l'église celte orthodoxe est elle valide?

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Ploscaru Mihaela
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l'église celte orthodoxe est elle valide?

Message par Ploscaru Mihaela » ven. 05 janv. 2007 18:24

bien qu'abba Marcos , Eveque copte en France, en soit originaire...et cette église est de tradition Ferrette en passant par Tugdual, Gall et Mael qui n'ont jamais été en communion ni avec l'Eglise Catholique ni orthodoxe donc comme le dirait Jean-Louis pas de communion pas de reconnaissance pas de validité , au mieux et ce n'est rien, tradition des évêques vagants qui pensent que la succession valide ou non avérée ou non de l'episcopat suffit à assurer la validité ...ce qui n'est pas conforme à l'Eglise ..Orthodoxe

Glicherie
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Message par Glicherie » ven. 05 janv. 2007 18:37

NON. Pour l'Orthodoxie, rien de tout cela n'est valide.
Voir dans différents fils l'ecclésiologie orthodoxe, développée par Jean-Louis Palierne, Antoine et Lecteur Claude.

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » ven. 05 janv. 2007 19:13

Nous avons déjà parlé du groupe de Béthanie, rassemblé autour des époux Goettmann, Alphonse et Rachel. Il serait utile de de rapporter à ce qui a été écrit à ce sujet (une petite recherche sur “Béthanie” et “Goettmann”). Béthanie n’a finalement jamais pu se faire admettre par les évêques orthodoxes de France, malgré un certain nombre de soutiens.

Michel Mendez avait pu se faire admettre un certain temps, dans des conditions d’ailleurs canoniquement étrange, puis il a été écarta pa les évêques orthodoxes.

Ils avaient rejoint l’Église copte, fomant ainsi une curieuse entité canonique nommùée “EOCF”. Récemment l’Église copte les a lourdés.

Ils sont alors descendus d’un degré en allant chercher dans le monde des ecclésioles pseudo-orthodoxes deux évêques de la très douteuse “succession Ferrette” : Vigile et son adjoint qui sévissent dans le Var, et deux évêques non moins douteux de “l’Église orthodoxe celtique”. Michel Mendez a ainsi été “consacré” évêque (!!!!). Aucun de ces évêques fantaisistes ne peut donner ce qu’il n’a pas, c’est-à-dire la grâce épiscopale. Nous sommes dans le monde des illusions fantasmatiques, qui peuvent malheureusement tromper (et détrousser) un certain nombre de crédules.
Jean-Louis Palierne
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Ploscaru Mihaela
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Message par Ploscaru Mihaela » ven. 05 janv. 2007 19:31

tradition Ferrete : AU CONDITIONNEL / : Donc, vers le milieu du XIX siècle, l'év^que Jules d'Emesa(homs) dont le titre officiel était Pierre l'Humble, rçu le titre de patriarche syrien d'Antioche sous le nom de Pierre-Ignace III. le 02 juin 1866 Pierre l'humble aurait consacré Jules Ferrette sous le nom de Mar Jules, il s'attela à restaurer l'2glise celtique en grande bretagne et il consacra le révèrend Williams Morgan,avec l'accord de mar Pierre Ignace III,sous le nom de Mar Pélage. Ses successeurs furent :Mar Théophile ( Chaeles-Isaac Stevens) puis Mar Jacques Ier (Dr Martin), Mar André, MarJacques II ( Herbert jacques Monzani -Heard), Mar Georgius Ier ( Hugh-Georges de Vilmoo-Newman) qui consacra le Père Gall et Mar Séraphim (lequel est passé sous le patriarchat copte) et qui fut d'abrd remplaçé par qmgr Gall (encore en vie) qui fut remplaçé actueellement par Mgr Mael église orthodoxe celtique en bretagne ( Saint-Dolay)
voici, l'histoire est toujours et encore à vérifier, et, d'autre part, elle n'est pas com^plète il est des communions et imbriguatiions avec d'autres écclésioles..mais c'est trop à écrire pardon

Sylvie
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Message par Sylvie » ven. 05 janv. 2007 20:49

Cher Jean-Paul,

Je ne comprends pas très bien votre but.

Juste une petite remarque sur ce que vous avez dit :
mais comment entreprendre alors une démarche de vouloir reconstruire l'Eglise indivise
Je pense que vous posez mal la question.

L'Église indivise n'a pas à être reconstruire. Le corps de L'Église dont Jésus Christ est la tête n'a pas à être reconstruit. La seule et unique façon d'en faire partie est de devenir membre de cette Église qui est Une et Indivise comme la tunique de Jésus-Christ sans couture.

Il ne faut penser que tous ceux qui font des Divines Liturgies orthodoxes font parti de l'Église Orthodoxe.

Sylvie-Madeleine

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » ven. 05 janv. 2007 21:00

jean-paul a écrit :mais comment entreprendre alors une démarche de vouloir reconstruire l'Eglise indivise,celle d'avant les schismes,car en fait l'initiative de toutes ces églises est bien de vouloir faire l'église locale,bien sûr elle le fait mal,ou alors il n'y pas de salut hors de l'orthodoxie pure et dure,qui manque parfois d'amour et qui tend des fois a confondre église et nationalisme ,avec des fois une certaine pointe de racisme qui pointe le bout de son nez.
comment pouvoir revenir vers ce qui a existé,parce qu'il y a un génie français,comme il un génie russe,grecque etc...?????
Ne vous inquiétez pas, je m'attendais dès votre premier message à ce qu'on en arrive là.

Je ne vois pas en quoi ces Eglises ont pour démarche de vouloir reconstruire l'Eglise indivise.

1. D'abord, l'Eglise indivise existe toujours: c'est l'Eglise orthodoxe, l'Eglise une, sainte, catholique-conciliaire et apostolique du Credo. Vouloir refaire l'Eglise comme si l'Eglise visible n'existait pas est une démarche d'inspiration protestante.

2. Posez-vous une petite question logique: les Eglises monophysites se sont séparées de l'Eglise au VIe siècle. Vous nous parlez ici du cas d'un évêque qui a été conconsacré par des évêques qui se considèrent comme de foi orthodoxe et des évêques qui se considèrent comme de foi monophysite (ceux de l'Eglise celtique). Alors, lesquels représentent l'Eglise indivise?


3. Il y a une différence entre la conception orthodoxe et la conception augustinienne de la succession apostolique. Il n'y a pas chez nous d'idée d'une succession apostolique mécanique. Les sacres que vous évoquez sont sans doute valides d'un point de vue augustinien, ils ne le sont pas d'un point de vue orthodoxe.
N.B.: Ferrette n'ayant jamais été consacré, même par un évêque jacobite (le patriarcat jacobite a plusieurs fois nié cette consécration), cette succession n'est d'ailleurs probablement pas non plus valide d'un point de vue augustinien.

