Par un seul homme le péché est entré dans le monde

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Antoine
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Message par Antoine » sam. 25 nov. 2006 2:17

Jean-Louis Palierne a écrit :Il fut une longue période où l’on croyqait que le monde physique ne pouvait pas ne pas exister puisqu’on était parvenu à déchiffrer la nécessité de ces lois physiques.
En effet la période est "longue" et elle dure encore car le big- bang ne résoud pas ce problème. Déjà Aristote soutenait l'éternité de la matière; la concentration d'énergie libérée par le Big bang peut tout aussi bien être considérée comme co-éternelle à Dieu. Remplacer "matière" par "énergie" ne résoud aucunement le problème de la co-éternité.
La toute puissance créatrice de Dieu est un problème de foi et non un problème physique. La création ex-nihilo n'est pas une donnée scientifique et n'est pas assimilable au concept d'émergence employé dans notre science moderne.

Voici comment Grégoire de Nysse, dans "la création de l'homme" (fin du Cpapitre XXIII et Chapitre XXIV éd les Pères dans la foi, DDB) réfute cette objection d'une matière qui serait co-éternelle à Dieu:

...on ne doit pas se laisser ébranler par certaines objections...

Bien des choses, pourtant, pourraient nous mettre dans l'embarras, et nous fournir des occasions non négligeables de douter du contenu de notre foi. Sur le point qui nous occupe, des gens épris de controverse pourraient bouleverser notre foi par de beaux discours logiques, et nous inciter à nier la vérité de la doctrine de la création matérielle, doctrine professée par la Sainte Ecriture, qui affirme avec force que Dieu est à l'origine de tout.

...suivant lesquels la matière, coéternelle à Dieu, ne saurait connaître de fin

Les tenants de la doctrine adverse veulent établir que la matière est coéternelle à Dieu , et voici les arguments dont ils tentent d'appuyer cette idée.
Si la nature de Dieu est simple, immatérielle, si elle échappe aux notions de qualité et de grandeur, si elle est incomposée, et étrangère à toute délimitation de forme ; et si d'un autre côté la matière se comprend dans une extension spatiale, et n'échappe pas à la perception des sens, puisqu'elle se fait connaître à notre observation par la couleur, la forme, la masse, la quantité, la résistance, et toutes ses autres caractéristiques, qu'il est impossible de concevoir dans la nature divine ; quel artifice permettrait d'affirmer que la matière soit produite par l'immatériel? la nature en extension, par ce qui est sans extension spatiale? Si l'on croit que la matière tire son existence de Dieu, c'est évidemment que, d'une façon inconnue, elle est en Dieu, d'où elle vient ainsi à l'existence. Mais si la matière est en Dieu, comment celui qui contient la matière peut-il être immatériel? De même pour toutes les autres caractéristiques de la nature matérielle: si la quantité est en Dieu, comment Dieu échappe-t-il à la quantité? Si le composé est en Dieu, comment Dieu est-il simple, sans parties, incomposé? Il s'ensuit que, ou bien Dieu est nécessaire-ment matériel, puisque la matière tire de lui son existence : c'est ce que le raisonnement force à admettre; ou bien il faut supposer que Dieu reçoit de l'extérieur la matière nécessaire à la création de l'univers. Si donc la matière était à l'extérieur de Dieu, on devrait absolument concevoir un autre principe, à côté de Dieu, qui lui soit coéternel et n'ait pas d'origine. On devrait alors poser la coexistence de deux principes sans commencement ni origine : celui de l'activité créatrice, et celui sur lequel s'exerce cette activité. On est alors nécessairement conduit à l'hypothèse de la coexistence éternelle de la matière avec le Démiurge ; quel appui les Manichéens y trouveront-ils pour leur propre doctrine, eux qui mettent face à face la cause materielle, comme étant sans origine, et la nature du bien ...

La réponse à cette objection se fonde sur la toute-puissance divine capable aussi bien de créer toutes choses que de les renouveler par la Résurrection

En réalité, tout vient de Dieu: c'est ce que nous entendons dire à l'Ecriture, et c'est notre foi. Maintenant, comment tout était en Dieu, cela dépasse notre entendement, et nous pensons qu'il ne vaut pas la peine de nous y arrêter; tout est possible à la puissance divine, voilà notre foi: aussi bien de donner l'existence à ce qui n'existe pas, que de donner à l'être des qualités convenables.
Il s'ensuit que, si nous pensons qu'il suffit de la puissance de la volonté divine pour que les choses sortent du néant et viennent à l'existence, de même, en rapportant à la même puissance le renouvellement 5 de tout ce qui existe, nous ne croirons rien qui s'écarte de la vraisemblance.
Cependant, il serait peut-être possible de persuader, par quelques arguments bien trouvés, ceux qui nous cherchent des difficultés à propos de la matière; ainsi, nous ne paraîtrons pas vouloir fuir une discussion où les arguments nous manqueraient.


CHAPITRE XXIV
Réfutation de ceux qui disent
que la matière est coéternelle à Dieu


Le chapitre précédent a fait appel au sens du mystère ; il faut maintenant disputer logiquement

On ne peut évidemment pas considérer comme étrangère aux découvertes de la logique notre conception de la matière, suivant laquelle celle-ci tire son existence de l'Intelligible et Immatériel. Nous allons en effet découvrir que la totalité de la matière est composée de certaines qualités dont il est impossible de la dépouiller sans la rendre absolument incompréhensible à la raison. D'autre part, la raison peut isoler du sujet chaque espèce de qualité. Or, la raison est un mode d'observation qui appartient à l'intelligence, non au corps. Soit par exemple à observer un être animé, ou du bois, ou quelque autre objet de consistance matérielle: notre pensée distingue de ce sujet un certain nombre de ses qualités, et l'idée que nous avons de chacune ne se confond pas avec une autre considérée en même temps. Autre chose est l'idée de la couleur, et autre chose celle du poids; autre chose encore celle de la quantité, et autre chose celle du toucher. La malléabilité et la double épaisseur, ainsi que les autres qualités, ne se confondent ni entre elles ni avec le corps lui-même. Pour chacune de ces qualités, on conçoit une définition particulière qui traduit ce qu'elle est, et qui évite la confusion avec telle ou telle des autres qualités qui s'observent dans le sujet.

La substance corporelle est produite par la réunion de qualités...

Si c'est une chose intelligible que la couleur, ou la résistance, ou la quantité, ainsi que toutes les propriétés semblables, et si la suppression de chacune de ces qualités entraîne la dissolution de l'idée que l'on se fait du corps considéré, il serait logique de supposer que ce dont la disparition se révèle la cause de la dissolution du corps est précisément ce dont la réunion donne naissance à la nature matérielle. Etant donné qu'il n'y a pas de corps s'il n'y a pas de couleur, de forme, de résistance, d'extension spatiale, de poids, etc., et que chacune de ces propriétés n'est pas un corps, mais quelque chose de différent du corps, comme on le découvre dans chaque cas, on peut dire qu'inversement, la réunion de ces qualités produit la substance corporelle.

...qui tirent leur origine de la nature incorporelle...

Mais si c'est l'intelligence qui appréhende ces propriétés, et si d'autre part Dieu est par nature un intelligible, il est bien vraisemblable que ces qualités qui sont à l'origine de la génération des corps tirent leur existence de la nature incorporelle; c'est la nature intelligible qui donne l'existence aux forces de l'intelligence, et la réunion de celles-ci amène à l'existence la nature matérielle.

...c'est-à-dire que la matière est créée par Dieu

Mais il suffit, car ces considérations sont à côté de notre sujet. Il nous faut revenir à la foi, qui nous fait admettre que tout ce qui existe est tiré du néant, et qui nous interdit de mettre en doute cette transformation qui fera tout passer à un autre état, comme nous l'enseigne l'Ecriture.
Dernière modification par Antoine le sam. 25 nov. 2006 8:50, modifié 1 fois.

Silouane
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Message par Silouane » sam. 25 nov. 2006 5:51

Merci Antoine pour ce vivant dialogue avec les Pères!

