Fin du calendrier grégorien dans l'Eglise d'Estonie

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Claude le Liseur
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Fin du calendrier grégorien dans l'Eglise d'Estonie

Message par Claude le Liseur » dim. 12 juin 2011 11:18

Le site orthodoxie.com publie un communiqué de presse intéressant de l'Eglise autonome d'Estonie (juridiction du patriarcat de Constantinople) annonçant que toutes ses paroisses adoptent désormais le calendrier liturgique corrigé par la conférence de Constantinople en 1923:

http://www.orthodoxie.com/2011/06/commu ... gique.html

Le communiqué est un peu maladroit lorsqu'il explique que les fêtes fixes seront désormais fêtées selon le calendrier grégorien et les fêtes du cycle de Pâques selon le calendrier julien, suivi d'une référence à la conférence de 1923. C'est inexact, dans la mesure où le calendrier préconisé par la conférence de 1923 en ce qui concerne les fêtes fixes n'est pas le calendrier grégorien et ne coïncide avec lui que sur une durée certes assez longue (jusqu'en 2800), mais qu'il divergera ensuite. On sait qu'en revanche, pour des raisons de prudence, vu la levée de bouclier déjà causée par la correction de la date des fêtes fixes, on a maintenu le calcul de la date de Pâques non pas d'après les dispositions du concile de Nicée, mais d'après les tables mathématiques, désormais de plus en plus insuffisantes, établies par saint Denys le Petit au VIe siècle.

Ce qui est intéressant, c'est que l'Eglise d'Estonie, comme l'Eglise de Finlande, avait adopté vers 1920 le calendrier grégorien pur et simple, y compris en ce qui concerne la date de Pâques. On sait qu'en Finlande, cette décision fut prise à la demande du gouvernement qui, semble-t-il, estimait qu'il faisait déjà un grand effort en donnant le statut de religion d'Etat, aux côtés du luthéranisme qui regroupait alors la presque unanimité de la population, à une confession qui ne comptait guère que 2 ou 3% de la population (et nettement moins aujourd'hui suite à la perte de la Carélie) et qu'il n'avait dès lors pas l'intention de doubler le nombre de jours fériés liés à des fêtes religieuses. Cette décision fut source de grands troubles au sein de l'Orthodoxie finlandaise jusqu'en 1939, en raison de la résistance du monastère russe de Valaam, lequel se trouvait alors sous la juridiction de l'Eglise de Finlande. L'agression communiste contre la Finlande, en 1939, mit d'autres problèmes sur le devant de la scène - et eut pour effet secondaire de placer Valaam en territoire soviétique.

L'Eglise d'Estonie connaissait jusqu'à ce jour la cohabitation de paroisses suivant le calendrier julien ancien et de paroisses suivant le calendrier grégorien, ce qui aboutissait à deux dates de Noël et deux dates de Pâques différentes. Elle se rallie ainsi à la pratique normale du patriarcat de Constantinople sous la protection duquel elle se trouve, et qui est aussi celle des patriarcats d'Alexandrie, Antioche, Roumanie et Bulgarie, ainsi que des Eglises de Chypre, de Grèce et d'Albanie. L'Eglise de Finlande, seule à maintenir le calendrier grégorien, apparaît donc comme une exception de plus en plus isolée.

A noter qu'à ma connaissance, le chaos organisationnel et administratif dont vient de sortir l'Eglise d'Estonie subsiste dans l'Eglise de Tchéquie et de Slovaquie, où, d'après ce qui m'avait été transmis par un prêtre de cette Eglise, les trois calendriers liturgiques possibles (julien ancien, grégorien, constantinopolitain) sont simultanément en vigueur.

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