le 5° evangile - et digression sur les péages

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rom
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le 5° evangile - et digression sur les péages

Message par rom » mar. 06 janv. 2004 16:24

y'aurai t-il des personnes qui pourrai me parler du 5° evangile ?

christianc
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Re: le 5° evangile

Message par christianc » ven. 16 janv. 2004 12:52

rom a écrit :y'aurai t-il des personnes qui pourrai me parler du 5° evangile ?

L'expression 5eme Evangile a été utilisée pour parler de "L'Evangile de Thomas " un texte de 115 citations trouvé à Nag Hammaddi , le contenu en est contestable .. (d'un point de vue doctrinal)
C'est un contenu gnostique ..

Les commentateurs ont parlé d'un 5eme Evangile ou d'un 5 eme Evangéliste pour parler des Epitres de Saint Paul..
En effet , si nous reprenons les dates de constitutions , les épitres de St Paul sont les plus anciens documents chrétiens connus ..
L'épitre aux Galates est datée de 55
Beaucoup d'Epitres sont antérieures aux Evangiles et sont la première proclamation de l'Eglise primitive..
Les Evangiles sont évalués entre 70 et 100 ..
(en moyenne.. il y a des discussions .. )

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » ven. 16 janv. 2004 15:44

A part saint Paul, l'autre personnage à avoir été surnommé "le cinquième évangéliste" n'est autre que le compositeur luthérien Jean-Sébastien Bach.

Sa musique aurait eu un rôle important dans la vocation religieuse du jeune universitaire californien Eugène Rose (1934-1982), par la suite converti à l'Orthodoxie et fondateur d'un monastère à Platina dans les montagnes du nord de la Californie, et devenu sous son nom monastique de Séraphin un des auteurs spirituels orthodoxes les plus lus de nos jours et les plus influents auprès des fidèles orthodoxes du monde entier. J'ai même vu la reproduction d'une icône représentant le père Séraphin, peinte par des orthodoxes italiens, et où il tient un parchemin sur lequel il est écrit: "Il est plus tard que vous le pensez".
Je dois dire que, même si je suis réticent vis-à-vis de certains aspects de la pensée du père Séraphin (notamment ses tentatives de présenter Augustin d'Hippone comme un père de l'Eglise), le fait que sa mémoire et son oeuvre soient l'objet d' attaques constantes de la part de gnostiques francophones en soulignent l'importance.

D'après son hagiographe, le moine Damscène (Christensen), source malheureusement pas toujours fiable, dans sa biographie Not of This World, Fr. Seraphim Rose Foundation, Forestville 1997 (1ère édition 1993), le père Séraphin aurait été particulièrement influencé par le cantate n° 82 de Jean-Sébastien Bach Ich habe genug (cf. Not of This World, p. 47), et la légende veut que le père Séraphin ait été comme pétrifié en entendant de nouveau, après de nombreuses années et trois semaines avant la fin de sa vie terrestre, ce cantate qui l'avait poussé vers le monachisme (cf. Not of This World, p. 934).

J'aime bien cette anecdote paradoxale d'une oeuvre d'un compositeur luthérien se trouvant être une des causes d'une vocation monastique orthodoxe.
Dernière modification par Claude le Liseur le ven. 16 janv. 2004 21:13, modifié 1 fois.

eliazar
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Cinquième évangile

Message par eliazar » ven. 16 janv. 2004 16:47

Je n’y vois aucun paradoxe : Jean-Sébastien BACH n’est pas un compositeur luthérien, mais l’équivalent pour tout musicien occidental de Dieu le Père. A part Mozart dans le rôle du Fils (mais pas l'homme : le musicien seulement), je ne vois guère qui serait disponible, dans un tel casting, pour faire le Saint-Esprit; peut-être Scriabine ?

Sa piété est profonde et céleste à la fois, même si elle est à la limite d’un certain piétisme : ses co-paroissiens de St-Thomas de Leipzig lui reprochaient de "composer comme pour l'opéra" .
Piété sensuelle (mais pas toujours) et humaine, bien sûr - plus proche du ktolicisme post-tridentin que de l’orthodoxie – mais quel homme !

