Question à propos d'une traduction en turc

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Claude le Liseur
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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par Claude le Liseur »

adam a écrit :Claude le Liseur: "Trébizonde est aujourd'hui la ville turque de Trabzon (300'000 habitants), considéré comme l'épicentre de la haine anti-chrétienne dans la Turquie contemporaine"

Oups!....Mes ancêtres, du côté maternel, sont originaires de cette région. Ils l'ont quitté au début du 20 eme siècle pour s'installer dans une province voisine à environ deux heures de là.

Et je me permets une petite correction, car vous traduisez "Gazi" par "Tueurs de chrétiens". Sauf erreur de ma part, en Turc, ce mot est utilisé pour définir un homme qui revient (victorieux) d'une guerre, par opposition au "Sehit" (Martyre) mort pour la patrie. Je ne connaissais pas l'aspect religieux du mot.

Je découvre en vous lisant, un visage que je connaissais pas de cet homme, encore aujourd'hui présenté comme le champion de la modernité et surtout comme le "Sauveur" des Turcs.
Cher Adam,

Je dois vous dire que j'apprécie beaucoup vos interventions sur le forum, et que j'en apprécie d'autant plus la correction, la pondération, l'argumentation et la haute tenue que j'ai bien conscience que certains des faits que je porte ici à votre connaissance sont certainement en totale contradiction avec l'enseignement que vous avez reçu à l'école et peuvent vous choquer. Sachez que j'écris cela sans passion, sans parti pris anti-turc ou quoi que ce soit du genre, et que moi aussi, j'ai vécu mon enfance et mon adolescence dans un environnement où cet homme était toujours présenté sous un jour favorable: dans les pays francophones, tous ses biographes, de Benoist-Méchin à Dumont, étaient des laudateurs. Ce n'est que plus tard que j'ai découvert la face noire du personnage. J'ai beaucoup insisté sur le traitement épouvantable infligé aux chrétiens d'Anatolie, mais il y aurait aussi des pages à écrire sur la manière dont furent ensuite réprimés ses opposants turcs, aussi bien ceux qui représentaient une voie libérale à l'occidentale que ceux qui se réclamaient du passé ottoman au nom de l'Islam.
Je conçois sans peine que l'on puisse le considérer en Turquie comme l'homme qui a sauvé ce pays du démembrement territorial et de la perte de souveraineté. Il reste encore à dire à quel prix. Et il reste aussi à souligner que ce statut de libérateur du territoire a servi de justification à tout ce qu'il a fait pendant ses années de dictature. Et je pense qu'il a, à cette époque, pris des décisions qui ont lourdement péjoré l'avenir de son pays et de son peuple jusqu'à ce jour. Je suis moi-même un partisan résolu de la laïcité à la française ou à la genevoise, mais j'estime que la sécularisation brutale qu'il a imposée à son pays appelait en elle-même des réactions qui se manifesteront à un moment ou à un autre. Je ne tiens pas l'Islam pour une religion vraie; mais il vaut mieux, peut-être, avoir l'Islam que le culte exclusif de la nation divinisée, culte aux bases branlantes puisqu'il s'appuie sur la négation de certains faits historiques. Ce n'est bien sûr pas à moi de récrire l'Histoire ou de décider de ce qui aurait été préférable pour la nation turque, mais je pense que le processus de modernisation en douceur qu'ont connu la plupart des pays arabes - qui, en plus, n'ont pas liquidé leurs minorités, à l'exception de l'Algérie - aurait sans doute porté en lui moins de contradictions internes. Je ne crois pas que l'on puisse mener à coups de matraque un peuple hors des rails que lui avaient balisés son histoire, sa culture et son génie national; je crois, en revanche, que l'on peut petit à petit poser d'autres rails qui infléchiront la direction du train. Autrement dit, je ne pense pas qu'on prépare un peuple musulman au dialogue avec l'Europe et à l'esprit des Lumières en anéantissant ses minorités chrétiennes et en lui insufflant une haine vigilante à l'égard de tout ce qui est chrétien. C'est cette contradiction dans l'action de Mustafa Kemal qui me frappe particulièrement et je constate que vous êtes aussi sensible à ce que j'écris sur ce sujet.
adam
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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par adam »

Je vais peut-être vous surprendre mais je préfère une laïcité à la turque qui soumet le pouvoir religieux au pouvoir civil, plutôt qu'une laïcité à la française qui laisse le pouvoir religieux autonome. En effet, je pense que sur un même territoire il ne peut y avoir deux pouvoirs d'égal importance.