Par ailleurs il serait peut-être intéressant aussi de regarder de plus près ce que le P. Sophrony, mentionné plus haut, comprend par "l'Adam total" ("весь Адам"). On peut trouver cette expression (qu'il fait alterner avec "l'humanité entière" ou "le monde entier"), entre autres, dans Starets Silouane (éd. russe de 1952/1990, p. 23, 47, 97, 104) et dans De Vie et d'Esprit (p. 19, 20, 44). L'expression "Adam total" a toujours une signification concrète, vécue, dans un contexte de prière pour le monde entier (S. Silouane), de "prière, pleurs pour l'Adam total" (P. Sophrony). Quant à S. Silouane, il s'adresse à Adam comme "notre père", "père de l'univers", et l'implore de prier pour le monde entier.

Adam qui prie... pour l'Adam total.
Silouane

Antoine
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Message par Antoine » sam. 25 nov. 2006 9:43

Pour le Big Bang , Voir l'excellent site
http://pythacli.chez-alice.fr/
Puis
Les dates depuis la création de l'univers:
du macrocosme au microcosme

Yiannis
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Message par Yiannis » sam. 25 nov. 2006 16:58

Fondamentalisme ça consiste par exemple à considérer les jours de la création comme des journées de 24h, à considérer le ciel comme le firmament, la lumière comme des photons, (cf les textes de St Basile déjà cités) à additionner les âges des patriarches depuis Adam pour calculer la date de la création de l'homme, à considérer qu'Adam est Monsieur Adam, etc...ça consite a faire une lecture littérale du texte sans se préoccuper du contextuel du symbolisme, de l'allégorique bref de tout ce que vise la narration.
D'après le Petit Robert: "Fondamentalisme: courant religieux conservateur et intégriste". Je ne suis pas toujours sûr que le terme "fondementaliste" soit approprié, du point de vue Orthodoxe, pour désigner cette sorte de lecture littérale du texte de la Génèse. Le terme appartient à un autre contexte, on le sait. En tout cas, je le précise, je ne suis pas pour une telle lecture du texte biblique, quoique mon opionion personnelle ne compte pas. J'ai écrit d'ailleurs qu'admettre l'historicité d'Adam, c'est-à-dire qu'Adam était une personne, ceci ne signifie pas que le récit de la Génèse ne peut pas être lu à la fois de façon allégorique.
Alors, pourquoi être accusé de "fondamentalisme", si, dès mon premier message, j'avais précisé ceci? La Vie de Moïse de St Grégoire de Nysse est un exemple admirable des deux niveaux de lecture d'un récit biblique. Quant à la phrase "Monsieur Adam" employé par Antoine pour ridiculiser ceux qui considèrent Adam comme personne, je ne voudrais faire aucun commentaire là-dessus...

Deux mots à propos des références aux Pères dans le texte du père John Breck: il est clair que son texte, que j'ai lu avec attention, veut répondre en effet à la question, très souvent posée aujourd'hui, si Adam était une personne ou bien juste une allégorie, une idée (ou une tribu peut-être?). En traitant cette question, père Breck contourne les Pères, car toute la Tradition de l'Eglise, de St Paul jusqu'aux pères Sophrony et Paissios, considèrent Adam comme une personne et non juste comme un représentant vague et impersonnel du genre humain. Père Breck mentionne quelques fois les Pères, directement ou indirectement - sur ce point la phrase que j'ai employée dans mon message précédent n'était pas correcte, je l'admets - mais pas à propos de la question fondamentale à laquelle son texte veut répondre. Désolé, son texte, que j'ai lu d'abord en anglais, me donne toujours cette opinion, c'est-à-dire qu'il veut cacher le fait que pour la Tradition de l'Eglise Adam a vécu dans le temps et a connu la mort. Pourquoi? Parce que ceci serait très gênant pour notre pensée rationnelle et sécularisée. Les lecteurs peuvent juger si j'ai raison ou non dans mon jugement (personnellement, je préférerais qu'on me donne tort).

Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » sam. 25 nov. 2006 22:18

Le mieux est peut-être de discuter sur pièce. Voici le texte du père Jean Breck.
1
En lisant l’histoire d’Adam et Eve
par l’archiprêtre John Breck1

L’autre jour, quelqu’un a demandé comment devrions-nous lire la Genèse
2 : 3, l’histoire d’Adam et Eve. Sa question exprime une inquiétude au sujet du
conflit évident entre la science et l’Ecriture Sainte. "Si nous prenons le récit
biblique sérieusement," conclut-il, "alors nous devons rejeter totalement la
théorie de l’évolution et nous aligner avec celle des créationnistes qui pensent
que le récit de la Genèse doit être compris littéralement, comme la véritable
description biologique du début de la vie humaine."
Il y a deux sujets qui se croisent ici : le sens du récit de la Genèse et le
rôle de Dieu dans le processus de la création. Pour les aborder tous les deux, il
est tout d’abord nécessaire de les distinguer et de les séparer. Nous allons donc
essayer de parler ici du premier sujet ; puis dans une prochaine rubrique nous
nous tournerons brièvement vers le débat sur l’évolution et le créationnisme.
Avant de pouvoir considérer la façon dont nous devrions lire l’histoire
d’Adam et Eve, nous avons besoin de revenir sur un point que nous avons déjà
évoqué précédemment dans cette rubrique. Dans la culture d’aujourd’hui, nous
avons tendance à confondre vérité et fait. Si un événement particulier a pu être,
tout au moins en principe, enregistré ou photographié, alors nous le considérons
comme vrai. Pourtant ceci est une compréhension très limitée de la "vérité".
Cela exclurait du domaine de la vérité de telles réalités comme l’amour et le
désir spirituel, puisqu’ils ne peuvent être empiriquement vérifiés. Cela exclurait
tout ce qui se produit à l’échelle macro-cosmique, où les lois de la géométrie
euclidienne ne s’appliquent plus (espace incurvé, trous noirs) ; d’autant plus
lorsque cela se passe dans la nanosphère, où les notions conventionnelles du
temps, de l’espace et de la réalité matérielle n’existent plus (le principe
d’incertitude de la mécanique quantique, l’antimatière). Cela exclurait aussi la
foi. Nous pouvons témoigner de nos croyances et de son contenu, mais nous ne
pouvons actuellement pas prouver que ce en quoi nous croyons et le contenu de
notre croyance est réel ou vrai. La vérité dépasse les faits de nombreuses façons.
Ceci est particulièrement évident dans les récits bibliques tels que les paraboles
(non-historiques) de Jésus et l’histoire d’Adam et Eve.

1 Premier article de novembre 2006, dans la rubrique-éditoriale «Vie en Christ» publiée sur le site de l’Eglise
orthodoxe en Amérique (OCA) : www.oca.org .

2
Les premières questions qui se posent concernant l’histoire racontée dans
la Genèse 2, 3 sont : Quelle était l’intention de l’écrivain biblique
(traditionnellement accepté comme étant Moïse) en rédigeant cette histoire, et
quel était le but de Dieu en inspirant cet écrivain de formuler l’histoire tel qu’il
l’a fait ?
Est-ce que l’écrivain lui-même a considéré l’histoire d’Adam et Eve
comme "factuel"? Il l’a certainement considéré comme "vraie", pour autant
qu’elle parle éloquemment de l’activité créative de Dieu qui apporta la vie au
genre humain, ainsi que de la rébellion de l’homme contre la volonté de Dieu, et
de la souffrance de la personne humaine dans son éloignement de Dieu, de sa
vie "en dehors du Paradis". Il est possible de militer contre une lecture purement
littérale du passage, néanmoins on ne peut ignorer des éléments du récit tels
que : Adam fut modelé "à partir de la poussière du sol" par les mains de Dieu,
l’image de Dieu comme un jardinier qui "plante un jardin au pays d’Eden", la
formation de la femme à partir d’une côte de l’homme. Le "son du Seigneur
Dieu se promenant dans le jardin", l’habillement d’Adam et Eve avec "des
vêtements de peaux de bête", et l’existence simultanée d’autres peuples "dans le
pays de Nod, à l’est d’Eden". Cette image anthropomorphique de Dieu, et les
contradictions dans la logique du récit requiert une interprétation, comme les
Pères de l’Eglise savaient si bien l’exprimer. Comme les Pères l’ont dit
clairement, le récit entier doit être compris dans un sens technique comme une
mythologie historique : non pas comme une fable ou un récit populaire inventé,
mais comme un élément narratif de l’histoire sacré d’Israël qui parle de
l’ineffable interaction entre Dieu et Ses créatures humaines, une relation qui est
la mieux décrite dans un langage symbolique. (Considérez, par exemple, les
termes hébreux adam, adama, qui signifie respectivement homme et terre ; et
'eden, qui signifie "félicité", "joie", un synonyme virtuel de "paradis", comme
dans Es 51,3; Ez 28, 13 ; 31, 9, 15-18, où l’élément mythologique sous-entendu
est assez évident).
Bien sûr, nous ne pouvons pas connaître l’esprit de l’auteur biblique, mais
il semble qu’il ait développé l’histoire d’Adam et Eve (sur la base d’une
ancienne tradition orale) comme une sorte de "parabole étiologique" ; une
histoire qui explique, à travers une imagerie mythologique, l’activité de Dieu de
la création du monde à des réalités spécifiques et à des expériences de notre vie
de tous les jours. Son but était de répondre à des questions comme celles-ci :
comment l’homme et la femme sont apparus ? Pourquoi y a-t-il le péché humain
et la mort ? Pourquoi les femmes souffrent-elles de douleurs à l’accouchement,
et pourquoi les hommes doivent-ils travailler à la sueur de leur front pour se
procurer les choses essentielles à la vie.