Et quel croyant… plus proche des Tchèques que des Allemands, à mon sens. Je ne suis pas tellement étonné de la réaction de Seraphin Rose, après tout; il est parfois si proche d'un certain oecuménisme (de bon aloi, ce que je n'arrive pas à trouver ailleurs, en France en tout cas... à part peut-être le p. Boris ??)

mihaelaiacovache
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Message par mihaelaiacovache » sam. 17 janv. 2004 2:41

Je viens de lire un livre écrit par l’Archevêque Lazar Puhalo. Il s’appelle “Les voies de l’orthodoxie contemporaine”. Il contiens plusieurs chapitres intéressantes au sujet de La Mere de Dieu, le Paradis ,les icones.Un chapitre parle de la fausse doctrine des “douanes des cieux”.Mais l’un ,qui s’appelle “L’épître au sujet de Serafim Rose”, me donne une image un peut différente de ce que je savais sur lui.On parle ici de son gnosticisme et du fait q’il ne s’est pas séparé totalement du hindouisme.On mentionne aussi le nom du “Saint Ordre de MANS”.Je ne sais rien de ce que ca veut dire.

Je crois qu’on pourrait rouvrir le sujet sur les “artefacts” et les hérésies de l'orthodoxie.





(A propos de J.S.Bach ,je l’ai aime avant et après “l’ere de J.C”. .Je me souvienne un jour quand je n’ai pas pu retenir mes larmes en écoutant La Toccata et Fugue en ré minore, et je déteste de pleurer en public.)

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » sam. 17 janv. 2004 2:47

Tu me permettras de contester: Bach essaie d'exprimer sa foi luthérienne à travers sa musique, tandis que Mozart est franc-maçon et est donc soumis à des influences non-chrétiennes (dont je ne suis pas sûr qu'elles soient vraiment reflétées dans sa musique).

Quant au hiéromoine Séraphin Rose, je vois mal en lui la moindre trace d'oecuménisme. Il a été attaqué à la fois par les gnostiques francophones et par les vieux-calendaristes extrémistes, d'un côté parce qu'il a rejeté l'oecuménisme et le New Age et de l'autre parce qu'il n'a pas voulu pour autant rejoindre tous les groupes de vieux-calendaristes incohérents et autres donatistes que l'oecuménisme a sécrété en réaction à la funeste politique ecclésiastique du patriarche Athénagoras.

Ce n'est pas parce que j'apprécie la peinture du Trecento, les cantiques huguenots, la sagesse du Bouddha ou l'authenticité de l'hindouisme que je suis prêt à rejoindre le mouvement potentiellement totalitaire, destructeur de la liberté de chacun de rester fidèle à sa tradition et ses convictions et négateur de toute doctrine qu'est l'oecuménisme (ou qu'il est devenu au moins depuis 1948). Je ne pense pas que le fait d'avoir été si sensible à la foi exprimée par la musique de Bach est un signe particulier d'oecuménisme; au contraire, le message de Bach peut toucher un orthodoxe parce que Bach se voulait authentiquement luthérien; en revanche, je pense que si Bach avait été inspiré par le confusionnisme relativiste actuel, sa musique ne susciterait de prise de conscience religieuse chez personne - ni les orthodoxes, ni les luthériens, ni les adorateurs de l'oignon.

Toujours le même problème: on peut dialoguer avec un hérétique, tandis que toute discussion est stérile avec un confusionniste. Et je pense que, ce qui a profondément ému le père Séraphin dans le message spirituel de Jean-Sébastien Bach, c'est l'authenticité.

Au contraire, le père Séraphin a été le premier à diagnostiquer, à partir du célèbre discours de Paul VI devant l'Assemblée générale de l'ONU, la transformation du rôle du pape de Rome de chef de l'Eglise catholique romaine en ministre des Cultes du super-gouvernement mondial.

C'était un homme pétri de culture anglaise, française, allemande, espagnole, chinoise et russe (les six langues qu'il lisait et écrivait!). Peu de gens savent qu'il avait une prédilection particulière, en raison de ses origines françaises et de sa foi orthodoxe, pour les pères du Jura et pour la Vita Patrum de saint Grégoire de Tours.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » sam. 17 janv. 2004 3:21

Chère Mihaela,

Il faut se méfier des attaques de Mgr Lazare (Puhalo) contre le père Séraphin (Rose).