Par exemple, je suis choqué à chaque fois que Benoît XVI se permet d'intervenir publiquement sur le préservatif. Vous me direz que cela fait partie de son rôle, moi je dis que son rôle est de guider les croyants sur le chemin de la foi plutôt que de polémiquer sur l'efficacité du préservatif dans la lutte contre les MST en Afrique.
Je considère que les autorités religieuses n'ont pas à intervenir dans des débats politiques du type seconde guerre mondiale ou autre. Sauf si c'est un débat qui menace la foi elle même.

Le seul reproche que je fais à la laïcité turque et qui n'est pas des moindre, c'est qu'elle ne reconnait vraiment qu'une seule religion et nie par conséquent les autres.
Encore que, la laïcité selon Mustafa Kemal avait certainement plus pour finalité de faire disparaitre toute référence religieuse dans la société. N'est-ce pas lui qui fit de Aya Sofya (Sainte Sophie) un simple musée?

Je peux aussi témoigner d'un vécu personnel. A 6 ans, j'étais en CP en Turquie, et tous les matins l'ont nous faisait réciter, debout, un texte qui s'appelle "ANDIMIZ" (Notre SERMENT). Sorte de serment d'allégence aux principes établies par ......"Mustafa Kemal le Père". Je crois même qu'aujourd'hui encore, il est impossible de le critiquer publiquement.

cela étant dit, je vois au moins une chose positive qui est l'unité nationale qu'il a réussi à établir et qui est pour moi primordiale, cette unité qui nous manque tellement en France. Mais comme vous le dites si bien: "A quel prix?"

Je connais nombre de Turcs profondément nationaliste -au sens positif-, mais qui pourtant détestent Atatürk pour ses actions contre l'Islam.
Les Kurdes le détestent pour d'autres raisons encore. Les Alévis turcs (au sens ethnique) le vénèrent car il voit en lui l'homme qui leur a permis de vivre leur culte librement. A tel point que dans nombres de lieux de culte alévie on trouve son portrait.

Quant à moi, qui suis assez loin de tout cela aujourd'hui je dois dire que je suis au minimum reconnaissant, car sans lui, qui sait ou je serais aujourd'hui et ou seraient les Turcs? Et par Turc, j'entends "citoyen de la République de Turquie", je ne fais pas de distinction d'ethnies ou de religions. Si il avait appelé cela "République d'Anatolie" je dirais Anatolien.

Je dois dire que je ne tiens pas non plus l'Islam pour une religion vraie. Je vois là, après des années de réflexion et quelques lectures, plus une réaction de Muhammet contre le système social dans lequel il évoluait. Réaction, je pense inspirée par les pratiques religieuses des chrétiens (et éventuellement quelques juifs) qu'il était amené à rencontrer dans le cadre de ses échanges commerciaux. D'ailleurs je ne suis même pas certain que l'islam que nous connaissons aujourd'hui soit l'Islam de Muhammet, mais c'est un autre débat.
Claude le Liseur
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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par Claude le Liseur »

Bref, je vois que vous ne partagez pas mon aversion pour le kémalisme et que nous n'avons pas les mêmes vues sur la laïcité. Mais au moins avons-nous pu en discuter en toute liberté et avec courtoisie et au moins chacun a-t-il pu lire le point de vue de l'autre.

Dans le combat solitaire et infructueux que je mène, je suis souvent conduit à me battre à front renversé. Laïc d'avant le déluge, radical attardé et anticlérical, j'en viens à défendre la théocratie ottomane face au laïcisme kémaliste. Adversaire sans concessions de ce qui se fait appeler antiracisme et du masochisme occidental, je dois pourfendre la conception de l'histoire de Boulainvilliers, de Sue et des phylétistes. Très attaché à la Tradition orthodoxe, je ne cesse de critiquer la manière dont elle s'enkyste dans des traditions fossilisées. etc. etc. etc. C'est sans doute que la vie est complexe et que la vérité n'est pas sans nuances.
adam
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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par adam »

Claude le Liseur a écrit :Bref, je vois que vous ne partagez pas mon aversion pour le kémalisme et que nous n'avons pas les mêmes vues sur la laïcité. Mais au moins avons-nous pu en discuter en toute liberté et avec courtoisie et au moins chacun a-t-il pu lire le point de vue de l'autre.

