Les résistances à l'imposition du célibat ecclésiastique

Échangez vos idées librement ici

Modérateur : Auteurs

Anne Geneviève
Messages : 1041
Inscription : lun. 30 mai 2005 19:41
Localisation : IdF
Contact :

Re: Les résistances à l'imposition du célibat ecclésiastique

Message par Anne Geneviève » mar. 22 juin 2010 8:16

Merci de ces précisions. Je vous avoue que je n'ai pas eu le temps de vérifier ce qu'on sait par ailleurs des personnages dont il parle. Pour l'instant, je me concentre sur le texte, en essayant à la fois de rester au plus près et d'être lisible en français, ce qui n'est pas toujours gagné d'avance, le R.P. Phillips écrivant un anglais plus didactique que stylistique et, comme beaucoup d'enseignants, aimant bien les jeux de mots.
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."

Anne Geneviève
Messages : 1041
Inscription : lun. 30 mai 2005 19:41
Localisation : IdF
Contact :

Re: Les résistances à l'imposition du célibat ecclésiastique

Message par Anne Geneviève » mer. 23 juin 2010 9:21

suite :

Léon IX eut comme successeur un autre pape allemand, Victor II (1055-1057) alias Gebhard von Dollstein-Hirschberg, qui poursuivit sa politique et, le 4 juin 1055, anathémisa le mariage des clercs. Il fut à son tour remplacé par Frédéric de Lorraine qui prit le nom d'Etienne IX (1057-1058), par l'antipape Benoît X, par Nicolas II (1058-1061) alias Gérard de Lorraine, puis par Alexandre II (1061-1073) qui soutint en Angleterre le boucher barbare que fut Guillaume le Bâtard. Tous poursuivirent la politique de célibat obligatoire des clercs.
Alexandre fut suivi d'un autre Allemand, Hildebrand* alias saint (sic) Grégoire VII (1073-1085). Sous l'influence du principal théoricien de la papauté de ce temps, saint (sic) Pierre Damien (1007-1072), ce fut le pape qui changea vraiment les choses de manière définitive. De façon très agressive, il dogmatisa le célibat des clercs et scella définitivement les efforts de Léon IX et de tous les papes qui lui avaient succédé. Il posa les fondations de tout ce qui s'ensuivit, les deux conciles du Latran mentionnés plus haut et la culmination de la puissance papale à la fin du XIIe siècle sous Innocent III. Les motivations de Grégoire VII étaient triples :
Primo, des raisons morales puisqu'il considérait le mariage des clercs comme un adultère. Secundo, des raisons matérielles – un clergé célibataire n'avait pas de possessions à transmettre à ses enfants et ses propriétés revenaient donc à l'Eglise. Tertio, des raisons politiques : un clergé célibataire ne serait sujet que du pape et n'aurait donc aucun commerce avec le monde.


*Nous avons beaucoup parlé d'Hildebrand sur ce forum à propos du basculement de l'occident, de la construction d'une ecclésiologie pyramidale et non plus conciliaire, et du schisme de 1054. Le célibat des clercs n'est qu'un aspect de ce que les historiens appellent la réforme grégorienne, mais un aspect cohérent avec le reste.
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."

J-Gabriel
Messages : 644
Inscription : ven. 08 sept. 2006 23:29
Localisation : Suisse
Contact :

Re: Les résistances à l'imposition du célibat ecclésiastique

Message par J-Gabriel » ven. 25 juin 2010 0:00

Pour Frédéric de Lorraine on peut le retrouver autant sous le nom d’Etienne IX qu’Etienne X.

Si l’on considère la logique trento-vaticane il est juste de le retrouver sous ces deux chiffres, mais chronologiquement il est Etienne X et le dernier Pape à avoir pris le nom d’Etienne. Le neuvième du nom, eu son pontificat en 940 pendants presque 3 ans.

Ce lien wiki nous explique très bien le micmac.

Et ce dictionnaire, p 340, nous raconte quelques brefs exploits de ce Pape.