3
Pour répondre à de telles questions, l’auteur de la Genèse 2:3 s’est permis
d’être inspiré et guidé par le Saint Esprit, pour créer cette belle et profonde
histoire d’Adam et Eve. Pour comprendre correctement cette histoire, nous
avons besoin de la lire de façon allégorique et symbolique. Nous devons
regarder au-delà des événements historiques particuliers (le Paradis, après tout,
est trans-historique, au-delà du temps et de l’espace, comme l’ont témoignés les
paroles de Jésus sur le "bon larron") pour être en mesure de percevoir au centre
du début de l’histoire humaine la présence et l’activité de Dieu, qui est le
Créateur et Celui qui perpétue tout ce qui existe.
Ceci suggère le motif derrière le travail inspiré de l’Esprit en guidant la
composition de la narration biblique. A travers l’histoire d’Adam et Eve, Dieu
Se révèle comme Créateur, Juge et Rédempteur qui a l’autorité suprême sur la
vie et la mort. Son but n’est pas contrecarré par le péché humain ou l’influence
démoniaque, un point rendu clair non seulement par les événements dans le
jardin, mais aussi par Sa protection de Caïn. Protégé par un signe divin, ce fils
fratricide d’Adam devint une image prophétique du peuple d’Israël, à la fois
pécheur et rebelle, mais aussi aimé et protégé par le Seigneur de l’Alliance
contre tous ceux qui les détruiraient.
L’histoire d’Adam et Eve est en fait l’histoire de chacun de nous. A cause
de notre propre rébellion nous avons été expulsés du Paradis, et une épée ardente
nous empêche maintenant d’atteindre la vie de beauté, de paix et de joie pour
quoi Dieu nous a fait. Dans nos vêtements de peau, nous errons sur la terre,
espérant redécouvrir et entrer à nouveau dans le jardin dans lequel et pour lequel
nous avons été créé.
Le véritable but et l’accomplissement du récit de la Genèse est exprimé le
plus éloquemment par l’icône pascale de la descente du Christ en enfer. Alors
que son corps repose dans un autre jardin, le Fils de Dieu, le deuxième Adam,
pénètre dans le royaume des morts pour nous libérer du pouvoir de la mort qui
nous lie et nous maintient en exil. Là Il attrape les mains d’Adam et d’Eve, et
avec eux Il prend dans Ses bras chacun de nous pour nous élever avec Lui et
nous rétablie en complète communion avec le Dieu de la Vie et de l’Amour. Le
sens final de cette histoire, est alors résumé dans les mots simples et pourtant
profonds de Saint Ephrem le Syrien : "le Seigneur d’Adam est venu nous
chercher ; / Il est entré en enfer et l’a trouvé là, / puis l’a conduit et amené
dehors / pour l’installer une fois encore au Paradis".2

Traduit de l’anglais par A.A. pour Orthodoxie.com

2 Traduction libre provenant de Hymns on Paradise 8 :10, (tr. S. Brock ; SVS Press, 1990, p.135).
Désolée pour la mise en page mais un copier coller de format pdf n'est pas évident.
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Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » dim. 26 nov. 2006 1:05

Yannis, ne rendez pas à César ce qui appartient à Césarine ! Lorsque Antoine utilise l’expression « Monsieur Adam », il ne fait que citer un texte que j’ai importé de mon blog et que vous trouverez dans une page précédente de ce fil. Si vous vous y reportez, vous verrez qu’il s’agit d’une allusion à une analyse linguistique du texte hébreu de la Genèse.
En hébreu, on lit ha adam, où ha est un article qui tend vers le démonstratif, comme le the anglais et la traduction littérale serait « le rouge » ou, mieux, « ce rouge ». Il y aurait toute une exégèse à faire de cette rougeur mais ce n’est pas le point en débat en ce moment. Très logiquement, la Septante traduit par anthropos, homme. Dans les deux cas, il ne s’agit pas d’un nom propre.
La version bilingue de la Septante que l’on trouve sur Internet bascule au verset 16 où adam n’est plus traduit et se voit même offrir la majuscule qui en fait un nom propre. Cela se produit juste à l’articulation du récit, au moment où la création de l’homme est achevée et où l’on rentre dans la narration du drame de la chute. C'est-à-dire au moment où le narrateur introduit l’Arbre de la Connaissance du bon et du mauvais, arbre qui ne figure pas dans les manuels de botanique, c’est le moins qu’on puisse en dire. Dans le texte hébreu, ce basculement du nom commun au nom propre n’existe pas, la transition narrative se fait plus en douceur. Je dirais que le texte grec et le texte hébreu ne se contredisent pas mais s’éclairent mutuellement. Toutefois restons sur le texte grec pour éviter toute controverse annexe et inutile. Pour arbre, la Septante emploie xylos qui signifie surtout le bois. Si je tente une traduction littérale, c’est « le bois pour connaître [bon, beau, bien] et [mauvais, malheureux, défectueux] ». Ce qui rejoint exactement le sens de l’hébreu. Le plus intéressant dans le basculement qu’opère la Septante, c’est qu’Adam devient un nom propre au moment où Dieu lui donne ce que la traduction française appelle un commandement ou un précepte, que l’exégèse juive assimile à la Torah sous une forme parfaite ; mais le grec utilise le terme logos. Dieu donne une parole à l’homme, sa parole, son Verbe, et l’homme devient alors une personne. La Septante est ainsi christo-prophétique.
Tout de suite après le don de cette parole, vient la création de… Eve ? Non, la Septante dit une femme, la femme. Elle n’a pas plus de nom propre que l’homme au moment de sa création. Et voilà Adam, ou le narrateur, on ne sait pas trop, qui prophétise que « l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme » alors que ce premier homme n’a ni père ni mère – sinon Dieu même, son créateur. Et si l’on va au fond du récit, c’est bien ce qui se passe aussi dans la chute où l’homme se détourne de la parole, du logos divin, pour suivre le désir de la femme, désir dévié par le serpent vers l’arbre interdit. Et cette relation où l’homme devenu personnel en recevant le logos et s’attache à sa femme afin qu’ils soient « deux en une seule chair » va s’inverser après la chute : c’est la femme qui va tourner son désir vers l’homme et ce qui était miroir (Ish et Isha en hébreu) devient rapport de domination de l’homme sur le désir de la femme qui s’attache à lui. Et, je le répète, c’est à ce moment que l’homme nomme la femme, Eve en hébreu, Zoé en grec : Vie. Très mystérieusement, c’est alors que la femme est nommée comme une personne. Par l’homme et devant Dieu.

La profondeur de ce texte me laisse pantoise à chaque lecture.