Dans le combat solitaire et infructueux que je mène, je suis souvent conduit à me battre à front renversé. Laïc d'avant le déluge, radical attardé et anticlérical, j'en viens à défendre la théocratie ottomane face au laïcisme kémaliste. Adversaire sans concessions de ce qui se fait appeler antiracisme et du masochisme occidental, je dois pourfendre la conception de l'histoire de Boulainvilliers, de Sue et des phylétistes. Très attaché à la Tradition orthodoxe, je ne cesse de critiquer la manière dont elle s'enkyste dans des traditions fossilisées. etc. etc. etc. C'est sans doute que la vie est complexe et que la vérité n'est pas sans nuances.
Oui enfin, je ne suis pas "kémaliste", loin de là. Je ne vénère aucunement cet homme ni ses idées. Je reconnais seulement son rôle de libérateur, d'après ce que l'on m'a appris. Sans lui, encore une fois, je ne sais pas ou en serait la population de la Turquie actuelle. Ce qui ne veut absolument pas dire que je légitime les actions menées après la libération du territoire...Je ne connaissais par exemple pas, tous les échanges de population que vous mentionnez ici.

Et sans être spécialiste de la question, je pense que le sort des chrétiens d'Anatolie était bien moins dramatique sous "théocratie ottomane" que sous la République laïque de Mustafa Kemal, encore d'après ce que l'on m'a appris.
J'ai même lu quelque part, peut-être même sur ce forum d'ailleurs, que le Sultan Mehmet 2 était en réalité chrétien de par sa mère et qu'il pratiquait son culte en secret.
Claude le Liseur
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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par Claude le Liseur »

adam a écrit : Oui enfin, je ne suis pas "kémaliste", loin de là. Je ne vénère aucunement cet homme ni ses idées. Je reconnais seulement son rôle de libérateur, d'après ce que l'on m'a appris. Sans lui, encore une fois, je ne sais pas ou en serait la population de la Turquie actuelle.
Position que je comprends sans peine.
J-Gabriel
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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par J-Gabriel »

Malgré la religion musulmane qui est majoritaire en Turquie, le dimanche, à l’image des pays occidentaux, a été choisit comme jour de congé par Mustapha Kemal. C’est tout ce que je sais, enfin savais, sur sa politique.
Il y a là un lien, particulièrement pour vous adam, que j’avais repéré une fois :
http://www.trbhaber.com/kose-yazisi-unu ... 0-t11.html Il semble que cella soit relatif à un mouvement pour la construction d’une église à Trébizonde.
adam
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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par adam »

J-Gabriel a écrit :Malgré la religion musulmane qui est majoritaire en Turquie, le dimanche, à l’image des pays occidentaux, a été choisit comme jour de congé par Mustapha Kemal. C’est tout ce que je sais, enfin savais, sur sa politique.
Il y a là un lien, particulièrement pour vous adam, que j’avais repéré une fois :
http://www.trbhaber.com/kose-yazisi-unu ... 0-t11.html Il semble que cella soit relatif à un mouvement pour la construction d’une église à Trébizonde.
Merci J-Gabriel, je vais lire cet article. Je vous ferai un petit compte rendu car une traduction complète serait trop compliquée.
Le titre: "La Trébizonde oubliée"

Il s'agit d'un article relatant les richesses culturelles de la région. l'auteur invite le lecteur à s'en souvenir. Et effectivement, il existe un paragraphe mentionnant différents monastères.