Anne Geneviève
Messages : 1041
Inscription : lun. 30 mai 2005 19:41
Localisation : IdF
Contact :

Re: Les résistances à l'imposition du célibat ecclésiastique

Message par Anne Geneviève » jeu. 01 juil. 2010 8:23

suite :

Le mouvement de résistance : le pape « hérétique »

Naturellement, le reste de l'Eglise orthodoxe a condamné les erreurs des schismatiques de Rome. Toutefois, à l'intérieur du patriarcat romain lui-même, un mouvement de résistance salutaire basé sur la tradition orthodoxe occidentale a commencé d'émerger. Ainsi vers 1605, un écrivain anonyme du nord de la France, empli d'une conscience théologique orthodoxe, a pu affirmer que les mariages des clercs étaient chastes et sincères et « non, comme le prétendent les auteurs du nouveau dogme, adultères voire illicites » (16). Il ajoute : « Comme l'a dit l'Apôtre, 'une femme qui va vers un autre homme tant que son mari est en vie sera considérée comme adultère' (Rom 7,3), ainsi l'Eglise qui rejette injustement un prêtre qui lui est canoniquement uni est adultère si elle prend un autre prêtre tant que le sien est en vie. Ainsi ceux qui appellent au rejet de la masse des prêtres mariés sont tous adultères et une bande de menteurs sans nom. » (16)
Un auteur de la même époque qui vivait peut-être à Rouen dans le nord de la France, connu comme l'Anonyme normand, a confessé aussi la tradition ancienne du mariage des clercs, défendant même le mariage des évêques. Dans un essai intitulé De la sainte virginité et du mariage des prêtres, il écrit : «Quant à l'Apôtre, il écrit qu'il est correct pour un évêque d'être l'homme d'une seule femme, ce qu'il n'aurait sans doute pas enseigné si, comme certains l'affirment, il était adultère pour un évêque d'avoir à la fois une femme et l'Eglise – soit deux épouses – en même temps. » (16) Dans un autre ouvrage, De la consécration des prélats et des rois, le même auteur combat aussi par la sagesse orthodoxe l'argument des réformateurs selon quoi le prêtre est le fiancé de l'Eglise : « La Sainte Eglise est l'épouse ou fiancée non du clergé mais du Christ. » (16)
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."

Anne Geneviève
Messages : 1041
Inscription : lun. 30 mai 2005 19:41
Localisation : IdF
Contact :

Re: Les résistances à l'imposition du célibat ecclésiastique

Message par Anne Geneviève » mer. 07 juil. 2010 7:49

suite

Les campagnes énergiques ultérieures du pape Grégoire VII en faveur du célibat ont aussi radicalisé l'opposition d'une partie de ceux qui gardaient une conscience traditionnelle. Ainsi, probablement au concile de Paris de 1074, un abbé partisan du célibat, saint (sic) Gautier de Pontoise, a du se défendre contre une large majorité des présents qui déclaraient le décret du pape contre le prêtres mariés insupportable et déraisonnable et que donc on ne devait pas y obéir. Gautier fut littéralement saisi et jeté hors du palais royal. (17)
De même en Allemagne, selon le chroniqueur Lampert de Hersfeld, l'ensemble du clergé fut embrasé par l'exigence de célibat de Grégoire. Pour eux, le pape était hérétique de manière palpable et proclamait un enseignement insane. Il essayait de faire vivre des hommes comme des anges : par un tel commandement, il lâcherait les rênes à la fornication et salirait tout. En octobre 1074, l'archevêque Siegfrid de Mayence, sous la pression de Grégoire, tenta de faire respecter le célibat des clercs face à la fureur d'un clergé récalcitrant. Il convoqua un concile à Erfurt où pas un seul évêque ne le soutint. En 1075, Siegfrid réitéra. La réaction cette fois fut si violente qu'il parvint à peine à s'enfuir pour sauver sa vie. Toujours en 1075, un autre évêque allemand, Otto de Constance, vit son clergé rejeter avec aigreur les directives de Rome et le 26 décembre 1075, l'évêque Altmann de Passau provoqua contre lui-même une émeute à laquelle il échappa de justesse. (17)
Entre 1074 et 1079 fut écrit en Allemagne un document intitulé Epistola de continentia clericorum (Lettre sur la continence des clercs). Il affirmait illégitime, erronée, non canonique et peu judicieuse l'obligation du célibat. (17) et soutenait que le pape, comme dans le passé, devait recommander et non commander la continence, l'obligation étant étrangère à l'Ecriture comme aux canons.
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."

Claude le Liseur
Messages : 4013
Inscription : mer. 18 juin 2003 15:13

Re: Les résistances à l'imposition du célibat ecclésiastique

Message par Claude le Liseur » mer. 07 juil. 2010 10:19

Ce qui est intéressant, c'est qu'il y a à l'heure actuelle tout un mouvement pour présenter le sinistre Grégoire VII, dont l'archiprêtre Wladimir Guettée d'éternelle mémoire évoquait les entreprises contre les Eglises et les trônes, comme le précurseur de la modernité, le fondateur de l'Occident, etc.

On a les héros qu'on peut.