Donc dans le texte Adam puis Eve-Zoé (Rouge et Vie) apparaissent comme des personnes. Sur ce point nous sommes tous d’accord, vous, moi et les Pères de l’Eglise. Reste à comprendre ce que cela signifie.
Je vais prendre une comparaison qui fera peut-être hurler mais je n’ai pas les oreilles trop fragiles ; et je suis très consciente des limites d’une telle comparaison. Prenons Sherlock Holmes. C’est un personnage de roman imaginé par Conan Doyle, nous sommes bien d’accord aussi. Mais si je lis Le chien des Baskerville, le récit me présente un être qui parle, agit, transforme son univers, un être qui a toutes les apparences d’une personne et qui, même, préfigure d’une certaine façon la police scientifique telle qu’elle se mettra en place dix à quinze ans plus tard dans la réalité. Pour reprendre la distinction du père Jean Breck, sa vérité n’est pas factuelle. On ne peut toutefois le traiter de « représentant vague et impersonnel » des détectives privés ou des laboratoires de police. Il est assez typé et a suffisamment de « présence » comme on dit au théâtre pour que l’Angleterre lui consacre un petit musée et qu’un club de passionnés se mette à lui inventer de nouvelles aventures. Il reste que la vérité de Sherlock Holmes est très étroite, localisée dans l’espace londonien, le temps de l’époque victorienne et la problématique de l’approche scientifique de l’observable.
C’est toute la différence entre roman et parabole. Adam est aussi le personnage d’un récit mais d’un récit tellement riche, vaste et profond que sa vérité, sans être factuelle, concerne chacun de nous et nous concerne tous. On peut parler d’Adam comme d’une personne car au travers des termes du récit, du choix des mots, de l’articulation narrative, il est icône de la personne, icône de toute personne. Et, en ce sens, il est une personne.
Mais ce n’est pas tant historique que méta-historique.
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."

Yiannis
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Message par Yiannis » dim. 26 nov. 2006 1:35

Anne Geneviève a écrit :Yannis, ne rendez pas à César ce qui appartient à Césarine ! Lorsque Antoine utilise l’expression « Monsieur Adam », il ne fait que citer un texte que j’ai importé de mon blog et que vous trouverez dans une page précédente de ce fil. Si vous vous y reportez, vous verrez qu’il s’agit d’une allusion à une analyse linguistique du texte hébreu de la Genèse.
Merci de la correction Anne Geneviève, je n'avais l'intention d'être injuste à l'égard de personne! Je présente également mes excuses à Antoine.
Je m'intéresserais à avoir l'adresse de votre blog.

Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » dim. 26 nov. 2006 7:46

C'est facile : cliquez sur le bouton www en bas de mes posts... mais ne vous attendez pas à n'y trouver que de l'exégèse biblique : ce sont les problèmes de société que j'y aborde surtout. Pour le texte sur Adam, il vous suffit de remonter trois pages sur ce fil même.
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Message par Antoine » lun. 27 nov. 2006 10:31

L'expression « Monsieur Adam et Madame Eve » n'est pas faite pour ridiculiser. Elle n’est pas de moi. Elle est empruntée à Anne Genneviève.(Cf mon message du Ven 24 Nov 2006 9:26 )
Je garde l'expression qui est commode pour ne pas à avoir à utiliser sans arrêt de périphrase explicative et distinctive sur la signification du terme Adam et sur les conceptions que nous avons déjà développées dans ce fil. . Cela permet ainsi de distinguer un Monsieur Adam lecture littérale d'un Adam, figure Allégorique. Monsieur Adam vécut 930 ans, dont 230 avant la naissance de Seth. Et il est né en l’an 0 (avant JC) +6 jours. Pas très commode pour lui souhaiter un anniversaire mais il faudra faire avec si nous gardons cette catégorie moderne de l’Histoire en prisme de lecture, ce qui n’était pas la préoccupation du rédacteur du texte de la Genèse..
Les Pères emploient tantôt Monsieur Adam tantôt Adam selon les fins pédagogiques. C'est un peu comme un théorème dont on se sert sans avoir à le re-démontrer à chaque utilisation.

Ce qui est intéressant c'est l'utilisation que les Pères font d'Adam et non pas la carte d'identité qu'ils lui donnent en fonction des connaissances de leur temps.(On le voit ne serait-ce que par les 930 années de vie qui lui sont attribuées et qu’aucun Père n’aura calculé selon la taille de sa barbe.) Qu' Adam ait vécu dans le temps et ait connu la mort comme vous le souligne Yiannis, personne ne le nie. Le tout est de savoir ce que l'on met sous le mot Adam même si on le chante, le prie et l'enseigne sous l'identité de Monsieur Adam. On ne niera pas le temps et la mort de l’Adam, la nature déchue que l’on origine dans le récit mythique de la chute. Ça, oui, c’est important. Monsieur Adam est le personnage mythique qui aura permis aux Pères de développer une théologie de l’Adam. De Monsieur Adam lui-même il n’y a rien à croire. Adam appartient à la théologie, Monsieur Adam non. L’Adam a une réalité historique, Monsieur Adam non. En se focalisant historiquement sur Monsieur Adam on n’est plus dans le discours théologique et on détourne le texte biblique de sa fonction.
Il y a beaucoup d’éléments dans le récit de la Genèse que l’on utilise de cette façon. :
L’arbre de la connaissance du bien et du mal par exemple (dont Geneviève a déjà expliqué l’hébraïsme ci-dessus), il sera difficile de prendre l’arbre dans un sens littéral. Alors pourquoi devrions nous prendre Adam au sens de « Monsieur » Adam ? Parce que les Pères l’on fait ? Ne faut-il pas s’interroger sur pourquoi ils l’on fait ? Sur le pourquoi et le sens de la littéralité ? Et découvrir ce qui dans leurs interrogations est encore la notre ?
De même il sera difficile de prendre « serpent » au sens littéral , ainsi que la géographie du « jardin d’Eden » ou encore les « tuniques de peau. » Les tuniques de peau voilà encore un terme qui engendre chez les Pères une anthropologie importante, etc…
Si Adam est l’image du Christ en chacun de nous, la figure de l’humain dans laquelle le Christ devait et s’est incarné, alors oui Adam est notre Père à tous.
J’ai cité St Basile et sa thématique de l’homme intérieur / extérieur.
Homélie I,7 « Créons l'Homme à notre image. » C'est de l'homme intérieur qu'Il dit : « Créons l'Homme. »St Basile explique que le terme « modeler » est employé pour ce qu’il appelle l’homme extérieur.
Alors pourquoi ignorer St Basile et continuer de prendre Adam sous l’aspect de l’homme extérieur, Monsieur Adam. Faut-il exclure St Basile de la Tradition?
Tout le récit biblique est un récit sur l’homme intérieur . Pourquoi en faire un récit historico-scientifique de la création de l’homme extérieur. Ce n’est pas la lecture qu’en font les Pères comme le montrent les extraits que j’ai publiés ci-dessus dans ce fil.
Que l’on ne me fasse pas dire non plus le contraire de ce que j’avance avec la Tradition des Pères. Il n’y a pas d’homme intérieur sans homme extérieur. Mais la réalité « historique » décrite dans la Genèse concerne l’homme intérieur. Elle s’appuie pour ce faire sur un Monsieur Adam et une Madame Eve et affirme la création du monde ex-nihilo dont l’homme dans sa relation à Dieu est l’aboutissement et la finalité. Mais la réalité historique du Monsieur Adam extérieur telle que nous la concevons n’est pas l’objet du récit de la Genèse. Nous faisons fausse route en nous attardant sur Monsieur Adam et en voulant donner des justifications à partir du texte de la Genèse sur l’émergence de la vie humaine dans le monde.