"...ve ilerlerseniz Meryem Ana deresinin bir kıvrımla sarıldığı dağın yamacında Orthodox mucizesi Panagia Soumela (Sümela Manastırı) kafanıza devrilecek gibi olur. Karşısında Vazelon Manastırı ki o unutulmuşluktan gelen küskünlüğünü saklar bizden… Yanına gideni hala ağırlamak ister… Haaa bir de unutmadan Kuştul Manastırını’da hatırlatmak isterim…. Bu üç Manastır Bu vadiye vurulmuş Orthodox mühürleridir. Ve yüzlerce yıl ayakta kalmalarına rağmen, gelecek yüzyıllara meydan okumaktadırlar.
Puis, si vous continuez en direction du lieu ou la rivière "Mère Marie" embrasse les montagnes, vous apercevrez une merveille orthodoxe, le monastère "Panagia Soumela", qui se tient là, comme prêt à se renverser sur votre tête. En face, le monastère "Vazelon", qui ne laisse rien transparaitre de toute la peine que lui cause son oubli, et continue à accueillir celui qui veut bien le visiter. Ah et sans oublier le monastère "Kustul". Ces trois monastères sont les sceaux de l'orthodoxie gravés dans cette vallée. Et de la même façon qu'ils tiennent là depuis des siècles, ils semblent défier les siècles à venir.


Tarihi değerlerimizi korumak, başka kültürleri başkalaştırmayıp kendi kültür potamızda eritmek, farklılıklarımızı zenginlik olarak görmek, en önemlisi de insanı insan olduğu için sevmek gereklidir. Tarihi eserlerin tahribatına karşı çok duyarlı olmalıyız. Bazen yöneticilerin çıkarları ile çelişse de biz insan olduğumuz için bu değerlere sahip çıkmalıyız. Unutulmasın ki insanlık, milliyetin de inancında en önemli unsurudur.
Préserver nos merveilles historiques, intégrer dans notre culture les cultures différentes sans les falsifier, voir en nos différences des richesses, et le plus important, aimer l'Homme parce qu'il est Homme. Nous devons être sensible à la destruction des oeuvres de l'Histoire.
Parfois, même si cela va à l'encontre des interêts des dirigeants, parce que nous sommes tous des Hommes nous devons préserver ces "valeur".


voilà une petite traduction du paragraphe mentionnant les monastères.
Ps: J'ai traduit "Meryem Ana" par "Mère Marie" car c'est l'équivalence exacte en Français, mais en Turc par ce terme, l'on fait bien référence à la Sainte vierge Marie.
Claude le Liseur
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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par Claude le Liseur »

J-Gabriel a écrit :Malgré la religion musulmane qui est majoritaire en Turquie, le dimanche, à l’image des pays occidentaux, a été choisit comme jour de congé par Mustapha Kemal.
Oui, mais il en va de même au Maroc, sous le règne du «Commandeur des Croyants» Mohammed VI, comme de ses prédecesseurs Hassan II et Mohammed V.

Au contraire, la République algérienne avait l'impression de montrer son «authenticité islamique» quand, sous Boumediene, elle remplaça le dimanche par le vendredi comme jour de congé. La manne pétrolière était censée financer ce genre de décisions qui rendaient difficiles les relations commerciales avec l'Europe. Or, un pays comme le Maroc, qui ne vit pas du pétrole, mais du tourisme, des phosphates, du commerce maritime et de l'industrie, ne peut pas se permettre de tourner le dos de manière aussi radicale à ses voisins du nord. Sous le discours qui fait en permanence référence à la religion pointent aussi certaines nécessités pragmatiques.

Vous noterez aussi que malgré l'hystérie anti-chrétienne et anti-juive qui a suivi les indépendances au Maghreb, le Maroc et l'Algérie ont «oublié» d'arracher les vignes au départ des Français qui les avaient plantées.

Même sous l'Empire ottoman, les salaires des fonctionnaires étaient versés selon le calendrier julien et non pas selon le calendrier islamique. Tout simplement parce que les mois lunaires du calendrier islamique sont plus courts que les mois solaires du calendrier chrétien. Cela permettait à l'État ottoman de vider ses caisses moins souvent que s'il avait suivi le calendrier islamique. Extraordinaire hypocrisie pour une théocratie.