Lev Puhalo a dû quitter l'Eglise russe hors frontières où il était diacre à la suite, semble-t-il, de ses attaques contre l'enseignement sur les "douanes du ciel" ou les "péages aériens". On le retrouve ensuite archevêque de Vancouver et du Canada dans la juridiction de Mgr Euloge de Milan, "héros" du fil "vieux-calendariste et franc-maçon", puis dans une des juridictions autocéphales ukrainiennes. En 2003, il a été reçu dans l'Eglise orthodoxe en Amérique comme évêque... à la retraite.

L'enseignement sur les péages aériens est parfaitement orthodoxe et se trouve chez les Pères.

En outre, Mgr Lazare reproche au père Séraphin des influences hindoues, mais Axel a reproduit sur ce forum, dans le fil "Olivier Clément, l'inclusif" des phrases où le professeur Clément reproche au père Séraphin d'avoir été trop critique vis-à-vis de l'hindouisme! Qui faut-il croire?

Non, il y a des aspects de l'oeuvre du père Séraphin qui sont beaucoup plus critiquables, mais que personne ne critique jamais, parce que ce serait politiquement incorrect. Exemple: un livre du père Séraphin qui a fait énormément de mal en retardant encore la libération de la théologie orthodoxe par rapport à une captivité scolastique et augustinienne, c'est The Place of Blessed Augustine in the Orthodox Church (La place du bienheureux Augustin dans l'Eglise orthodoxe). C'est un livre dont les dégâts se font encore sentir aujourd'hui.
Mgr Lazare aurait mieux fait de reprocher au père Séraphin de n'avoir pas assez rompu avec l'augustinisme hérité de ses ancêtres luthériens du côté maternel, plutôt que de s'attaquer à des moulins à vent.

Et il y a encore bien d'autres choses à reprocher aux écrits du père Séraphin, comme cette idée qu'à la limite, une chose est juste parce qu'on l'a fait dans le passé. Mais il n'en reste pas moins un grand visionnaire des problèmes actuels.

Enfin, le reproche de ne pas s'être séparé de l'hindouisme, ça laisse surtout planer un soupçon d'inculture sur Mgr Lazare: le jeune Eugène Rose, futur père Séraphin, n'avait pas été sous l'influence de l'hindouisme, mais sous celle du bouddhisme zen (déformé à l'usage des Occidentaux) que prêchait en Californie l'ex-pasteur anglican Alan Watts. Or, les présupposés philosophiques, esthétiques et spirituels du bouddhisme zen sont quand même très différents de ceux de l'hindouisme.

Antoine
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Message par Antoine » sam. 17 janv. 2004 5:39

L'enseignement sur les péages aériens est parfaitement orthodoxe et se trouve chez les Pères.
Les Pères , les Pères! Il se trouve chez certains Pères et Sainte Théodora fait une description précise de ces péages.
C'est une doctrine qui n'est pas dogmatisée (ce qui ne lui enlève rien car beaucoup de contenus de foi ne le sont pas) et je ne sais s'il faut la lire littéralement ou la remettre dans les conceptions de l'époque et dans les artifices pégagogiques employés à des fins (défunts) d' incitation à la pratique des vertus...
Notre liturgie en est également imprégnée.
Pour ma part ce genre de récit ne me nourrit pas spirituellement et je reste toujours très distant vis à vis des écrits qui relatent ces visions du passage vers les hauteurs célestes même si la source en est un Père vénéré.

Je préfère la position d'un Saint Isaac le Syrien qui assure que "le péché est une goutte d'eau dans l'ocean de la miséricorde divine".
Jean-Louis Palierne lui est très attaché aux péages. Peut-être accepterait-il de nous en faire une analyse ?

