ce sujet, car vous savez bien que le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit.

Voici quelle est la Bonne Annonce apportée par l'Apocalypse : le Seigneur viendra une seconde fois. Quand, nous l'ignorons : dans la prévoyance de son amour de l'homme, Dieu nous le cache afin que nous puissions veiller nuit et jour sur nous-mêmes au moyen des saintes vertus, en attendant le retour du Sauveur. C'est ce que signifie l'avertissement que le Sauveur adressait à ses disciples : Veillez, car vous ne savez pas à quelle heure votre Seigneur viendra ; Veillez, car vous ne savez ni le jour ni l'heure à laquelle viendra le Fils de l'homme.

Ce caractère inopiné du Second Avènement du Sauveur est providentielle-ment profitable pour les vrais chrétiens, mais non pour ceux qui ont laissé leur âme s'affaiblir, permettant à leurs vices d'assombrir leur conscience infectée de passions et devenant ainsi la proie d'une “insensibilité de pierre”. Cette insouciance et cette insensibilité de pierre dont les hommes feront preuve lors du Second Avènement du Seigneur Christ, seront semblables à l'insouciance et à l'insensibilité de pierre dont faisaient preuve les contemporains de Noé, car selon les paroles du Sauveur, lors de l'avènement du Fils de Dieu il en sera de même qu'il en était du temps de Noé : de même qu'avant le déluge ils buvaient et mangeaient, prenaient femme et mariaient leurs filles, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche, ne s'apercevant de rien jusqu'à ce qu'arrivât le déluge qui emporta tout - de même en sera-t-il lors de l'avènement du Fils de l'homme. Soyez donc prêts, nous conseille le Sauveur, car c'est à l'heure où vous n'y penserez pas que viendra le Fils de l'homme. C'est parce qu'ils vivaient selon ce conseil du Seigneur que les Apôtres transmirent ceci aux chrétiens : Frères, la venue du Seigneur approche, la fin de tout approche , c'est la dernière heure.


Cependant, bien que le Seigneur nous ait laissés, pour notre salut, dans l'ignorance de l'heure de son Second Avènement, il ne nous a pas laissés dans l'ignorance des signes qui devront le précéder et des présages qui laisseront pressentir la proximité de sa venue. Voici quels sont ces signes : la prédication de l'Évangile à tous les peuples, à toute créature ; le retour d'Israël vers le Christ ; l'apparition de l'Antéchrist ; de grands chocs entre les peuples et dans la nature : guerres, révolutions, famines, inondations, tremblements de terre, et de grands signes dans le ciel.

La prédication de l'Évangile parmi les peuples, et tout ce qu'elle provoquera chez eux, sera le signal du Second Avènement du Sauveur, selon ses propres paroles : Cet Évangile du Royaume sera proclamé dans tout le monde, en témoignage devant tous les peuples. Alors viendra la fin. Ce qui veut dire que toutes les nations auront pu prendre connaissance de l'Évangile, mais ne signifie pas que tous les peuples l'adopteront, comme l'indique la parole suivante : en témoignage devant tous les peuples, car elles veulent dire : en témoignage devant tous les peuples de l'amour que Dieu a pour eux, en témoignage de l'exploit du rachat par le Fils de Dieu, en témoignage de l'Église et de l'ensemble de la merveilleuse économie divino-humaine du salut qui est réalisée en elle, et d'une manière générale en témoignage de toutes les vérités éternelles de Dieu. C'est ce témoignage porté devant toutes les nations en faveur de l'Évangile qui permettra, selon les paroles de l'Apôtre des Gentils, à la plénitude des nations, c'est-à-dire à “tous les païens prévus par Dieu” d'entrer dans l'Église. Beaucoup cependant, lorsqu'ils feront connaissance de l'Évangile, se dresseront sous l'influence des démons contre l'Évangile, prouvant ainsi combien les hommes se sont épris du mal, combien ils sont devenus les esclaves du mensonge et du péché, combien ils sont devenus les instruments du mal satanique contre l'éternel Dieu du bien. Et dans cette lutte générale pour et contre l'Évangile, un moment surviendra où, selon les paroles de l'Apôtre, tout Israël sera sauvé , et c'est alors que sera accomplie la prophétie de l'Evangéliste du Nouveau Testament : Un libérateur sortira de Sion, et il détournera de Jacob l'impiété. D'après la prophétie de Malachie, c'est le prophète Elie le Thesbite qui opérera ce retour d'Israël au Christ, en revenant avec Enoch du ciel au jour de l'Antichrist et en luttant avec lui pour la justice de l'Évangile du Christ.

Pour s'opposer à l'expansion de l'Évangile du Christ, les zélateurs du mal tenteront de le répandre et de le diffuser sous toutes les formes possibles. Afin de faire échec au succès de l'Évangile, ils mobiliseront tous les mensonges, tous les maux, toutes les violences, toutes les horreurs et les lanceront contre les chrétiens. pour les tromper si c'est possible. Les alliés trop timides du mal y feront des progrès ; le poison s'insinuera dans une goutte de miel ; le mal se cachera sous les masques les plus attirants ; les iniquités se multiplieront jusqu'à l'horreur ; plongeant dans les profondeurs des âmes des ennemis du Christ, le déchaînement du mal provoquera des chocs en eux, il les minera et ils exploseront en une haine sans retenue contre tout ce qui est du Christ ; “l'enfer ricanant” se moquera de tout ce qui est de Dieu ; Le mystère du mal en envoûtera beaucoup, il les affoler ; par son éclat menteur et son succès éphémère, le mal scandalisera beaucoup d'hommes.

C'est toute cette profusion du mal que l'Apôtre appelle “le mystère d'iniquité” qui est à l'œuvre chez les fils de la perdition, qui lutte contre tout ce qui est du Christ et tout ce qui est de Dieu, agissant en sorte que les hommes se détachent du Seigneur Christ. Contre le mystère de Dieu, contre le mystère du Christ — c'est-à-dire contre l'Église, — se dresse le mystère de Satan — c'est-à-dire le mystère du mal. Sous un déguisement habile, dans les derniers jours le mal saura agir avec succès par le truchement de faux christs et de prophètes menteurs Parlant de ces temps, le Sauveur les décrit ainsi : Beaucoup viendront en mon nom dire 'je suis le Christ', et ils en égareront beaucoup. Alors sortiront beaucoup de faux prophètes, et ils en égareront beaucoup. Et le saint apôtre Paul, dans sa vision prophétique, éclaire ces paroles du Sauveur par les mots que voici : L'Esprit saint le dit expressément : dans les derniers temps, on s'écartera de la foi en écoutant des esprits menteurs et des enseignements diaboliques. Ayant ruiné jusqu'à leur conscience par le mensonge, ils vivront selon leurs désirs, ironisant sur tout ce qui est du Christ. Abusés par le mal, ils n'écouteront pas les vrais enseignements, rassemblant selon leurs désirs de faux maîtres qui les tromperont ; ils détourneront leurs oreilles de la vérité et se tourneront vers des sorcières.

Contemplant les derniers jours avec sa pénétration céleste et divino-humaine, l'apôtre Paul écrit à Timothée : Sache que dans les derniers jours viendront des moments difficiles, car les hommes deviendront égoïstes, amis de l'argent, fanfarons, orgueilleux, blasphémateurs, indociles à leurs parents, ingrats, sacrilèges, sans cœur, implacables, médisants, incontinents, sauvages, ennemis du bien, traîtres, emportés, aveuglés par l'orgueil, amis du plaisir plus qu'amis de Dieu, gardant les formes de la piété tout en en reniant la vigueur. Le mal se développera puissamment, il minera les nations et les royaumes, qui se lèveront peuples contre peuples, royaumes contre royaumes ; il y aura des famines et des inondations, des horreurs et des révoltes. Et il y aura un grand malheur, comme il n'y en avait encore jamais eu depuis le commencement du monde et comme il n'y en aura plus. Et à cause de la multiplication de l'impiété, l'amour se refroidira chez beaucoup, et beaucoup s'égareront. L'abomination de la désolation s'installera dans le lieu saint et Le Fils de l'homme, quand il reviendra, trouvera-t-il encore la foi sur la terre ?

L'Antichrist et son activité

Toutes ces apparences du mal, son attractivité, son immensité, avec tout l'envoûtement qu'il exerce par tant de prodiges trompeurs, se ramassent, s'incarnent et prennent figure en la personne de l'Antichrist, qui représente l'adversaire de tout le bien de Dieu, personnalisé lui dans le Seigneur Christ et dans ses disciples. En la personne de l'Antichrist, le mal parvient à son aboutissement suprême sur la terre ; ce sera un mal génial et inimitable. Tous les maux qui sont répandus par le monde, cachés dans les abîmes des âmes humaines et dans les précipices de la perversité diabolique, il les rassemblera en lui-même, il les réunira en lui-même se présentant ainsi comme la conciliarité du mal, comme l'universalité du mal, comme le dieu du mal, comme le mal total. Il sera en tout l'opposé du Christ : autant le Christ est le Bien incarné et la Vérité, autant lui s'efforcera d'être le mal incarné et le mensonge ; autant le Christ est le bien absolu, autant il s'efforcera d'être le mal absolu ; le Christ a donné au monde son Évangile, il s'efforcera de donner au monde son contre-évangile ; en lui on trouvera le Diable tout entier, de même que dans le Christ se trouve Dieu tout entier. Il sera en tout un adversaire intraitable du Christ, s'efforçant de toutes ses forces de supplanter le Christ partout pour le remplacer par lui-même. En lui se manifesteront, de la manière la plus totale et la plus impudente, toute la perversité satanique qui a été accumulée depuis les siècles chez les hommes, toute l'envie et toute la haine qui animent Satan envers Dieu. Cela implique une révolte totale contre Dieu, la lutte finale de l'homme avec Dieu. Il se révélera l'adversaire le plus résolu de Dieu et du Christ, pour autant que la nature humaine, placée sous le pouvoir de Satan et à son instigation, soit capable de se dresser contre Dieu et contre le Christ dans la lutte finale qu'il a entreprise contre Eux. Tout ce qui peut s'opposer au Christ, tout ce qui est latent ou tout ce qui couve chez les hommes, comme tout ce qui a éclaté et tout ce qui va se révéler, tout cela il le rassemblera en lui-même, il l'absolutisera pour s'en armer contre le Seigneur Christ. Certes avant lui, il y a eu, il y a et il y aura bien des antichrists, car selon les mots de l'Apôtre de l'amour, est antichrist quiconque refuse que Jésus soit le Messie, le Rédempteur, comme tous ceux qui rejettent l'incarnation de Dieu en Christ et chacun de ceux qui refusent la sainte Trinité. Mais tous ces antichrists ne sont en réalité que des précurseurs de l'Antichrist principal, de l'Antichrist au sens propre, celui qui doit apparaître avant la fin du monde, en vue de l'affrontement décisif contre l'Église du Christ. Le grand Voyant-des-mystères que fut saint Jean le Théologien, lui qui plus qu'aucun autre homme a vu Dieu et le Diable, le paradis et l'enfer, le mystère du bien et le mystère du mal, fait bien la distinction entre cet Antichrist principal et la multitude des autres antichrists, et il l'exprime ainsi : L'Antichrist viendra, et maintenant déjà beaucoup d'antichrists sont apparus.
Il faut savoir, écrit saint Jean Damascène, que l'Antichrist doit venir. Bien que soit antichrist quiconque ne confesse pas que le Fils de Dieu est venu dans la chair, qu'il est Dieu parfait et qu'il est devenu homme parfait sans cesser d'être Dieu, on appelle Antichrist au sens propre et particulier celui qui doit venir avant la fin du monde.
[…]

La force principale du combat que mènera l'Antichrist contre le Christ sera dirigée contre son corps divino-humain — c'est-à-dire contre l'Église, une, sainte, conciliaire et apostolique, — et contre la Divinité trinitaire qui réside en elle. Car la lutte qu'il mène contre l'Église est bien une lutte dirigée contre la sainte Trinité sur la terre. Voici en effet quelle est la Bonne Annonce qui est au-dessus de toutes les Bonnes Annonces : tout dans l'Église existe et vient du Père, par le Fils et dans l'Esprit saint. Pour tous les membres de l'Église, le comble du salut est la trinitarisation divine. Adversaire de la Divinité trinitaire, l'Antichrist sera l'adversaire de tout ce qui est divin, de tout ce qui est divino-humain dans l'Église, s'efforçant de toutes ses forces de rejeter Dieu pour prendre la place de Dieu au ciel. Afin de conquérir aussi les élus, ce prétendu Dieu saura utiliser aussi toutes sortes de mensonges, de faux miracles et de signes. Pour cela il pourra compter sur l'aide puissante de Satan, car toute son activité se déroulera avec l'appui de Satan qui agira de toutes ses forces, par des signes et des faux miracles.

Saint Cyrille d'Alexandrie a écrit que :
Satan utilisera l'Antichrist comme son instrument, mais que c'est lui qui agira personnellement par cet instrument. Sachant en effet qu'il n'y aura pas de pardon pour lui lors du Jugement à venir, Satan veut entrer en guerre ouverte, non pas par l'intermédiaire de serviteurs, comme c'est son habitude, mais en entrant lui-même en campagne, par l'intermédiaire de l'Antichrist, avec le Christ et avec les chrétiens au moyen de signes inventés et de faux miracles. Etant lui-même le père du mensonge, Satan trompera l'imagination des hommes au moyen de faux semblants, et les gens croiront qu'ils ont réellement vu ressusciter les morts, alors qu'en vérité le mort n'a pas ressuscité, il fera croire aux gens qu'ils ont vu les boiteux marcher et les aveugles voir, alors qu'en réalité il n'y aura pas eu de guérison.
Satan accordera à son cher Antichrist sa puissance, son trône, et un grand pouvoir, C’est pourquoi il agira avec toute sa ruse , allant jusqu'à se déguiser en Ange de Lumière afin de se gagner le plus grand nombre possible de partisans.
Il viendra comme un scélérat, dit saint Ephrem le Syrien, sous une apparence qui lui permettra de tromper tout le monde ; il viendra comme un humble, comme un doux, il se prétendra victime de l'injustice, dégoûté des idoles, se donnera l'apparence de la piété, de la bonté, il sera l'ami des pauvres, aimable pour tous ; mais il saura aussi prendre des dispositions habiles pour plaire à tous afin que les hommes l'aiment. Il trompera le monde jusqu'à ce qu'il ait établi son règne. De plus il saura faire de grands signes, des prodiges pour intimider […] Et puisque beaucoup de classes sociales et de nations apprécieront ses qualités et sa puissance, tous accepteront unanimement la pensée unique et le proclameront roi avec enthousiasme tout en se répétant entre eux : pourrions-nous trouver un autre homme aussi bon et aussi juste ?
Poussé par l'orgueil et par la puissance de Satan, l'Antichrist imposera son pouvoir sur de nombreux peuples, avec la permission et la tolérance divine ; il sera adoré par tous ceux qui vivent sur la terre et dont le nom n'est point enregistré dans le Livre de vie de l'Agneau. Sur les chrétiens cependant, l'Antichrist déchaînera des persécutions inouïes, il entrera en guerre avec les saints, il les vaincra et fera mettre à mort tous ceux qui ne l'adorent pas. Les chrétiens soutiendront cette lutte avec l'Antichrist avec foi et patience — car ce sera là leur arme, comme cela a toujours été, leur panoplie de Dieu. Et par-dessus tout, l'Antichrist tuera les deux grands témoins de la vérité du Christ, les deux saints Prophètes et Précurseurs du Second Avènement, Elie et Enoch. Vêtus d'un sac, ces deux Prophètes porteront témoignage, au milieu des tourments et des horreurs, en faveur de la foi au Christ, et prophétiseront durant mille deux cent soixante jours ; le feu jaillira de leurs bouches ; ils auront le pouvoir de fermer le ciel et de frapper la terre de tout châtiment ; lorsqu'ils auront achevé leur témoignage, l'Antichrist les vaincra et les tuera. Mais après trois jours, Dieu leur rendra la vie et les enlèvera au ciel. En ces jours se déchaînera une telle traque contre les chrétiens que quiconque ne reconnaîtra pas publiquement l'Antichrist et ne portera pas sur lui son signe ne pourra plus rien acheter ni vendre et ne jouira plus de ses droits. Quiconque n'adorera pas l'Antichrist et ne portera pas son signe sur ses épaules ou sur ses mains sera tué. Pourchassée et persécutée, l'Église du Christ partira se cacher dans le désert, engendrant dans les douleurs un enfant fidèle à Dieu. En ces temps là l'humanité s'abîmera dans les profondeurs abyssales du mal. Toutes les sortes et toutes les espèces du mal grouilleront par toute la terre, dévastant les âmes des hommes, et le mal s'affermira comme au temps qui avait précédé le Déluge. Et l'Antichrist régnera avec insolence. Mais, par la providence de Dieu, son règne sera de courte durée. Les bienheureux visionnaires de l'Ancien et du Nouveau Testament disent qu'il durera trois années et demi, soit quarante-deux mois, ou bien mille deux cent soixante jours, ou encore peu de temps.

[…]

Cette terrible vérité concernant l'Antichrist fait partie des plus importantes vérités que nous annonce l'Évangile de notre Sauveur. Il est nécessaire d'en parler tout autant qu'il est nécessaire de parler du Seigneur Christ. Bien qu'elle soit sous-entendue dans l'Évangile du Christ, que de dangers présente l'activité de l'Antichrist dans la race humaine ! Nous chrétiens, nous savons, grâce à l'Évangile du Sauveur, ce que Dieu pense de nous les hommes et quel est son dessein en ce qui nous concerne. Mais en même temps, notre très-sage Seigneur nous a indiqué dans son Évangile ce que Satan pense de nous les hommes et quels sont ses desseins en ce qui nous concerne, comme aussi ce que son principal apôtre — l’Antichrist, — pense de nous et ce qu'il veut à notre sujet. Pour nous les chrétiens, rien de ce qui est divin ne nous est étranger, mais en même temps aussi rien de ce qui est satanique, afin que nous puissions reconnaître les tentations et les maux sataniques, nous en garder et nous en protéger. Nous sommes des hommes devenus par la grâce des dieux-hommes ; le Seigneur Christ est devenu un homme et en tant que Dieu-homme, il nous a montré comment tout ce qui est divin peut devenir réalité dans la vie des hommes sur la terre. comment nous pouvons éviter et anéantir tout ce qui est anti-divin : tout ce qui vient du péché, de Satan et de l'Antichrist ; par le Seigneur Christ, nous pouvons remporter la victoire sur eux, car il agit puissamment en nous dans sa sainte Église par le moyen des saints Mystères et des saintes vertus.