Nous faisons fausse route en tentant des affirmations d’ordre scientifique à partir du donné et du révélé théologique. Imaginons de plus, aujourd’hui, que l’on découvre que nous ne soyons pas seuls dans l’univers et alors tout le récit biblique pris littéralement s’écroulerait et les conséquences se répercuteraient jusqu' à l’incarnation et l’historicité du Christ dans sa double nature. Or le récit biblique doit pouvoir être lu avec la même universalité par un "extra-terrestre" si cela se produisait et s'il s'avérait qu'il y ait une intelligence ailleurs que sur terre. Sinon le récit n'est pas universel et sa vérité se relativise grandement et dangereusement à l'aune du point que représente la terre dans l'univers. De plus le mythe d’Adam et Eve et celui de la création en six jours ébranle la foi de beaucoup lorsque le texte affronte les données de la science. Hors ce n’est pas le texte qu’il faut incriminer mais la lecture que l’on en fait et la façon de le confronter avec nos connaissances scientifiques modernes, jusqu’au concordisme. Les Pères étaient très attentifs aux connaissances scientifiques de leur temps et ils s'en servaient. Grégoire de Nysse par exemple tire des conclusions spirituelles de ses connaissances médicales quand il analyse par exemple le rôle du foie, l'appétit et la façon dont la nourriture se répartit dans le corps, le rôle du cerveau, la vue etc...Ce contextuel est important dans leur appréhension du texte biblique de même que le contextuel biblique est lui-même important pour le ou les rédacteurs successifs du pentateuque. Geneviève a déjà donné des exemples de pensée sémitique qui, si elle sont ignorées, induisent des contresens importants dans la compréhension du texte. Et le rejet catégorique de Jean-Louis Palierne vis à vis du texte hébreux n'est pas recevable et conduit à une limitation de la légitimité de toute interrogation.
La fonction littéraire du couple primitif n’a pas pour finalité de nous renseigner sur l’émergence de la vie humaine dans l’univers.
J’entends déjà certains lecteurs crier au scandale, me taxer de modernisme et de non orthodoxie. Plutôt que de me coller l’étiquette facile de modernisme qui exclut ainsi toute pensée, et de m’imputer le crime de lèse Tradition, je les exhorte plutôt à me corriger avec des arguments sérieux et à redresser ma foi qu’ils jugent peu orthodoxe malgré les nombreux messages sur d’autres sujets qui jalonnent ce forum.
Vous trouverez ci-dessous des extraits d’un texte de Jacques de Saroug, évêque du 5éme siècle. Nous connaissons tous ce passage de l’exode dans le quel, lors de sa rencontre avec Dieu, Moïse lui demanda de voir sa gloire (Ex 33, 8). Dieu lui répondit : «Tu ne peux voir ma face, car l'homme ne peut me voir et vivre » (v. 20). A son retour auprès des siens, « voilà que rayonnait la peau de son visage, et ils eurent peur de s'avancer vers lui • (Ex 34, 30). Pour cette raison, Moïse, en parlant avec son peuple, « mit un voile sur son visage (34, 33
Jacques rédige une homélie sur ce voile de Moïse. Je ne retiens dans les extraits que ce qui concerne nos protagonistes Adam et Eve. Jacques nous explique pourquoi Moïse a volontairement utilisé la figure d’un couple et ce que cette figure cache.
Mais sans doute l' évêque de Tatnan dans le district de Saroug près d’Edesse, qui naquit vers 449 à Haura et mourut en 521 était déjà un moderniste du 21ème siècle avec 1500 ans d’avance ! Certes il appartenait au courant monophysite mais ce point n'intervient pas pour notre débat.

Notons que, pour Jacques, Moïse est le rédacteur du pentateuque Il est plus que probable que ce ne soit pas le cas. Les deux premiers récits de la Genèse appartiennent à deux traditions différentes et le deuxième est plus ancien que le premier. Mais cela ne change rien à la force de l’homélie de Jacques.
Nous empruntons le texte au livre « Lire la bible à l’école des Pères » (encore un titre moderniste n’est pas…) publié chez Migne dans la collection « Les Pères dans la foi » (autre titre éminemment moderniste....) qui reprend la traduction de P. Mouterde, parue dans La Vie Spirituelle, T. 91, 1954, p. 142-162.

Homélie de Jacques de Saroug

« Quand Moïse eut fini de parler au peuple, il mit un voile sur son visage. Lorsque Moïse entrait devant Yahvé pour parler avec lui, il ôtait le voile jusqu'à sa sortie. En sortant, il disait aux Israélites ce qui lui avait été ordonné, et les Israélites voyaient le visage de Moïse rayonner. Puis Moïse remettait le voile sur son visage jusqu'à ce qu'il entrât pour parler avec lui » (Ex 34, 33-35).

Un homme sage me demandait un jour : « Que signifie donc le voile du visage de Moïse ? Dans quel but ce grand prophète se voilait-il la figure devant les Hébreux, et pourquoi ne pouvaient-ils pas contempler sa face ? Quelle raison poussa cet homme qui avait parlé avec Dieu à tenir au milieu du peuple le rôle d'un masque de théâtre ? Pourquoi donc lui, la source première du prophétisme, se montra-t-il aux yeux des spectateurs le visage couvert d'un voile ? Si tu le sais, explique-moi pourquoi Moïse était voilé et pour-quoi personne ne pouvait découvrir son visage.
Viens, ô Grâce qui dévoiles les divins mystères, pour résoudre l'énigme que proposent les sages. Viens, parle en moi, car seul je ne pourrais proférer le discours d'où jaillira la vérité. C'est de toi, c'est en toi, Grâce, que je veux puiser mon discours, de toi qui par tes révélations nous prodigues la rectitude d'interprétation.
Viens, ô Grâce, et justifie la raison pour laquelle cet Hébreu est voilé. Un amour médiateur doit venir entre nous, car quiconque écoute sans amour ne peut saisir ce qu'il entend.
Le voile sur la face de Moïse signifie que les paroles prophétiques ont un sens caché. Dieu voila ainsi le visage de Moïse parce qu'il devait être le type du sens voilé des prophéties.
Le Père avait un Fils dont il avait caché l'existence ; personne n'en savait rien ; il désira le révéler au monde par des signes et dans des prophéties, lui parler de son bien-aimé. Il voila donc Moïse pour qu'il fût une figure de la prophétie, pour que chaque prophète qui, dans le monde, se lèverait pour parler, soit sûr que ses paroles demeureraient voilées pour ses auditeurs, et qu'elles contiendraient quelque chose de mystérieux, que seuls pourraient comprendre ceux qui auraient été initiés. C'est pourquoi il s'écria par la bouche du prophète : « Je détiens un secret, je détiens un secret » (Is 24, 16 Vg.).Le monde devait remarquer que les prophéties contiennent des mystères et que les paroles et les gestes des prophètes avaient un sens voilé. Derrière des allusions, elles dissimulent leur objet véritable, pour qu'il ne soit pas reconnu. Elles parlent en paraboles et prononcent des mots mystérieux, pour que le monde ne puisse reconnaître avec évidence le Fils de Dieu.
Le peuple, en effet, avait déjà multiplié ses idoles et, par tout le pays, répandu ses faux dieux ; il ignorait alors que Dieu avait un Fils. Jusqu'où n'aurait-il pas poussé son idolâtrie s'il avait eu connaissance de ce Fils caché ? Quelle magnifique occasion pour lui de multiplier ses idoles sur la terre ! C'est ce que le Père voulait éviter ; et chaque jour il criait : « Il n'y a qu'un Seigneur, il n'y a qu'un Seigneur. » Et cependant les prophètes annonçaient le Fils ; ils en parlaient en énigmes et en paraboles. Sous une forme voilée, par des allusions, poussés par l'Esprit ils annonçaient le Fils à tout l'univers. Le voile du visage de Moïse reposait aussi sur leur langage, lorsqu'ils parlaient du Fils unique. L'éclat dont resplendissait le visage de Moïse, c'était le Christ qui brillait en lui ; mais il fut caché aux yeux des Hébreux ; ils ne devaient pas le voir. Le Père savait, en effet, que le peuple n'était pas digne de contempler ce Fils, c'est pourquoi il le cacha derrière ce voile.

Les prophètes étaient les amis du Père qui les avait initiés à ses mystères. Il leur confia des énigmes, allusions à son bien-aimé. Il voila Moïse pour qu'à ce voile le monde reconnût qu'il était de la nature de la prophétie d'être cachée. Tout l'Ancien Testament se présente à nous voilé, comme Moïse, le type de toute prophétie. Derrière ce voile, étendu sur les livres des prophètes, apparaît le Christ, auguste juge, siégeant sur son trône de gloire. Mais tous les prophètes dissimulèrent ce qui leur avait été révélé à son sujet ; ils ne devaient pas s'expliquer devant ceux du dehors.
Moïse était voilé ; quel prophète aurait pu se découvrir la face ? A sa suite, tous voilèrent donc leurs discours. Simultanément, ils annonçaient et voilaient ; ils présentaient leur message, et en même temps le recouvraient d'un voile pour ne pas s'écarter de ce qu'avait fait le grand Moïse. C'est parce que Jésus brillait dans leurs livres qu'un voile le dérobait aux yeux, voile qui proclame à tout l'univers que les paroles des Saintes Ecritures ont un sens caché. Par là Moïse est le modèle de tout discours prophétique, il est le type du caractère caché de l'Ancien Testament.
Notre Seigneur a soulevé ce voile lorsqu'il expliqua les mystères à l'univers entier. Par sa venue, le Fils de Dieu a découvert le visage de Moïse, visage voilé jusqu'alors, paroles inintelligibles. La nouvelle Alliance est venue éclairer l'Ancienne ; le monde peut enfin saisir ces paroles que plus rien ne recouvre. Le Seigneur, notre Soleil, s'est levé sur le monde et a illuminé toute créature ; mystère, énigmes sont enfin éclaircis. Le voile mis sur les livres a été soulevé et le monde contemple le Fils de Dieu à découvert.