Il faut être réaliste. À l'exception de l'Arabie séoudite où le pétrole finance les fantaisies les plus obscurantistes des wahabbites et de l'Afghanistan, tous les pays musulmans se sont éloignés du modèle qui était encore le leur en 1800 du rejet de tout ce qui venait d'Europe. Sur ce point, les vociférations des islamistes qui ne cessent de dénoncer l'apostasie de leurs dirigeants ont une certaine justification: à l'exception de l'Arabie séoudite, aucun pays musulman ne suit complètement le modèle du mépris absolu à l'égard de tout ce qui peut venir des infidèles. Cela peut aller de toutes petites nuances comme l'habitude de souhaiter la nouvelle année selon le calendrier grégorien ou le Koweït qui autorise quand même la vente de décorations de Noël jusqu'a ce que fut l'Iraq de Saddam Hussein où les minorités religieuses pouvaient construire librement leurs lieux de culte et où il y avait une volonté affichée de rapprocher le monde arabe et l'Europe. Mais ce n'est pas parce que personne n'arrive à égaler l'Arabie séoudite dans l'obscurantisme que tout le monde est pour autant en train de découvrir l'esprit des Lumières...
Claude le Liseur
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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par Claude le Liseur »

Claude le Liseur a écrit :Au contraire, la République algérienne avait l'impression de montrer son «authenticité islamique» quand, sous Boumediene, elle remplaça le dimanche par le vendredi comme jour de congé. La manne pétrolière était censée financer ce genre de décisions qui rendaient difficiles les relations commerciales avec l'Europe. Or, un pays comme le Maroc, qui ne vit pas du pétrole, mais du tourisme, des phosphates, du commerce maritime et de l'industrie, ne peut pas se permettre de tourner le dos de manière aussi radicale à ses voisins du nord. Sous le discours qui fait en permanence référence à la religion pointent aussi certaines nécessités pragmatiques.
La manne pétrolière ne permet toutefois pas de s'abstraire complètement du monde réel et des relations commerciales internationales. Un lecteur me signale que, depuis le 14 août 2009, l'Algérie a remplacé le week-end islamique du jeudi-vendredi par le week-end du vendredi-samedi - ce qui permet de travailler avec le reste du monde du lundi au jeudi, et non plus seulement du lundi au mercredi. Toutefois, l'Algérie n'a pas encore franchi le pas de retourner au week-end chrétien du samedi-dimanche comme la Turquie... ou l'Algérie de 1970.
adam
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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par adam »

Bonjour,

J'ai trouvé un extrait d'un reportage avec Sa Toute-Sainteté le Patriarche Bartholomée Ier de Constantinople.
Vénérable et tellement humble en même temps, son visage est comme baigné de Lumière.
Je trouve la vidéo intéressante. Elle évoque la situation des orthodoxes en Turquie. Pour ceux qui souhaiterait la visionner: http://www.youtube.com/watch?v=ekHpCfdmTiY
Maksim
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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par Maksim »

Bonjour,
Vous trouverez au début du texte l'icône de Saint Ahmet le calligraphe:

http://www.hristiyanforum.com/forum/azi ... et-t321047
Avec espérance et humilité...
adam
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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par adam »

Maksim a écrit :Bonjour,
Vous trouverez au début du texte l'icône de Saint Ahmet le calligraphe:

http://www.hristiyanforum.com/forum/azi ... et-t321047
Si j'ai bien compris, Saint Ahmet le callygraphe était issu d'une famille musulmane.

Dommage que l'on ne mentionne pas plus souvent les cas de "musulmans" choisissant la voie du Christ alors qu'on a toujours tendance à s'attarder sur des cas inverses.
Maksim
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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par Maksim »

Mais tout-à-fait!

Ottoman de confession sunnite, bien né et assez haut placé, donc bien vu de la cour... jusqu'à ce qu'il commence par être intrigué de voir le visage de sa servante (ou esclave) d'origine ukrainienne -si je me souviens bien- rayonner chaque fois qu'elle était de retour de l'église, dimanche (il l'y avait autorisée dès le début).
L'ayant questionnée, il commence à être intéressé par le miracle de la communion; lui propose de l'accompagner à l'église, déguisé évidemment, puis, s'en fait une habitude et finit de se convertir de coeur.
Quelque temps après, il est invité à une réunion des savants de l'époque où l'on discute de la foi vraie (!) et de celle des autres. Il hésite un instant mais reste fidèle à l'enseignement de Jésus -qu'il avait appris et par l'église et par sa servante- et finit par le proclamer haut et fort. Scandale et, évidemment dénonciation. Vu son rang, il est invité dans un premier temps discrètement, devant les ouléma de revenir sur ce qu'il a dit. Ce qu' il refuse et confirme sa foi en Jésus. Invité une seconde fois à faire des aveux et renonciation publics, il persiste... et finit la tête tranchée.