Quel est donc que cet élément qui empêche l'Antichrist d'agir, qui le retient d'apparaître dès maintenant, ou à tout autre instant qui ne serait pas à son heure ? C'est l'économie divino-humaine du salut, c'est le dessein de Dieu pour le salut du monde. Selon ce plan, l'Antichrist doit apparaître à son heure, à l'heure de l'achèvement du monde. Et qui peut le retenir de se manifester auparavant ? C'est l'Église du Christ, c'est l'activité bénie de l'Église du Christ dans le monde, avec sa puissance bénie et son pouvoir, ce pouvoir dont elle dispose sur les esprits impurs ; ce pouvoir qu'elle détient de chasser le Diable des hommes  ; c'est aussi le pouvoir qu'elle a de réprimer tout mal et de favoriser tout bien, c'est le pouvoir de sauver les hommes du péché, de la mort et du Diable, c'est sa puissance sur l'enfer. L'Évangile du salut est lui aussi cette force qui retient l'Antichrist de se manifester avant son heure, et cet Évangile doit être préalablement prêché à tous les peuples, afin qu'il soit un témoignage présenté devant tous les peuples pour faire connaître la voie du salut et l'unique Sauveur du monde. Un Sauveur pour lequel tous les peuples ne font qu'un unique troupeau, qui doit de son propre mouvement, sous la conduite bénie du saint Évangile, aller vers l'unique Bon Pasteur de tous les peuples. La foi que les hommes placent dans le Christ est aussi cette force qui retient et qui empêche l'Antichrist d'apparaître. Mais lorsque tout à coup la foi en le Seigneur Christ viendra à s'éteindre dans la race humaine, lorsque la majorité des peuples auront librement opté en faveur du mal, lorsqu'ils feront le mal et qu'ils aimeront le mal et lorsque Dieu les aura laissés sombrer, selon les désirs de leur volonté, dans l'impureté, dans une honteuse volupté, dans la corruption de l'esprit, lorsqu'ils en viendront à commettre toute sorte de transgression, toute sorte de péché, sous l'effet de leur hostilité délibérée à Dieu et par amour du mal, lorsque par l'intermédiaire de toute cette méchanceté volontaire des hommes les diables auront pu établir leur domination sur la majorité des peuples qui auront rejeté la foi en l'unique Sauveur du monde, le Seigneur Christ, c'est alors qu'il permettra qu'apparaisse le général en chef de la guerre contre Dieu, l'Antichrist, vers lequel tous s'élanceront et se précipiteront emportés par leur méchanceté volontaire. Les hommes auront fait de leur libre volonté un usage si pervers au cours de la période précédente, qu'elle se trouvera presque tout entière mobilisée en faveur du mal et du satanisme, au lieu d'être employée en faveur de la foi et des exploits évangéliques salutaires, les seuls qui puissent sauver l'homme du péché, de la mort et du Diable — et c'est pourquoi le Sauveur peut dire aussi que lorsqu'il viendra pour la deuxième fois sur la terre, trouvera-t-il encore la foi sur la terre ? À cause de la multiplication de leurs iniquités, à cause de leur reniement conscient du seul et vrai Dieu, du seul et vrai Sauveur du monde, le Seigneur Christ, à cause aussi de leur hostilité au Christ et de leurs blasphèmes contre le Christ, le saint Esprit s'écartera des hommes, et sa grâce qui retient l'Antichrist d'apparaître et qui l'en empêche, se retirera, cédant délibérément la place à toute sorte de mal et à toute espèce de diable, qui sera ainsi personnifié dans l'Antichrist.

[…]

L'Antichrist aura eu d'innombrables précurseurs : ils avaient commencé d'apparaître dès les premiers jours du christianisme, sous l'espèce de toutes sortes d'hommes qui combattaient le Christ, qui le haïssaient ou le persécutaient ; ils ont continué d'apparaître tout au long de l'histoire du christianisme. Quel est donc le dessein poursuivi par tous ces précurseurs de l'Antichrist ? C'est de supplanter le Christ Dieu, c'est de détruire son œuvre, d'anéantir son Église pour rendre ainsi impossible le salut des hommes que seul peut procurer l'unique Sauveur de la race humaine. En réalité, ils n'ont qu'une unique ambition, ils ne dépensent leur âme que dans un seul but, qui est de faire disparaître le Dieu-homme, le Christ, de la terre. Pourquoi ? Parce que c'est dans le Dieu-homme, que l'on peut trouver tous les mystères de notre foi, de notre piété, avec toute leur puissance. Qu'est donc en effet le mystère de la foi ? quel est ce mystère de la piété ? C'est Dieu est apparu dans la chair, c'est-à-dire que Dieu est apparu en tant qu'homme, en tant que Dieu-homme, afin de repousser par Lui-même, par Dieu, toute la puissance du mal en l'homme, afin de repousser tout péché, toute mort, tout diable, pour ainsi sauver l'homme de tout péché, de la mort et du Diable, en lui offrant par sa grâce, la Vie éternelle, l'éternelle Vérité, la Justice éternelle et l'éternel Amour. Dans le Dieu-homme, le Christ, c'est le très-saint mystère de la Divinité trinitaire qui est apparu à la race humaine. ce mystère qui était tenu caché depuis la fondation du monde, l'Église, qui est le corps du Christ. Abondante est la gloire de ce mystère, elle est divinement riche ; c'est dans ce mystère que se trouvent cachés tous les biens de la sagesse et de la connaissance. C'est pourquoi tout l'exploit divino-humain du Seigneur Christ peut être appelé l'économie du mystère caché en Dieu depuis la fondation du monde. Ce mystère du Christ embrasse en lui-même tous les saints mystères, tous ceux qui sont indispensables à l'être humain dans tous ses mondes et dans toutes ses vies. Le mystère du Christ ? c'est le Christ, l'unique Dieu véritable, et en Lui ce sont tous les mystères de la Vérité — de la toute-Vérité, — tous les mystères de la Justice — de la toute-Justice, — tous les mystères du Bien — du tout-Bien, —  tous les mystères de la Sagesse — de la toute-Sagesse, — tous les mystères de la Vie — de la toute-Vie, — tous les mystères de Dieu — le tout-Dieu. Dans le mystère du Christ se trouve tout le mystère de l'Évangile du Christ , tout le mystère de l'Évangile du salut, qui n'est pas autre chose que notre divinisation, notre christification, la trinitarisation de l'être humain par sa vie dans le Dieu-homme notre Sauveur, au moyen des saints Mystères et des saintes vertus évangéliques. C'est ainsi que dans l'Église du Christ, ce très-saint mystère qui embrasse tout, c'est ainsi que dans ce corps du Christ on travaille, on élabore, on achève le salut des hommes au moyen des saints Mystères et des saintes vertus ; c'est ainsi que les hommes peuvent se sanctifier dans le Christ-Dieu, se transfigurer, se christifier, et c'est de cette manière qu'ils peuvent devenir « des dieux par la grâce », des dieux-hommes par la grâce.

A l'opposé de ce mystère, une autre puissance travaille dans notre monde terrestre, c'est le mystère d'iniquité, qui opère dans les cœurs des hommes, dans les âmes des hommes, dans les consciences des hommes, dans les corps des hommes. Et il accomplit ce travail en utilisant chaque pensée hostile au Christ, chaque perception hostile au Christ, chaque désir hostile au Christ, chaque acte hostile au Christ, et toujours dans un même but, qui est de faire échouer, de rendre impossible pour le plus grand nombre possible d'hommes le salut par l'unique Sauveur de la race humaine. Cet énorme mystère d'iniquité se diffuse en une fausse clarté, en une soi-disant clarté, à travers tous les maux humains, à travers toutes les transgressions humaines, à tra-vers tous les péchés humains, pour occulter chaque péché, chaque mal, par son caractère mystérieux, afin d'exciter le plus possible la curiosité de l'esprit hu-main. Mais ce mystère d'iniquité réside bien dans son intégralité en Satan. Les profondeurs de Satan, sont insondables et abyssales et toute âme humaine, tout cœur humain ou toute conscience humaine, peut facilement s'y noyer si la grâce du Christ est absente, celle qui a été déversée dans la nature humaine par l'incarnation de Dieu le Verbe, en qui se trouvent toutes les profondeurs de Dieu.[…] Oui, c'est bien en Satan que réside tout le mystère du mal, tout le mystère de l'iniquité. En tout ce mal les hommes ne sont que ses disciples, et à tout ce mal il n'est qu'un remède, il n'est qu'un seul Sauveur - c'est le Dieu-homme, le Christ, l'unique Ami de l'homme. Car le Christ s'est livré pour nous, pour nous sauver de toute iniquité. D'un côté le Dieu-homme, le Christ, de l'autre l'Antichrist. Qu'a à faire la justice avec l'iniquité ? Ou quelle association possible pour la lumière avec les ténèbres ? ou pour le Christ avec Béliar ?

Mû par son immense amour de l' homme, le Seigneur Christ retient l'apparition de l'Antichrist par sa grâce, par amour et par miséricorde, jusqu'à ce que soient accomplis les temps et les délais impartis par Dieu ; c'est donc bien Lui. C'est pourquoi il est beaucoup plus facile aux hommes de chasser loin d'eux-mêmes toute iniquité, tout péché, tout mal, avec l'aide de la grâce du Sauveur, pour ne pas collaborer avec le mystère d'iniquité de Satan sans cesse à l'œuvre dans les hommes qui se sont soumis volontairement et dé-libérément à lui par leur hostilité au Christ, leur infidélité au Christ, leur manque de foi ou leur athéisme. Car depuis que le Seigneur Christ notre Dieu est présent dans le monde parmi les hommes par sa sainte Église et par son saint Évangile, c'est en général de façon volontaire et consciente que les hommes sont les collaborateurs du mal et du Diable : c'est délibérément qu'ils deviennent les serviteurs de l'iniquité. Tout homme peut en effet disposer dans l'Église du Sauveur de tous les moyens qui lui sont nécessaires pour se délivrer de tout péché et de toute iniquité, si seulement il veut bien croire dans le Sei-gneur Christ. Rendons-nous à l'évidence : Quiconque commet le péché est l'esclave du péché, et seul l'unique Sans-péché, le Seigneur Jésus Christ, peut délivrer et affranchir du péché, et de tout péché, fût-il le plus grand. Cette vérité au-dessus de toutes les vérités se fraie son chemin à travers toutes les générations de la race humaine, et personne ne pourra invoquer d'excuse au jour du Jugement Dernier pour s'être soumis à l'esclavage du péché et de l'iniquité ; c'est pourquoi le Seigneur très-bon pourra alors dire aux adeptes de l'iniquité : éloignez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité ! Jamais je ne vous ai connus. C'est bien l'iniquité en effet, c'est la soumission volontaire à l'esclavage de l'iniquité, qui fait de l'homme un athée, chassant de lui tout ce qui est divin, tout ce qui est fait à l'image de Dieu, tout ce qui est céleste et angélique, pour établir en lui la domination de tout ce qui est démoniaque, satanique, diabolique.

[…]

Mais ce n'est pas par la force que l’Antichrist pourra imposer aux hommes son iniquité, il ne pourra se manifester dans notre monde terrestre que lorsque les hommes, par leur amour de la volupté et du péché, se seront volontairement imprégnés de tout ce qui est sans-dieu, de tout ce qui est hors-la-loi, de l'hostilité à Dieu et au Christ. C'est à de tels hommes que s'adressera le 'hors-la-loi', l'Antichrist, et c'est à eux qu'il apparaîtra comme leur idéal, comme leur chef, comme leur tête, comme le chef suprême de tous les maux et de tous les péchés, de toutes les iniquités, de toutes les morts et de tous les diables de ce monde terrestre. L'Antichrist sera la personnification parfaite de l'iniquité telle qu'elle a été imaginée et réalisée par Satan, mais cette personnification ne vaudra que dans les limites de la race humaine et dans la sphère de la race humaine. Par son aspect comme par son être, l'Antichrist sera bien un homm ; mais par sa volonté, par son activité et par ses desseins, il sera tout entier un contre-homme, un non-homme, un ratage d'homme, une diable-homme.

L'Antichrist sera le diable-homme le plus parfait dans toute la race humaine. Sa force sera énorme, sa puissance désastreuse, son pouvoir presque irrésistible. Par le truchement de tous ceux qui l'adorent, de tous ceux qui le suivent, de tous ceux qui le représentent comme par tous ses esclaves, il ne claironnera qu'une seule chose : “la race humaine n'a aucun besoin du Dieu-homme, le Christ ! la race humaine n'a aucun besoin de l'Évangile du Christ ! À bas le ciel ! À bas Dieu ! L'homme n'est vraiment un homme que lorsqu'il se trouve sans le Christ et contre le Christ ! C'est l'homme qui est le seigneur souverain et le maître absolu de toute la terre et du ciel ! L'homme “rien que l'homme” ! sans rien de divin ni d'étranger ! Tout ce qui peut venir de Dieu n'est que du poison, de l'opium, de la drogue ! L'homme se suffit à soi-même ! il n'a besoin d'aucun autre monde que le monde terrestre, d'aucune autre vie que de la vie terrestre ! Homme, sois Dieu pour toi-même, car il n'y en a pas d'autre ! Dressé sur les tombes de dieux innombrables, tu es en vérité le seul vrai Dieu ! Sois fier d'être un homme, car c'est en cela que tu es Dieu : c'est lorsque tu te considères toi-même comme Dieu que tu es le plus grand ! Car c'est alors que tu montres et démontres que rien ni personne ne saurait être plus grand que toi, dans ce monde comme dans tous les mondes ! Homme, sois fier et heureux, car c'est toi l'unique Dieu de tous les mondes ! En attendant, érigez partout des monuments à Judas l'Iscariote, partout sur toute la terre et partout au ciel et dans les cieux au-dessus des cieux ! Des monuments à tous les Judas Iscariotes, à eux et seulement à eux !

Et alors que le diable-homme sera exalté par de tels panégyriques et par des triomphes assourdissants et cependant qu'il trompera l'homme, le Dieu-homme apparaîtra pour vaincre le diable-homme du souffle de sa bouche. Le souffle du Dieu-homme sera à lui-même plus fort que toutes les iniquités du 'hors-la-loi' et que le 'hors-la-loi' lui-même. C'est alors que l'on pourra constater clairement et de toute évidence que tout ce qui était les maux de l'Antichrist, toutes ses iniquités et toutes ses merveilles, tout cela ne représentait que comme une toile d'araignée en face de la force et de la vigueur du Dieu-homme, le Christ, et de tout homme qui s'appuie sur le Dieu-homme, de tout chrétien qui s'appuie par la foi sur le Dieu-homme et qui se tient dans le Dieu-homme, Alors on pourra clairement comprendre depuis quand appartient aux Saints de Dieu cette force toute-puissante pour leur vie sur la terre, cette force qui leur a été invisiblement donnée par le Dieu-homme. Alors on découvrira tous les mystères de la foi au Christ , et toute la puissance qui réside en elle : tous les mystères de l'amour du Christ, et toute la puissance qui s'y trouve ; tous les mystères de l'espérance en Christ, et toute la puissance qui s'y trouve, tous les mystères de la prière, du jeûne, de la patience, de la miséricorde, du repentir, de l'humilité et de toutes les autres vertus évangéliques et toute la puissance qui y réside ; tous les mystères du saint Mystère de la sainte Communion et toute la puissance qui y réside, tous les mystères des autres saints Mystères dans l'Église du Christ, et toute la puis-sance qui s'y trouve.

Quant à l'Antichrist, cet homme qui est le diable-homme, le Dieu-homme l'anéantira par la Lumière de son Avènement. Une Lumière qui tue ! chacun de ses rayons est un rayon de mort pour des milliers de morts à cause de l'iniquité et du 'hors-la-loi' ! La “Lumière du silence”, la “Lumière de la vie”, c'est le Dieu-homme, le Christ, notre Seigneur et notre Dieu, qui apparaîtra lors de son Deuxième Avènement comme un feu qui consume, qui dévorera tout ce qui est de l'Antichrist, ses actes, ses idées et toutes ses inventions. Et il accomplira les prophéties qui avaient été prédites pour la consolation des disciples du Christ : par l'épée de sa bouche, le Seigneur fera la guerre à l'Antichrist et à tous ses adorateurs, et il remportera la victoire sur eux. Car la parole de Dieu est vivante, plus forte et plus aiguisée que toute épée bien effilée des deux tranchants ; elle tue tout ce qui s'oppose à Dieu, tout ce qui est contre le Christ, tout ce qui est mal, tout ce qui est satanique. Rien ne peut tenir devant cette épée ; il n'est pas de bouclier, il n'est pas de cuirasse qui puisse en protéger. Ils périssent par le souffle de Dieu ; ils sont consumés par le vent de sa colère. Du souffle de ses lèvres, il fera périr le sans-Dieu, le sans-Dieu suprême, le plus parfait et le plus vénéneux, le plus puissant de la race humaine, c'est-à-dire l'Antichrist, car le Seigneur le tue par les paroles de sa bouche.

Dès l'apparition du visage du Seigneur, toute iniquité fond comme de la cire, chaque hors-la-loi comme tous les hors-la-loi  : c'est la fin de l'éternelle obsession, de la mort éternelle, du mourir éternellement dans les tourments de l'anti-dieu, de l'anti-christ. Car notre merveilleux Seigneur et Dieu Jésus Christ est tout entier présent dans son apparition, avec toutes ses puissances créatrices, devant lesquelles se dissipe et se disperse tout ce que les hommes ou les diables ont pu créer contre Dieu, sans Dieu, hors de Dieu.