Pour mémoire voici les références de deux ouvrages où l'on trouve exposée cette doctrine:

Hiérothée Vlachos,
La vie après la mort
traduction de Jean-Louis Palierne
Editions L'Âge d'Homme
Lausanne 2002
pp. 48-64

Jean-Claude Larchet
La vie après la mort selon la Tradition orthodoxe
Editions du Cerf
Paris 2001
pp. 85-130

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » sam. 17 janv. 2004 13:31

Dans son livre La vie après la mort (pp. 98-101 de la traduction française), Mgr Hiérothée de Naupacte critique la position de Mgr Lazare de Vancouver. Il fait remarquer que Mgr Lazare affirme que tous ceux qui acceptent l'idée de certaines expériences extra-corporelles sont sous l'influence de l'hindouisme, du satanisme, de l'origénisme ou du manichéisme (tiens? il manque le swedenborgisme!), alors que le père Séraphin souligne pourtant sans cesse dans ses écrits la différence entre les expériences spirituelles vécues à l'intérieur de l'Orthodoxie et les expériences diaboliques.

"Il n'est certes pas dans mon intention de prétendre que les considérations que développe le père Seraphim Rose sont toutes parfaitement orthodoxes, et je n'ai pas le projet de me faire son défenseur, pas plus que de prétendre que les arguments théologiques de l'archevêque Lazare Puhal ne contiennent pas des éléments corrects, mais je voudrais signaler qu'il est nécessaire d'observer ici une grande prudence. La plupart des prétendues expériences d'après la mort sont soit d'origine diabolique, soit dues à des causes naturelles telles que des médicaments psychotropes et doivent donc être considérées comme des perceptions illusoires. Reste cependant qu'il existe un certain nombre d'expériences qui, même si elles sont peu nombreuses, prouvent empiriquement qu'il existe une vie après la mort. L'enseignement des Pères est qu'il ne faut jamais rejeter, mais jamais non plus accepter quelque chose sans en avoir préalablement soumis les éléments à la pensée diacritique et illuminatrice des hommes qui sont divinisés." (Mgr Hiérothée, op. cit., p. 101.)

En fait, il me semble que la position de Mgr Lazare correspond à celle d'orthodoxes qui se voudraient "conservateurs", mais en fait sont imprégnés de théologie protestante anglo-saxonne, et qui affirment que l'Orthodoxie n'a aucune idée de ce qui se passe après la mort. C'est une idée dont les milieux oecuménistes font la promotion, mais qui me paraît faire un peu facilement fi de certaines expériences des spirituels orthodoxes depuis des temps reculés jusqu'à nos jours.

eliazar
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Cinquième évangile ?

Message par eliazar » sam. 17 janv. 2004 17:55

J’ai l’impression d’arriver comme les carabiniers, mais cela m’incite à jeter dans le feu de la discussion quelques brindilles de réponses emmêlées…
D’abord sur Mozart. J’ai parlé allégoriquement de « Mozart dans le rôle du Fils (mais pas l'homme : le musicien seulement) ». S’il fallait préciser, j’ajouterais que l’homme est attendrissant, mais avec un esprit très superficiel, influencé par les modes, mené par le bout du nez par les jolies femmes, presqu’un petit gentilhomme versaillais du siècle des Lumières. Par contre, dans la musique, il exprime cette même légèreté avec une autre profondeur, une douleur de grande noblesse en ce qu’elle ne tombe jamais dans le pathos, reste pudique, et cache ses larmes dans un mouchoir parfumé. Sur le plan de l’inspiration, c’est un rossignol des nuits d’été, d’une perfection sans pareille dans toute la volière des grands compositeurs occidentaux de tous les temps – et d’une nobilissime économie de moyens. Là où Wagner a besoin de 120 musiciens et d’une heure et demie pour tirer les larmes, Wolfgang le mal-nommé (heureusement, il est surtout « Amadeus ») dit tout dans un soupir de 8 minutes, et termine dans un sourire qui signifie : après tout, cela n’arrêtera pas la terre de tourner… (quand Wagner, lui, n’envisage plus d’autre perspective que la « Goetter Daemmerung ! » )
Mais j’espère que tout le monde a compris que son rapprochement du « rôle » (et pas de la Personne !) du Fils n’était qu’une fausse fenêtre pour la perspective.