J-Gabriel
Messages : 644
Inscription : ven. 08 sept. 2006 23:29
Localisation : Suisse
Contact :

Re: Les résistances à l'imposition du célibat ecclésiastique

Message par J-Gabriel » dim. 11 juil. 2010 22:04

Claude le Liseur a écrit :On a les héros qu'on peut.
Et oui la fameuse Lorraine Connection !

En fait je tiens cette expression d’ici http://www.passion-histoire.net un forum sur l’histoire.

Suite à l’interrogation de Claude,
Claude le Liseur a écrit :Je ne sais pas quelle était l'origine du sinistre Humbert, mais il était moine de Moyenmoutier, monastère dans les Vosges (non loin de Baccarat, Senones et Raon-L'Etape) dans une partie de la Lorraine qui a toujours été romane. La Lorraine thioise se trouve bien plus au nord.
, j’ai fais une recherche dans tous les livres que je dispose sur le sujet, mais rien trouver de précis. Et c’est sur le net que j’ai trouvé l’indication la plus précise sur le sinistre cardinal et ils le font venir de Lyon.
Humbert de Moyenmoutier ou de Silva Candida est né entre 1000 et 1005 environ. Originaire sans doute du diocèse de Lyon (royaume de Bourgogne), Humbert a été donné comme oblat à Moyenmoutier (Lotharingie) en 1015. On ignore tout de son activité jusqu'à son apparition, dans l'entourage proche du pape Léon IX, en 1049. Il porte alors le titre honorifique d'archevêque de Sicile, puis celui de cardinal de Silva Candida (évêché suburbicaire, à Rome).
http://www.passion-histoire.net/viewtop ... 5&p=258086
Ce n’est pas très important je sais, mais l’expression Lorraine Connection m’a bien fait sourire.

Anne Geneviève
Messages : 1041
Inscription : lun. 30 mai 2005 19:41
Localisation : IdF
Contact :

Re: Les résistances à l'imposition du célibat ecclésiastique

Message par Anne Geneviève » lun. 12 juil. 2010 9:22

suite

Citant le premier concile œcuménique, il rappelait prophétiquement que forcer au célibat était lourd de périls moraux et augmenterait simplement le risque de scandales. (18) Fliche, l'auteur de la classique Histoire de Grégoire VII en trois volumes résumait la résistance à l'obligation grégorienne du célibat par : « En Allemagne, en France et dans les Etats Anglo-normands, les clercs rejetèrent la règle de célibat dans l'Eglise avec une étonnante unanimité. » (19)
Toutefois la plus forte résistance vint de ceux qui ignorèrent purement et simplement le décret romain.


Je vous demande quelques jours pour le reste de la première partie, n'ayant pas eu tout le loisir que j'espérais avoir pour ce faire.
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."

Olivier
Messages : 121
Inscription : sam. 16 juil. 2005 12:10

Re: Les résistances à l'imposition du célibat ecclésiastique

Message par Olivier » jeu. 15 juil. 2010 17:08

Intéressant, après je trouve idiot de mettre en lien pédophilie et célibat des prêtre, puisque la majorité des pédophiles sont des hommes mariés, ensuite, dans les cas des scandales récents (post vatican II, on ne le souligne pas assez); c'est plus de l'éphébophilie, les cas étaient sur des jeunes adolescents, donc plus de l'homosexualité latente. L'ordination d'homme marié ne changerait pas à l'affaire.
Ensuite, la vocation touche l'ensemble des églises, ça ne résoudrait pas le problème.
Pour le pape africain que beaucoup rêve à l'image d'Obama (qui est une calamité pour les USA) qui va soit disant révolutionner l'Eglise (les non-catholiques devraient s'en foutre), c'est méconnaître les tendances à l'intérieur de l'Eglise, car les cardinaux africains et le clergé africain est plutôt conservateur. Les progressistes sont plus en Europe. A mon avis, le futur pape sera plutôt sudaméricain. La moitié des catholiques se trouvent dans ce continent et que les évangélistes sont puissants.