4. L'Eglise orthodoxe se perçoit comme une communion d'Eglises locales. L'ecclésiologie que vous présentez ici n'est pas celle de l'Eglise orthodoxe.

5. Votre notion d'"orthodoxie pure et dure" est en soi très révélatrice. Il n'y a pas d'orthodoxie "pure et dure" ou d'orthodoxie "ersatz". Il y a l'Orthodoxie, ou il n'y a pas l'Orthodoxie. Personne ne vous contraint à être orthodoxe. Votre phrase "ou alors il n'y a pas de salut en dehors de l'orthodoxie pure et dure" me laisse dubitatif. Je ne me suis jamais posé la question en ces termes. J'essaie modestement d'être chrétien orthodoxe et de suivre les maîtres spirituels qui se sont succédé depuis le temps des Apôtres. Si d'autres veulent fonder une autre Eglise que celle qui a été fondée par le Christ, c'est le libre usage qu'ils font de leur liberté; mais qu'ils me laissent suivre l'Eglise une, sainte, catholique-conciliaire et apostolique.
Et ce que mes maîtres spirituels vivants et morts m'apprennent, c'est que l'Eglise est le grand hôpital où le Christ dépose l'homme assailli par les brigands; que les canons et les dogmes me permettent de distinguer ce qui vient d'en haut de ce qui vient de ma subjectivité, et sont ainsi nos garde-fous sur le chemin de la déification; alors, si pour vous, c'est cela "l'orthodoxie pure et dure", et bien, je préfère être pur et dur et suivre ceux qui ne m'ont jamais trompé, dans la lignée des apôtres, des martyrs et des confesseurs.
A la limite, je me pose une seule question: les sacrements que je reçois sont-ils valides, oui ou non? Et peu m'importe que cela soit "pur et dur".

6. Pour le reste, nous avons déjà souvent évoqué sur ce forum l'argument lié au nationalisme et au retour vers ce qui a existé. Mais cela appelle encore quelques questions:

*N'avez-vous pas l'impression que de fonder de manière anticanonique une Eglise "française" est une drôle de manière de dépasser le nationalisme en matière ecclésiastique?

* N'avez-vous pas l'impression que l'aventure d'Etienne Dušan ou l'expérience de l'Exarchat bulgare devraient nous servir d'avertissement quant au discernement qu'il faut exercer avant de fonder une Eglise nationale?

* Je serais assez d'accord avec votre réflexion sur le "racisme qui pointe le bout de son nez", si je n'étais à peu près sûr que nous ne parlons pas de la même chose. En tout cas, je ne vois pas en quoi le racisme, ou prétendu tel, des uns, justifierait des actes aussi prématurés de la part des autres.

* Cela fait maintenant douze ans que je fréquente régulièrement une paroisse de langue grecque fondée par des émigrés hellènes. Je m'y sens très bien. Suis-je une anomalie? Ou n'est-ce pas plutôt le fait d'être relié à la Tradition ininterrompue qui suffit à mon bonheur?

* Enfin, votre dernière phrase "comment pouvoir revenir vers ce qui a existé,parce qu'il y a un génie français,comme il un génie russe,grecque etc...?????" appellerait à elle seule bien des commentaires. Revenir vers ce qui a existé, c'est purement et simplement aller vers ce qui existe encore et entrer dans l'Eglise orthodoxe. Et bien, le "génie français" en Orthodoxie, il a déjà été manifesté par des gens comme l'archimandrite Lev (Gillet), le docteur Jean-Claude Larchet, l'archimandrite Denis (Guillaume), l'évêque Pierre (L'Huillier) de New York et du New Jersey, l'archiprêtre Patric Ranson, l'évêque Philarète (Motte) de Lyon, M. Jean-Louis Palierne, l'archimandrite Placide (Deseille), etc., etc.
Il faut bien comprendre que le fil qui nous reliait à l'antique Orthodoxie locale d'Europe occidentale a été coupé vers la fin du XIIe siècle, et encore plus au début du XIXe (personne ne dira assez le tort qu'a fait la démission forcée des évêques gallicans à la suite du Concordat napoléonien de 1801). Le seul moyen que nous avons de le retrouver, c'est de demander l'aide des saints orthodoxes de nos régions, qui sont nos maîtres spirituels. Je pense en particulier à saint Jean Cassien le Romain (ou plus exactement le Roumain!) de Marseille.
Mais, pour le reste, il me semble que lorsque l'on veut se libérer de mille ans de faux enseignements et d'idéologies désastreuses, fussent-elles affublées d'un masque religieux, il faut d'abord se mettre à l'écoute de ceux qui ont conservé la tradition ininterrompue au prix de sacrifices tels que le monde en a peu connus.
Les Russes ont attendu leur autocéphalie pendant 460 ans. Une autocéphalie 146 ans après le retour du RP Wladimir Guettée à l'Orthodoxie, ou 80 ans après la fondation de la première paroisse francophone, cela me semble trop tôt, malgré l'accélération de l'Histoire.
Le patriarcat de Constantinople nous donnera bien notre autocéphalie un jour. Mais il le fera quand il y aura dans nos pays des Eglises territoriales dignes de ce nom.
Et la construction d'une Eglise territoriale est un moyen qui doit être subordonné à la seule fin qui est le salut de notre âme.
Et puis, vous avouerais-je que votre proposition "revenir vers ce qui a existé" me déplaît sur un point. Revenir vers ce qui a existé, c'est se remettre à célébrer en latin, ce qui était sensé au IVe siècle et ne l'était déjà plus au IXe. Dieu sait comme j'aime le latin (six ans et demi de ma vie!) et comme je me sens l'héritier de cette civilisation-là (toutefois pas plus que des Burgondes, des Francs et des Alamans, pour tout vous dire). Je suis le premier à reconnaître que la langue française en est arrivée au stade terminal du déclin, qu'elle n'en a plus pour longtemps à vivre - hélas ! - et qu'il est rageant, pour nous autres Romands, de penser que le tombeau de ce qui devrait nous être le plus cher après la religion a été délibérément creusé par les Waterloo diplomatiques que les gouvernements français et belge ne cessent d'encourager avec une naïveté qui devient suspecte (28 juin 1919, 1er janvier 1973, 1er janvier 1981, 1er janvier 1986, 1er janvier 1995, 1er mai 2004, 1er janvier 2007, pour ne citer que les plus fameux). Mais enfin, c'est notre langue, et le travail patient et acharné de l'archimandrite Denis (Guillaume) l'a doté d'une bibliothèque liturgique que bien des langues de plus grande diffusion pourraient lui envier. Pourquoi alors se mettre à célébrer dans une langue qui, elle, est complètement morte, et qui n'est plus guère comprise, vu le déclin des études classiques en dehors de Suisse?