Pour moi, la franc-maçonnerie de Mozart n’était guère plus convaincante (ni convaincue) que celle de ces écervelés versaillais qu’elle a ensuite menés par le bout du nez jusqu’à la guillotine – et qui sont morts pour la plupart avec une touchante noblesse héritée de leur catéchisme d’enfant, finalement. Il n’a jamais été vraiment athée, ni vraiment « philosophe ». Si la trop rabâchée « Flûte enchantée » l’a lui-même séduit, c’est par son côté « conte oriental », et le succès populaire qu’il en escomptait ; ce n’est pour lui qu’une sorte d’opérette, et il s’y attelle comme Gershwin à son Porgy and Bess - parce qu’il a un cruel besoin d’argent pour les fanfreluches (et les dettes) de ses amies. Idem pour sa Marche Funèbre FFMM. On ne peut pas reprocher à un tailleur d’avoir coupé des costards pour Al Capone…
Il n’y a pas un soupçon de « matérialisme » ou d’athéisme dans sa musique. Et il était franc-maçon, certes, mais beaucoup moins que membre du Tiers-Ordre marial auquel il avait adhéré d’enthousiasme lors de son voyage en Italie, et auquel il est resté fidèle jusqu’à la fin. Un adolescent un peu dans les nuages, jusqu’à sa mort. Mais son Requiem est à la même altitude (ou profondeur) que certaines pages de la Passion selon saint Matthieu, dans l’ordre de la foi vécue, intérieure. Il serait certainement tombé avec la même « innocence » dans le piège de l’œcuménisme, s’il avait vécu au temps de l’orthodoxie parisienne contemporaine. « Dieu reconnaîtra les siens »… et pas forcément chez Claudel !

Pardon pour la digression ! et revenons aux péages aériens. Puis-je l’avouer à haute voix ? Ils ne me convainquent pas beaucoup. Ils me rappellent même (horresco referens) les théâtrales méditations sur la mort et l’Enfer des Exercices du capitaine Ignace de Loyola. Voire les sermons de M. Vianney, curé d’Ars.
Plus me touche la citation de Hiérothée Vlachos : « La plupart des prétendues expériences d'après la mort sont soit d'origine diabolique, soit dues à des causes naturelles telles que des médicaments psychotropes et doivent donc être considérées comme des perceptions illusoires. Reste cependant qu'il existe un certain nombre d'expériences qui, même si elles sont peu nombreuses, prouvent empiriquement qu'il existe une vie après la mort. L'enseignement des Pères est qu'il ne faut jamais rejeter, mais jamais non plus accepter quelque chose sans en avoir préalablement soumis les éléments à la pensée diacritique et illuminatrice des hommes qui sont divinisés. »
Et j’aimerais ajouter à ce que dit fort justement Claude à propos des « orthodoxes qui se voudraient "conservateurs", mais en fait sont imprégnés de théologie protestante anglo-saxonne, et qui affirment que l'Orthodoxie n'a aucune idée de ce qui se passe après la mort. C'est une idée dont les milieux oecuménistes font la promotion, mais qui me paraît faire un peu facilement fi de certaines expériences des spirituels orthodoxes depuis des temps reculés jusqu'à nos jours » que cette même théologie protestante anglo-saxonne a fini par faire lever la pâte - en l’ineffable personnalité du très à la mode Dr Kubler-Ross et de ses scientifiques expériences de mémorisation post-mortem avec tunnel lumineux en prime, etc… etc. Qui veut faire l’ange finit par faire la bébête.
Enfin, pas sur le plan des revenus de droits d’auteur ! Ni des gogos...

Je finirai avec une citation d’Antoine, que je fais tout à fait mienne : « Je préfère la position d'un Saint Isaac le Syrien qui assure que "le péché est une goutte d'eau dans l'océan de la miséricorde divine ».
Cela me rappelle l’Évangile; mais les théories sur les péages, elles ... « pas gaïre », comme on dit chez moi.

PS - Ce "cinquième évangile" (sur quoi nous pourrions continuer à gloser jusqu'à nous perdre dans les sables, du reste) ne sentirait-il pas tout simplement la bonne odeur de ...la Gnose ?
< Demeurons dans la Joie. Prions sans cesse. Rendons grâce en tout... N'éteignons pas l'Esprit ! >

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » sam. 17 janv. 2004 22:37

Simplement deux mots sur les péages, parce que je n’ai vraiment pas beaucoup de temps.