C'est ainsi que l'Antichrist achèvera sa prétendue mission dans le monde humain. Christ et Antichrist, Dieu-homme et diable-homme, deux êtres opposés, deux personnalités affrontées, deux desseins contraires. À travers toute son activité dans le monde humain, depuis Adam jusqu'à l'Antichrist, le Diable ne visait bien qu'un seul dessein, il ne travaillait que dans un but unique : transformer l'homme en diable-homme, et le seul Ami de l'homme, le Dieu-homme Jésus Christ, n'a tout entier qu'un seul désir, qu'un tout-désir : transformer l'homme en un dieu-homme par la grâce, les hommes en des dieux-hommes par la grâce. À sa manière, c'est le Diable qui œuvre à travers tous les maux, à travers tous les péchés, à travers toutes les passions, Le Seigneur, Lui, travaille dans son Église par les saints Mystères et les saintes vertus. Il revient aux hom-mes d'opter volontairement soit pour l'un soit pour l'autre. La victoire ? Sans aucun doute elle sera du côté du Dieu-homme.

A l'occasion du moindre de ses péchés, c'est avec le Diable que l'homme collabore, car le Diable qui l'inventeur et le créateur du péché dans son essence. Mais en même temps, à travers chaque péché, le Diable collabore avec l'homme, car le Diable est tout entier fait de péché, il est tout entier dans le péché, et pour lui pécher n'est pas autre chose que de vivre : à travers tous les péchés il agit invisiblement. Par le péché, l'homme s'apparente au Diable ; d'où cette vérité du saint Évangile : Quiconque commet le péché est du Diable, car le Diable pèche dès le commencement. On le sait, le Diable ne possède ni la puissance ni le pouvoir d'imposer le péché à l'homme, c'est l'homme qui par sa libre volonté se détermine pour le péché et pour tous les innombrables maux que le péché porte en lui et qu'il amène avec lui-même. Lors de chaque péché de l'homme, le Diable travaille à ce que le péché le trompe et le séduise le plus possible par l'apparente volupté du péché. Chaque péché représente pour l'homme un éloignement de Dieu ; et le péché suprême, le tout-péché, consiste dans l'éloignement maximal de Dieu, dans un écartement total loin de Dieu, ce qui est bien le cas chez ce tout-pécheur absolu qu'est Satan, comme de ses anges noirs qui sont les démons.

[…]

N'en doutons pas, l'Antichrist sera très puissant, et son activité se déroulera en pleine puissance, non seulement humaine, mais aussi satanique, car Satan lui donnera sa puissance et son pouvoir. Or la puissance de Satan est énorme, au point d'étonner et d'égarer tous ceux qui n'ont pas la foi, tous ceux qui n'ont que peu de foi, tous ceux qui n'ont pas encore goûté de la puissance divine du Seigneur Christ. C'est de sa pleine puissance que Satan armera l'Antichrist, et c'est alors qu'il pourra accomplir de grands miracles et obtenir un feu descendu ciel sur la terre, devant les hommes. C'est selon l'énergie de Satan que l'Antichrist agira parmi les hommes en pleine puissance et par des signes et des miracles menteurs. Dans un seul dessein, dans un unique dessein qui ne sera que de tromper les hommes, de les duper, de les égarer, de les emmener derrière lui comme unique sauveur et messie de toute la race humaine, comme unique homme capable de prendre la place du Christ dans la race humaine, capable de supplanter le Christ et de le faire apparaître comme inutile, superflu, nuisible et funeste. L'activité si diverse de l'Antichrist ne se ramènera tout entière qu'à ceci seulement : remplacer le Christ par lui-même, pour réaliser ainsi le plus grandiose de tous les mensonges et des égarements afin de capturer les hommes par ce très funeste mensonge. Pourrait-il en effet y avoir chose plus funeste pour l'homme, pour les hommes, pour toute la race humaine, que de rejeter le Christ, Lui qui seul est capable de sauver la race humaine du péché, de la mort et du Diable ? C'est dans ce but, c'est à ce mensonge que travaille l'Antichrist, à pleine puissance satanique, par des signes et des prodiges menteurs. Tous ses prodiges ne sont en réalité que mirages et chimères, destinés à capturer les hommes amis du péché par le plus terrible et par le plus nuisible qui soit de tous les mensonges : prétendre que le Christ ne serait pas l'unique vrai Dieu, assurer qu'il ne serait pas l'unique vrai Sauveur de la race humaine.

Satan a mis à la disposition de l'Antichrist tout l'arsenal possible de la lutte contre notre Dieu et Seigneur le Christ. L'imposture appartient au premier chef à cette 'panoplie', et l'Antichrist, selon l'énergie de Satan, agira sur la terre en toute imposture, afin de leurrer même les élus, autant qu'il lui sera possible, c'est-à-dire tous ceux qui ont suivi le Christ avec la foi évangélique, qui vivent par Lui et à cause de Lui. C'est toujours par l'imposture que Satan a agi sur la terre : c'est par l'imposture qu'il avait égaré nos ancêtres au Paradis. Il agit par l'imposture, mais il est rare qu'il le fasse personnellement, directement et ouvertement, presque toujours il utilise des truchements : au paradis, c'était par le serpent ; à la fin de l'histoire humaine ce sera par l'intermédiaire de l'Antichris ; et en attendant, il agit par l'intermédiaire de tous ceux que l'Antichrist pourra compter comme précurseurs. Partout et en tout, ce ne sont qu'illusions et impostures, qui ne tendent qu'à un seul but : séparer les hommes de leur unique et véritable vrai Dieu et Sauveur, de notre Seigneur Jésus Christ, le Dieu-homme. Tromper les hommes au sujet de Dieu et du monde de Dieu, telle est bien la mission principale que s'est assigné Satan, le grand Illusionniste, le grand Imposteur. Dans la sainte Apocalypse ( = Révélation), il est dit de lui qu'il est celui qui égare tout l'univers. Il égare l'univers dans le but d'inviter les hommes à l'injustice suprême, qui est tout entière pleine de blasphèmes contre Dieu, contre notre seul et véritable vrai Dieu et Seigneur, Jésus. Rien ne saurait être pire que cette injustice sur la terre et dans toute la race humaine. Mais l'Antichrist, selon l'énergie de Satan, agit lui aussi par toute l'imposture de l'injustice. Car Satan lui-même, ce comble de l'injustice dans tous les mondes, propage son injustice dans notre monde humain, par toute imposture, et tout particulièrement il la propage par l'intermédiaire de ce comble de l'injustice sur la terre qu'est l'Antichrist.
Dernière modification par Jean-Louis Palierne le sam. 13 janv. 2007 16:35, modifié 2 fois.
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Rschatologie 2/3

Message par Jean-Louis Palierne » sam. 13 janv. 2007 16:25

Cependant toute cette activité trompeuse, illusoire et redoutable de l'Antichrist selon l'énergie de Satan ne connaîtra de succès que parmi ceux qui se perdent, parmi ceux qui se perdent dans l'infidélité, dans le manque de foi, dans la guerre contre Dieu, dans la guerre contre le Christ, dans l'amour du péché, dans l'amour de la volupté, dans le démonisme, dans le satanisme. Ils s'égarent dans une vie non-évangélique, alors qu'autour d'eux et devant eux, tout au long des siècles de l'histoire, les hommes ont eu d'innombrables témoins en faveur du Christ, le très-bon et très-miséricordieux Dieu et Sauveur de toute la race humaine, en faveur de la force salutaire de son Évangile, en faveur de la sainteté de ses disciples, de son activité miraculeuse et de leur activité miraculeuse, de son immense amour de l'homme qui pardonne tout, de sa compassion, de la merveilleuse sainteté, justice, miséricorde et compassion des Saints qui lui sont agréables. Ils se perdent délibérément en optant, non pas pour notre Seigneur et Sauveur le Christ, mais pour l'Antichrist : parce qu'ils n'ont pas accueilli l'amour de la vérité pour être sauvés, sauvés du péché, de la mort et du mal, de l'Antichrist. Ils n'ont pas reçu l'amour de la Vérité qui est le Christ, afin de vivre selon la Vérité = selon le Christ, pour la Vérité = pour le Christ, après s'être libérés du péché, de la mort et du Diable = du mensonge et du père du mensonge, après s'être emplis de toute la justice, de toute la bonté et de toute la miséricorde du Christ. Le Seigneur Christ est aussi l'Amour et la Vérité et il sauve les hommes par l'Amour et par la Vérité. Mais beaucoup ne l'ont pas reçu, parce qu'ils préfèrent l'ombre à la lumière. Ils préfèrent l'ombre à cause de leur amour du péché, à cause des désirs pervers de leur cœur. Seuls des hommes dont l'esprit a été détruit par les passions et le cœur par les voluptés, eux seuls peuvent rejeter l'unique et véritable vrai Dieu, le Christ. C'est pourquoi Dieu les a livrés à leur intellect corrompu, pour faire ce qu'il ne convient pas, et pour retenir la vérité dans l'injustice : c'est-à-dire pour pouvoir tenir un discours de mensonge et d'imposture au sujet du Christ, qui est l'unique Vérité. Pour peu qu'il soit normal, un intellect humain sain, un cœur humain sain reconnaît que le Seigneur Christ est incomparablement plus nécessaire et plus profitable à l'être humain que l'Antichrist. Mais beaucoup d'hommes tiendront pour l'Antichrist et ils y persisteront, et ils seront contre le Christ parce que leur cœur ami des voluptés et leur intellect ami des passions préféreront les voluptés pécheresses et les passions séductrices pour s'y perdre éternellement et pour mourir éternellement, satisfaisant ainsi par une amertume édulcorée les appétits dépravés de leur nature pécheresse. De tels hommes ne font qu'étendre le voile de leur incrédulité sur les yeux de leur intellect, afin de ne pas voir que c'est seulement dans le Seigneur Jésus Christ que le genre humain peut être sauvé du péché, de la mort et du Diable.

La liberté de l'homme est énorme, elle est immense lorsqu'il veut de son propre chef rejeter Dieu. Lui, créature de Dieu, rejeter Dieu ! C'est cependant bien en cela que réside la majesté divine de l'homme, mais là aussi se cache le danger satanique qui le guette : s'il place au-dessus de Dieu, son Créateur, celui qui est son assassin, il devient sataniquement misérable et abject. Ceci vaut encore plus pour l'homme qui vit après la venue du Dieu-homme en ce monde. Car dans le Dieu-homme il est montré et démontré avec la plus grande évidence, même pour la manière sensible de l'homme, et de la façon la plus convaincante même pour la conscience humaine et pour le cœur humain, qu'il est le Dieu unique et véritable, le Sauveur unique et véritable de la race humaine. Et qu'un homme, même après le Dieu-homme et même en face du Dieu-homme, puisse rejeter Dieu, voilà qui prouve combien en vérité sa liberté est immensément autonome et indépendante. Or c'est d'elle que dépend tout l'homme, avec toute sa vie et toute son éternité. Lorsqu'ils renoncent au Seigneur Christ, les hommes ne sauraient trouver d'excuse à ce péché fondamental, à ce tout-péché, car aucun Dieu, ni plus grand ni plus parfait, ne peut plus être donné à la race humaine, puisqu'il n'existe pas. C'est pourquoi le Seigneur Christ l'a déclaré très clairement et sans conteste pour la mémoire de toute la race humaine : Si je n'étais pas venu et si je ne leur avais pas parlé, ils n'auraient pas de péch ; mais maintenant ils n'ont pas d'excuse pour leur péché. Si je n'avais pas fait parmi eux des œuvres que nul autre n'a faites, ils n'auraient pas de péché ; mais maintenant ils m'ont vu et ils m'ont haï.

En ne recevant pas le Seigneur Christ, en le rejetant, lui ce Dieu unique et véritable, ce Sauveur unique et véritable, cette Vérité unique et véritable, cette Justice unique et véritable, cette Vie unique et véritable, cet Amour unique et véritable, cette Joie unique et véritable, les hommes rejettent en vérité Celui qui seul pourrait les sauver du péché, de la mort et du Diable, les sauver des tourments tant de ce monde-ci que de l'autre monde. Que reste-t-il alors à ces hommes ? Ils n'ont plus que le mensonge, la mort, le péché et l'enfer — et c'est d'ailleurs bien là leur option volontaire, leur choix délibéré. C'est pour tout cela que Dieu leur enverra la puissance de l'imposture ; et voici quel est le résultat de l'action de cette puissance, qui est toujours satanique : de tout leur cœur et de tout leur intellect ils croiront au mensonge, au mensonge de l'Antichrist au sujet du Christ. Or ce mensonge est le tout-mensonge, car tout ce qu'il pourra dire du Christ, comme du reste tous ses prédécesseurs, n'est que mensonge, qui tire son origine du père primordial du mensonge, celui qui ne peut plus ni dire ni faire la vérité, parce que de tout son être il a déchu de la Vérité, parce qu'il s'est tout entier transformé en mensonge. En rejetant le Dieu-homme, le Christ, sous l'influence, sous l'incitation de la puissance d'imposture, les hommes s'apprêtent à croire en l'Antichrist, qui va les conduire sur des chemins débouchant sur leur perte, sur leur chute, sur le royaume du mal, sur l'enfer. Et ce tout-mensonge de l'Antichrist au sujet du Christ, les hommes qui sombrent dans l'amour de soi-même et dans l'amour du péché le prennent pour la plus sûre des vérités et pour la plus réelle des réalité ; et c'est cela que le Seigneur Christ anéantira — du souffle de sa bouche ! Telle est l'impuissance réelle de leur puissance, de leur toute-puissance.

Lorsque les hommes refusent Dieu, consciemment et obstinément, lorsqu'ils refusent de le servir, Dieu, selon les désirs de leur cœur, les livre à un intellect pervers ; c'est alors qu'ils adhèrent au mensonge et que, dans leur intellect perverti ils justifient et défendent leur foi dans le mensonge, leur vie dans ce mensonge, pour se fabriquer toute une philosophie et toute une apologétique du mensonge. En cela, Dieu ne fait aucune violence à leur liberté, il ne leur impose pas le péché, la mort, le mal ou le Diable. Il ne fait qu'accéder aux désirs de leur cœur. En réalité, c'est bien là la plus horrible des déchéances pour l'homme : créé à l'image de Dieu, créé pour croire en la Vérité éternelle, Dieu, et pour en vivre, l'esprit humain se met à croire au péché et vit par lui, il le justifie, il en fait l'apologie, il en fait son royaume éternel, sa vérité. Or ce mensonge le livre toujours à l'étreinte du père du mensonge, une étreinte à laquelle il ne pourra jamais plus s'arracher. C'est seulement pour le Diable que le péché est chose naturelle, et quand il dit le mensonge, il le dit de son propre fonds, car il est menteur et père du mensonge. C'est bien là la chute, la déchéance satanique de l'intellect humain, qu'il puisse considérer le mensonge comme une vérité et qu'il en vive, qu'il pense par lui et qu'il le défende comme quelque chose qui lui appartiendrait, comme quelque chose qui lui serait naturel. C'est par orgueil que ces hommes errent dans leurs pensées et que leur cœur sans raison s'assombrit, et ils transforment la vérité de Dieu en mensonge. Par nature le mensonge ne provient jamais de la vérité , il vient toujours du père du mensonge, le Diable. Le Royaume du Christ, le Royaume de Dieu, est toujours le Royaume de l'éternelle Vérité, et après le Jugement Dernier, tous ceux qui aiment et font le mal resteront pour toujours au dehors.

Au Jugement, au Jugement Dernier du Christ, subsistera-t-il quelque chose du mensonge, du tout-mensonge de l'Antichrist et de ses adorateurs sur le Seigneur Christ ? Le mensonge au Jugement Dernier ? Comme c'est bien naturel, il sera lui aussi condamné, avec ceux qui s'y seront volontairement soumis et qui s'y sont associés. Pour leur vie sur la terre ils sont devant un choix : ou bien pour la Vérité du Christ, ou bien pour le mensonge de l'Antichrist. Or ils ont choisi le mensonge, avec toutes les injustices qu'il porte en soi, ces injustices diaboliques, qui s'opposent à Dieu, à la Justice du Christ. Et la Vérité du Christ ? Est-il une vérité semblable à cette vérité dans toute l'histoire de la race humaine, est-il une vérité dont le caractère divin, véridique et éternel soit attesté d'une manière aussi forte, aussi convaincante, aussi évidente ? Est-il une vérité humaine qui ait ainsi éclairé et illuminé tant d'hommes, qui les ait ainsi emplis de forces saintes et divines, à commencer par les saints Apôtres, puis au-delà dans toutes les générations de la race humaine jusqu'au Jugement Dernier ? En dehors de celle du Christ, il n’est pas dans toute la race humaine de vérité qui se soit ainsi montrée immortelle — au milieu de tant de morts, éternelle — au cours de tant d’époques, invincible — sur tant de champs de bataille. Seule dans toute l'histoire de la terre, la Vérité du Christ s'est montrée plus forte que tout péché, seule elle a su délivrer les hommes de tout péché, et c'est ainsi qu'elle a pu donner0 aux hommes la seule liberté qui soit véritable et éternelle. D'où cela peut-il venir ? Cela vient de ce que cette Vérité est le Dieu-homme, le Christ ressuscité, qui est à la fois la Vérité et la Vie, la Vérité éternelle et la Vie éternelle. Oui le Dieu-homme, c'est-à-dire l'Un de la sainte Trinité, en qui la Vérité divine se trouve tout entière. Elle est tout entière en Lui, tout entière dans le Père, tout entière dans le saint Esprit qui à cause d'elle est apparu au monde, devenant comme l'âme de son Église : oui, en tant qu'Esprit de Vérité, c'est Lui qui conduit les hommes vers le Dieu et homme de Vérité, le Christ ; oui, en tant qu'Esprit de Vérité, c'est Lui qui conduit les hommes vers toute vérité , c'est Lui qui se ramifie à partir de la toute-Vérité, le Christ, à travers les innombrables disciples du Christ dans sa sainte Église.