Pour l'ordination des hommes mariés c'est déjà le cas dans l'Eglise avec les catholiques orientaux et les anciens anglicains et protestants ayant rejoint l'Eglise. Puis, des hommes mariés n'ayant plus en charge la famille peuvent devenir prêtre s'ils n'ont plus de relations sexuelles avec leur femme. Mais les mouvements cités plus haut, peuvent faire changer d'avis l'Eglise, si cette tendance devient majoritaire.
Après, si on autorise l'ordination d'hommes mariés, il risque d'avoir une rébellion de la part des curés à qui on n'a pas demandé le choix...
Par contre on oublie que le céibat des prêtres et le mariage sont devenus un sacrement lors du concile de Latran de 1215.

altoanne
Messages : 7
Inscription : sam. 03 avr. 2010 18:03
Localisation : Québec, QC (Canada)

Re: Les résistances à l'imposition du célibat ecclésiastique

Message par altoanne » dim. 22 août 2010 4:55

L'article que vous avez traduit est très intéressant!! Je débattais de la question de la fiancée du Christ versus le mariage ici bas sur un autre forum, et puisque quelques catholiques m'ont répondu plutôt violemment en ne faisant que défendre les dogmes actuels du Vatican, j'ai pu trouvé beaucoup d'éléments de réponse à mes interrogations.

Merci infiniment pour la traduction.
Anne, informaticienne, altiste et radioamateur... bref, originale ;)

Olivier
Messages : 121
Inscription : sam. 16 juil. 2005 12:10

Re: Les résistances à l'imposition du célibat ecclésiastique

Message par Olivier » dim. 22 août 2010 17:03

Au Vème siècle, le pape Innocent Ier était le fils d'Anastase Ier selon Saint Jérôme. Mais en même temps, c'était mal vu d'avoir une femme chez soit...

altoanne
Messages : 7
Inscription : sam. 03 avr. 2010 18:03
Localisation : Québec, QC (Canada)

Re: Les résistances à l'imposition du célibat ecclésiastique

Message par altoanne » dim. 22 août 2010 17:46

Olivier a écrit :Au Vème siècle, le pape Innocent Ier était le fils d'Anastase Ier selon Saint Jérôme. Mais en même temps, c'était mal vu d'avoir une femme chez soit...
Je me demande bien pourquoi c'était mal vu d'avoir une femme avec soi, et je suis tombée à la renverse quand j'ai lu qu'il était question de fornication entre un prêtre et une concubine, alors qu'en réalité c'est sa femme et légitime épouse *tristesse*... (Je dirais même plus: est-ce un crime d'être né femme? *C'est l'impression que me donne une telle position de l'Église romaine*) Si j'ai bien lu les épîtres de saint Paul, il est question de fiançailles au Christ, mais la fiancée du Christ est l'Église, donc c'est l'assemblée, le groupe, la personne morale, l'église et non les individus, me trompai-je? Je trouve curieux qu'on en soit venu à dire que les fiançailles au Christ interdisent le mariage ici bas sur Terre. L'un n'exclut pas l'autre, à moins que j'aie mal lu... Merci d'éclairer ma lanterne.

Cette perception des fiançailles au Christ comme excluant le mariage est également préconisée par certains chrétiens évangéliques** du Québec, que je connais et que j'ai fréquentés pendant un certain temps. Mais lorsque je me suis fiancée, cette question a refait surface dans ma mémoire et j'ai pu en débattre sur d'autres forums que celui-ci. (** Principalement des églises de la Pentecôte du Canada, sinon des baptistes)
Anne, informaticienne, altiste et radioamateur... bref, originale ;)

Olivier
Messages : 121
Inscription : sam. 16 juil. 2005 12:10

Re: Les résistances à l'imposition du célibat ecclésiastique

Message par Olivier » dim. 22 août 2010 18:26

En fait, je ne trouve pas très logique que l'évêque soit dans la succession des Apôtres et que le prêtre, le Christ sur terre. Cela met en quelque sorte le Christ sous l'autorité des évêques (qui sont aussi prêtres)

altoanne
Messages : 7
Inscription : sam. 03 avr. 2010 18:03
Localisation : Québec, QC (Canada)

Re: Les résistances à l'imposition du célibat ecclésiastique

Message par altoanne » dim. 22 août 2010 19:07

Olivier a écrit :En fait, je ne trouve pas très logique que l'évêque soit dans la succession des Apôtres et que le prêtre, le Christ sur terre. Cela met en quelque sorte le Christ sous l'autorité des évêques (qui sont aussi prêtres)
Aïe!
Anne, informaticienne, altiste et radioamateur... bref, originale ;)

FABRE
Messages : 113
Inscription : jeu. 24 juin 2010 6:35

Re: Les résistances à l'imposition du célibat ecclésiastique

Message par FABRE » dim. 22 août 2010 20:13

oh ! ben non ! le prêtre n'est pas le Christ sur terre ! le pape non plus et il ne remplace pas le très Saint Esprit etc.... utilisez la fonction recherche sur le forum avec nom prêtre, évêque etc ..et il y a de quoi lire incroyablement documenté et argumenté allez zou ! cherchons !..

Répondre