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » ven. 05 janv. 2007 21:03

Bravo et merci à Mihaela pour cette petite mise au point. Je suis certain que d’autres viendront apporter des précisions complémentaires.

Jean Paul a écrit :
qu'appelez vous écclésiole?
D'autre part comment a-t'on pu consacrer Michel Mendez avec toutes les casserolles qu'il avait sur le dos?
le mot “ecclésiole” est un néologisme dont nous sommes redevables à Claude; Je le trouve excellent. Il ne faut pas croire que ce sont des farceurs naïfs. Ce sont des gens qui ont compris qu’un marché existe, celui de la demande ecclésiologique des Occidentaux désabusés de leurs églises traditionnelles. Ils exploitent ce marché. À quoi peut-on suspecter leur bonne foi ? À des tas de choses qu’on pourrait raconter longuement si on en avait le temps, et entre autre chose à ce qu’ils ont ordonné Michel Mendez ! Mais voyons !

Quant à reconstruire l’Église, le Seigneur s’en occupe, et il nous interdit formellement de croire qu’on ait quelque chose à attendre de ce côté-là. L’aventurisme n’est pas ecclésiologique.

Malheureusement les Églises ethno-institutionnelles n'ont aucune conscience de la crise spirituelle que traverse l'Occident. Je crois que la réaction des moines de l'Athos dont nous parlons dans le fil d'à côté constitue une "première".

Un peu partout en Occident (et particulièrement en France) des gens cherchent, tâtonnent. Il y a partout des faux décors de théâtre, beaucoup plus qu’on ne le croit. Mais ce sont des épouvantails à moineaux.

Lisons l’Évangile, prions, étudions les Pères, les textes sacrés des Conciles et des Liturgies. Échangeons nos expériences et nos informations. Le reste viendra. Pour le moment le progrès est lent et peu apparent, mais plus important qu’on ne le croit.
Jean-Louis Palierne
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hilaire
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Message par hilaire » sam. 06 janv. 2007 14:45

source : http://la-france-orthodoxe.net/fr/eglise/celte

Christianisme orthodoxe
et chrétienté celtique


En Bretagne comme ailleurs, l’évocation d’une chrétienté celtique suscite généralement le doute, l’ironie, voire la suspicion. Il est cependant de plus en plus fréquent de l’entendre évoquer, tant au travers de nombreuses publications que de démarches d’intérêt personnel ou communautaire comme la Fraternité Orthodoxe Sainte Anne.

Cette méconnaissance d’une des traditions chrétiennes les plus authentiques, le désintérêt de nos contemporains pour les racines à la fois vivantes et vivifiantes de l’Occident spirituel, la non-reconnaissance de l’histoire et des cultures celtes sont autant d’obstacles qu’il convient de lever. Ignorée de Bretons contemporains, la chrétienté celtique ne pouvait que l’être des orthodoxes russes ou grecs. Il y a même, pour certains, quelque outrecuidance à rapprocher chrétienté celtique et orthodoxie, et pourtant ce n’est que simple bon sens.

Racines orthodoxes de la chrétienté celtique

II n’y eut jamais de chrétienté celtique qu’orthodoxe, et son éradication au XIIe siècle par le siège romain correspond au triomphe de l’hétérodoxie en Occident qui eut des répercussions aussi bien sur la vie spirituelle, théologique et canonique, que sur la philosophie, l’architecture, les arts et tout ce qui concerne l’âme de l'Occident médiéval.

En ce qui concerne les origines orthodoxes de la Celtie chrétienne du premier millénaire, un certain nombre de faits méritent d’être évoqués :

a) La caractéristique fondamentale de la civilisation celtique, contrairement aux civilisations gréco-romaine ou germanique, est la primauté du religieux sur le politique, de l’autorité spirituelle sur le pouvoir temporel, différence qui suffit à elle seule à expliquer « tout le reste ».

b) L’avènement du christianisme dans les pays celtiques non romanisés, c’est-à-dire les Iles britanniques et l’Irlande, s’est réalisé de façon exceptionnellement symbiotique.

Les élites spirituelles s’étant rapidement converties, il n’y eut que très peu de martyrs aux origines de ces églises. En revanche, les druides, bardes ou filid devenus de grands moines sont en quantité (saint Hervé en Armorique par exemple). Il apparaît que l’évolution culturelle de la civilisation celtique s’est effectuée par le christianisme sans rupture, de telle sorte que l’on assiste à une véritable transmutation de la culture celtique pré chrétienne. Ainsi, tout ce que nous connaissons du cycle épique breton et irlandais pré chrétien nous est parvenu grâce aux écrits monastiques.

c) Les Eglises celtes ont eu un caractère monastique très marqué. La Bretagne insulaire et surtout l’Irlande, préservée de l’influence romaine et de la menace germanique, engendrèrent une floraison monastique comparable à l’Egypte, la Palestine ou la Syrie des Ve et VIe siècles. Ces monastères-évêchés, qui structurèrent véritablement la société, méritèrent à l’Irlande le surnom d’Ile des Saints. Ils furent le creuset de la culture spirituelle des Celtes à leur crépuscule, donnant le jour à des œuvres d’une qualité artistique inégalée dans l’Occident des « temps obscurs ». Ils furent aussi le foyer rayonnant d’un renouveau pour tout l’Occident carolingien culturellement exsangue après les Invasions.

d) Jamais le lien entre l’Orient et cet extrême Occident ne furent rompus tant qu’il y eut une chrétienté celtique autonome. Les recherches contemporaines justifient de plus en plus certaines particularités celtiques par la vieille route commerciale de l’étain qui pénètre l’Irlande par le Munster, centre du renouveau ascétique du VIIe siècle. L’expansion musulmane mit fin à ce lien, ce qui explique notamment l’isolement des chrétientés celtiques par rapport au monde latin du fait des invasions barbares.

e) Ainsi, à l’heure où l’Occident latin et germanique paraphrase Augustin et le droit romain, les moines d’Hibernie lisent Platon, Plotin, Origène, Evagre et les Cappadociens dans le texte jusqu’aux grandes controverses théologiques des Xe et XIe siècles où l’école scottique est la dernière à s’inscrire dans une perspective patristique quant aux mystères fondamentaux de la foi, étant probablement la seule dépositaire d’une tradition ininterrompue de lecture des Pères grecs. On est frappé du caractère juridique de la théologie latine de cette époque par rapport à l’ambition métaphysique d’un Scott Erigène, mais aussi d’un saint Bernard et de ses disciples, qui sont les héritiers directs de cette transmission des Pères par l’Irlande, et peut-être les derniers feux de l’Orthodoxie en Occident avant l’ère scolastique.

f) Faute de pouvoir reprocher aux Celtes une quelconque hétérodoxie, Rome n’aura de cesse de les éradiquer par le biais politique dont les Saxons en Bretagne, les Francs en Armorique et les Normands en Irlande seront les instruments privilégiés.