Mais si les hommes ne croient pas en une telle vérité, que méritent-ils ? que soient condamnés tous ceux qui n'auront pas cru à la vérité mais auront pris le parti de l'injustice. Car entre le Christ et l'Antichrist, ils ont choisi l'Antichrist ; entre la Vérité et le mensonge, ils ont choisi le mensong ; entre la Justice et l'injustice, ils ont opté pour l'injustice. Aimer l'injustice et la préférer à la Justice du Christ, à la Vérité du Christ, qu'est-ce que cela signifie ? Ce choix prouve et démontre que l'homme a livré et confié son cœur au mensonge, à l'injustice, à la non-vérité. Cela montre aussi que l'homme s'est apparenté au Diable, qu'il a fait sienne sa philosophie du monde, sa philosophie de l'homme, sa conception de Dieu et du Christ. Quant aux miracles, est-ce que ceux du Christ ne sont pas bien plus glorieux et plus réels et plus divins que ceux de l'Antichrist ? Quant à la puissance et à la force, la puissance et la force du Christ ne sont-elles pas une toute-puissance et une toute-force absolues comparées à la force et à la puissance de l'Antichrist ? Et s'agissant du bien, de l'amour et de la justice, est-ce que le bien du Christ, l'amour du Christ ou la justice du Christ ne sont pas pour toujours incomparablement plus profitables aux hommes que le soi-disant bien de l'Antichrist, le soi-disant amour de l'Antichrist ou la soi-disant justice de l'Antichrist ?

Et si devant tout cela des hommes croient encore au mensonge et non à la Vérité, s'ils préfèrent l'injustice à la Justice, s'ils rejettent le Seigneur Christ pour adopter l'Antichrist, alors c'est bien la preuve que chez ces hommes la nature humaine est totalement dépravée, de même que l'intellect humain, le cœur humain, la conscience humaine. Dépravée parce que diabolisée. Seul un intellect humain diabolisé peut préférer l'Antichrist et rejeter le Christ ; seul un cœur diabolisé peut aimer l'Antichrist et ne pas aimer le Christ ; seul un homme entêté dans son amour du péché et dans son amour de soi-même peut se transformer en un diable-homme volontaire ; seul un tel homme peut rejeter le Dieu-homme, le Christ pour servir le répugnant Antichrist, c'est-à-dire l'Anti-Dieu-homme, c'est-à-dire l'Anti-homme.

Le Second Avènement du Seigneur Jésus Christ

Lorsque le mal sera parvenu au comble de sa puissance et de son pouvoir en la personne et dans l'activité de l'Antichrist, le Seigneur Christ fera son apparition au milieu d'une gloire indescriptible et de toute la puissance de son Bien divino-humain. Ce sera l'événement le plus grandiose qui ait marqué l'histoire de la terre : ce sera la rencontre du Bien absolu divino-humain, en la personne de Jésus Christ avec le mal diabolo-humain absolu, personnifié dans l'Antichrist. Mais le Seigneur Christ sera alors tellement plus puissant que l'Antichrist qu'il n'y aura même pas de lutte ni même de bataille entre eux, car par son seul avènement le Seigneur renversera l'Antichrist et l'anéantira, tant lui que son mal, par l'éclat de sa venue. Ainsi s'achèvera ce long affrontement qui aura opposé tout au long de l'histoire le Bien divin au mal satanique, cette lutte poursuivie au travers des corps humains sur le champ de bataille de cet astre obscurci de Dieu, ainsi prendra fin l'ordre spatio-temporel qui règne actuellement sur la vie et sur la Création. C'est pourquoi la sainte Révélation nous désigne prophétiquement ce jour comme le 'jour de notre Seigneur Jésus Christ' , comme le 'jour du Christ' , ou le 'jour du Seigneur'

De même que le temps était venu à l'existence dans la lumière du premier jour de Dieu, de même il achèvera son existence dans la lumière du dernier jour de Dieu. Portant la Lumière comme un vêtement, le Seigneur Christ viendra avec tant de force et de gloire que les hommes n'auront jamais rien vu de tel, ils n'en auront jamais ouï dire et ce n'aurait jamais pu monter au cœur de l'homme. Ce sera la gloire, totale et parfaite, de la sainte Trinité, car ce sont les lèvres très-saintes du Sauveur qui l'ont annoncé : il viendra dans sa gloire, et celle de son Père, avec ses saints Anges. La gloire du Père est en effet en même temps la sienne. En tant que Fils unique de Dieu, il est en tout égal au Père, et tout ce que possède son Père des cieux, il le possède Lui aussi ; la gloire divine prééternelle est donc bien la sienne. Lors de son Premier Avènement, le très-humble Seigneur Jésus cachait cette gloire divine prééternelle sous le voile de cette chair qui dut subir toutes les souffrances de la Passion , mais lors de son Second Avènement il laissera cette gloire divine transparaître à travers son glorieux Corps. Lui qui est le Fils éternel, il est en effet devenu par son incarnation le Fils de l'homme, pour le rester à jamais. Voilà pourquoi lorsqu'il parle de son Second Avènement, le Seigneur Jésus évoque constamment le caractère divino-humain de sa Personne : Le Fils de l'homme viendra dans la gloire de son Père avec ses saints Anges. et vous verrez le Fils de l'homme venir dans sa gloire avec tous ses saints Anges, et il s'assiéra sur le trône de sa gloire. Puisque lors de ce Deuxième Avènement toute la puissance et l'éclat de sa Divinité seront révélés, ainsi que ceux de son exploit rédempteur, cet Avènement est également appelé dans la sainte Ecriture 'la Révélation' [l’Apocalypse] de notre Seigneur Jésus Christ, la Révélation de sa gloire.

Le signe avant-coureur immédiat du Second Avènement de notre Sauveur sera l'apparition de la Croix dans le ciel, comme symbole de notre salut, en signe de l'exploit que notre Sauveur a accompli en nous rachetant : Alors le signe du Fils de l'homme apparaîtra dans le ciel. Saint Jean Chrysostome nous l'enseigne en ces termes :
Alors le signe du Fils de l'homme apparaîtra dans le ciel, c'est-à-dire la Croix, qui est plus brillante que le soleil. Car il arrive que le soleil s'assombrisse ou se cache, mais la croix se manifeste ; on ne la verrait d'ailleurs pas si elle n'était beaucoup plus brillante que les rayons du soleil. Mais pour quelle raison ce signe paraîtra-t-il ? Ce sera pour couvrir de honte l'impudence des juifs. Car le Christ viendra à ce Jugement en portant sa justification suprême — c'est la Croix, — et en exhibant non seulement ses blessures, mais aussi sa mort honteuse.
Tous reconnaîtront alors dans la Croix le signe du Christ, et toutes les nations de la terre fondront en larmes  : les fidèles pleureront de joie et d'enthousiasme de voir leur espérance réalisée, les infidèles pleureront de tristesse et de désespoir parce qu'ils n'ont pas prêté foi à la Croix salutaire du Seigneur, mais qu'ils l'ont considérée comme un scandale et un non-sens. Et aussitôt après la Croix, c'est le Seigneur Jésus qui apparaîtra Lui-même, et tous contempleront le Fils de l'homme venant sur les nuages avec puissance et dans une grande gloire. Ils verront ce même Jésus historique, le Dieu incarné, le Dieu-homme, le Fils de l'homme, Celui dont les Anges disaient, au jour de son Ascension : Ce Jésus qui s'élève de parmi vous au ciel, reviendra de la même manière que vous l'avez vu s'en aller vers le ciel. Alors la réalité divino-humaine de la Personne du Sauveur deviendra évidente aux yeux de tous les hommes — même pour ceux qui sur terre l'avaient condamné à mort et crucifié. Et tous les habitants de la terre verront clairement que Dieu exalte Jésus, et qu'il Lui donne le Nom qui est au-dessus de tous les noms, et que devant Lui plie tout genou de ceux qui sont au ciel et sur la terre et sous la terre, et chaque langue proclamera que Jésus est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. Aucune langue ne saurait décrire la gloire divine qui sera celle du Sauveur lors de son Deuxième Avènement, ni celle des Anges ni celle des hommes. Toute la gloire du ciel, et celle des cieux au-dessus des cieux, apparaîtra alors sur la terre. Avec Lui viendront tous les saints Anges, car c'est le Seigneur Lui-même qui l'a promis : Le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, et tous ses Anges avec Lui. En serviteurs fidèles sans défaillance du Sauveur, les Anges l'accompagneront aussi lors de son Second Avènement, qui surviendra comme l'éclair, et sera donc visible de tous et de partout. Or qui donc pourrait escorter l'éclair, sinon les saints Anges ? C'est pourquoi le saint Apôtre enseigne : Le Seigneur Lui-même descendra du ciel, à un signal donné, à la voix d'un Archange, au coup de trompette de Dieu. Le Seigneur donnera le signal au premier des Archanges, l'archistratège Michel, ce gardien du peuple de Dieu, le signal de la résurrection des morts et du Jugement ; et celui-ci le transmettra au reste des armées célestes, qui le feront savoir au moyen des trompettes de Dieu à tous les êtres du ciel et de la terre, d'une extrémité des cieux à l'autre. Et tous, morts et vivants, iront à la rencontre du Seigneu ; et le Seigneur Lui-même, au dernier son de la trompette, descendra des cieux.

Cette vérité divinement révélée au sujet du Deuxième Avènement du Seigneur Christ constitue l'un des dogmes principaux de la foi orthodoxe du Christ, que l'Église a toujours fait figurer dans ses Symboles, et elle a pour toujours reconnu un caractère dogmatique au fait qu'elle est indispensable à notre salut en l'introduisant dans le Symbole œcuménique de la foi de Nicée-Constantinople qui enseigne au sujet du Seigneur ressuscité et monté au ciel que il viendra en gloire juger les vivants et les morts, et son règne ne connaîtra pas de fin.

Commentant cette vérité éternelle de la foi orthodoxe, les saints Pères disent que Nous ne confessons pas seulement un avènement du Christ, mais aussi un second, qui sera de loin beaucoup plus glorieux que le premier. Car lors du Premier, il a montré sa capacité de souffrir, mais lors du Second, il portera la couronne du Royaume des cieux. Lors de son Premier Avènement, il était couché dans une crèche, enveloppé de langes, mais lors du Second, il sera revêtu de lumière comme d'un manteau. Lors de son Premier Avènement, il a souffert la Croix sans se soucier de la honte, mais lors du Second, il viendra en gloire, escorté par les armées angéliques. C'est pourquoi nous n'en restons pas au Premier Avènement, mais nous attendons le Second […] Le Seigneur viendra non pour être jugé de nouveau, mais pour juger ceux qui l'avaient condamné. Lui qui se taisait alors qu'on le condamnait, il rappellera aux impies qui montraient leur insolence devant la Croix : vous faisiez cela et je me taisais  ! Alors le Sauveur venait pour l'économie de notre salut pour enseigner les hommes par ses leçons, Maintenant, qu'ils le veuillent ou non, ils seront obli-gés de se soumettre à sa royauté.


La Résurrection des morts

La Résurrection des morts se produira lors du Second Avènement du Sei-gneur Christ : Le retour de Celui qui a vaincu la mort et qui nous rendra la vie s'appellera 'la Résurrection des morts'. Le Sauveur Lui-même nous en a donné son témoignage en ces termes : Elle vient l'heure à laquelle tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de l'homme, et ils sortiront, ceux qui ont fait le bien, pour une résurrection de la vie, et ceux qui ont fait le mal, pour une résurrection de condamnation. La résurrection consistera en ceci que les corps de tous les hommes morts s'uniront de nouveau à leurs âmes pour de-venir spirituels et immortels. Voici ce que l'apôtre Paul nous enseigne à ce sujet : On est semé corps psychique, on se relève corps spirituel […] Il faut en effet que ce corps corruptible revête l'incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l'immortalité.
La résurrection est, sans aucun doute, une réunion de l'âme et du corps, et une restauration de l'être vivant corrompu et déchu. (saint Jean Damascène, De la Foi orthodoxe, IV, 27).
La résurrection des morts se trouve à la base de toute la doctrine chrétienne sur la vie éternelle et sur le sens de la vie humaine ; c'est sur elle que s'édifie l'existence éternelle de la personne humaine. C'est par la résurrection du Seigneur Christ, le Dieu-homme, que la nécessité de la résurrection des morts est devenue tout à fait naturelle et logique. En ressuscitant d'entre les morts, le Seigneur Christ a posé en effet dans la nature humaine le germe de la résurrection, le principe de la résurrection, devenant ainsi le Premier-né d'entre les morts [Prototokos ek ton nekron], que tous les morts suivront nécessairement au dernier jour.

Si le Nouveau Testament est nouveau, s'il est sans précédent, c'est sans aucun doute en raison de la résurrection du Christ, qui est bien un événement uni-que et inouï dans l'histoire du monde. Les résurrections de morts qui s'étaient produites dans l'Ancien Testament, ainsi que celles qui se sont produites dans le Nouveau , n'étaient pas des résurrections parfaites en ce sens que les personnes qui ont ainsi ressuscité devaient à nouveau mourir. Seul le Seigneur Christ ressuscité a été les prémices de la résurrection parfaite qui n'est plus soumise à la mort. La nouveauté exclusive et unique de la Personne divino-humaine du Sauveur consiste justement aussi en ce qu'elle est devenue immortelle et éternelle par sa résurrection d'entre les morts en tant que Personne divino-humaine. Il a ressuscité après avoir vaincu la mort par Lui-même pour toute la race humaine, et sa résurrection est immortelle ; elle ne connaît plus de terme dans la mort, car la mort n'a plus de prise sur Lui. C'est ainsi que le Sauveur a pu confirmer et étayer son enseignement sur la résurrection des morts par sa résurrection immortelle, éternelle. C'est un événement divino-humain, un vécu divino-humain, une réalité divino-humaine qui ressort de son enseignement sur la résurrection des morts, comme du reste de toutes ses paroles divines. Dans sa Personne divino-humaine, la vie éternelle se réalise totalement et parfaitement sur la terre, et c'est ainsi qu'il a pu nous donner le gage et la force qui nous sont nécessaires pour la vie éternelle et la résurrection de tout homme ; c'est pourquoi il est le seul parmi ceux qui sont nés sur la terre qui ait eu le droit et l'audace de dire de Lui-même : Je suis la Résurrection et la Vie. Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra. Régnant sur la vie et sur la mort en tant que Dieu, vivifiant les vivants et ressuscitant les morts, le Seigneur Christ pouvait dire à bon droit : L'heure vient, et c'est maintenant, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui auront entendu vivront. […] L'heure vient où ceux qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui ont fait le bien sortiront dans la résurrection pour la vie, et ceux qui ont fait le mal dans la résurrection de condamnation.

La Résurrection des morts fait partie des desseins éternels que Dieu nourrit sur l'homme et sur le monde. C'est ce que le Seigneur nous enseigne en ces termes : Telle est la volonté du Père qui m'a envoyé, que je ne perde rien de ce qu'il m'a donné, mais que je le ressuscite au dernier jour. Mais bien avant le Dernier Jour, déjà au cours de sa vie sur la terre, le Seigneur ressuscita Lazare, la fille de Jaïre et le fils de la veuve de Naïm, démontrant ainsi qu'il avait bien l'intention et le pouvoir de ressusciter les morts. Bien plus encore, le Seigneur nous révèle partiellement de quelle manière vivront les morts qui auront ressus-cité. Ils nous l'enseigne ainsi : Ceux qui auront été jugés dignes d'avoir part à ce monde-là et à la résurrection des morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mouri ; ils sont comme des anges, et ils sont fils de Dieu étant fils de la résurrection.

Par la force qu'elle tient de sa valeur éternelle et de son incontournable signification, la résurrection du Seigneur Christ est donc devenue le fondement sur lequel se fonde la vie de tous les chrétiens en général, comme de chaque chrétien en particulier. Le but de la vie humaine sur la terre est bien d'acquérir la vie éternelle en remportant la victoire sur la mort par un vécu dans le corps divino-humain de l'Église du Seigneur ressuscité avec l'aide des saints Mystères et des saintes vertus. La résurrection du Christ, et à cause d'elle et avec elle la résurrection de tous les hommes, est ce qui fait que l'Évangile est l'Évangile. De là vient que proclamer l'Évangile n'est pas autre chose que de proclamer la résurrection par une victoire remportée sur le péché et sur la mort. Sans la résurrection, l'Évangile n'aurait aucun titre à porter le nom d''Évangile', c'est-à-dire de 'Bonne Nouvelle', car la plus grande tristesse que nous puissions connaître en cette vie reste bien la mort qui se trouve dans l'âme et dans le corps de l'humanité, qui vient empoisonner et rendre inadmissible toute signification concevable de la vie et de l'existence humaine. Si l'Évangile du Christ n'était pas l'Évangile de la résurrection, si la foi en lui n'assurait pas aux hommes la résurrection des morts et la vie éternelle, alors il deviendrait inutile et sans aucune utilité et on devrait le rejeter comme une illusion. Car si le Christ n'a pas ressuscité, notre foi est vaine, notre vie est vaine, l'univers est vain, la conscience est vaine, l'intellect est vain, la raison est vaine, tous les mondes sont vains, absolument tout est vain, car dans ce cas il n'existe plus aucun moyen de surmonter le péché, et avec lui ce qui est le plus grand ennemi, le plus grand tourment pour l'homme et pour l'humanité — c'est-à-dire la mort. Sans la résurrection du Seigneur comme fondement de la morale, toute morale du Nouveau Testament s'avère impossible, la vie nouvelle en Christ et selon le Christ est inimaginable, et pas seulement inimaginable, mais dépourvue même de toute signification, car s'il n'y a pas de résurrection, il n'y a pas d'immortalité, il n'y a pas de vie éternelle ; dans ce cas la morale la plus naturelle et la plus logique est bien : “mangeons et buvons, car demain nous mourrons”. Cet enseignement de saint Jean Damascène est bien totalement véridique :
S'il n'y a pas de résurrection, en quoi différons-nous des animaux irrationnels ? S'il n'y a pas de résurrection, alors nous devons considérer que les animaux dans les champs sont heureux, car ils mènent une vie sans souci. S'il n'y a pas de résurrection, alors il n'y a pas de vie ni de providence
De tous les événements de l'histoire, la résurrection du Seigneur Christ est certainement celui qui a reçu les témoignages les plus évidents et les plus convaincants, et c'est par là même aussi le cas de la résurrection générale de tous les morts. Emplis de l'Esprit saint, les saints Apôtres fondent toute leur prédication au sujet de Jésus Christ sur sa résurrection ; ils la mettent en valeur comme preuve principale de sa Divinité et de la puissance rédemptrice de sa Croix. Ils enseignent avec intrépidité la résurrection de tous les hommes en Jésus Christ cependant que les juifs les jettent en prison parce qu'ils endoctrinaient le peuple et annonçaient en Jésus la résurrection des morts. Saül, ce redoutable ennemi du Christ, converti au christianisme par la vision du Christ ressuscité, fonde toute son intrépide prédication sur la résurrection du Christ. C'est à cause du Christ ressuscité qu'il supporte des tourments indicibles, qu'il traverse des épreuves surhumaines, pour parvenir, si possible, à la résurrection des morts.travers tous ses élans nostalgiques vers le Christ il se hâte vers Lui, ne plaçant qu'en cela le sens de la vie humaine tout entière. Pour lui, il serait impossible de justifier la vie humaine sans la résurrection des morts, de même que le christianisme serait impossible sans la résurrection du Christ. L'un conditionne l'autre. Si l'on proclame que le Christ s'est relevé d'entre les morts, comment certains parmi vous peuvent-ils dire qu'il n'y a pas de résurrection des morts ? S'il n'y a pas de résurrection des morts, Christ non plus ne s'est pas relevé. Et si Christ ne s'est pas relevé, vaine est notre proclamation, vaine aussi est votre foi. Et nous devenons même de faux témoins de Dieu, car nous témoignons contre Dieu qu'il a ressuscité le Christ, qu'il n'a pas ressuscité si les morts ne se relèvent pas. Car si les morts ne se relèvent pas, le Christ non plus ne se relève pas. Et si le Christ ne se relève pas, vaine alors est notre foi.