Je crois que la difficulté vient de ce que dans notre mentalité “moderne” le problème est posé dans des catégories morales et judiciaires: juste/sauvé ou bien pécheur/damné, et que le bien est considéré comme une conduite abstraitement morale. L’âme de l’homme elle-même serait en effet un être de raison, et selon l’état où elle se trouve à l’instant de la mort, elle est purement et simplement ou bien ou sauvée ou non. Elle est dès cet instant hors du temps et de l’espace, et étrangère à toute contingence.

L’anthropologie patristique, ou plutôt l’expérience de l’Église-corps du Christ depuis la Pentecôte, est beaucoup plus réaliste. Adam est une créature, il devrait donc être éphémère, mais Dieu lui a fait cadeau de l’immortalité, et c’est une immortalité tant de l’âme que du corps. La vie du Royaume, qu’inaugurera la Parousie du Seigneur, sera une vie dans la chair transfigurée, à l’exemple de ce que le Christ ressuscité a montré aux Apôtres. Séparée du corps par la mort (qui n'est qu'un châtiment valable dans l'état provisoire de ce monde), l’âme n’est pas pas dans son état “normal”, qui est d’être d’animer un corps. Mais elle n’est pas un être abstrait.

Depuis le péché d’Adam nous naissons tous dans le péché dans lequel nous avons été tous conçus. Satan et ses satellites ont conquis un certain droit sur nous. Après la mort, l’âme doit passer par un parcours difficile, au cours duquel l’ennemi tentera d’exiger son dû, sur tout ce qui en nous n’a pas été purifié. Certains saints meurent certes en paix, mais pour la plupart d’entre nous ce n’est pas le cas.

Comme il est très difficile de parler de ces choses, les hommes essaient d’utiliser certes des images, qui sont plus adaptées que les concepts de notre raison. Mais même si certaines images peuvent faire sourire, nous ne pouvons pas éliminer que l’expérience de l’Église affirme que nous devrons poursuivre après la mort la lutte pour notre purification. L’océan de la miséricorde divine sera là pour nous aider dans cette ultime étape, les saints Anges et les saints Pères nous guideront, et les prières de l’Église aussi nous apporteront leur secours, mais nous devrons alors livrer tous les combats que nous n’aurons pas su livrer dans notre vie, et rendre compte de tout ce qui reste marqué par le péché.

Le comportement de Satan nous semble illogique, dès lors qu’une âme a pu passer l’examen et être justifiée. Mais n’oublions pas que Satan est totalement possédé par une immense méchanceté et qu’il hait sans limites le genre humain.

Il vaut mieux que je m’arrête ici, car on pourrait en parler pendant des heures, et le père Séraphim Rose avait parfaitement raison de dire qu’il est plus tard que nous le pensions.
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rom
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Message par rom » mar. 20 janv. 2004 18:09

je vous remercie pour ses renseignements précieux.

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Antoine
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Message par Antoine » mer. 21 janv. 2004 10:39

nous ne pouvons pas éliminer que l’expérience de l’Église affirme que nous devrons poursuivre après la mort la lutte pour notre purification.
Jean-louis il faut préciser cette position et la différencier de cette invention médiévale qu'est le purgatoire occidental.

Les Pères disent aussi qu'après la mort l'âme n'ayant plus le corps elle ne peut plus se repentir.
Dans ce cas comment parler de "purification" s'il ny a plus de possibilité de repentir? En quoi consiterait ce processus de purification? Et comment joignez vous les péages à cette purification?

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » mer. 21 janv. 2004 22:54

Non, nous n’avons plus aucune possibilité de repentir après la mort. Mais la haine du Diable et de ses démons à notre égard est telle qu’il réclame comme son dû chaque parcelle de nous-mêmes que nous avons oublié de pirifier des conséquences du péché d’Adam et de nos faiblesses personnelles. Nous n’aurons plus alors la possibilité de remporter des victoires par nos propres actes, mais la Grâce du Baptême et des maigres bonnes œuvres que nous avons à notre actif nous aidera à surmonter cette redoutable épreuve, ainsi que les prières des membres de l’Église qui sont encore en ce monde et celle des saints qui viendront à notre secours.