Il est intéressant de remarquer que les causes évoquées pour jeter méthodiquement le discrédit sur les chrétientés celtiques (et ceci jusqu’au XIXe siècle) sont fort peu éloignées de celles qui sont utilisées dans les controverses avec l’Orient chrétien.

En résumé, on peut dire que les représentants de ces chrétientés éprouvaient une réticence globale à suivre le mouvement de confusion entre le spirituel et le temporel amorcé par les réformes de Grégoire le Grand qui aboutit à une conception totalitaire de la primauté romaine et, pour finir, au schisme.

Caractères spécifiques des chrétientés celtiques

Les caractères communs à l’Orient et à l’extrême Occident ne s’arrêtent pas à l’histoire, ils sont constitutifs et intrinsèques. Pour aller plus loin, il convient d’évoquer quelques-uns des traits spécifiques de ces chrétientés :

a) Parmi ceux-ci, l’intuition trinitaire est à la base de toute la tradition celtique, depuis ses origines les plus lointaines.

La triade est en effet la clef de voûte du système religieux celte et se reflète dans tous les aspects de leur vie politique et sociale. Cette structure trinitaire de la théologie des anciens Celtes facilitera la pénétration de la foi nouvelle. Quelques siècles plus tard, Erigène qui traduisit l’Aréopagite vers 860, défendra les formules des Grecs sur la procession du Saint Esprit dans son « De Divisione ». Si les Celtes ne semblent guère séduits par la tendance essentialiste des Latins qui conduira au schisme par l’addition du filioque, c’est peut être parce que leur piété particulièrement trinitaire, telle qu’elle ressort des quelques textes que nous possédons, était demeurée le support vécu d’un authentique personnalisme théologique.

b) La transparence du créé et de l’incréé. Un des traits constitutifs de la tradition celtique est le sens aigu de la "gloire de Dieu cachée dans les êtres". II ressort particulièrement dans les vies des saints, surtout les plus anciennes, comme la « Vita Columbani » (VIIe siècle), exemplaire à ce titre.

Or, une telle valorisation du créé dépouillée de toute idolâtrie, cette école de contemplation du monde comme théophanie, cette importance du symbole qui ouvre le sensible sur le verbe spirituel du monde, tout cela constitue l’un des axes de l’Orient patristique.

De l’Aréopagite à saint Maxime, de saint Isaac à saint Grégoire de Nysse, nous retrouvons cette tradition, qui s’épanouit aussi bien dans l’art théophanique de l’Orient que dans les grandes synthèses théologiques d’un saint Maxime sur le logos des créatures ou, bien plus tard, de saint Grégoire Palamas sur l’infusion du créé par les énergies incréées de la Divinité. A rebours de cette tradition, la pensée augustinienne, surtout dans son interprétation scolastique, va opérer un divorce définitif entre l’âme et le monde ainsi qu’entre la grâce et la nature.

c) Le rapport entre nature et grâce, cette pierre d’achoppement entre l’Orient byzantin et l’Occident latin dans l’ordre ontologique, se retrouve à propos du rapport entre liberté et grâce dans l’ordre sotériologique.

Dès le VIe siècle, l’augustinisme maximalisé devient la doctrine romaine officielle, bien qu’une majeure partie du monachisme gaulois, demeuré en liaison étroite avec les moines d’Orient, comme saint Jean Cassien, saint Vincent de Lérins et beaucoup d’autres, continue de professer la doctrine commune à tout l’Orient sur la relation entre notre nature créée libre et la grâce de l’illumination. Rejetant le platonisme spiritualiste d’Augustin, Cassien affirme au contraire la corporéité de l’âme (et donc l’importance de l’ascèse), la primauté de l’illumination mystique sur la contemplation intellectuelle, et surtout le caractère souverain de la liberté humaine dans l’œuvre du salut. Cette conception, traditionnelle en Orient, qui place la liberté personnelle à parité avec la grâce, sera développée par saint Grégoire de Nysse sous le nom de synergie, comme la doctrine des Eglises d’Orient.

En Occident, les écrits de Cassien et de ses disciples seront condamnés, malgré la sainteté reconnue de leurs auteurs, au concile d’Orange de 529, comme semi-pélagiens. Ce choix de l’Eglise latine sera fondamental quant à l’évolution de toute la pensée occidentale par la suite, préparant le triomphe du thomisme et de l’averroïsme au XIIIe siècle.

Or, là encore, les Eglises d’Irlande et de Bretagne prirent fait et cause pour la doctrine de la synergie, à tel point qu’on les retrouve accusées de semi-pélagianisme sous Grégoire le Grand.

d) Un bref survol des principaux aspects communs à l’Orient et aux Celtes chrétiens serait inachevé sans une évocation du thème de l’épectase. Celui-ci est longuement développé par saint Grégoire de Nysse dans la Vie de Moïse qui est une lecture spirituelle du livre de l’Exode.

Ce thème, traditionnel en Orient où il apparaît déjà chez Philon et Origène, considère la plénitude du Royaume comme une migration dynamique "de gloire en gloire", un exode infini de l’âme en Dieu infini. Dieu se donne infiniment à l’âme dont la participation à la divinité ne saurait elle-même être limitée, dès lors que nous serons "semblables à Lui".

Mystique dynamique, cette représentation du Royaume est loin de l’imaginaire de l’Occident latin médiéval, pour lequel le paradis est souvent figé dans la rétribution des mérites et la contemplation statique du trône divin.

Elle trouve paradoxalement un écho en Irlande des VIe et VIIe siècles avec le récit de la navigation de Saint Brendan. Abbé d’un monastère des côtes irlandaises, celui-ci entreprend avec douze de ses moines un voyage à la recherche du paradis. De merveille en merveille, cette odyssée chrétienne conduira saint Brendan vers l’éternité dans une navigation sans fin, figure de son propre exode intérieur. Ce récit irlandais, dont les versions abondent, fut dûment commenté tout au long du Moyen-Age ainsi qu’à l’époque moderne. Ici encore, il n’est pas interdit d’y trouver une conception "initiatique" de la destinée de l’âme, se rapprochant de l’épectase chère aux commentaires orientaux de l’Exode.