Ce qui fait de lui un martyr et un saint orthodoxe, non par le baptême de l'eau mais du sang.

Dans le message qui suit dans le même lien, vous en trouverez quelques autres (d'origine musulmane) dans le message de l'"ortodoksmoderatör".
Avec espérance et humilité...
Claude le Liseur
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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par Claude le Liseur »

adam a écrit :Dommage que l'on ne mentionne pas plus souvent les cas de "musulmans" choisissant la voie du Christ alors qu'on a toujours tendance à s'attarder sur des cas inverses.

Je peux vous recommander un livre intéressant sur le sujet:

Jean-Marie Gaudeul

Appelés par le Christ

Le Cerf, Paris 1991, 350 pages

C'est un livre bien fait, basé avant tout sur des témoignages de musulmans de divers horizons qui se sont convertis au christianisme. Les personnalités sont très variées - cela va de l'ouvrier maghrébin immigré en France à l'ancien djihadiste pakistanais de la guerre contre l'Inde de 1947 - et les cheminements le sont aussi. Cela permet à l'auteur de décrire quels sont les points du christianisme qui sont particulièrement attirants ou intéressants pour quelqu'un qui a été élevé dans l'Islam et quels sont les points qui sont difficiles. Les pays les plus représentés dans ces témoignages sont le Pakistan, l'Iran et les pays d'Afrique noire et, dans l'ensemble, l'ouvrage se concentre sur des zones géographiques qui ne sont pas celles que nous abordons d'habitude dans ce forum. Il n'est donc pas question de l'importante minorité, parmi les Tatars de Kazan, qui sont passés de l'Islam à l'Orthodoxie. De plus, le livre datant de 1991, il ne pouvait prévoir le mouvement assez important constaté en Bulgarie depuis la chute du communisme, où de nombreux Pomaks (musulmans slavophones) se sont fait baptiser - parfois la majorité de la population de tel ou tel village pomak est retournée au christianisme orthodoxe en quelques mois. Il est vrai aussi que ce mouvement est particulier en ce sens que les Pomaks gardent plus ou moins le souvenir que leurs ancêtres étaient orthodoxes. Leur situation est dès lors tout à fait différente de celle de tel ou tel musulman pakistanais ou iranien dont M. Gaudeul raconte le cheminement et pour qui il s'agit véritablement d'un saut dans l'inconnu.
Le livre décrit aussi les difficultés qui attendent les nouveaux chrétiens, tant dans leur ancien milieu - le nouveau converti s'exposant à tout une gamme de réactions hostiles depuis le rejet par sa famille jusqu'au martyre pur et simple (moins, d'une manière générale, dans le cas des pays d'Afrique noire où les gens étaient traditionnnellement plus tolérants), que dans le nouveau milieu - puisque la plupart des communautés chrétiennes, y compris en Europe occidentale, s'en tiennent à cette attitude qui sidéra le protopresbytre Alexandre Schmemann quand il rencontra l'évêque du patriarcat de Constantinople pour la Suisse: ne pas faire de vagues (cf. le journal du RP Schmemann, entrée du 19 mai 1977, p. 497 de l'édition française de 2009). Or, le livre de Gaudeul montre que c'est rigoureusement la même attitude partout. Ne pas faire de vagues, et surtout espérer que rien ne se produise.
Claude le Liseur
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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par Claude le Liseur »

Maksim a écrit :Mais tout-à-fait!

Ottoman de confession sunnite, bien né et assez haut placé, donc bien vu de la cour... jusqu'à ce qu'il commence par être intrigué de voir le visage de sa servante (ou esclave) d'origine ukrainienne -si je me souviens bien- rayonner chaque fois qu'elle était de retour de l'église, dimanche (il l'y avait autorisée dès le début).
L'ayant questionnée, il commence à être intéressé par le miracle de la communion; lui propose de l'accompagner à l'église, déguisé évidemment, puis, s'en fait une habitude et finit de se convertir de coeur.
Quelque temps après, il est invité à une réunion des savants de l'époque où l'on discute de la foi vraie (!) et de celle des autres. Il hésite un instant mais reste fidèle à l'enseignement de Jésus -qu'il avait appris et par l'église et par sa servante- et finit par le proclamer haut et fort. Scandale et, évidemment dénonciation. Vu son rang, il est invité dans un premier temps discrètement, devant les ouléma de revenir sur ce qu'il a dit. Ce qu' il refuse et confirme sa foi en Jésus. Invité une seconde fois à faire des aveux et renonciation publics, il persiste... et finit la tête tranchée.