Dans le mystère de ses desseins, le Père avait accordé une Epouse à son Fils unique et la lui avait présentée sous les figures de la prophétie. Et dans son amour, il bâtit un palais immense à l'Epouse de celui qui était lumière, et peignit sur les parois de la demeure diverses images de l'Epoux Moïse parut et traça d'une main experte une image de l'Epoux et de l'Epouse qu'il recouvrit aussitôt d'un voile. Il inscrivit dans son livre que l'homme quitterait son père et sa mère pour s'attacher à son épouse, de sorte que de deux ils devinssent véritablement un. Moïse, le prophète, nous parle ainsi de l'homme et de la femme pour annoncer par là le Christ et son Eglise. Avec l’œil perçant du prophète, il contempla le Christ devenant un avec l'Eglise à partir du mystère de l'eau. Il vit le Christ, dès le sein virginal, l'attirer à lui, et l'Eglise, dans l'eau du baptême, attirer le Christ à elle. Epoux et Epouse devinrent ainsi mystiquement unis de façon totale ; voilà pourquoi Moïse écrivit que de deux ils deviendraient un (cf. Gn 2, 24 = Ep 5, 31.32).

Moïse, le visage voilé, contemplait le Christ et l'Eglise ; l'un il l'appela : Homme, et l'autre : Femme, pour éviter de montrer aux Hébreux la réalité dans toute sa clarté. De diverses manières il voila ses paroles à ceux du dehors ; il décora la demeure du royal Epoux d'une image qu'il intitula : l'Homme et la Femme, bien qu'il sût que sous ce voile se cachaient le Christ et l'Eglise. Mais à leur place, en raison du secret à garder, il annonça seuls l'Homme et la Femme, car le voile devait encore, durant un temps, recouvrir le mystère. Personne ne connaissait la signification de cette grande image ; on ignorait ce qu'elle représentait.
Après les fêtes nuptiales, vint Paul ; il vit le voile étendu sur leur splendeur et le souleva. Il révéla le Christ et son Epouse à l'univers entier et les montra comme étant ceux que Moïse avait décrits dans sa vision prophétique. L'Apôtre s'écria dans un élan d'enthousiasme : « Ce mystère est grand » (Ep 5, 32). Il révéla qui représentait cette image voilée appelée par la Prophétie l'Homme et la Femme. « Je le sais, c'est le Christ et son Eglise qui de deux sont devenus un. »

Le voile sur le visage de Moïse a enfin disparu. Venez tous voir cette splendeur qu'on ne peut se lasser d'admirer ! Le grand mystère, caché jusqu'ici, est enfin mis en lumière. Que les convives de la noce se réjouissent à la vue de la beauté de l'Epoux et de l'Epouse ! Il se donna à elle, il se livra à celle qui était dans l'indigence et en fit sa possession ; unie à lui, elle participe à sa joie, pour l'exalter il s'abaissa à son humble niveau ; car ils sont un : là où il est, elle demeure avec lui. Paul, ce géant de l'apostolat, nous a donné une interprétation claire de ce mystère. La beauté de l'Epouse, cachée jusqu'alors, a été manifestée, peuples et nations admirent sa splendeur.
Le fiancé a amené la fille de la lumière dans un nouveau sein maternel ; l'eau prédestinée du baptême la conçut et l'enfanta. Lui se trouve dans l'eau et l'appelle à lui, elle descend, l'attire, sort de l'eau et le reçoit, tout cela pour que soit vérifiée la parole de Moïse, que de deux ils sont devenus un. Par l'eau se noue entre l'Epoux et l'Epouse un lien de pureté et de sainteté ; ils deviennent un dans l'unité de l'Esprit par le baptême.[…]

L'Homme et la Femme avaient donné l'occasion d'esquisser ce mystère dont ils n'étaient qu'ombres, types et figures. Derrière ces noms d'homme et de femme, Moïse exprima ce grand mystère, le cachant, le conservant sous le voile pour ne le pas découvrir. L'Apôtre en révéla l'éclat à toute la terre et la parole de Moïse : « De deux ils deviendront un », s'en trouva éclairée.
Dernière modification par Antoine le lun. 27 nov. 2006 17:33, modifié 6 fois.

Antoine
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Message par Antoine » lun. 27 nov. 2006 12:17

Voici un exemple pris chez Grégoire de Nysse de l’utilisation par les Pères des connaissances scientifiques de leur époque.
Dans la création de l’homme Grégoire utilise donc les connaissances développées par Héraclite d’Ephèse, Socrate , Platon, Aristote les stoïciens et reprend la cosmologie de Poséidonios, (135-51). Il est évident qu’on ne peut plus formuler les choses de cette façon aujourd’hui et qu’il faut abandonner tout le contextuel pour ne conserver que ce qui caractérise l’intention de Grégoire, la finalité de sa pensée. Il luttait contre un panthéisme ambiant qui faisait des éléments naturels ses divinités. Or pour lui tout ce qui est sujet au mouvement et à l’altération ne peuvent être de l’ordre de l’incréé. Seul Dieu est immuable.
Devons nous faire entrer dans la Tradition le fait que le soleil tournerait autour de la terre ? Alors lisons le texte et gardons la même distance quand nous lisons la création d’Adam et ses commentaires patristiques que celle que nous aurons vis à vis des démonstrations de Grégoire de Nysse. Je prends Grégoire de Nysse car après Saint Basile, c’est le deuxième auteur auquel nous renvoyait Jean-Louis Palierne. Mais on peut se faire un florilège de textes patristiques et nous tomberons sur les mêmes oppositions car ce ne sont pas les textes mais la façon de les lire qui est ici en cause au nom d’une soi-disant Tradition de l’Eglise qu’on est allé pêcher je ne sais où. Pourquoi ce qui nous va nous sembler évident lorsqu’il s’agit des erreurs cosmologiques de Grégoire face à l’astrophysique moderne, ne nous semble pas évident quand il s’agit de la création de l’homme ? Pourquoi n’aurions-nous pas le droit au même regard critique quand il s'agit de l'anthropologie.? Il est curieux que nous soyons si frileux lorsque nous sommes nous mêmes notre propre objet d'étude. Ne serait-ce pas là au contraire la trace de notre manque de foi et un ralliement désespéré à une pseudo Tradition pensée non pas comme soutien de la foi mais comme soutien de notre manque de foi? La crucifixion ne sous suffit pas car elle nous entraîne sur la croix Aimer Dieu est difficile et nous cherchons toujours des preuves là où il n'y a qu'a répondre oui. C'est ça la différence entre le temps et l'éternité. L'éternité est l'immédiateté de la relation à Dieu. Elle se passe de preuves. La preuve, elle, est toujours un différé de la réponse. Mihaela, il n'y a pas de création du temps. Le temps n'est pas une substance créée: Il est une catégorie entachée par la suspicion introduite en l'homme par le serpent. Tout comme le désir. Dieu est désir. Au sein de la Trinité chaque personne est désir de l'autre et réponse simultanée à ce désir. Mais notre désir à nous est vicié par la chute et notre désir de Dieu est considérablement freiné, déchu de par le désir du monde. (Cf la théologie du désir chez St Maxime le confesseur). Notre désir de l'incréé est devenu désir du créé et notre déification n'a pu aboutir car nous nous sommes détournés du divin. La mort est le processus de cette non éternisation suite à la chute. C'est nous qui avons renoncé à notre propre éternité qui sera alors restaurée par la Résurrection du Christ. Le « tu mourras» de la Genèse n’est pas une sanction punitive. Il est au contraire un deuxième salut offert à l’homme , un second don d’éternité offert par Dieu à l’homme et réalisé par le Christ sur la croix ou plus exactement la poursuite de ce même don tel qu’il est prévu dans le dessein du conseil trinitaire à notre égard. C’est en cela que le monde vu par Dieu est bon : c’est que malgré le mal, le don de Dieu reste immuable et non atteint. Pourquoi Dieu continue-t-il de créer malgré le mal : C’est parce que sinon « le mal l’emporterait sur la bonté de Dieu » nous répond St Jean Damascène (La foi orthodoxe Livre IV Chap. XXI.) C’est ça que le Christ dit lorsqu’il proclame : « ne craignez pas, j’ai vaincu le monde » . Il y a bien sûr toujours du mal dans ce monde, mais ce mal n’entrave pas la volonté créatrice de Dieu qui poursuit notre processus de déification par l’Incarnation , la Crucifixion et la Résurrection du Christ. La mort est le refus par Dieu de ne pas laisser l'homme s'éterniser dans le mal. Ce refus est une conséquence de notre choix d'acquiescer au mal et non pas une création du mal par Dieu. La sentence de St Paul qui intitule la rubrique n’a aucun sens s’il s’agit de la mort physique des animaux et des bouleversements qu’à connus le cosmos. Le péché a entraîné la mort, c’est à dire nous éloigne de la vie éternelle, mais le péché n’a pas d’emprise sur le dessein de Dieu à notre égard et Dieu a poursuivi notre déification malgré la péripétie de la chute. Le mal est vaincu. Voilà la véritable Tradition de l’Eglise. Et pas de savoir si le lion primitif mangeait de la viande.