Conclusion

Ce rapide aperçu des caractéristiques communes aux deux traditions ne prétend pas établir entre elles un rapport d’équivalence. En effet, la tradition de l’Orient chrétien est aujourd’hui la tradition vivante de l’Eglise alors que la tradition celtique est une tradition ecclésiale éradiquée aux environs du XIIe siècle, et notre propos n’est pas ici de la ressusciter artificiellement.

Certes, nombre de ses aspects ont plus ou moins perduré dans les cultures populaires des pays celtiques, mais celles-ci sont aujourd’hui peu à peu absorbées et dissoutes dans le grand chaudron positiviste contemporain. Ces quelques lignes voudraient simplement contribuer à restituer la parenté foncière qui exista entre deux réalités anachroniques et heureusement transchroniques, la Celtie et l’Orthodoxie, dont nous vivons la rencontre après huit siècles d’histoire manquée.

Ainsi, de même que la Vérité de Dieu nous rend toujours notre vérité d’hommes, la Tradition à laquelle l’Esprit nous greffe nous rend-elle à l’esprit de notre tradition d’hommes.

Diacre Maxime le Diraison

En gros rien à voir avec les montages de boutiquier de quelque gugusse en mal de d'honorabilité

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » sam. 06 janv. 2007 19:58

Mon cher Jean-Paul,

Je comprends votre problème, je comprends votre douleur, je la partage jusqu'à un certain point.

Il y a quand même une signification à ce que je préfère le grec au latin: c'est que je préfère la tradition vivante ininterrompue à ce qui est mort, et que je laisse les morts enterrer les morts (cf. Mt 8, 22).

Vos messages sont émouvants de sincérité et de foi. Dites-vous bien que vous n'êtes pas un cas unique. Je n'ose plus faire le compte du nombre de paroisses qui se sont suicidées par chauvinisme pseudo-ecclésiastique.

Cela pourrait peut-être vous surprendre, mais sachez que les sentiments que vous exprimez, les souffrances que vous endurez, ne sont pas propres aux convertis. Je connais bien des cas d'orthodoxes "de souche" qui ne mettent plus jamais les pieds dans les paroisses "consulaires" de leur langue. Contrairement à ce qu'imagine le clergé, ils ne cessent pas de fréquenter les églises parce qu'ils sont happés par la sécularisation: au contraire, c'est parce qu'ils sont fervents qu'ils ne vont plus dans ces paroisses. Combien de fois m'a-t-on dit: "La paroisse de X ou Y ne correspond pas du tout à l'Eglise telle que je l'ai connue dans mon pays; c'est un club, et je n'ai rien à y faire." Ce phénomène, je l'ai observé surtout chez des jeunes venus travailler ou étudier en Suisse romande (je parle de ce que je connais le mieux de manière sociologique), et dont certains y resteront et y feront souche; le clergé croit que le phénomène de désertion concerne les générations nées dans l'émigration; c'est faux; même des jeunes qui ont débarqué ici il y a moins de 2 ans refusent de continuer à aller dans des paroisses dont ils réprouvent la confusion des activités séculières de type consulaire ou folklorique avec les activités religieuses.

Il y a un certain clergé qui ne prend en compte que les besoins des émigrés arrivés il y a pas mal de temps et qui ont aujourd'hui plus de 50 ans; il ne prend pas du tout en compte la soif de qualité spirituelle des jeunes étudiants ou travailleurs.

Pourtant, ces jeunes ne se détournent pas du tout de la foi. Ils profitent d'un avantage qu'offre l'Orthodoxie et qui a permis dans le passé de tenir le coup dans des situations de persécution où il était difficile d'avoir une vie paroissiale normale (et, d'une certaine manière, tel prêtre que j'ai vu chasser de sa paroisse les convertis est un persécuteur, donc l'analogie n'est pas absurde): la multiplicité des prières privées que l'on peut dire à la maison, offices et acathistes. Ils continuent donc la louange à Dieu par les acathistes lus à la maison et les prières dites devant les icônes, mais ils ne vont plus à l'église que lorsqu'ils y trouvent l'Orthodoxie et non une association d'originaires. Par exemple, un tel qui ne va plus jamais à l'église en Suisse y ira tous les dimanches quand il rentre en vacances dans son pays d'origine: pas parce qu'il lie sa foi à son pays ou qu'il change de convictions en passant les frontières, mais, au contraire, parce qu'il ne veut pas cautionner la transformation de lieux de culte en salles de réunion d'associations folkloriques.

Je comprends donc votre situation, même si la mienne est différente (j'ai toujours trouvé le culte divin célébré très correctement dans la paroisse grecque où j'ai mes habitudes). Je ne peux donc que vous conseiller d'imiter ce que font ces jeunes gens dont je vous parlais. Procurez-vous, par exemple, les traductions du père Denis (Guillaume); lisez des acathistes devant les icônes chez vous; et allez dans des lieux de culte où vous êtes sûrs de trouver l'Orthodoxie et les bienfaits spirituels plutôt qu'une comédie et des souffrances pour vous. Si vous avez des vacances ou des week-ends prolongés, profitez-en pour aller dans un monastère, ne serait-ce que pour la divine Liturgie du dimanche. La chance de l'Orthodoxie dans les pays francophones, c'est le grand nombre de monastères et de vocations monastiques pour un bassin de population réduit. Je trouve par exemple que le monastère Saint-Antoine-le-Grand à Saint-Laurent-en-Royans est très bien.

Savez-vous qu'une nuit de Pâques, en 2001 je crois, j'eus la surprise, dans ce monastère, de rencontrer parmi les fidèles venus, comme moi, pour la veillée pascale et la liturgie, un jeune homme grec, étudiant en médecine à Heidelberg, et qui connaissait le grec, l'anglais et l'allemand, mais pas un traître mot de français. Nous fûmes quelques germanophones de naissance ou de deuxième langue à l'entourer. Quand je lui ai demandé ce qu'il avait conduit à faire le long voyage depuis Heidelberg pour assister à un si long office dans une langue qu'il ne comprenait pas, il m'a répondu qu'il avait fait demander au père spirituel de sa famille, en Grèce, quel était le lieu de culte orthodoxe le plus sérieux en Europe occidentale pour y célébrer la solennité des solennités, la Résurrection de notre Dieu, Sauveur et Seigneur Jésus-Christ. Le gerondas avait répondu, sans hésiter, que c'était le monastère Saint-Antoine-le-Grand. Alors, mon étudiant grec, flanqué de sa mère qui était venue lui rendre visite à Heidelberg, avait fait tout le chemin depuis l'Allemagne pour participer à un long office en français, parce qu'il voulait la qualité. Et bien, j'appelle ça un confesseur de la foi.


