Patriarcat de Constantinople et oecuménisme

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Novelius
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Patriarcat de Constantinople et oecuménisme

Message par Novelius » lun. 14 nov. 2011 16:55

Je viens de lire ces deux articles :

http://www.egliserusse.eu/blogdiscussio ... _a444.html

http://www.orthodoxie.com/2009/10/impor ... ion-i.html

Ces articles traitent du document de Ravenne, de l'oecuménisme et de la «Confession de foi contre l’œcuménisme».

Plusieurs réflexions et interrogations me viennent après lecture. Notamment sur le rôle du patriarcat de Constantinople dans l'oecuménisme.

J'aimerais avoir votre avis :

L'impression que le patriarcat oecuménique de Constantinople est le principal artisan côté orthodoxe du dialogue et de "l'esprit" oecuménique est t'elle fondée ?

Que pensez vous de l'affirmation :
l’orientation par l’Église catholique romaine du dialogue dans les sens de sa principale préoccupation : voir l’autorité du pape de Rome reconnue par l’ensemble du monde chrétien ; 3) la confirmation de cette orientation par le patriarcat de Constantinople désireux avant tout de se voir reconnaître une autorité du même genre dans l'ensemble du monde orthodoxe).
Pensez vous qu'en effet le patriarcat de Constantinople essaye de se voir attribuer une autorité sur le reste du monde orthodoxe ?

Et ceci :
Certains observateurs ont fait part de leur étonnement que, dans cette lettre, le patriarche Bartholomée:
1) au lieu de contribuer à rétablir l’unité et la paix en rassurant les fidèles inquiets quant à ses intentions, semble inciter les hiérarques et clercs signataires de la «Confession de foi» à mettre leurs actes en accord avec celle-ci en cessant la commémoration de la hiérarchie dans les dyptiques et en se séparant de l’Église.
2) assimile (comme le fait aussi dans sa lettre le métropolite Jean de Pergame) à des conciles ayant autorité des commissions inter-ecclésiales ou pan-orthodoxes qui sont simplement constituées d’experts et ont en vue d’organiser le dialogue, et dont les membres participent à celui-ci, sans que leurs prises de positions, y compris celles exprimées dans les communiqués finals, aient une valeur autre que consultative et soient toujours ratifiées par les Saints-Synodes de leurs Églises respectives (on peut même constater que, dans la plupart des cas, seul le patriarcat de Constantinople a entériné de telles conclusions).
A quoi joue le patriarche Bartholomée ?

Pensez vous qu'il y ait un risque de schisme et si c'est le cas les vrais schismatiques ne sont t'il pas précisément les hiérarques oecuménistes ?

Voila les quelques questions que je me pose après lecture de ces documents.

Claude le Liseur
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Re: Patriarcat de Constantinople et oecuménisme

Message par Claude le Liseur » lun. 14 nov. 2011 18:42

Novelius a écrit :L'impression que le patriarcat oecuménique de Constantinople est le principal artisan côté orthodoxe du dialogue et de "l'esprit" oecuménique est t'elle fondée ?
Non. Le patriarcat de Constantinople n'est pas allé plus loin dans cette ligne que ceux de Moscou et de Roumanie. Ce sont clairement les trois synodes les plus engagés sur cette voie dangereuse. Pour mémoire, c'est tout de même le patriarcat de Moscou, qui, en 1969, au grand dam du reste du monde orthodoxe, avait promulgué un décret (rapporté par la suite) qui donnait aux hétérodoxes la possibilité de recevoir les derniers sacrements de la part d'un prêtre orthodoxe; c'est un métropolite du patriarcat de Roumanie, et pas du patriarcat de Constantinople, qui, en 2008, a scandaleusement communié dans une église uniate sans que cela entraîne l'application des sanctions prévues par le droit canonique. Moi, je peux vous dire que j'étais dans une église "stavropigiale", dépendant directement du patriarche de Constantinople, un jour où l'on a rappelé à une hétérodoxe qui voulait s'approcher du calice qu'elle n'était pas admise à la communion.
Maintenant, il est clair que les synodes d'autres Eglises locales (en premier lieu Bulgarie, Géorgie et Grèce) sont sur une ligne beaucoup plus "confessante" que Constantinople.
Pensez vous qu'en effet le patriarcat de Constantinople essaye de se voir attribuer une autorité sur le reste du monde orthodoxe ?
Oui, mais se faire reconnaître une autorité par qui, puisque précisément le reste du monde orthodoxe ne le veut pas? A mon humble avis, la stratégie est plus subtile: un patriarcat agonisant sur le territoire turc et qui n'a toujours pas fait (après 90 ans de valse-hésitation) le choix de tout miser sur le développement de l'Orthodoxie en Europe occidentale et dans les pays neufs essaie d'obtenir de l'oxygène en donnant l'illusion aux non-orthodoxes qu'il aurait une autorité sur le reste du monde orthodoxe. Ce qui est visé, ce n'est pas seulement le soutien diplomatique du Vatican, par exemple: c'est aussi une certaine présence médiatique qui peut être obtenue par ce biais, parce que le patriarcat a besoin de faire feu de tout bois pour ne pas être définitivement étouffé par les autorités turques. Mais là où le patriarcat se trompe sans doute, c'est que cette présence médiatique dans les pays développés, qui a jusqu'à présent retenu les autorités turques d'expulser le synode, il l'aurait maintenant s'il avait fait, dès les années 1920, un travail missionnaire de longue haleine en Europe occidentale, dans les Amériques, en Océanie et en Extrême-Orient, au lieu de procéder de manière si timide,hésitante et louvoyante.
Pensez vous qu'il y ait un risque de schisme et si c'est le cas les vrais schismatiques ne sont t'il pas précisément les hiérarques oecuménistes ?
Le risque de schisme me semble moins fort qu'il y a quelques années parce que le pouvoir communiste n'est plus en place pour étouffer la résistance dans des pays où à la fois la hiérarchie et les fidèles ont gardé une forte conscience orthodoxe comme la Serbie, la Géorgie et la Bulgarie. En outre, pour scandaleuse que soit l'attitude des hiérarques oecuménistes, elle est souvent sans conséquence sur le terrain; il y a dans certaines Eglises locales une dichotomie totale entre ce que l'on fait au pays et les déclarations de certains hiérarques que l'on envoie parader dans les réunions oecuménistes - au point d'avoir assisté à l'apparition d'évêques-diplomates qui ne sont plus que titulaires d'un siège où ils ne résident guère. Si Constantinople donne plus que d'autres l'impression de la compromission, c'est que ce patriarcat est devenu un peu "hors sol", faute d'avoir pu compenser la disparition des fidèles de son territoire anatolien d'origine par une véritable floraison missionnaire ailleurs. Quand on compare au travail admirable accompli par le patriarcat d'Alexandrie en Afrique depuis 1946, on a en effet le droit d'être déçu.