Ouvrons donc le traité « La création de l’homme » de Grégoire de Nysse. J’emprunte la traduction au livre paru dans la collection « Les Pères dans la foi » paru chez DDB.
Je publie en noir le texte et en rouge quelques remarques succinctes.


Constitution du monde : pesanteur et légèreté — fixité et mouvement — terre et ciel

«Voici le livre de la Genèse du ciel et de la terre», dit l'Ecriture (cf. Gn 2, 4) : quand fut achevé l'ensemble du monde visible, et que les êtres furent séparés et gagnèrent chacun la place qui lui est propre ; quand le cercle que forme le corps céleste vint contenir l'univers, la région centrale du monde étant occupée par les corps que leur pesanteur attire vers le bas, c'est-à-dire par la terre et l'eau, qui se contiennent et se soutiennent mutuellement. Une solide liaison entre les choses ainsi créées fut instituée dans la nature par l'industrie et la puissance divines, qui tenaient les rênes de l'univers, grâce à l'action de forces doubles : la fixité et le mouvement, par lesquels l'industrie divine fait naître ce qui n'existait pas encore et maintient en vie ce qui existe : autour de la partie immobile de la nature à laquelle sa pesanteur interdit tout déplacement, comme autour d'un axe fixe, elle lance le mouvement de rotation
très rapide de la sphère céleste, comme une roue, et, l'une par l'autre, elle les maintient toutes deux dans une union indissoluble: la substance en rotation, à cause de la rapidité de son mouvement, enserre dans un cercle l'élément dense, c'est-à-dire la terre, tandis que la solidité et la fermeté de cet élément, grâce à la fixité qui lui interdit tout déplacement, accroissent sans cesse la vitesse de révolution de ce qui tourne autour de lui. Chacune de ces deux substances, séparées par les forces en action chez elles, a reçu une caractéristique dominante: pour l'une la fixité naturelle, pour l'autre la translation circulaire privée de fixité. Ainsi, la terre ne se départit jamais de sa stabilité, elle ne change pas de place; le ciel, quant à lui, n'abandonne ni ne relâche jamais la force de son mouvement. Voilà les éléments premiers que la sagesse du Créateur a établis dès l'origine comme principes du mécanisme du monde. Et voici ce que veut montrer, à mon sens, la parole du grand Moïse , «au commencement Dieu créa le ciel et la terre» (Gn 1, 1) : c'est du mouvement et de la fixité qu'est issue toute la création visible, tout ce que la volonté divine amène à l'existence.
Il est évident, que le concept de fixité a pris du plomb dans l’aile depuis le IVème siècle de notre ère. Sur le rapport des forces de la fixité et du mouvement on est dans une cosmologie qui n’est plus en phase avec nos connaissances actuelles. Chercher de la fixité dans un monde en expansion serait risible.



Caractère intermédiaire de l'air et de l'eau

Maintenant, comme le ciel et la terre sont diamétrale-ment opposés, parce que les forces que l'on voit en activité en eux sont des forces contraires, ce qui dans la création est intermédiaire entre ces contraires participe en partie à la nature des éléments voisins, et constitue le moyen terme entre ces extrêmes : ainsi se trouve manifestée l'union naturelle que permet cet intermédiaire entre ces contraires: l'éternelle mobilité, la subtilité de la substance ignée, on les trouve imitées, en quelque sorte, par l'air, dans sa légèreté naturelle et sa disposition au mouvement ; ce n'est pas à dire, pourtant, qu'il y ait en lui altération de la communauté de nature avec les éléments qui sont fixes : car, s'il ne demeure pas dans une éternelle immobilité, on voit bien aussi qu'il n'est pas toujours à se répandre dans un flux éternel ; mais que les propriétés qu'il partage avec ce qui est différent de lui en font une sorte de limite entre des forces d'activité contraire, car en lui se mêlent et se distinguent tout à la fois les éléments que leur nature sépare. De la même façon, les qualités doubles de la substance humide la mettent en harmonie avec chacun des deux éléments contraires : sa pesanteur qui l'attire vers le bas manifeste une nette communauté de nature avec l'élément terrestre ; mais, comme elle participe à une force active de fluidité et d'écoulement, elle n'est pas entièrement différente de la nature en mouvement : il y a ainsi une sorte de mélange, de réunion des contraires, c'est-à-dire de la pesanteur qui se transforme en mouvement, et du mouvement qui ne rencontre pas d'obstacle dans un corps lourd, en sorte qu'il y a rencontre des éléments qui sont par nature les plus séparés, et qui parviennent à l'unité par l'intermédiaire des moyens termes.

La terre est fixe, mais soumise à l'évolution; le ciel, qui n'évolue pas, n'a pas de fixité

Il y a plus: pour être précis, on doit dire que la nature même des éléments opposés n'est pas non plus entière-ment sans mélange des propriétés de leur contraire, étant donné que, à mon sens, il y a une inclination mutuelle de tous les éléments du monde visible les uns vers les autres, et qu'au sein de la création tout est animé du même souffle, même quand on découvre en elle les éléments opposés et leurs propriétés. Car le mouvement se laisse non seulement concevoir selon le changement de lieu, mais observerver dans l'évolution et l'altération ; et inversement, la nature qui n'est sujette à aucun déplacement n'admet pas le mouvement d'altération : inversant donc les propriétés, la sagesse de Dieu a mis dans l'éternellement mobile ce qui échappe à l'évolution, et dans l'immobile l'évolution .
Devons -nous faire de cette dernière assertion un dogme de foi et le rattacher à la Tradition de l'Eglise?

Ainsi, ni l'un ni l'autre ne saurait être Dieu

C'est assurément sa prévoyance qui conçut une telle organisation : il s'agissait d'éviter que cette propriété de la nature divine qui consiste à échapper à l'évolution et au déplacement, appliquée à l'un des éléments que l'on voit dans la création, puisse faire prendre la créature pour Dieu. Car il n'est plus possible d'accorder le caractère de la divinité à ce qui est soumis au mouvement ou à l'altération. Voilà pourquoi la terre est fixe, mais n'échappe pas à l'évolution; et pourquoi le ciel qui, au contraire, ne connaît pas l'évolution, n'a pas non plus de fixité : il s'agit pour la puissance divine de maintenir, par des noeuds soli-des, l'évolution liée à la nature fixe, le mouvement à la nature qui échappe à l'évolution, et de rapprocher entre elles ces deux sortes de substances en inversant leurs propriétés, pour montrer qu'elles n'ont rien à voir avec le divin tel qu'on le conçoit: comme on l'a dit, on ne saurait reconnaître pour une nature divine ni ce qui n'a pas de fixité, ni ce qui est sujet à l'altération.
Je ne retiens comme utilisable que Seul Dieu est immuable. Que l’immuable est une caractéristique de l’incréé. Ceci exclut que le monde soit coéternel à Dieu, consubstantiel à Dieu et reste un dogme du credo : Je crois en Dieu créteur du ciel et de la terre de l’univers visible et invisible. Adam appartient au créé mais le processus d’émergence de Monsieur Adam reste un objet de science et non pas de foi. L’auteur de la mise en place de ce processus reste le Dieu de la foi et le processus lui-même qui concerne Monsieur Adam reste objet de science et est sujet à l’évolution du savoir.
La création du monde par Dieu est une affirmation gratuite de la foi. Elle n’a pas d’autre fondement que la foi. Le parallèle imbécile de Voltaire : « une montre un horloger, un monde un Dieu » est une réduction irrecevable de ce qu’est la foi et de la démarche de liberté totale qu’elle exige. Le « je crois » n’est pas soumis à la Raison, il est soumis à l’amour .