Mais dites-vous bien, mon cher, que tout ce que vous avez pu voir de choquant dans les paroisses orthodoxes n'est qu'une maladie apparue tardivement (depuis 1830 environ) dans un corps fondamentalement sain. En revanche, nous ne pouvons rien attendre d'entités qui sont fondées sur des bases branlantes dès le début, et qui sont des maisons bâties sur le sable (cf. Mt 7, 24-27).

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » dim. 07 janv. 2007 17:05

Répondant à une réflexion de Jean-Paul qui se demandait comment il est possible de reconstruire l’Église indivise, Sylvie lui a répondu que
L'Église indivise n'a pas à être reconstruire. Le corps de L'Église dont Jésus Christ est la tête n'a pas à être reconstruit. La seule et unique façon d'en faire partie est de devenir membre de cette Église qui est Une et Indivise comme la tunique de Jésus-Christ sans couture.
C’est exactement ça. Il est très affligeant de voir à Paris des orthodoxes “ethniques” se réfugier dans des manifestations folkloriques, mais il est tout à fait consternant de voir les hiérarchies des “Églises-Mères” (qu’est-ce que ça signifie ?) attacher toute leur attention à l’encadrement ecclésiastique de leurs “diasporas” (qu’est-ce que ça veut dire ?) sans s’intéresser à la demande spirituelle des indigènes.

Il est bien évident que dans l’Église il n’y a ni Grecs ni Juifs. que les chrétiens de tout âge et des deux sexes, toutes origines ethniques et toutes conditions sociales confondues ne forment qu’une Église locale unique, qui n’a qu’une Tradition unique, le Tradition qui a été remise, dans le secret du groupe des disciples, aux Apôtres envoyés pour instituer les Églises locales dans le monde entier, transmise par les Apôtres aux premiers Évêques des Églises qu’ils avaient fondées et transmise à nouveau, dans le cadre des synodes provinciaux, aux évêques leurs successeurs, et que les synodes épiscopaux ont à leur tour transmis aux successeurs qu'ils ont élus. Mais l’Église a toujours su se jouer des difficultés linguistiques et elle parle même toutes les langues du monde.

Comme l’Église orthodoxe renforce la cohésion des communautés qui l’adoptent, elle donne naissance dans ces diverses communautés, qui deviennent des nations, à toute une série de sous-cultures particulières qui cultivent leurs habitudes propres, qu’il s’agisse du couvre-chef des prêtres ou des petits plats qui marquent dans chaque famille la célébration des diverses fêtes. Ces petites traditions particulières ne nuisent pas à la Tradition orthodoxe qui est mille fois plus que ces petits usages. Mais l’Orthodoxie a aussi su développer la langue et le culture propres des diverses nations et leur faire atteindre de hauts niveaux de créativité.

L’Église ne pousse pas les divers peuples qui adoptent la foi orthodoxe à se replier sur eux-mêmes. Elle ne les invite pas à cultiver le jardin secret de leur “bioma” propre”, de leur “vocation messianique particulière”, à se renfermer sur “leur isolement, leur enclavement au milieu de peuples Infidèles”. Les peuples chrétiens savent très bien accueillir les étrangers venus d’ailleurs, pris dans le tourbillon des affaires de ce monde, et les accueillir et les assimiler, comme le montre la diversité onomastique. Elle favorise ainsi leur intégration dans leur nouveau pays d'accueil, où se trouve l'Église locale.

C’est seulement au XVIIIème siècle que les Églises orthodoxes, abandonnant le principe de synodalité qui avait jusqu’alors régi leur fonctionnement (chaque évêque local doit faire partie d’un synode provincial et chaque synode provincial doit être reconnu par l’ensemble des Églises orthodoxes) pour le remplacer par la pyramide bureaucratique d’un département de l’État, et c’est seulement depuis le XIXème siècle que le nationalisme, imitant la Révolution française, s’est introduit dans le conscience religieuse des peuples orthodoxes. qui ont voulu que l’Orthodoxie fasse partie de son identité, qu’elle lui appartienne et qu’elle s’exprime en chaque élément de sa culture nationale, mais surtout qu’elle lui assure un droit imprescriptible à l’autodétermination ecclésiastique, appelée “autocéphalie”.

C’est ainsi que nous nous sommes écartés de beaucoup de la Tradition orthodoxe. De nos jours on peut dire que plus aucune Église orthodoxe n’observe plus la structure canonique que lui a définie le Fondateur de l’Église, le Seigneur Lui-même.

Il faut le rappeler sans se lasser : dans toute Église locale c'est l’évêque qui décide souverainement des affaires de son Église (il devrait y avoir une Église locale, et une seule, pour chaque ville et les campagnes environnantes, et bien entendu cette Église doit transcender toutes les disparités ethniques, nationales, linguistiques, ou autres). Les Églises locales d’une province se réunissent en synodes provinciaux pour décider des affaires qui leur sont communes. Il n’y a pas de vie synodale possible sans un président du synode, qui est l’évêque du chef-lieu de la province. On l'appelle généralement le métropolite. Le président parle au nom de tous, mais doit rendre compte à tous de ce qu’il fait en leur nom. Les évêques (même le métropolite) ne doivent jamais empiéter sur les affaires d’une autre Église locale. C’est au président du synode provincial que l’on devrait réserver le titre de “métropolite”, mais les Églises de langue grecque ont pris la fâcheuse habitude de donner ce titre à tous leurs évêques pour masquer la bureaucratisation de l’Église d’État et supprimer la véritable vie synodale.

Le fonctionnement des synodes métropolitains ne suffisait pas, il fallait arbitrer des conflits, confirmer des élections des métropolites, confirmer et modifier les découpages provinciaux, recommander (ou écarter) les démarches individuelles d'évêques locaux auprès des pouvoirs publics, redécouper parfois les provinces, etc. L’Église avait des conciles superprovinciaux (c’est à ce niveau-là qu’alors on parlait de “diocèses”) qui permettaient aux évêques de discuter des affaires cpncernant l’Église tout entière. Ces diverses structures supra-provinciales n’avaient pas toutes de capitales permanentes (exemples de l’Espagne, de la Gaule ou de l’Illyrie) mais n’en n’étaient pas moins “autocéphales”. Aux capitales permanentes super-provinciales on attribua un rôle d’appel et de cassation, et de démarches au niveau de l’Empire, et c’est ainsi que se dégagea le système des cinq patriarcats, la “Pentarchie”.