Il faut dire à la fois que les jeux sont faits, et que le plus dur est encore à arriver. Il faut que nous arrivions à une conversion totale de nous-mêmes. Alors le Diable n’aura plus aucune prise sur nous-mêmes. Mais nous ne pouvons pas comprendre en termes de psychologie et de rationalité humaines l’immensité de sa haine pour le genre humain, tant qu’il croit encore avoir quelque chose à réclamer comme son dû.

N’oublions jamais d’autre part que le premier homme qui soit entré (derrière le Seigneur Lui-même bien sûr) au Paradis est le Bon Larron, qui s’était avoué lui-même comme un criminel crucifié à juste titre, mais il avait, lui le premier, confessé sa foi en le Dieu-homme. Nous le savons car c’est Jésus Lui-même qui le lui a annoncé.

La différence avec la conception catholique du Purgatoire est que le Purgatoire est imaginé comme un lieu et que le Diable y soumet les âmes incomplètement justifié à des tortures provisoires destinées à satisfaire la justice divine.. La similitude avec la conception orthodoxe des péages n’est qu’illusoire.

La meilleure explicitation de la théologie orthodoxe des péages se trouve dans les textes liturgiques, et tout particulièrement dans les prières pour les défunts. C’est ce que le père Justin appelait la “théologie priante de l’Église”. Mais puisque nous venons de célébrer sa fête, n'oublions pas que le texte fondamental en le matière est celui des chapitres 65 et 66 de la "vie de saint Antoine" par saint Athanase. On y trouve toute l'expérience de la doctrine orthodoxe exprimée dans une vision du "père du moanchisme". Il n'utilise d'ailleurs pas l'imagerie des péages, mais une autre imagerie légèrement différente.
Jean-Louis Palierne
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Antoine
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Message par Antoine » jeu. 22 janv. 2004 11:17

Ci-dessous texte auquel Jean-Louis Palierne fait référence.
Antoine le Grand Père des Moine. Sa vie par Saint Athanase, traduite par Bénoit Lavaud, O.P. et présentée par Adalbert de Voguë, O.S.B.
Editions du Cerf Col. Foi Vivante, 1989, Paris.


Suivi du Canon du départ de l'Ame
Extraits du texte lu par le prêtre au lit de mort de chaque fidèle
Hymne acathiste pour le repos des défunts,
Editions bénédictines déc. 1999


65 -Antoine, en extase, se voit mort, défendu par les anges contre les démons

Les nombreux moines attestaient d’une seule voix beaucoup d’autres belles choses. Non si admirables, d’ailleurs, que d’autres ne le soient davantage. Un jour, sur le point de manger, étant debout pour prier vers la neuvième heure, il se vit lui-même ravi en esprit. Chose étonnante, debout, il se vit lui-même hors de lui-même comme conduit à travers les airs par certains personnages; ensuite, il en vit d’autres, amers et cruels, debout dans l’air et voulant l’empêcher de monter. Ses conducteurs le défendant, les autres demandèrent s’il leur était soumis et voulurent lui faire rendre des comptes depuis sa naissance. Les guides d’Antoine s’y opposèrent, disant aux adversaires : « Le Seigneur a remis les fautes commises depuis sa naissance; vous pouvez lui demander compte de celles qu’il a commises depuis qu’il s’est fait moine et consacré au Seigneur. » Les adversaires l’accusaient, sans pouvoir rien prouver. La route fut libre et sans obstacle. Alors Antoine se vit revenir et debout devant soi, et de nouveau il fut lui-même. Oubliant son repas, il passa le reste du jour et la nuit dans les gémissements et la prière. Il admirait par quelle lutte et quels labeurs il faut traverser les airs et il se souvenait de ce que dit l’Apôtre du prince de la puissance de l’air. (Eph., II, 2.) L’ennemi a pouvoir de combattre et d’empêcher ceux qui montent à travers (les airs). Il faisait donc surtout cette exhortation: C’est pourquoi prenez l’armure de Dieu, afin de pouvoir résister aux jours mauvais (Eph., VI, 13), en sorte que l’adversaire soit dans la confusion n’ayant aucun (mal) àdire de nous. (Tit., II, 8.) Nous qui avons appris cela, souvenons-nous du texte de l’Apôtre: Si ce fut dans son corps je ne sais ; si ce fut hors de son corps je ne sais Dieu le sait. (II Cor., XII, 2.) Mais Paul fut ravi jusqu’au troisième ciel, et ayant entendu des paroles ineffables descendit. Antoine se vit monter jusque dans l’air et combattant jusqu’à ce que la voie parût libre.