L'inéluctabilité de la résurrection des morts est bien la conséquence naturelle et logique de l'unité de la nature humaine dans la Personne du Dieu-homme ressuscité, de même que l'inéluctabilité de la mort est la conséquence naturelle et logique de l'unité de la race humaine en Adam : Christ a ressuscité d'entre les morts, prémices de ceux qui se sont endormis. Puisqu'en effet c'est par un homme que vient la mort, c'est aussi par un homme que vient la résur-rection des morts. De même que tous meurent en Adam, ainsi tous revivront en Christ. Par sa résurrection d'entre les morts et parce qu'il est le Dieu-homme, le Christ est devenu les prémices de la résurrection de l'ensemble de la nature humaine. Pour quelle raison ? Répétons-le : c'est parce qu'il est le Dieu-homme. En Lui, dans le Dieu-homme, la nature humaine s'est trouvée pour la première fois en union totale avec Dieu, avec l'Immortel, avec l'Eternel. Par Lui, la nature humaine est entrée en composition avec sa Personne divino-humaine, elle est devenue “le corps de Dieu”, le corps de Dieu le Verbe. C'est de cette manière qu'a pu être montrée à la nature humaine la véritable route qui la conduira à sa perfection, à sa toute-perfection, à son but ultime. Ce qui est donné à la nature humaine dans le Dieu-homme, le Christ, et ce qui lui est arrivé en Lui lui a été donné et lui est arrivé au bénéfice de la nature humaine tout entière. C'est pourquoi dans le Seigneur Christ, la nature humaine représente les prémices de la vie nouvelle, les prémices de l'immortalité, de la résurrection. Toute la nature humaine suivra — telle qu'elle est répandue dans tous les êtres humains, différenciée et individualisée dans chaque être humain particulier comme en une personne distincte. En chaque être humain, la nature humaine est liée de manière mystérieuse avec la nature humaine du Dieu-homme, le Christ, par la nature même qui le fait homme et humain, parce qu'il est un homme véritable, et qu'en Lui la nature humaine est bien réelle et véritable, humaine et totalement humaine — de même d'ailleurs que chaque homme est lié d'une manière mystérieuse et héréditaire par sa nature humaine avec celui qui fut le principe géniteur de toute la race humaine, de toute la nature humaine, c'est-à-dire avec Adam. Le fait que dans le Seigneur Christ la nature humaine soit unie indivisiblement à Dieu, donne à la nature humaine les forces divines de la résurrection, qui ne sauraient l'abandonner à la mort. Dans le Seigneur Christ, cette nature humaine est la nôtre, c'est la nature commune des hommes ; en elle il y a de chacun d'entre nous, selon la puissance qui fait l'humanité de notre nature. De même nous les hommes nous sommes tous ensemble en Adam selon la même puissance, et chacun de nous en particulier. C'est là la Loi selon laquelle la race humaine est et existe.

C'est la totalité de cette vérité que l'Apôtre nous enseigne sous l'inspiration divine lorsqu'il écrit : De même que tous meurent en Adam, ainsi tous revivront en Christ. Lors de la création du premier homme, Adam, la puissance du Verbe lui fut accordée, puissance créatrice et donatrice de vie. Cette puissance du Verbe est accordée de même à tout homme qui vient en ce monde, mais elle avait été réduite à l'impuissance, comme mise à mort, par l'amour du péché et sous le poids de la mort. En tant que Dieu-homme, le Seigneur Christ, Dieu le Verbe incarné, ressuscite d'entre les morts, et restitue sa puissance de résurrection à la puissance du Christ qui reste présente en chaque homme sous une mort apparente, afin que cet homme puisse s'affranchir de la mort afin d'entrer dans la résurrection. C'est cela le levain de la résurrection qui devra faire fermenter toute la pâte de la nature humaine, dont nous sommes tous pétris. Le Dieu-homme ne vient pas rajouter quelque chose à la race humaine lorsqu'il la rend capable de la résurrection générale des morts, car le premier homme, Adam, était le porteur et la source d'une nature humaine qui comportait, lors de sa création, la puissance du Verbe comme élément constituant, comme noyau et dans ce noyau verbéique se trouvait aussi l'immortalité. Par sa résurrection, le Dieu-homme, le Christ, rend au noyau apparemment mort de l'immortalité sa puissance créatrice et donatrice de vie, le conduisant ainsi sur la voie de la résurrection générale qui mène à l'immortalité générale. Incarné tout entier en l'homme, Dieu le Verbe donne à cette immortalité la puissance et la perfection dont elle avait besoin. La résurrection du Dieu-homme, le Christ, d'entre les morts, assure à la nature humaine l'immortalité générale, en tant que créature de Dieu. C'est pourquoi il ressuscitera tous les hommes au dernier jour, tant les bons que les mauvais.

Bien qu'ils soient spirituels et immortels, les corps ressuscités ne perdront pas l'essence qui était la leur, c'est-à-dire ce qui fait que ce sont bien des corps, car la résurrection ne se fait pas par la création d'une nouvelle chair, mais par la revitalisation et par la transfiguration de l'ancienne. Dans sa toute-puissance, Dieu ressuscitera les corps décomposés et corrompus car Lui qui, au commencement, avait créé la chair de la terre, peut renouveler et revitaliser ce même corps, bien qu'il soit décomposé et corrompu dans la terre. Quelque chose de semblable se produit d'ailleurs dans la nature : le grain que l'on sème et qui tombe dans la terre, se met à germer, monte en épi et porte fruit.

La grande différence qui existe entre les corps d'aujourd'hui et les corps ressuscités futurs et leurs propriétés, consiste principalement en ceci que les corps ressuscités seront immortels et spirituels, et qu'ils agiront d'une manière spirituelle. Leur immortalité consistera en ce qu'ils ne pourront plus mouri ; et leur spiritualité en ce qu'ils vivront comme des Anges. L'identité et la différence qui existent entre les corps d'aujourd'hui et ceux qui ressusciteront ressemblent à l'identité et à la différence qui existe entre le grain que l'on sème et la plante qui germe ; l'identité de l'être, l'identité génétique subsiste certes, mais en accusant une énorme différence.
La vie d'aujourd'hui est comme la semence de la vie future, dit saint Grégoire de Nysse. Mais ce qui nous attend est très différent de ce qui existe aujourd'hui, aussi différent que la plante diffère du grain dont elle pro-cède. La vie d'aujourd'hui est semblable au grain ; la vie qui nous attend apparaîtra comme la beauté de la plante.
En réalité, l'essence même du corps en tant que matière, en tant que réalité tangible, est tout aussi limitée par sa mystérieuse impénétrabilité, que l'essence même de l'âme en tant qu'être spirituel. Tant l'essence de l'âme que l'essence du corps, dans leur mystère ultime, échappent à la raison humaine et restent inaccessibles pour la faculté de connaissance humaine. Leur être prend racine dans le monde des mystères inaccessibles de Dieu qui vivent au-dessus de toute connaissance humaine.

Afin de bien marquer que les corps ressuscités sont substantiellement identiques à ceux d'aujourd'hui, on emploie le terme 'anastasis', qui signifie 'relèvement', c'est-à-dire relèvement de celui qui est couché, tombé, endormi, et non pas 'érection' de quelqu'un qui serait entièrement nouveau. Si les corps ressuscités étaient quelque chose d'entièrement nouveau, ce serait non pas une résurrection, mais une nouvelle création, et les corps ressuscités n'auraient rien de commun avec ceux qui sont morts. Dans ce cas, la continuité de la personne serait interrompue, et toute la vie sur terre de l'homme dans la chair perdrait tout son sens. La résurrection ne consiste pas dans la création de quelque chose de nouveau, mais dans le renouvellement de quelque chose qui a existé. Selon les paroles de saint Grégoire de Nysse, la résurrection n'est rien d'autre en effet qu'une restauration de l'ancien c'est-à-dire de ce qui a été. Le Sauveur Lui-même a ressuscité dans le même corps dans lequel il avait vécu sur la terre, dans lequel il avait souffert, dans lequel il avait été crucifié, percé de la lance et enseveli. Après sa résurrection, il s'est particulièrement soucié de convaincre ses disciples que son corps ressuscité est bien ce même corps que celui qu'il avait avant d'avoir été crucifié et enseveli. Et avant sa résurrection, proclamant son Évangile, le Seigneur Jésus a clairement enseigné qu'au dernier jour il ressuscitera justement les corps morts des hommes dans lesquels les hommes avaient vécu sur terre comme partie constituante de leurs personnes : Elle vient, l'heure où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de Dieu et ils en sortiront. Dans l'enseignement qu'il donne au sujet de la résurrection des morts, l'apôtre Paul met particulièrement en évidence que c'est ce corps mortel qui revêt l'immortalité, et que c'est ce corps corruptible qui revêt l'incorruptibilité. Il en voit le gage dans la résurrection du Seigneur Christ : c'est Celui qui a relevé le Christ d'entre les morts qui rendra aussi la vie à nos corps mortels.

Scrutant le mystère de la résurrection, saint Ephrem le Syrien enseigne que lorsque se produira la résurrection des morts,
La terre présentera le corps humain tel qu'elle l'aura reçu, même s'il a été déchiqueté par les bêtes, mangé par les oiseaux ou avalé par des poissons. Il n'y manquera pas un cheveu de l'homme. Il sera commandé à la poussière de la terre d'isoler la poussière des morts, en sorte qu'il ne reste pas un petit morceau qui n'apparaisse devant le Juge. Celui qui a été englouti par la mer, celui que les bêtes sauvages auront dévoré, celui que les oiseaux auront béqueté, se relèvera et réapparaîtra […]. Ceux que l'on ne voit pas ici, on les verra ailleurs, et la mère reconnaîtra son fils et le fils reconnaîtra sa mère […]. Après s'être relevés incorruptibles, tous recevront un corps à l'image de leurs propres actes. Le corps du juste brillera sept fois plus que le soleil, cependant que les corps des méchants seront sombres et pleins de la puanteur du mal ; et le corps de chacun montrera ses actes, car chacun de nous porte ses actes dans son propre corps.
Pour résumer l'enseignement divino-humain sur la nature des corps ressus-cités, saint Jean Damascène enseigne que :
le même corps qui s'était décomposé et corrompu ressuscitera recomposé, car Celui qui au commencement l'a formé de la poussière de la terre, pourra le ressusciter puisqu'il s'était décomposé, sur la décision du Créateur, pour retourner à la terre d'où il avait été tiré. Semé corps charnel, c'est-à-dire grossier et mortel, il se relève corps spirituel, c'est-à-dire tel que l'était le corps du Seigneur après sa résurrection : il passe à travers les portes fermées, il ignore la fatigue, il n'a pas besoin de se nourrir, de boire ni de dormir […]. Nous ressusciterons : nos âmes s'uniront de nouveau à nos corps qui se seront recomposés en se défaisant de la décomposition, et nous irons nous présenter avec crainte devant le tribunal du Christ.
La spiritualité des corps ressuscités sera semblable à la spiritualité du corps ressuscité du Sauveur, qui a fait la preuve corporelle qu'il pouvait passer à travers les portes fermées, car le Seigneur, selon les mots du saint Apôtre, transfigurera notre corps de misère en le conformant à son corps de gloire. Contemplant, depuis le zénith de l'Apocalypse, le Second Avènement du Seigneur Christ et la Résurrection des morts, l'Aigle visionnaire de la théologie nous écrit que : nous savons que lorsqu'il apparaîtra, nous serons semblables à Lui, Car de même que nous portons l'aspect du terrestre, nous porterons aussi l'aspect du céleste. Conservant la substance de leur matière, les corps ressuscités brilleront sous l'effet de la grâce, d'une lumière divine, selon ces mots du Seigneur Christ : Alors les justes resplendiront comme le soleil, dans le Royaume de leur Père. Cette lumière et cette gloire divine ne seront pas uniformes pour les corps ressuscités de tous les justes, elles seront proportionnées au degré de sainteté des justes eux-mêmes, selon ces mots du saint Apôtre : Autre est l'éclat du soleil, autre est l'éclat de la lune, autre l'éclat des étoiles. Une étoile diffère même en éclat d'une étoile. Ainsi en sera-t-il de la résurrection des morts.

En ce qui concerne cependant la nature et les propriétés des corps ressuscités des pécheurs, la sainte Révélation nous montre qu'eux aussi seront des corps spirituels et immortels. Le saint Apôtre apporte son témoignage : En un instant, en un clin d'œil, au dernier coup de la trompette, les morts se relèveront incorruptibles. N'en doutons cependant pas : la nature et les propriétés des corps ressuscités des pécheurs seront conformes au caractère de leurs tourments éter-nels. Saint Ephrem le Syrien l'enseigne dans sa divine sagesse :

Tous recevront un corps conforme à leurs actes. Le corps des justes brillera sept fois plus que le soleil, et les corps des pécheurs seront sombres et remplis de puanteu ; et le corps de chacun montrera ses œuvres, car chacun de nous porte ses œuvres dans son propre corps.


Sur ce point, saint Cyrille de Jérusalem donne l'enseignement suivant :

Nous ressusciterons, possédant tous des corps éternels, mais ils ne seront pas tous semblables. Celui qui est juste recevra un corps céleste, afin de pouvoir dignement communiquer avec les Anges ; mais celui qui est pécheur recevra un corps éternel qui sera capable de subir les tourments éternellement en brûlant dans le feu qui jamais ne se consume.
Jean-Louis Palierne
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Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » sam. 13 janv. 2007 16:31

La Transfiguration de la nature

Le dernier jour de l'humanité sera simultanément le dernier jour pour toute la natur ; l'achèvement du temps sera au même instant l'achèvement de l'espace, tout au moins dans la catégorie où il nous apparaît maintenant. Puisque depuis le début de son existence, le destin de la nature visible se trouve placé sous l'influence de l'homme, elle trouve son achèvement dans l'achèvement même de l'histoire humaine en ce monde. En raison des liens mystérieusement organiques que la nature entretient avec l'homme en tant que créature que Dieu a faite à son image, elle est par la substance de sa vie dépendante de l'homme, et se tient toujours dans un juste rapport avec l'homme. Lorsque l'homme a choisi dans l'histoire le chemin du péché et de la mort, c'est toute la nature qui y a été engagée, en raison de l'incontournable dépendance intérieure qui la lie à l'homme. La chute de l'homme a été en même temps la chute de la nature : la malédiction qui pèse sur l'homme est devenue une malédiction pour la nature. Et depuis lors l'homme et la nature sont comme deux jumeaux inséparables, aveuglés par la même obscurité, condamnés à la même mort, chargés de la même malédiction, allant main dans la main à travers l'histoire, dans les gouffres sans issue du mal et du péché ; ensemble ils se heurtent, ils tombent, se redressent, se hâtant toujours vers le terme lointain de leur triste histoire.

Puisque la mort et le péché doivent disparaître au dernier jour avec l'avènement du Seigneur Christ, c'est toute la nature qui sera libérée de l'esclavage du péché et de la mort, pour se transfigurer et briller de toute sa beauté primitive, celle d'avant la chute, sans le péché et sans la mort. La résurrection des morts sera la fin de la mort, non seulement pour les hommes, mais aussi pour la nature visible, qui n'est soumise à la mort et à la décomposition que par la volonté et l'amour du péché de son tyran, c'est-à-dire de l'homme. Le péché et le mal, la maladie et la mort, ne sont que des alluvions fétides laissés par l'homme qui en a recouvert et sali le visage sans péché de la nature. Mais le Seigneur Jésus viendra tout laver par la Lumière de son avènement sur le beau visage de la nature bâtie et tissée par Dieu, et elle pourra alors retrouver son éclat, car elle est bonne et sans péché, et indiciblement belle. Lorsqu'il restaurera l'homme dans son état primitif, le Seigneur restaurera aussi la nature dans son état antique, sans péché. Alors ce ne seront pas seulement les hommes nostalgiques du Christ qui “retrouveront leur antique beauté”, mais aussi toute la nature, puisque par l'action de la grâce de Dieu elle rejettera d'elle-même et se débarrassera de tous les péchés, de tout mal, comme de toutes les conséquences du mal et du péché, et avec eux de la mort même. Alors se lèveront un nouveau ciel et une nouvelle terre, où doit habiter la justice.