Pour le reste, il faut raison garder. Les déclarations ambiguës du patriarcat de Constantinople blessent la conscience orthodoxe, certes. Mais le peu de travail missionnaire qui est fait en Extrême-Orient ou en Amérique centrale se fait dans la juridiction de Constantinople. Et c'est bien Constantinople - et presque seulement Constantinople - qui a béni la création de paroisses francophones, italophones et germanophones en Europe occidentale (s'agissant des paroisses hispanophones, elles sont sous la juridiction du patriarcat de Serbie). Alors, que doit-on préférer? Des synodes dont la confession de foi est pour le moins hésitante mais qui accueillent les convertis ou ce qu'était le Synode russe hors frontières en Europe occidentale dans les années 1980 - c'est-à-dire une Eglise qui avait une confession de foi ferme qu'elle démentait dans ses actes en refusant tout apostolat et en proclamant qu'elle était une Eglise ethnique? Je préfère encore les premiers...

Novelius
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Re: Patriarcat de Constantinople et oecuménisme

Message par Novelius » lun. 14 nov. 2011 19:41

Merci pour votre intéressante réponse Claude qui éclaire bien le sujet.

Pensez vous que le Patriarcat de Contanstinople va finalement miser sur une oeuvre missionaire notamment en Europe ? Je l'espère ça serait une bonne nouvelle . D'ou vient l'hésitation que vous décrivez puisque le patriarcat aurait tout à gagner de cette oeuvre en occident ? Je comprend bien sûr les difficultés du patriarcat mais puisque l'alternative stratégique à la perte des fidèles anatoliens est la mission en Europe pourquoi hésiter ?

Claude le Liseur
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Re: Patriarcat de Constantinople et oecuménisme

Message par Claude le Liseur » mar. 15 nov. 2011 12:13

Novelius a écrit :

Pensez vous que le Patriarcat de Contanstinople va finalement miser sur une oeuvre missionaire notamment en Europe ? Je l'espère ça serait une bonne nouvelle . D'ou vient l'hésitation que vous décrivez puisque le patriarcat aurait tout à gagner de cette oeuvre en occident ? Je comprend bien sûr les difficultés du patriarcat mais puisque l'alternative stratégique à la perte des fidèles anatoliens est la mission en Europe pourquoi hésiter ?
Je ne m'attends pas à de grands bouleversements, mais à une progression lente. On vient d'enterrer un métropolite qui avait toujours manqué de fermeté dans la confession de la foi, et qui n'aurait certes pas eu de grandes visions missionnaires, mais qui avait pourtant construit trois églises,encouragé la création de deux paroisses francophones sur un territoire restreint, présidé des institutions qui étaient enfin communautaires orthodoxes au lieu d'être communautaires de l'émigration X ou de l'émigration Y, fondé un institut de théologie qui fonctionne dans la langue du pays et fait en sorte que tous les documents émanant de son diocèse soient dans la langue du pays. Il aurait pu faire dix fois plus; mais il a déjà fait dix fois plus que le discours peu missionnaire qu'il tenait ne l'aurait laissé supposer. Je m'attends donc à des petits pas, à des petits progrès.
En France, feu le métropolite Mélèce avait aussi un discours anti-missionnaire et pourtant c'est lui qui a accueilli des moines français de telle sorte que tous les monastères de son ancien diocèse sont aujourd'hui français et francophones.
L'Orthodoxie a manqué une chance historique de sortir de la confidentialité et de devenir une religion de masse en Europe occidentale dans les années 1965-1975 quand il y a eu une crise au sein du catholicisme romain. Mais était-ce vraiment une chance? On aurait sans doute accueilli des dizaines de milliers de gens qui seraient restés des catholiques intégristes sous chapeau orthodoxe et ne seraient jamais vraiment devenus orthodoxes. Difficile à dire.
S'agissant des hésitations du patriarcat, il y a un héritage ottoman d'apathie et de léthargie (dont le patriarcat d'Antioche et surtout celui d'Alexandrie ont su se délivrer, mais qui reste visible dans le patriarcat de Jérusalem, par exemple), la difficulté à penser autrement que dans un certain moule, le provincialisme (je suis toujours étonné de voir l'énergie dépensée par l'actuel patriarche en faveur de l'institut théologique de Halki fermé par les Turcs en 1971 alors que le patriarcat a des instituts de théologie à Salonique, Genève, Boston et Paris...), bref la difficulté de se percevoir autrement que ce que Mustafa Kemal a voulu que le patriarcat soit: l'aumônerie de la minorité orthodoxe d'Istamboul. On verra comment les choses évolueront.

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