66.- Vision du géant infernal et du passage des âmes

Il avait encore ce charisme : lorsqu’il était assis, seul à sa montagne, s’il avait une difficulté, cherchait quelque chose à part soi, il priait et recevait de la Providence la révélation. Le bienheureux était devenu, comme dit l’Ecriture, théodidacte. Plus tard, il eut une controverse avec quelques visiteurs concernant le passage et le séjour de l’âme après la mort; la nuit suivante, quelqu’un l’appela d’en-haut : « Antoine, lève-toi et regarde. » Il sortit, car il savait à qui il convenait d’obéir; levant les yeux, il vit un être géant, affreux, redoutable, debout et atteignant les nuées. Des êtres paraissant ailés montaient. Le géant étendait les mains, empêchait les uns; les autres, volant audessus, traversaient, étaient conduits en haut sans être inquiétés. Pour ces derniers, le grand grinçait des dents; il se réjouissait de voir tomber les autres. Aussitôt Antoine perçut une voix : « Comprends ce que tu vois. » L’esprit lui fut ouvert : il comprit que c’était le passage des âmes, que le géant debout était l’ennemi qui porte envie aux fidèles, règne sur ceux qui se sont soumis à lui et les empêche de passer, mais ne peut dominer d’en-haut ceux qui ne se sont pas laissé persuader par lui. Averti par cette nouvelle vision, il luttait de plus en plus pour progresser chaque jour. Ce n’est pas volontiers qu’il parla de ces choses. Comme il s’attardait dans la prière et admirait ce qu’il avait vu, ses compagnons s’informèrent et le tourmentèrent. Il dut s’expliquer, comme un père qui ne peut rien cacher à ses enfants. Il savait la pureté de son intention et l’utilité d’un récit qui montre les bons fruits de l’ascèse et que les visions sont souvent la consolation des travaux (1)


(1) Cronius, prêtre de Nitrie, avait entendu Antoine raconter cette vision: il rapporta ce récit à Palladius qui le reproduisit dans "l’Histoire Lausiaque", chap. XXI : Puis Cronius raconta également ceci en ces termes : Cette nuit-là, le bienheureux Antoine nous raconta ceci: «Pendant une année entière, je demandai par mes prières que le lieu des justes et des pécheurs me fût révélé. Et je vis un géant grand jusqu’aux nues, noir, ayant les mains étendues vers le ciel, et au-.dessous de lui un lac ayant la dimension d’une mer. Et je voyais des âmes s’envolant en haut comme des oiseaux. Et toutes celles qui volaient au-dessus de ses mains et de sa tête étaient sauvées. Mais toutes celles qui étaient souffletées par ses mains tombaient dans le lac. Alors, vint une voix me disant : Ces âmes que tu vois volant au-dessus sont les âmes des justes qui sont sauvées au paradis; mais les autres sont celles qui sont tirées en dessous en enfer, ayant obéi aux volontés de la chair et au ressentiment. (Trad. Lucot.)
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Canon du départ de l'Ame

Extraits du texte lu par le prêtre au lit de mort de chaque fidèle

“Lors de mon départ de la terre, accorde-moi de passer sans être retenu par le prince de l’air, le persécuteur, le tourmenteur qui se tient sur les postes effrayants comme injuste interrogateur”. (Cantique 4)

"Remets-rnoi, ô Dame Souveraine, dans les mains précieuses et sacrées des saints Anges, afin que. couvert de leurs ailes, je sois épargné de la vue des formes impudentes, hideuses et sombres des démons”. (Cantique 6)

“O Toi qui a donné naissance au Seigneur Tout-Puissant, éloigne de moi le chef des postes de péage cruels, le prince du monde quand je serai sur le point dc mourir, pour que je te glorifie pour toujours, ô sainte Enfantrice de Dieu”. (Cantique 8)

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