Saint Cyrille de Jérusalem nous enseigne que notre Seigneur Jésus Christ viendra du ciel lors de l'accomplissement du monde au saint et dernier jour.
Car l'accomplissement de ce monde se produira et ce monde créé sera renouvelé. Puisque ce monde est plein de péché, ce sera afin qu'il ne reste pas à jamais empli de transgression, et il apparaîtra plus beau. N'allons pas regretter de mourir : les étoiles aussi ne cesseront pas d'exister, elles apparaîtront à nouveau. Le Seigneur enroulera les cieux, mais ce ne sera pas pour les supprimer, ce sera pour qu'ils apparaissent à nouveau avec un meilleur aspect. De même que nous attendons la résurrection des hommes morts, nous attendons aussi une sorte de résurrection du ciel.
Saint Ambroise écrit que le monde ressuscitera en Christ ;
le ciel aussi ressuscitera en Lui ; la terre aussi ressuscitera en Lui. Et le bienheureux Augustin : ce monde passera, non point au sens d'un complet anéantissement, mais dans le sens d'un changement de la créatio ; c'est pourquoi l'Apôtre écrit : La figure de ce monde passe. L'aspect de ce monde sera anéanti, non la nature.
[…]

La fin du monde sera accompagnée de terribles chocs, de tremblements de terre, de convulsions de la nature, car le mal s'acharnera à lutter afin de demeu-rer sur elle et en elle. Venus de tous côtés, les malheurs s'amoncelleront ; la mort lancera de furieux assauts contre tout ce qui vit ; le mal tentera de rejouer sa farce dérisoire au cœur de la nature, mais toute la nature s'agitera et se soulèvera : le soleil s'obscurcira, la lune perdra de son éclat, les étoiles tomberont du ciel, les puissances célestes se mettront en mouvement, la mer s'agitera, le ciel se retirera comme un livre qu'on enroule et les hommes mourront de crainte dans l'attente de Celui qui vient sur la terre. Mais tout cela ne sera que le signe que le mal et la mort sont sur le point d'expirer, que le blé de la terre a mûri et que le temps de la moisson est venu. et que survient la transfiguration de la nature par son affranchissement du mal, du péché et de la mort, grâce à la venue du Seigneur qui ignore la mort et le péché et par l'instauration du Royaume de Dieu dans toute la nature : Voyez le figuier et tous les arbres. Dès qu'ils bourgeonnent, en les regardant, vous comprenez de vous-mêmes que désormais l'été est proche. Ainsi de vous : lorsque vous verrez cela arriver, comprenez que le Royaume de Dieu est proche.

Scrutant le mystère de la transfiguration de la nature tout entière, tel que l'opérera l'avènement du Seigneur Christ, le saint apôtre Pierre délivre l'enseignement que voici : Les cieux et la terre de maintenant sont gardés pour le jour du Jugement et la perte des impies […] Le jour du Seigneur arrivera comme un voleur dans la nuit, ce jour où les cieux passeront en un sifflement, les éléments embrasés se dissoudront, et où la terre se consumera avec les œuvres qui sont sur elle […] les cieux enflammés se consumeront et les éléments embrasés se dissoudront. — De cet embrasement cosmique dans lequel tous les maux se consumeront, procéderont un ciel nouveau et une nouvelle terre où la justice demeurera , ce qui veut dire qu'il n'y aura plus d'injustice dans ce ciel nouveau et sur cette terre nouvelle, ni mal, ni péché, ni maladie, ni mort, car tout cela aura été consumé par le feu, et que l'être de la nature, telle qu'elle a été créée par Dieu, retrempé par le feu de la divinité, resplendira d'une beauté nouvelle et indicible. Que cette catastrophe cosmique doive bien s'achever par une transfiguration et non par un anéantissement du monde, c'est ce que montre aussi la comparaison que fait le saint Apôtre entre la fin du monde et le Déluge. Le Déluge en effet n'avait pas anéanti le monde, il l'avait seulement lavé de la pourriture du péché et du mal, afin de le renouveler.

[…]

Cette vérité divino-humaine sur la transfiguration de la nature vit en permanence dans le corps divino-humain de l'Église orthodoxe du Christ, et il y vivra toujours. Elle est toujours nouvelle, car elle est éternelle, et l'éternité ne vieillit pas. C'est ce que nous enseigne saint Irénée : puisque les hommes sont réellement des hommes, le lieu de leur résidence doit être également réel, ne pas être annihilé, mais progresser dans son existence, car l'être et la substance de la Création ne sont pas anéantis, puisque Celui qui les avait faits est bien réel et véritable ; mais la figure de ce monde passe, c'est-à-dire ce en quoi la transgression a été commise, car c'est en lui que l'homme a vieilli. Cependant lorsque la figure de ce monde aura passé, l'homme sera renouvelé et il se relèvera pour l'incorruptibilité pour ne plus jamais vieillir, et c'est alors qu'apparaîtront un ciel nouveau et une nouvelle terre, sur lesquels un homme nouveau viendra demeurer.

Pour commenter l'enseignement du saint apôtre Paul sur la dépendance dans laquelle la nature se trouve à l'égard de l'homme, saint Jean Chrysostome cite les paroles suivantes de l'Apôtre : la Création, elle aussi, sera délivrée de l'esclavage de la corruption et poursuit en posant cette question : que signifient les mots 'elle aussi' ? Ils signifient que non seulement ces hommes-ci, mais aussi tout ce qui est bien au-dessous de toi, ce qui est dépourvu de raison et de perception, tout cela prendra part avec toi à la béatitude. La Création sera affranchie de l'esclavage de la décomposition, elle cessera d'être corruptible, pour se faire conforme à la beauté du corps humain. De même en effet que la Création est devenue corruptible lorsque le corps humain est devenu corruptible, de même, lorsque celui-ci sera devenu incorruptible, la Création le deviendra elle aussi et deviendra conforme au corps.

Saint Épiphane enseigne que dès avant la fin du monde, toute la Création sera assujettie à une sorte de mort aggravée. Mais ce sera seulement afin qu'elle puisse être renouvelée, ce sera seulement pour pouvoir servir à jamais, en commun avec les fils de Dieu, non plus la corruption et le péché, mais la justice. Lors de cet embrasement ultime, le ciel et la terre ne retourneront pas au chaos primitif, pas plus qu'ils ne seront complètement anéantis, ils se renouvelleront seulement, et par conséquent la terre continuera d'être habitable, mais elle offrira un habitat beaucoup plus parfait — le plus parfait qui soit pour tous ceux qui l'habitent.

C'est cet enseignement divinement révélé sur la transfiguration de la nature que l'Église a scellé dans le décret 11 du Vème Concile œcuménique. Ce décret déclare que si quelqu'un professe que le Jugement dernier signifie l'anéantissement complet de toute chair et que la fin du monde sera une nature immatérielle, — et que dans le siècle futur il n'y aura plus rien de matériel, mais seulement l'esprit nu, — qu'il soit voué à l'anathème.

En ce qui concerne ces hommes que le Second Avènement du Seigneur Christ surprendra vivants sur la terre, leurs corps se transformeront en un clin d'œil en des corps spirituels et immortels. Voici ce que le saint apôtre Paul nous enseigne à ce sujet : Oui, je vais vous dire un mystère : nous ne nous endormirons pas tous, mais nous serons tous changés. D'un seul coup, en un clin d'œil, au dernier coup de trompette ; car elle sonnera, la trompette, et les morts seront relevés incorruptibles, et nous, nous serons changés. C'est tout le mystère de l'être humain qui nous est ainsi révélé : chaque être humain chemine à travers la mort vers la résurrection des morts. Or depuis le Seigneur Christ, la mort n'est plus qu'une dormition de la chair, un endormissement de la chair, et la résurrection commune des morts éveillera nos corps morts de la mort comme d'un sommeil. Nous ne nous endormirons pas tous, c'est-à-dire que nous ne mourrons pas tous, car la résurrection commune des morts surprendra de nombreux hommes vivants sur la terre. Qu'en arrivera-t-il donc d'eux ? Tous seront changés, c'est-à-dire que leurs corps aussi acquerront les propriétés des corps spirituels, les mêmes que posséderont aussi les corps de ceux qui ressusciteront des morts. C'est ainsi que tous les hommes seront placés sur un pied d'égalité : Tous recevront bien un corps spirituel, puisque les corps charnels se transformeront en corps spirituels. Et cette transfiguration, cette transformation de la chair s'accomplira d'un seul coup, en un clin d'œil, au dernier coup de trompette. Comment ? Par la puissance du Seigneur Christ ressuscité, car c'est Lui qui fera sortir d'entre les morts, par sa toute-puissante force divine, les corps de tous les défunts et les morts se relèveront incorruptibles : ce qui est mort — c'est la chair, — se relèvera incorruptible. C'est-à-dire que ce qui constitue la substance de la chair se relèvera incorruptible, ce qui fait que mon corps est à moi, que ton corps est à toi, que son corps est à lui et que ce qui est à tous est à tous. Ce seront certes des corps spirituels, mais ce seront les mêmes corps que ceux qui auront été morts, et qui maintenant viennent de ressusciter. De même chez ceux qui lors de la résurrection commune des morts seront surpris en vie sur la terre, leurs corps resteront les mêmes, mais ils se transformeront seulement de charnels en spirituels. Tout cela se déroulera de telle manière que Pierre restera Pierre dans son propre corps, et que de même Paul restera Paul dans son propre corps, cependant que Marco restera Marco dans son propre corps.

Les morts se relèveront incorruptibles : leurs corps deviendront incorruptibles ; en eux plus rien ne sera soumis à la mort, et c'est pourquoi l'incorruptibilité devient la caractéristique immortelle du corps humain. Les puissances de résurrection du Dieu-homme ressuscité jailliront à travers tout le corps humain comme une puissance d'immortalisation. La résurrection commune consiste en ceci que ce qui est mortel, non seulement revivra, mais deviendra même immortel, c'est-à-dire ne pourra plus jamais mourir. Ce sera l'événement le plus significatif pour le corps de l'homme, qui en ce monde terrestre s'est fait à la mort, à cause du péché, comme à quelque chose de naturel et de logique. Lors du Jugement Dernier, le corps humain entrera dans une vie à laquelle il n'est pas de terme. Bien qu'il soit corruptible en ce monde, il deviendra incorruptible sans cependant cesser d'être corps, car il conservera toutes les particularités substantielles qui font de lui un corps. Lors de la résurrection commune, Dieu conservera dans le corps ce qui fait que le corps est substantiellement un corps, tout en le revêtant d'immortalité. Il faut en effet que cet être corruptible revête l'incorruptibilité, que cet être mortel revête l'immortalité.

Cet enseignement divino-humain nous montre que lors de la résurrection commune nous verrons les corps ressuscités de ceux qui sont morts, devenus mortels à cause du péché. Ce ne seront pas des corps totalement nouveaux, ce seront bien nos corps terrestres, ils auront simplement été transfigurés par la toute-vivifiante puissance du Dieu-homme ressuscité en des corps spirituels : le corruptible aura revêtu l'incorruptible, le corps soumis à décomposition sera devenu exempt de toute décomposition. C'est ainsi qu'interviendra une transformation inouïe, quelque chose que nous qui sommes sur la terre nous ne faisons qu'entrevoir dans les saintes reliques des Saints. Dès ici-bas sur terre les Saints revêtent ce qui est corruptible, c'est-à-dire ce corps-ci, d'incorruptibilité. C'est ainsi que dès maintenant, ici-bas sur la terre, ils nous portent témoignage de cette Bonne Nouvelle fondamentale que le Dieu-homme nous apporte au sujet du corps : qu'il est lui aussi destiné à l'incorruptibilité, à l'immortalité, au Seigneur. Voici en quoi se trouve se trouve tout le mystère du corps, et avec lui tout le mystère de la matière en général : ce qui est mortel doit revêtir l'immortalité. Voici ce que le Seigneur ressuscité offre à la nature humaine, dont il est le Premier-né d'entre les morts, en tant que le premier homme qui ait ressuscité pour ne plus jamais mourir.

Lors donc que cet être corruptible aura revêtu l'incorruptibilité et que cet être mortel aura revêtu l'immortalité, alors adviendra la parole qui se trouve écrite : La mort a été engloutie dans la victoire. Où est, ô mort, ta victoire ? Où est, ô mort, ton aiguillon ? La prophétie du saint prophète Osée s'est accomplie : la victoire a englouti la mort. Quelle victoire ? La résurrection du Christ. C'est là l'unique victoire qui ait pu vaincre cet invincible vainqueur qu'est la mort. Certes, jusqu'à la résurrection du Christ, rien d'humain n'avait pu dépouiller la mort, tout être humain se trouvait sous son implacable loi. Tout homme, eût-il été vainqueur sur tous les champs de bataille, ceux de la guerre, de la science, de la philosophie, de la religion, de l'art, de la culture, tout homme est finalement vaincu par cet invincible vainqueur qu'est la mort. En réalité, la résurrection du Christ est la seule victoire réelle qui ait jamais pu être remportée sur notre planète. Toutes les autres victoires humaines, au sens strict, ne méritent pas cette qualification. La mort qui tout dévore a vécu sa propre mort, sa déroute, sa chute : elle a été engloutie par la puissance de la résurrection du Christ. Evidemment, toute l'histoire de la race humaine peut en témoigner : aucune victoire ne peut soutenir la comparaison avec celle qui a été remportée sur la mort, et il n'y a pas de vainqueur comparable à Celui qui a remporté la victoire sur la mort — le Dieu-homme, le Christ, en vérité l'unique Sauveur de la race humaine tout entière.

Où est, ô mort, ton aiguillon ? — Un aiguillon qui va piquer tout être humain pour lui inoculer un venin auquel il n'est nul remède. Quel homme a jamais pu se défendre contre cet animal venimeux qui vient sans hésitation inoculer le poison de la mort par toute sa nature humaine ? Aucun. Mais qu'est donc cet aiguillon de la mort ? C'est le péché. Dès que le venin du péché eut contaminé l'âme d'Adam et d'Eve, aussitôt le poison de la mort découla dans toute la nature humaine - et il n'existe pas d'antidote à ce poison, ni pour l'homme, ni pour la nature humaine. Et il en a bien été ainsi continuellement depuis Adam jusqu'au Dieu-homme, le Christ. À partir du Dieu-homme, le Christ, se produit un renversement total ; par sa résurrection divino-humaine il a émoussé l'aiguillon de la mort. — c'est le péché. La mort a elle aussi été mise à mort. Voici donc quel sera le cadeau que le Christ offrira à toute la race humaine lors de la résurrection commune : ce qui est mortel revêtira l'immortalité. Ce qui n'était pour le saint prophète qu'une prophétie devient une réalité pour nous — et c'est une réalité fondamentale. Oui, cette réalité se trouve bien à la base de toute la réalité du christianisme ; oui, et c'est également le fondement de l'être humain : dépourvu de toute victoire sur la mort avant la résurrection du Christ, l'être humain ne se trouvait-il pas privé de ses bases mêmes ? Car à quoi la mort pourrait-elle servir de fondement ? Comme telle elle est moins sûre que le sable de la vie, moins sûre même que la cendre. Par la résurrection du Christ, le Paradis est renouvelé sur la terre, l'immortalité rendue à la race humaine, puisque dans la Personne du Dieu-homme ressuscité, dans son corps tout-vivifiant qu'est l'Église, c'est Dieu Lui-même qui s'offre intégralement et éternellement à l'être humain, car l'Église est là pour le christifier, pour le divino-humaniser au moyen de tous les saints Mystères et des saintes vertus. Aussi l'Apôtre pose-t-il la question :

Où est, enfer, ta victoire ? Qu'est donc en effet cette victoire de l'enfer ? Ce sont la mort et le péché : c'est par le péché que l'enfer se rend vainqueur de l'homme, qu'il le revêt de la mort, qu'il le soumet à l'esclavage de la mort, car là où est la mort, là où est le péché, là est aussi l'enfer. N'en doutons pas : c'est l'enfer qui est le royaume de la mort éternelle et du péché éternel, du mal éternel — ce qui signifie le royaume du Diable. L'enfer dévore par la mort et il en-gloutit l'homme. Or c'est le péché qui précipite l'homme dans ces mâchoires, dans cette gueule. Puisque par sa résurrection notre merveilleux Seigneur, le Christ, a vaincu la mort et le péché, il a désarmé l'enfer et il l'a vaincu. Vainqueurs de toutes les victoires dans notre monde humain, la mort et le péché ont subi en le Dieu-homme ressuscité un désastre définitif, un désastre dont ils ne pourront plus jamais se remettre. Oui, ni la mort ni le péché ne pourront plus jamais se relever d'entre les morts. Leur défaite est bien en vérité une défaite éternelle et leur mort une défaite éternelle.

Le voici cet enseignement divino-humain qui fait toute notre joie : Louange à Dieu qui nous accorde la victoire par notre Seigneur Jésus Christ. Il nous accorde la victoire sur l'enfer, et nous pouvons oser poser cette question sur le ton du vainqueur : Où est, ô mort, ta victoire ? Il nous donne la victoire sur la mort, et nous pouvons intrépidement lui poser la question : Où est, ô mort, ton aiguillon ? Il nous accorde la victoire sur le péché, et nous sommes mis en mesure de maîtriser, de vaincre et de mettre à mort tout péché, le plus grand comme le plus petit. Mais seulement — on l'aura bien compris, — par notre Seigneur Jésus Christ. Si nous sommes avec le Seigneur Christ dans le corps divino-humain de son Église, avec l'aide des saints Mystères et des saintes vertus nous pouvons remporter la victoire sur le péché, sur la mort et sur l'enfer. Et lorsque le Seigneur Christ nous accorde de remporter la victoire sur l'enfer, sur la mort et sur le péché, qui sont les plus furieux et les plus puissants de nos ennemis, c'est pour nous accorder la victoire sur tout ce qui est au service du péché, de la mort et de l'enfer, et sur tout ce qui conduit au péché, à la mort et à l'enfer. Dans tous nos malheurs comme dans toutes nos douleurs, dans les persécutions comme dans la faim, dans la misère comme dans le danger : en tout cela nous sommes plus que vainqueurs par Celui qui nous a tant aimés, c'est-à-dire par le Seigneur Christ. En vérité, Lui seul nous a créés et aimés car c'est Lui qui pour nous et à notre place a vaincu nos invincibles ennemis que sont le péché, la mort et l'enfer. Et il nous donne à jamais les puissances et les forces divines qui nous sont nécessaires pour les vaincre nous aussi.