Ce qui fait de lui un martyr et un saint orthodoxe, non par le baptême de l'eau mais du sang.

Dans le message qui suit dans le même lien, vous en trouverez quelques autres (d'origine musulmane) dans le message de l'"ortodoksmoderatör".

J'ai plusieurs sources, en français, en anglais et en grec, sur la vie de saint Ahmet le Calligraphe: le Synaxaire français du hiéromoine Macaire de Simonos-Petra, un article publié dans la revue orthodoxe française Foi transmise et sainte Tradition n° 32, Lavardac 1987, une notice dans le livre de Vaporis sur les Nouveaux-Martyrs ( Witnesses for Christ, Saint Vladimir Seminary Press, Crestwood [NY] 2000 pp. 136 s., et un article publié dans le périodique grec vieux-calendériste. Ledit périodique grec est littéralement englouti dans mes archives et je compléterai ce message dès que j'arriverai à le retrouver.
Vaporis l'appelle Ahmed le Deftedar, indiquant que le mot deftedar désignait un secrétaire de la chancellerie ottomane. Je suppose que ce mot turc (ou turc osmanli?) deftedar doit être apparenté au mot turc pour «cahier», defter. Il me paraît évident que le mot turc defter provient à son tour du mot arabe pour «cahier» د فتر daftar . Un deftedar devait être quelqu'un qui remplissait des cahiers. En tout cas, les deux mots me paraissent étrangement similaires.

En revanche, je n'ai pratiquement aucune information sur un converti, lui aussi issu de la haute administration ottomane, dont on ne parle jamais parce qu'il ne mourut pas martyr. Il s'agit d'un pacha osmanli du XIXe siècle converti à l'Orthodoxie et devenu moine au monastère d'Optina en Russie sous le nom de Nicolas-le-Turc. Il est évoqué par Jean Besse dans L'Église orthodoxe russe et ses missions, Lavardac, s.d., pp. 29 et 33. Le docteur Besse indique que Nicolas-le-Turc fait l'objet d'une notice biographique dans l'ouvrage de I. M. Kontzevitch Оптина Пустынь и её время (L'ermitage d'Optina et son époque), pp. 341-342 de l'édition publiée à Jordanville (NY) en 1970. Ivan Mikhaïlovitch Kontzevitch (1893-1965), ingénieur, professeur et par ailleurs frère aîné de Mgr Nectaire de Seattle (1905-1983), l'auxiliaire de saint Jean Maximovitch (1896-1966), eut une grande influence sur le hiéromoine Séraphin [Rose] (cf. Moine Damascène [Christensen], Not of This World, Fr. Seraphim Rose Foundation, Forestville [CA] 1997 [1re édition 1993], pp. 205-207. Ce sont les disciples du hiéromoine Seraphim Rose qui ont publié en 1988, sous le titre The Acquisition of the Holy Spirit, la traduction anglaise du livre publié par le professeur Kontzevitch en russe à Paris en 1952 sous le titre Стяжание Духа Святого в путях древней Руси.
Ce qui est merveilleux quand j'y pense, c'est que lorsque le monastère de Jordanville publiait le livre de Kontzevitch, il semblait que la nuit communiste n'aurait pas de fin et tout ceci apparaissait comme des fragments d'un monde à jamais englouti. Comme on sait, le monastère d'Optina fut un des premiers rendus au culte à la fin de la persécution en 1990 et quelle ne fut pas ma joie de découvrir que le livre de Kontzevitch a été réédité et est désormais vendu par le monastère lui-même (information sur le propre site Internet du monastère: http://www.optina.info/main/28_0_55/ ). Ce qui était mort est revenu à la vie.

Rien de plus sur Nicolas-le-Turc. Peut-être devrais-je acquérir le livre de Kontzevitch.
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