Les petites misères humaines étant ce qu’elles sont, métropolites, exarques, archevêques ou patriarches ont souvent tendance à se conduire en “chefs d’Église”, ce qu’ils ne devraient pas être. Si quelqu’un a bien une responsabilité souveraine dans l’Église, c’est l’évêque local dans son Église locale, où il siège à la place et à l’image du Christ. Personne n’a le droit de se subsistuer à lui. Même si un synode dépose un évêque pour une raison légitime et lui nomme un successeur, ce sera au successeur de réparer les dégâts éventuellement commis par son prédécesseur, ce n’est pas le synode qui peut le faire.

Ce n’est pas non plus l’Église autocéphale, pas plus que le patriarche qui peuvent authentifier l’orthodoxie d’une Église et lui accorder l’autocéphalie, c’est le consensus universel de l’Église. Il n’y a pas de processus clairement explicité sur ce point, et ce pourrait être l’un des sujets des discussions pour un futur Concile œcuménique. L'histoire déjà longue des créations et des disparitions d'Églises autocéphalies n'est qu'une liste de cas d'espèce. En agissant de son propre chef, sans consulter ni informer les Églises-sœurs, les autres Églises autocéphales canoniques (là on peut parler à juste titre d’Églises-sœurs) pour accorder l’autocéphalie à The Orthodox Church of the America” qui jusqu’alors était une de ses métropoles, le patriarcat de Moscou a créé une situation complexe et difficile. L’autorité du patriarcat de Moscou ne suffit pas à conférer à ses actes une portée universelle.

Comment pourra-t-on sortir de la situation confuse actuelle de l’ensemble de l’Église orthodoxe ? Ne pleurons pas. Nous ne sommes plus sur les rives des fleuves de Babylone. La théologie et la spiritualité orthodoxe sortent peu à peu de cette captivité de Babylone. Le récent colloque de Moscou sur “la préparation à la communion" (Voir le site "Orthodoxie.com")
<http://www.orthodoxie.com/2007/01/un_sminaire_pas.html> montre qu’un des blocages les plus tétanisants est en train d’évoluer favorablement ; celui selon lequel dans certaines traditions il serait nécessaire qu’à chaque Liturgie les fidèles défilent devant le prêtre pour énumérer une liste prétenduement canonique de leurs péchés. Je vous laisse le soin de découvrir le compte-rendu de ce colloque sur le Forum “Orthodoxie.com”

L’Église d’Albanie fut re-fondée il y a quelques années par un Archevêque missionnaire, tel qu’il y en a trop peu de nos jours. Elle a depuis deux mois six évêques et peut reprendre une vie synodale. Elle forme un clergé. Ce renouveau est spectaculaire non seulement parce qu’on croyait que cette Église était bien morte, mais aussi parce que sa renaissance emprunte la voie synodale, trop longtemps négligée dans l’Église orthodoxe.

Nous avons déjà longuement parlé ici de l’Église d’Afrique, dont l’avenir semble très prometteur. Ici aussi il est remarquable qu’il emprunte, grâce à l’existence du patriarcat d’Alexandrie, la voie synodale pour la constitution de métropoles locales.

Un peu partout dans le monde de tradition orthodoxe on voit apparaître de petits groupes qui cherchent à retrouver les sources patristiques de la vie ecclésiale. On les appelle généralement néo-orthodoxes, ou bien néo-patristiques. Ce sont des communautés monastiques, ou bien de laïcs. Il peignent des icônes, reprennent le chant byzantin (qui est si nécessaire au retour aux sources), ils étudient, traduisent, impriment, diffusent les Pères et les textes liturgiques, ils publient des revues et organisent des colloques, écrivent des livres ou enseignent. C'est parmi eux que se lèvent des vocations missionnaires. Paradoxalement, dans les pays orthodoxes il est très difficile de restaurer l’institution synodale, qui a été occultée par deux ou trois siècles de pesante bureaucratie. C'est pourquoi les néo-orthodoxes sont aussi des "orthodoxes critiques". Il est certain néanmoins que l’autonomie épiscopale réapparaît peu à peu.

L’Internet a permis de restaurer la liberté de discussion. C’est un pas en avant considérable, et les orthodoxes en sont de gros consommateurs. Il faut regretter qu’ils ne s’expriment qu’avec une certaine timidité. C’est assez grave car seul un club très réduit monopolise l’expression publique de l’Orthodoxie en Occident et impose silence et inaction aux Églises des pays de tradition orthodoxe. Dans nos pays qui sont des pays de mission pour l'Orthodoxie, les fidèles orthodoxes nouvellement convertis se connaissent trop peu, se parlent rarement.

Cela dit, il ne faut pas déplacer le problème : il y a un génie russe, un génie grec, un génie orthodoxe etc. En bon Français que je suis j’estime que le monde entier se porterait mieix s’il laissait plus de place au génie français. Mais ce qui m’importe avant tout, c’est le génie orthodoxe. C’est un génie beaucoup plus important que tous les génies ethniques, qui ne doivent pas se transformer en autant de messianismes. Et sur ce Forum j’aimerais qu’on ne parle que de cela.

Lorsqu'on parle du nécessaire renouveau des structures de l'Église, on pense au rôle que pourrait jouer le patriarcat œcuménique. De même qu'il ne peut y avoir de vie synodale au niveau provincial sans la présidence d'un métropolite, de même il ne peut y avoir de vie universelle de l'Orthodoxie sans la présidence du patriarche de Constantinople. Jusqu'à ce qu'un Concile œcuménique en décide autrement, c'est lui qui exerce la fonction de présidence universelle. Mais il ne peut s'agit là d'un néo-papisme, seulement d'une présidence synodale.

Un problème d'autre paer se pose. C'est qu'il ne peut pas correctement assurrer cette fonction en raison des obstacles qui y sont actuellement mis par le gouvernement turc, mais aussi en raison de l'appauvrissement de son fonctionnement (le synode patriarcal n'est en fait qu'une réunion de chefs de bureau sans responsabilités pastorales), parce que sur lui pèse une vieille tradition ottomane de népotisme et de vénalité et aussi à cause de la médiocrité de ses collaborateurs.