Le Jugement Dernier et universel

Lors de son Second Avènement, et lorsqu'il aura ressuscité tous les morts, le Seigneur Christ procédera au Jugement Dernier et universel. Ce jugement embrassera tous les hommes de tous les temps : aucun homme ne pourra y échapper. Le saint apôtre Paul le di : Il faut que tous nous nous présentions devant le tribunal du Christ, pour que chacun de nous retrouve ce qu'il a fait en son corps, soit en bien, soit en mal. Qu'ils l'aient voulu ou non, lorsqu'ils passent par la porte de la mort, tous les hommes se dirigent vers le Jugement universel et vers le Juge éternel — le Christ. Pourquoi est-il le Juge éternel ? Parce que c'est Lui l'Unique sans-péché dans toute la race humaine et dans tous les mondes humains, et donc aussi l'Unique infaillible. À son Tribunal il ne pourra pas se tromper, et personne ne pourra ni l'accuser ni Lui imputer d'injustice. Il sait tout en effet et voit tout. Capital ou négligeable, tout dans notre vie hu-maine, dans notre âme humaine ou dans notre monde humain, tout est connu de Lui, jusqu'au mystère le plus caché. Or son exceptionnelle toute-justice et sa toute-miséricorde se portent garantes de ce que le jugement qu'il prononcera sur chacun d'entre nous sera totalement juste et totalement miséricordieux, infaillible et irréprochable. C'est le bonheur de la race humaine, et c'est sa chance extraordinaire, que ce soit justement au Seigneur Christ, au Dieu-homme, qu'il incombera de prononcer le jugement sur nous, et non à quelque être subalterne, qui n'étant pas le Dieu-homme devrait être faillible, et en tout cas ne pourrait ni tout savoir ni tout voir, dans ses jugements sur un être aussi indiciblement complexe et énigmatique que l'est l'être humain.

Parce qu'il est tout-puissant, le Seigneur Christ tient tous les mondes sous sa puissance, et jusqu'au monde du mal : l'enfer et les diables. Le mal ne peut transgresser les frontières qu'il lui a assignées. En deçà de ces frontières, le mal agit librement, et tous les êtres raisonnables se déterminent librement, par un libre choix, entre le bien et le mal. Il en est ainsi des hommes : dans la chair, durant leur vie initiale et probatoire, sur la terre, ils se déterminent par leur propre choix pour le bien ou pour le mal, et Dieu ne prétend contraindre personne, ni au bien ni au mal. Aucun diable d'ailleurs ne saurait contraindre qui que ce soit au mal : le bien comme le mal sont proposés à l'homme, c'est lui qui opte de suivre l'un ou l'autre durant sa vie dans la chair. C'est pourquoi un jugement devra être prononcé sur tous sans exception pour que chacun de nous retrouve ce qu'il a fait en son corps, soit en bien, soit en mal. Notre vie humaine, est une vie dans le monde de Dieu, sur le domaine de Dieu. Nous-mêmes nous sommes l'œuvre des mains de Dieu, les créatures de Dieu, car c'est de Lui que nous recevons notre âme comme notre corps. C'est pourquoi il est bien naturel qu'à la fin des fins il regarde et qu'il scrute, qu'il évalue et qu'il pèse, pour juger la manière dont nous aurons vécu sur son domaine en usant de ses créatures que sont notre âme et notre corps. C'est ainsi qu'il nous attribue le destin qui sera le nôtre pour toute l'éternité, en toute justice et en toute miséricorde. Car ce jugement aussi il le prononcera sans aucune erreur et au-dessus de toute contestation : chacun recevra selon la manière dont il aura servi et selon ce qu'il aura préféré. Celui qui se sera déterminé pour sa vie sur la terre en faveur du mal et qui l'aura fait en son âme et en son corps, il lui sera assigné d'aller en son corps et en son âme avec son mal. Il ne fait pas de doute que lors du Jugement de ce Juge infaillible et omniscient, personne ne pourra plus ni augmenter ni diminuer ni son mal ni son bien, mais que chacun retrouvera ce qu'il a fait en son corps, soit en bien soit en mal. Ce sera d'ailleurs une évidence pour chacun : chacun pourra constater, en totalité comme en détail, tout son bien et tout son mal, sans rien pouvoir ni dissimuler ni modifier. Et chacun placera sa confiance dans la certitude que le Seigneur Christ est toute justice et toute miséricorde, totalement infaillible et totalement irréprochable. De là vient que chacun pourra contempler tout le mystère, tant du bien que du mal, et il éclatera aux yeux de chacun tout ce qu'il y a en lui-même, tant de bien que de mal. Chacun pourra constater que chacun a bien été jugé selon ce qu'il a fait dans son corps, soit en bien, soit en mal. Ce sera la plus évidente des réalités : tout ce qu'il a accompli et toutes ses œuvres — psycho-somatiques aussi bien que somato-psychiques, — car il est écrit dans le Livre de Dieu : Alors il rendra à chacun selon ses œuvres.

C'est parce qu'il existe bien un tel Jugement et un tel Juge que tous les êtres humains réunis, de même que chacun d'entre eux en particulier, obtiendront une justice totale. Personne ne pourrait échapper à un tel Jugement, personne ne saurait s'y faire excuser : Tous en effet nous comparaîtrons devant le Christ. Tous les peuples, les plus nombreux comme les moins nombreux, devront alors rendre compte de leur histoire, car il est dit aussi : Devant Lui seront rassemblées toutes les nations et il séparera les uns d'avec les autres, comme le pasteur sépare les brebis d'avec les autres. C'est pourquoi nous nous efforçons, déclare le saint Apôtre au nom de tous les chrétiens, que nous soyons dans la chair ou bien hors de la chair, de Lui être agréables. Toute notre éternité dépend de Lui, ou plus exactement elle dépend de nous, de nos propres œuvres. Il lui suffit de les évaluer par une estimation infaillible pour rendre sur nous un verdict irréformable.

[…]

L'horreur et la terreur que ressentiront les pécheurs lors du Jugement Dernier viendront précisément de ceci que tous pourront en un clin d'œil clairement savoir et voir à l'évidence que le Seigneur Jésus s'est vraiment incarné pour le salut de tous, qu'il a souffert pour tous, qu'il a offert à tous dans son Église les instruments du salut, qui sont les saints Mystères et les saintes vertus, et que c'est Lui qui est véritablement bien l'unique Sauveur des hommes, que son saint Évangile est réellement l'unique vraie signification et l'unique but de toute la vie humaine sur la terre, que son saint Nom est vraiment l'unique nom par lequel les hommes puissent être sauvés de l'horrible absurdité du péché et de la mort pour échapper aux tourments éternels dans cet éternel royaume du péché et du mal qu'est l'enfer. Alors chacun de ceux qui au cours de leur vie sur la terre n'auront pas cru au Christ en tant que Dieu et Sauveur ressentira irrésistiblement de tout son être qu'il s'est lui-même condamné par ce fait même aux tourments éternels, alors qu'il était encore sur la terre.

Lors du Jugement terrible, après avoir séparé les justes des injustes, le Seigneur assignera aux justes la béatitude éternelle dans le Royaume de Dieu, et aux injustes les tourments éternels au royaume de Satan. Il dira aux justes : Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde. Aux injustes il déclarera : Retirez-vous de moi, maudits, vers le feu éternel qui a été préparé pour le Diable et pour ses serviteurs. Et ils s'en iront, ceux-ci au châtiment éternel, ceux-là à la vie éternelle.

Avec ce Jugement Dernier et universel, l'enseignement de l'Évangile du Sauveur s'avérera complet. Lors de la résurrection universelle des morts, après qu'aura été prononcé le Jugement Dernier, cette vieille terre cessera d'être, avec tout ce qui a été fait dessus et tout ce qui y a eu force et puissance. Tous les drames de la terre seront terminés. Et pas seulement sur la terre, mais aussi au ciel : toute force et toute puissance de la mort, du péché et du Diable sera abolie complètement et définitivement. Tout ce qui veut s'opposer à Dieu et tout ce qui se veut sans Dieu, tout ce qui s'oppose au Christ et qui se veut sans Christ, tout sera repoussé dans son royaume éternel, c'est-à-dire dans l'enfer. C'est là que se trouveront toute leur puissance et toute leur force. Partout ailleurs, dans toutes les immensités et dans toutes les infinités des mondes de Dieu, ce sera le règne éternel de la puissance et de la force de notre Seigneur et Dieu tri-solaire, le Seigneur Christ qui, en tant que Dieu-homme et depuis son incarnation, exerce toute puissance et tout pouvoir en notre monde, et remettra tout son règne, après le terrible Jugement, à son Dieu et Père. Il le Lui remettra en tant qu'homme, car en tant que Dieu Lui reviennent toute puissance, toute force, toute gloire, comme à Dieu le Père et à Dieu le saint Esprit. Dans son humilité, le Dieu-homme se remettra à Dieu le Père volontairement et non par contrainte : il abolira Lui-même toute principauté, et tout pouvoir et toute puissance qui, avec la permission de Dieu, ont travaillé dans ce monde. Mais tant que dure ce monde et jusqu'au Jugement terrible, c'est le Dieu-homme, le Christ, qui règne sur tout, et c'est à Lui en tant qu'homme qu'a été remis tout le jugement sur le monde. Car il faut qu'il règne jusqu'à ce qu'il ait mis tous les ennemis sous ses pieds. Or c'est ce qu'il fera complètement et définitivement au jour du Jugement terrible : il repoussera tous ses ennemis, il les placera sous ses pieds. Mais qui sont-ils donc ces ennemis de Dieu ? Ce sont le péché, la mort et le Diable. Et tous ceux qui aiment le péché, tous ceux qui aiment la mort, délibérément et sans repentir. Ainsi seront anéantis tous ceux qui dans notre monde font la guerre au Dieu-homme, le Christ. Mais l'ennemi suprême de l'homme en ce monde, et l'ennemi du Christ puisqu'il est le Dieu-homme et notre Sauveur, c'est la mort. Car la mort est la puissance principale qui lutte contre le Christ Dieu et tout ce qui est de Dieu. Au jour du Jugement, un dernier ennemi est aboli, c'est la mort. Avant elle auront été anéantis tous les ennemis de moindre importance, ses collaborateurs. Certes la mort a bien été anéantie dans le Dieu-homme ressuscité ; elle est aussi anéantie dans les âmes des saints, mais au jour du Jugement, elle sera totalement anéantie dans le monde des êtres divins et de la Création transfigurée, pour être confinée dans son maigre royaume — le royaume de la mort : c'est là qu'elle existe éternellement en se dévorant elle-même, c'est là qu'elle meurt éternellement sans pouvoir mourir. Seul le Dieu-homme a pu anéantir la mort sur la terre, et non un homme, ni les hommes, et il achèvera cet anéantissement d'une manière totale au jour du Jugement terrible.

[…]

Et quand il aura soumis toutes choses, alors le Fils Lui-même se soumettra à Celui qui Lui a soumis toutes choses, afin que Dieu soit tout en tout. C'est en tant que Fils de l'homme que le Fils de Dieu, le Seigneur Christ se soumettra volontairement à Dieu le Père, et c'est en tant que Fils de Dieu, dans son immense amour filial, qu'il s'humilie devant Dieu le Père, qui est Lui aussi égal au Fils et à l'Esprit saint pour son infini amour paternel. Car tout ce qu'a le Père appartient au Fils, et tout ce qu'a le Fils appartient au Père. En ce qui concerne la Divinité, tout leur est égal et commun : là, rien ne saurait être ni plus grand ni plus petit, ni premier ni second, c'est en tout une égalité complète de puissance et de pouvoir. Et c'est en tant que substance tri-unique, en tant que très-sainte Trinité, que Dieu sera tout en tout, tout dans tous les mondes créés, tout dans tous les êtres créés à l'image de Dieu et nostal-giques de Dieu. Alors seront publiés définitivement tous les mystères de tous les êtres, alors on pourra constater qu'il n'existe qu'une unique réalité qui embrasse tout, une réalité sans limite et sans frontière, éternelle et totalement bienheu-reuse : Dieu — tout en tout.

C'est clair : au-delà de toutes nos ombres terrestres, au-delà de l'obscurité des drames et des tragédies, au-delà de l'amour du péché et de la déchéance qu'il entraîne, se trouve l'accomplissement de tout : Dieu — tout en tout. Ce qui sera évident aux yeux de tous les êtres, au jour du Jugement terrible, est évident dès maintenant pour tous les Saints, dans notre monde terrestre et dans notre vie terrestre. Plus un homme est saint et plus fortement, plus incontestablement il perçoit la totale réalité de cet enseignement : Dieu est tout en tout. Ce sont les hommes dont la sainteté est la moins grande, ceux dont la foi est la moins grande, qui le perçoivent le moins. Quant aux hommes pervers, ceux qui sont les amis du péché, ceux qui n'ont pas la foi, ils ne le perçoivent pas du tout. Ils vont jusqu'à le contester, à le nier : non seulement Dieu n'est pas tout en tout, mais il n'y a pas de Dieu. — Mais alors, qui peut bien être tout en tout dans le monde ? Bien sûr ce ne peut être que son ennemi, le Diable. Et en vérité, pour le péché le Diable est bien tout en tout, de même que pour l'amour obstiné du péché. L'ami obstiné du péché n'aime pas que Dieu existe, parce que Dieu n'aime pas le péché, ne veut pas le péché, condamne le péché. Bien souvent le péché rétrécit et amoindrit tant la vision de l'intellect de l'homme qu'il ne peut plus apercevoir ni Dieu ni le Diable dans le monde ; il ne peut plus que se voir lui-même — l'homme. C'est là la nouvelle espèce de démonisme, de diabolisme inventée par l'homme. En réalité, ce n'est qu'une nouvelle sorte d'idolâtri ; et c'est la plus impudente des idolâtries — c'est l'humanolâtrie. Là l'homme pousse l'outrecuidance jusqu'à remplacer Dieu et le Diable par lui-même, reje-tant l'un comme l'autre. Jusqu'à ce qu'au jour du Jugement terrible il puisse enfin tout comprendre et voir la terrible réalité qui s'impose à lui : c'est en réalité le Diable qui est devenu tout et toutes choses pour lui, alors que pour les hommes du Christ et pour tous ceux qui aiment le Christ, Dieu est tout et toutes choses pour toutes leurs vies et pour tous les mondes.

Dieu — tout en tout : tout dans nos pensées, tout dans nos âmes comme dans nos perceptions, tout dans nos consciences comme dans nos corps ressuscités ; Dieu - tout et toutes choses dans tous les êtres et dans tous les mondes qui se trouvent autour de nous. Qu'est donc cela ? C'est le paradis, c'est la béatitude, c'est le Royaume de Dieu, c'est le corps divino-humain de l'Église du Christ, c'est une joie indicible, éternelle et infinie. En un mot : c'est ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, et ce qui n'est pas monté au cœur de l'homme, et c'est cela que Dieu prépare pour ceux qui l'aiment.

La vie éternelle

Tant pour les pécheurs que pour les justes, après le Jugement universel, c'est la vie éternelle qui commence. Pour les justes, cette vie consistera en une béatitude éternelle, pour les pécheurs elle comportera des tourments éternels.

Nous ne pouvons ni imaginer approximativement ni ressentir ce que sera la vie éternelle des justes. Le saint Apôtre nous l'enseigne : Ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce qui n'est pas monté au cœur de l'homme, Dieu l'a préparé pour ceux qui l'aiment. Qu'est-ce donc ? C'est tout ce qui est divin, du plus infime à ce qu'il y a de plus grand, de ce qu'il peut y avoir de plus visible à ce qui l'est le moins - et c'est notre Seigneur et notre Sauveur Jésus Christ, en qui vit toute la plénitude de la Divinité corporellement. Oui, c'est le Dieu-homme, le Christ, avec tout ce qu'il a apporté à notre monde humain, et c'est ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu et qui n'est pas monté au cœur de l'homme. Jusqu'au Christ, l'œil de l'homme n'avait pas pu voir la vie de Dieu dans la chair, ni les œuvres de Dieu dans la chair. Il ne peut voir ni l'éternelle Vérité divine dans un corps humain, ni l'éternelle Justice divine, ni l'éternel Amour divin, ni les autres éternelles Perfections divines. Il ne peut pas voir toute cette sagesse de Dieu tenue cachée dans le mystère. Voilà pourquoi notre divin Sauveur a pu dire aussi à ses saints disciples : Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car je vous dis que beaucoup de prophètes et de justes auraient voulu voir ce que vous voyez, et ils ne l'ont pas v ; et entendre ce que vous entendez, et ils ne l'ont pas entendu.

Or ce si merveilleux mystère du Dieu-homme, le Christ, si salutaire pour nous les hommes, c'est à nous que Dieu l'a révélé par son Espri ; car l'Esprit scrute tout, et jusqu'aux profondeurs de Dieu. En échange de notre foi en Christ, pour prix de notre amour du Christ, Dieu nous donne son Esprit saint, l'Esprit de Vérité, et c'est Lui qui initie l'âme amie du Christ à toute la vérité au sujet du Dieu-homme, le Christ, pour lui révéler toutes les profondeurs de Dieu qui sont en Lui. L'Esprit saint ouvre les yeux de l'homme afin qu'il voie ce que l'œil n'a pas vu, et ses oreilles afin qu'elles entendent ce que l'oreille n'a pas entendu, et son cœur — et il peut alors percevoir et savoir ce qui n'était pas monté au cœur de l'homme. Au jour de la sainte Pentecôte, l'Esprit saint a révélé aux saints Apôtres tout le mystère du Christ, et dès lors, comme des êtres qui ont surmonté la mort, ils ont suivi le Christ en toute mort, en tout danger, en tout tourment. Demeurant à jamais dans l'Église, c'est l'Esprit saint qui désormais révèle le mystère du Christ à toute âme amie du Christ. C'est Lui le principal apôtre du Christ, le tout-apôtre. C'est Lui qui accorde à toute âme amie de Dieu la connaissance la plus parfaite au sujet du Seigneur Christ dont soit seulement capable l'être humain. C'est pourquoi l'Evangéliste pneumatophore peut écrire aux chrétiens : Vous avez une onction qui vient du Saint et vous savez tout : vous savez tout ce que l'homme peut savoir de Dieu, du monde, de l'homme, de la vie, de l'éternité. Seuls les pneumatophores peuvent connaître le mystère de Dieu. Ce sont tout d'abord les Saints. Il ne fait pas de doute que par les saints Mystères et les saintes vertus, tout chrétien peut devenir un hôte de l'Esprit, un porteur de l'Esprit. Seulement, les Saints retiennent en eux l'Esprit saint par les saintes vertus évangéliques, par leur sainte vie évangélique, cependant que nous, nous l'irritons par nos péchés, nous l'éloignons de nous-mêmes. C'est pour cela que les saints Pères ont en eux l'Esprit saint qui leur révèle ces profondeurs de Dieu qui sont dans le Seigneur Jésus, et que ce sont les seuls vrais témoins, dignes de foi et divinement sages, de la sainte Ecriture et de la Personne du Dieu-homme, le Christ.