La terre avant l'apparition de l' homme: une beauté sans maître...

C'est de cette façon que toutes choses sont arrivées, chacune en ce qui la concerne, à leur achèvement. Comme le dit Moïse, «le ciel et la terre furent achevés» (Gn 2, 4), ainsi que tous les intermédiaires; et chaque chose reçut les ornements de la beauté qui lui est propre. Il fut donné au ciel les astres et leur éclat; à la mer et à l'air, ce qui nage et qui vole; à la terre, toutes les variétés de plantes et de bestiaux, qu'elle enfanta en masse, par la puissance qu'elle tenait de la volonté divine. Il y avait abondance de beautés sur la terre, qui avait fait pousser les fruits en même temps que les fleurs; et dans les prés, abondance de toute végéation. Tous les rochers, tous les sommets, tous les versants et toutes les plaines, et toutes les vallées, se couronnaient de verdure nouvelle, et de la splendide variété des arbres : à peine sortis de terre, ils s'élevaient à la perfection de la beauté. Joie, naturellement, dans tous les êtres : on voyait bondir les animaux que le commandement divin avait appelés à la vie: par troupeaux et par espèces, ils vagabondaient dans les taillis. Tous les asiles ombragés, partout, retentissaient du gazouillement des oiseaux chanteurs. La mer, naturellement, offrait un spectacle comparable: elle était, à ce moment-là, toute sérénité, toute tranquillité, dans le rassemblement infini de ses vagues ; les abris et les ports, qui, selon la volonté divine, s'étaient creusés d'eux-mêmes sur les côtes, unissaient la mer à la terre ferme. La tranquillité du mouvement des flots répondait à la beauté des prés; sous une brise légère et favorable, un frémisse-ment léger effleurait la surface. Toute la richesse de la création, tant terrestre que marine, était prête; mais il manquait le bénéficiaire de ces biens...

Voilà une description très idyllique de notre planète d’avant l’appartition de Monsieur Adam. Et certains en déduiront donc que toute l’activité volcanique, et collisions de météorites ayant sans doute provoqué la disparition des dinosaures et d’autres espèces sont une conséquence du péché de l’homme.

Gardons notre foi Orthodoxe et affirmons selon la Tradition avec St Isaac le Syrien que "le péché est une goutte d'eau dans l'océan de la miséricorde divine". Il n'est pas la cause de la poussée des dents du lion.

Ploscaru Mihaela
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Message par Ploscaru Mihaela » lun. 27 nov. 2006 18:40

je vous remercie Antoine de vos réponses et j'en ai été très émue surtout celle-ci pour ce qui concerne mon questionnement : Dieu continue a créer malgrés le mal autrement ce serait le mal qui serait vainqueur! aussi bien sûr pour tous les autres commentaires qui, il est vrai, se heurtent à mon intelligence cartèsienne mais s'entrouvre, au moins, à celle descendue au coeur . Mihaela

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » mar. 28 nov. 2006 17:51

Le livre de la Genèse n’est pas un recueil d’apologues, de fables moralisantes ou de mythologies. C’est au premier gegré un livre d’histoire. Certes il nous est donné pour que nous tirions la leçon de l’histoire, mais parce que c’est notre histoire. Ce récit est écrit en un langége humain, et utilise des images humaines, mais c’est Dieu le Verbe qui est le prototype du langage humain.

Le Créateur a créé le monde par son Verbe : il a dit… et ce fut. Jour un. Il a créé Adam et Ève, à son image et à sa ressemblance il les fit. Il obtenaient la Vie en conformant leur volonté à celle de Dieu. Mais le Diable, celui se met en travers, les séduisit en leur suggérant qu’ils étaient capables de discerner entre le Bien et le Mal; Ils y employèrent leur volonté propre.

D’où une effroyable catastrophe. Par la volonté d’un seul homme la mort est entrée dans le monde entier; La nature toute entière se dressa de colère contre Adam et Ève. Dieu alors intervint pour limiter les dégats et faire de la mort une déchéance partielle et provisoire, mattant à notre disposition un temps intermédiaire pour prouver notre repentir.

Dieu le Verbe vint parmi nous, il devint le Nouvel Adam, le Fils de l’homme, pour retrouver son image souillée par la boue de nos passions. Par sa mort volontairement subie il a mis la mort à mort. Son premier geste de Ressuscité fut de briser les portes de l’Hadès pour extraire Adam et Ève et tous les justes qui l’avaient précédé.

Nous ne devons en aucun cas évacuer le réalisme du récit de l’économie du Salut. C’est notre histroire.

L’Église a reconnu en la Septante grecque le texte réellement inspirée. Recourir à des étymologies hébraïques ne nous apporte rien.
Jean-Louis Palierne
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Antoine
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Message par Antoine » mer. 29 nov. 2006 0:29

Il a fait aussi un beau jardin avec deux grands arbres dedans et puis un jour un joli serpent est apparu; et en ce temps là les serpents savaient parler. Et Adam et Eve on mangé un fruit défendu et ils se sont aperçu qu'il étaient à poils. Comme Eve n'avait pas eu le temps de s'épiler ils se sont cachés et Dieu est venu avec un grand panier de couturier et il leur a fait des tuniques en peau de chameau. Puis Adam et Eve ont eu deux enfants . Ils erraient tous les 4 sur terre chassés du jardin pour avoir mangé du fruit défendu. Et Caïn excédé de cette situation a tué son frère. Et puis là il a eu peur de tous les autres qui n'existaient pas et Dieu lui a peinturluré le front pour que ceux qui n'étaient pas là le reconnaissent et ne le tuent pas. Et puis après, on ne sait pas trop comment vu que Caïn n'avait pas de femme, il y a eu plein d'hommes et plein de filles sur la terre. Les fils de Dieu , car Dieu avait beaucoup d'enfants, trouvèrent que les nanas humaines étaient super et ils les prirent pour femmes. (gen 6;) Alors devant cet immense bordel Dieu a décidé de faire un gros déluge pour noyer tout le monde sauf Noe et sa famille qu'a contruit un grand bâteau pour y mettre une espèce de chaque animal vivant sur terre. Et puis après le déluge Dieu a dit: Zut j'ai fait une connerie ,plus jamais ça! Et il s'est réconcilié avec les hommes. Puis les années passèrent et les hommes inventèrent l'informatque pour qu'ils puissent enfin parler sérieusement de tout ce qui s'était passé en ce temps là.

Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » mer. 29 nov. 2006 8:27

Antoine, vous oubliez un détail important : quelle est la classification botanique de ces deux arbres ? Où Buffon les situe-t-il ?
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."

Antoine
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Message par Antoine » mer. 29 nov. 2006 9:33

Selon certains il s'agissait d'un figuier. Mais cela est dû à une expression hébraïque (zut encore eux): être sous le figuier (comme dans l'évangile de Jn 1,48 à propos de Nathanael) signifie méditer la parole de Dieu, lire les écritures. (S'il faut lire l'évangile à la lumière de l'hébreux où va -t-on?)
Pour d'autres il s'agit d'un pommier. Mais cela serait dû a une confusion sur l'accusatif du latin "malum" le mal et de "malus" le pommier. D'ailleurs l'adverbe malum signifie "diantre, diable, malheur".

Buffon lui a établi qu'il s'agissait de cactus.

Moi je pense que c'est l'arbre à singes du zoo de Vincennes.

Je ne sais pas pourquoi il faudrait se poser des questions sur cette histoire réelle qui s'est déroulée 6 jours après le big bang et dont on trouve encore un écho fossile dans l'univers. Le péché originel c'est tellement simple et ça se résume en trois mots:
Une pomme, deux poires et plein de pépins...

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