Ce sera sûrement un des problèmes les plus difficiles à résoudre pour l'Orthodoxie dans les années qui viennent, au moment où le Vatican lance une offensive d'un nouveau style, séduisante pour les hommes d'appareil aui se croient des "chefs d'Église".
Jean-Louis Palierne
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Glicherie
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Message par Glicherie » mar. 09 janv. 2007 14:58

"je suis d'accord avec vos deux analyses,sauf avec un bémol sur le chant byzantin,oui pour les monatères,pour les paroisses celà me paraît être un obstacle technique,nous avons de belles mélodies sur le ton russe où grégoriens"

Non, c'est un problème de vécu de la tradition. Prendre une partition et chanter ce que l'on voit écrit en note occidentale, que ce soit du "Bel canto" russe ou du pseudo-grégorien à 4 voix polyphoniques ne procède pas de la même démarche que de recevoir la psaltique (= "chant byzantin") oralement et traditionnellement.
Pourtant, il est plus logique de faire ce que tous les peuples orthodoxes ont fait, c'est à dire reprendre la psaltique grecque (Constantinople) et la transposer dans sa langue: comme les roumains, serbes, ...et russes (znamenie).
Prendre la forme adaptée au russe pour la ré-adapter au français, ce n'est pas naturel.
Il y a un problème de pédagogie de la psaltique en français, mais les choses se mettent en place pour la rendre accessible (voir les travaux de Stoudion, Ibrahim Issid, Andréa Atlanti et Georgios Michalakis, ce qui se passe dans les monastères comme St Antoine, Solan, Cantauque, Godencourt ou Pithiviers, ...).
La psaltique est la prière chantée de l'Eglise Orthodoxe. Comment en faire l'économie sérieusement ?
Et il est préférable de prendre aux sources pour la passer en français, plutôt que de traduires des adaptations d'autres langues.

Je voulais juste redire cela.

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » mar. 09 janv. 2007 23:08

Pour ce qui me concerne personnellement, je n’ai pas le choix. J’ai des difficultés pour me déplacer, et le dimanche il me serait difficile d’aller ailleurs que dans la “petite église” grecque st Constantin. Je ne peux pas dire que je sois, humainement parlant, conquis par cette communauté, alors qu’il y a dix ou vingt ans j’y avais d’excellents amis parmi les étudiants grecs de Paris (des gens d’un style très différents des Grecs définitivement installés à Paris). Mais j’aime le grec, cette musique byzantine et ces textes merveilleux.

Je ne crois pas du tout à la valeur orthodoxe de la musique italo-polono-russe.

Il y a un instant j’avais au téléphone un ami (français) qui participe à la chorale chez les Serbes et il me disait que la plupart des gens ne comprennent rien du tout à ce qui est chanté. Un jour qu’il a placé un morceau en français, il a été chaleureusement remercié. Ça me rappelle ce que disait une vieille dame russe, qui chantait depuis soixante ans en slavon, et le jour où elle a pour la première fois chanté en français et découvert le texte  Ah! je ne savais pas que c’était si beau !

Il faudrait bien qu’on se rende compte que les textes que l’Orthodoxie emploie pour ses liturgies sont d’une beauté et d’une richesse inimaginable. Comment peut-on les cacher par une langue ?

Le problème de l’Église dite “copte” en France est tout autre. L’Église copte est certainement très respectable, même si il y a à lui reprocher son particularisme obstiné qui fait qu’elle s’obstine à se proclamer officiellement anti-chalcédonienne. Mais l’Église copte de France n’était copte que par subterfuge et à la suite d’une captation de succession. Si les évêques orthodoxes en France ont finalement refusée d’admettre le groupe de Béthanie, c’est parce que le groupe en question n’était pas du tout digne de l’être. C’est alors qu’il s’est tourné vers l’Église copte qu’il a su tromper. Michel Mendez les a rejoints après avoir été chassé par les mêmes évêques orthodoxe. Finalement l’Église copte a eu une réaction de dignité et a entendu les arguments qui lui ont été présentés par les orthodoxes.

En désespoir de cause ils ont descendu encore un barreau de l’échelle et se sont adressés à des sectes pseudo-orthodoxes (ce que Claude appelle les “ecclésioles”). Mais il ne faut pas se faire d’illusion sur la valeur de ces hommes qui sont atteints de “mitrite” aiguë : ils ne sauront que plumer le pigeon sous des apparences trompeuses. L’une des deux églises aucquelles ils se sont adressés porte le nom respectable de “celtique”, mais leur authenticité celtique ne va pas au-delà d’un nom sur l’étiquette. Derrière l’étiquette il y a encore une secte.

On ne badine pas avec la Grâce divine qui a été promise par le Seigneur à son Église, et à elle seule. Ces malades n’ont aucun droit de s’en réclamer, et leurs titres ne sont que pure usurpation. Ils appartiennent en réalité à la catégorie des sectes.

Le fait que l’Église orthodoxe soit au-dessous de sa tâche, par sécularisme, ethno-phylétisme, œcuménisme, modernisme etc. n’empêche que c’est elle qui hérite des promesses du Seigneur, et c’est lui qui suscite son renouveau.

Mais je sais qu’il y a jusque dans Paris des gens qui disent, comme on me disait tout à l’heure : Mais où peut-on aller pour trouver une vraie Église !

Mais comment peut-on croire qu’une Église-bidon puisse apporter un quelconque élément de réponse ? et comment peut-on croire qu’on apporte quoi que ce soit en proposant de cultiver son originalité nationale au sein de l’Église orthodoxe ? Par principe je crois que la réponse à ces deux question est qu’on court ainsi à l’échec.
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Message par Jean-Louis Palierne » sam. 13 janv. 2007 17:15

Il a été étudiant en médecine, puis moine bénédictin (au moins novice), puis il a quitté, puis il a erré parmi un certain nombre d'anciens cathos qui après Vatican II tournaient autour des melkites de saint Julien-le-Pauvre ; avec quelques-uns d'entre eux il est entré à saint Irénée (c-à-dire l'ÉCOF), puis il a été attaché comme diacre à la paroisse de saint Ouen, ce qui permettait à l'évêque Germain d'avoir un œil sur les activités du recteur, Michel Laroche, puis il a ouvert le "Moûtier saint Martin" près d'Amboise, puis il a acheté un vieux prieuré près de Chinon. Il a été un moment accepté par l'Assemblée des évêques orthodoxes, puis rejetté. Il a rejoint le groupe Béthanie dans une branche bidon de l'Église copte, puis tout le groupe a été exclu.
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Ludovic
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Message par Ludovic » sam. 13 janv. 2007 17:30

A L'actif de Michel Mendez, toutefois, une traduction du Nouveau Testament. Ce n'est pas rien.

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Message par Jean-Louis Palierne » sam. 13 janv. 2007 19:22

Je ne peux pas m'étendre plus sur ce sujet.

Peut-on me donner les coordonnées trouvables de cette traduction du NT ?

(c'est vrai qu'il a du talent

et Béthanie une redoutable habileté))
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