Pour autant que la sainte Révélation nous le dise, la béatitude qui sera celle des justes dans la vie éternelle dépend de la proximité qu'ils ont eue avec Dieu. de leur communion avec Lui, de leur vie dans le corps divino-humain de l'Église du Christ, de leur participation à l'éclat et à la gloire de l'unique Vainqueur de la mort, du péché et du Diable, c'est-à-dire le Seigneur Christ. Car c'est Lui qui est la source intarissable de la béatitude parfaite et éternelle. Le Seigneur nous l'a enseigné : Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père. Notre vie éternelle consiste en ceci que nous serons toujours avec le Seigneur. que nous vivrons en Lui et pour Lui, et c'est ainsi que nous nous ferons christs, que nous nous assimilerons au Christ, que nous deviendrons semblables à Lui et que nous serons comme il est. Si nous demeurons dans les saints Mystères et dans les saintes vertus, c'est dans le Seigneur Christ Lui-même que nous demeurerons, car Dieu est amour, et celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui. Dans notre vie éternelle se réalisera la demande qui est formulée dans la prière du Seigneur ami des hommes : Que tous soient un, comme toi, Père tu es en moi et moi en toi ; qu'eux aussi soient un en nous ; moi en eux et toi en moi, pour qu'ils soient complètement en un.

[…]

Par sa merveilleuse résurrection, le Dieu-homme, le Christ, nous a procuré, non seulement la Vie éternelle, et avec elle et en elle la Vérité éternelle, la Jus-tice éternelle, l'Amour éternel, la Bonté éternelle et la Joie éternelle, mais aussi tous les biens de Dieu, innombrables dans leur multitude divine. Vivre et assi-miler tous ces biens dans l'éternité par la grâce divine, c'est cela qui constitue la grande miséricorde de Dieu envers nous les hommes, miséricorde qui nous est accordée, tant en ce monde et en l'autre, par l'unique Ami de l'homme : le Sei-gneur Christ, le Dieu-homme, notre Sauveur. Voilà pourquoi l'Église du Christ enseigne cette vérité qui lui appartient, cette toute-vérité : Ressuscité du tombeau comme il l'avait prédit, Jésus nous accorde la vie éternelle et sa grande miséricorde. Pour l'hymnographe inspiré de l'Église, il ne suffisait pas de dire : il nous accorde la vie éternelle […], il fallait ajouter qu'il nous accorde aussi sa grande miséricorde. Par ces mots il annonce aussi toutes les autres surabondantes infinités inattendues et inespérées de la vie éternelle et de toutes les saintes béatitudes. C'est ce que le Sauveur nous avait annoncé par ces paroles divino-humaines : Je suis venu pour qu'ils aient la vie [ = la vie éternelle], et qu'ils l'aient en surabondance. Innombrables sont les stichères et les prières dans lesquels nous prions Dieu qu'il nous accorde cette “grande miséricorde”, pour que nous puissions vivre et assimiler infiniment et éternellement, sous la conduite de la grâce de Dieu, à travers les infinités incalculables de Dieu, en regard desquelles nos infinités humaines paraissent bien mesquines et médiocres.

Les justes prendront part avec toute leur personnalité à cette béatitude éter-nelle divino-humaine, c'est-à-dire avec leur corps et avec leur âme. Car leur corps transfiguré sera lui aussi glorifié et capable de prendre part à la divine gloire éternelle.

La béatitude éternelle des justes ne sera pas uniforme. Leur degré de béatitude dépendra du degré de perfection morale de chaque juste. Chacun prendra part à cette béatitude à la mesure de sa perfection morale, à la mesure de sa sanctification, à la mesure de sa divino-humanisation, à la mesure de sa trinitarisation, à la mesure de son ecclésialisation. Le degré, la force, la plénitude de cette participation à la béatitude éternelle dépendra du degré, de la force, de la plénitude de la perfection morale de chaque juste. C'est à ce propos que l'apôtre Paul écrit que autre est l'éclat du soleil, autre l'éclat de la lune, autre l'éclat des étoiles, car une étoile diffère en gloire d'une autre étoile. Ainsi en sera-t-il de la résurrection des morts.

La vie éternelle du juste ne sera en réalité qu'un service éternel rendu à Dieu, un éternel service divin, une éternelle Liturgie céleste, une communion éternelle au Seigneur Christ qui est aussi la vie éternelle. Selon son saint enseignement, celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle ; ce-lui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi et moi en lui. Il en sera de même pour toute l'éternité : le service eucharistique adressé au Seigneur Christ, la vie eucharistique par le Seigneur Christ, l'action de grâce eucharisti-que dans le Seigneur Christ. C'est pourquoi nous prions dès ici-bas à la sainte Liturgie, après la sainte Communion, le Seigneur Christ :
Donne-nous de communier à Toi plus intimement dans le jour sans crépuscule de ton Royaume.
Cette christification très-sainte et toute-bénie des justes commence dès ici-bas sur la terre par les saints Mystères et les saintes vertus dans le corps divino-humain de l'Église du Christ, pour se prolonger éternellement en une vie éternelle qui tout entière est et existe du Père, par le Fils, dans le saint Esprit.

Le destin éternel des pécheurs sera en tout à l'opposé du destin éternel des justes. Chacun d'eux sera condamné en fonction de son état moral à d'éternels tourments. Leur tourment éternel provient de ce qu'ils vivront éternellement au royaume du mal et dans la compagnie du créateur du mal, le Diable. Les paroles du Sauveur nous en portent le témoignage, celles qu'il adressera au jour du Jugement aux pécheurs : Éloignez-vous de moi, maudits, dans le feu éternel qui est préparé pour le Diable et pour ses serviteurs. Alors ils partiront vers le tourment éternel. Épris du mal, ils entreront comme tels dans la vie éternelle, selon le très-juste jugement de Dieu, et vivront de cet amour pour le mal à travers toute l'éternité, de même qu'ils en avaient déjà vécu sur la terre. Car Dieu cesserait d'être Dieu s'il les détournait par la contrainte du mal et du péché.

Le tourment éternel des pécheurs ne sera pas uniforme : il dépendra de ce qu'auront été la qualité et le degré des péchés qu'auront commis ces pécheurs. Le degré des tourments éternels destinés à chaque pécheur sera proportionnel au degré qu'ils ont atteint dans la corruption morale.
Jean-Louis Palierne
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Stephanopoulos
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Message par Stephanopoulos » mer. 17 janv. 2007 2:39

Excusez-moi Antoine de pas avoir pu vous répondre plus tôt, j’ai eu une grippe!

Pour ma part, je ne peux que conclure que ce n’est ni saint Irénée, ni saint Justin etc.. et encore moins Marcion, Mani et leurs disciples qui font autorité, mais l’Eglise ou, plutôt, l’Esprit-Saint à travers elle. Or, c’est par les synodes que l’Esprit-Saint “fait le tri” entre ce qui est faux et ce qui est vrai. D’après un extrait d’un texte de Jean Zizioulas que j’ai pu trouver sur le net, ce n’est qu’au IIème siècle que les synodes deviennent une institution : La deuxième forme de synode qui, déjà présente dans les épîtres de Paul, influe, comme nous le verrons plus bas, sur le développement de l’institution synodale aux siècles suivants, est encore liée aux décisions relatives à la participation ou non-participation à la divine Communion. Au ch. 5 de la 1ère Épître aux Corinthiens, l’Église locale de Corinthe, réunie pour l’Eucharistie, est appelée à décider de la participation ou non-participation de l’un de ses membres à la divine Communion. — Il faut remarquer que cette synaxe est constituée du peuple (« de vous »), de l’apôtre (« de mon esprit ») et du Seigneur (« avec la force de Notre-Seigneur Jésus-Christ ») —, composition qui rappelle le « il a paru bon au Saint-Esprit et à nous » du Synode Apostolique. Ce qui ne peut manquer d’attirer l’attention de l’historien est que ce qui est décrit dans ce passage de la 1ère Épître aux Corinthiens, semble être institutionnalisé par les générations suivantes. La réconciliation entre les fidèles comme l’unité de l’Église, indispensables avant la divine Communion, de même que le jugement irrévocable et eschatologique de la com-munauté et des Apôtres porté sur les membres de l’Église, sont attestés dans l’Évangile selon Matthieu (ch. 18), d’une manière qui ne diffère guère de la 1ère Épître aux Corinthiens. Selon le témoignage de Tertullien, cela devient une institution au cours du 2e siècle, conduisant ainsi au « conseil de l’évêque » d’Ignace. Cette synaxe, selon le témoignage de la Didascalie des Apôtres syriaque, datant du 3e siècle et fondé sur cette tradition, n’avait d’autre but que de trancher dans les questions qui divisaient les fidèles, afin d’éviter qu’ils n’aient recours aux tribunaux païens (cf. 1 Cor. 5) — et cela, toujours en rapport avec la participation ou non-participation à la divine Communion. L’étude des sources prouve incontestablement que l’institution synodale, telle qu’elle apparaît à partir du 2e siècle, est précisément liée aux conditions préalables et à cette praxis de l’Église. Les synodes, qui apparaissent lors de la querelle de Pâques, sont directement, et avant tout, en rapport avec le problème de la communion eucharistique. On peut également le constater en considérant les grands Conciles oecuméniques de l’Église ancienne : leur but n’était jamais de formuler les principes de la foi en elle-même, mais de décider de la participation ou non-participation à la Divine Communion. C’est ce que l’on peut constater clairement à la lecture des « anathèmes » auxquels aboutissent les décisions de ces Conciles et qui reflètent l’esprit de la 1ère Épître aux Corinthiens 5 et de Mt 18. Le but du Synode a donc, de tout temps, été lié à la Divine Eucharistie et aucun historien sérieux ne saurait le contester (je possède ce texte en format pdf. mais je n’ai pas conservé le lien).
Le fait que les synodes ne soient devenus une institution qu’au cours du IIème siècle n’explique-t-il pas, en partie du moins, le flou (à propos du pré-millénarisme et du millénarisme) du Ier et une bonne partie du IIème siècle?

Merci Jean-Louis pour les textes que vous avez publié!
Stephanopoulos

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Message par Jean-Louis Palierne » mer. 17 janv. 2007 22:12

Je regrette que Zizioulas, dans cet article, soit légèrement en retrait par rapport aux positions qu’il avait développées dans sa thèse (qui a été retirée de la circulation) où il montrait que dès le début la fonction épiscopale ne se définissait pas seulement en fonction de l’Église locale, mais aussi par la synodalité des évêques d’une province.

L’explication de ce recul est certainement dans la profonde répugnance qu’ont les intellectuels de notre époque à admettre que l’Église, dès la Tradition du dépôt de la foi remis par le Seigneur ressuscité Lui-même à ses Apôtres entre sa Résurrection et son Ascension, possédait des structures bien définies : Assemblée liturgique locale, ministère du surveillant (épi-scope) et synodalité épiscopale.

Au fond d’eux-mêmes, les intellectuels éclairés, sceptiques et critiques de notre époque moderne, ne veulent pas admettre que le Seigneur ait légué à l’Église qu’il a fondée, qui est son Corps et dont il est l’unique tête, des dispositions précises, canoniques et liturgiques, il les a remises à ses Apôtres, et ceux-ci les ont transmises aux premiers évêques des Églises qu’ils ont fondées, et ils les ont transmises synodalement à leurs successeurs les évêques orthodoxes jusqu’à nos jours.

Zizioulas montrait dans sa thèse que l’épiscopat est au cœur d’une dialectique infiniment subtile de l’Un et du Multiple qui tisse toute la trame de l’Église. Toute la pensée moderne veut définir la totalité de l’Église par sa dimension communautaire. C’est extrêmement réducteur.

Il est bien évident que l’Église a toujours peiné à expliciter le prodigieux trésor du dépôt de la foi qui lui a été remis dès les origines. Ce qui nous permet de nous orienter est le consensus Patrum. Je crois que le père Justin exprime parfaitement que le Jour du Seigneur est la défaite de l’Antichrist, la fin du temps et l’instauration du Royaume. Si j’ai traduit l’un et l’autre ouvrage, c’est que je crois qu’ils expriment — par des méthodes bien différentes !— la foi de l’Église. Je leur resterai fidèle.

Mais je sais aussi que ces deux ouvrages sont à contre-courant par rapport au relativisme pseudo-historicisant de notre temps.
Jean-Louis Palierne
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Message par Stephanopoulos » lun. 29 oct. 2007 15:46

Il est écrit dans la 1ère partie du texte de la Dogmatique orthodoxe publié par Jean-Louis :
l'Antichrist tuera les deux grands témoins de la vérité du Christ, les deux saints Prophètes et Précurseurs du Second Avènement, Elie et Enoch.
Comment l'Eglise a-t-elle pu identifier les "deux témoins" cité dans l'Apocalypse (Ap. 11; 3 et suiv.) comme étant Elie et Enoch? Le Père Justin Popovitch dit en effet :D'après la prophétie de Malachie, c'est le prophète Elie le Thesbite qui opérera ce retour d'Israël au Christ, en revenant avec Enoch du ciel au jour de l'Antichrist et en luttant avec lui pour la justice de l'Évangile du Christ", Or, il me semble que le Prophète Enoch n'est pas mentionné dans le livre de Malachie. Malgré le fait que le livre d'Enoch ne fait pas partie des 66 Livres qui constituent la Bible (sauf pour l'Eglise miaphysite d'Ethiopie), Enoch est toutefois mentionné dans la Genèse 5, 18-24, ensuite dans l’épitre aux Hébreux 11, 5 et enfin dans la lettre de Jude verset 14-15.

Malachie parle effectivement d'Elie au Chapître 3 verset 23-24, mais la note en bas de page de la Bible de Jérusalem dit que "Jésus a expliqué qu'Elie est venu en la personne de Jean-Baptiste, Mt 17 1-13; Mc 9 2-13; Mt 11 7-14.

Merci d'avance pour vos éclaircissements. Ces fameux "deux témoins" m'intéressent particulièrement parce qu'ils posent un petit problème aux millénaristes néoapostoliques. Ces derniers semblent ne pas tenir compte des deux témoins revêtus de sacs qui prophétiseront pendant 1'260 ans, un peu difficile à caser dans leur vision des événements eschatologiques!
Stephanopoulos

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Message par Nectari » mer. 07 nov. 2007 18:34

Textes sur Elie et Henoc:

Juda 1, 14-16
Constitutions apostoliques V, 7-8; VIII, 41,4.
JUSTIN. Diàleg ambTrifó
TERTULLIEN. Adversus Iudeos 2, 13; De Anima, 50, 5; 55, 2;
IRENEE DU LYON. Adversus Haereses. Libre IV, 16, 2, 15-16; Libre V, 5,1-15; V, 5, 16-29; V, 36, 1-2.
HIPPOLYTE DE ROME. De Christo et Antichristo, 43. PG. 10, col 525 i ss; In Danielem IV, 35.
ST. CYPRIEN DE CARTAGO. De montibus Sina et Sion, Ed. HARTEL. CSEL III/3
JERONIMO. Lletra 59,3.
APPONIUS. Commentaire sur le Cantique des Cantiques. V. III. Libre XII, 41. Texte. Trad. i Notes. Libres IX-XII. DE VREGILLE, B. / NEYRAND, L. Paris. S. C. CERF. 1998.
GREGOIRE LE GRAND. Morales in Job, XII, 52 i ss. Troisième parti. Livres XI-XVI. Texte latin, introd., trad. et notes BOCOGNANO, ARISTIDE. Sources Chrétiennes, 212. Paris. CERF. 1974; Morales in Job, XIV, 24 -27; XVI 14-15; GREGOIRE LE GRAND. Homélies sur Ézéquiel, XII, 7-9. Texte latin, introd., trad. et notes MOREL, CHARLES. Sources Chrétiennes, 327. PARIS. Cerf. 1986.
BEDA EL VENERABLE. Explanatio Apocalypsis, P. L. 93, col. 163- 164; col. 128-129.
ISIDOR DE SEVILLA. Commentarius in Apocalypsin, 11. MIGNE. P.L. Suplementum IV, col. 1850 i ss

Écrits apocryphes chrétiens :

Questions de Barthélemy 1, 16-17. Écrits apocryphes chrétiens, v. I. Pag. 269-270. Ed. BOVON, F. / Geoltrain, P.; index VOICU, S.J. Paris. NRF. GALLIMARD. 1997.

Ascension d’Isaïe. Écrits apocryphes chrétiens, v. I. Pag. 529: 534.

Apocalypse de Pierre, 2, 12 i ss. À: Écrits apocryphes chrétiens, v. I.
Apocalypse de Paul, 20a. A: Écrits apocryphes chrétiens, v. I.

Apocalypse d’Esdras 5, 21-22. Écrits apocryphes chrétiens, v. I.
CESSARI D’ARLES. Sermons. Corpus Christianorum. Series latina.

Évangile de Nicodem, 25.

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Message par Nectari » mer. 07 nov. 2007 19:27

Pardon on à oubliè:
COSMAS INDICOPLEUSTÈS. Topographie chrétienne. v. II, V, 82-84. Pàg. 124-127. Edició de WOLSKA-CONUS, W. Paris. CERF. 1968. Voir aussi: note 82 de la Pàg. 124; Topographie chrétienne. v. III, IX, 26-28. Pàg. 232-235.

USPENSKIJ, TH. Konstantinopol’skij Seral’skij kodeks Vosmiknizija. Sofija. 1907, vol. I. pl. XII, 32

Mss. Vat. Gr. 476, fol. 48. Rjedin Khristianskaja Topografia Koz’my Indikoplova po greceskim i russkim spiskam. Moska, 1916.

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