le 5° evangile - et digression sur les péages

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Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » sam. 24 janv. 2004 17:22

Merci à Antoine pour avoir cité ces textes. J’ajouterai que l’exposé le plus complet de la question est celui qui se trouve dans la Dogmatique (sous le nom de Philosophie orthodoxe de la Véritédu père Justin Popovitch que j’ai traduite aux Éditions de l’Âge d’Homme, dans le tome V, pages 363 à 383..

J’en extrais un texte de saint Cyrille d’Alexandrie: « Lors de la déparation de l’âme et du corps, voici que se tiendront devant nous, d’une part l’armée des Puissances célestes, et d’autre part les puissances de l’ombre, les chefs des péages spirituels, les faussaires de nos affaires. Lorsqu’elle les verra, l’âme sera saisie d’effroi et de tremblement, et c’est saisie de crainte et de confusion qu’elle va s’adresser aux Anges du Seigneur pour leur demander de l’aide. Alors reçue par les Anges sous leurs ailes, elle traversera spirituellement l’espace pour s’élancer vers les sommets, passants par divers péages qui lui barreront l’accès vers le Royaume, stoppant et retenant son élan vers le ciel. Chacun d’eux lui demandera des comptes pour chacun de ses péchés... »

Je voudrais faire remarquer qu’il ne s’agit pas là du plus central des dogmes de notre foi chrétienne, mais que cette question a le don d’irriter au plus haut point tout ce qu’il peut y avoir à notre époque de modernisme théologique. Cette pseudo-modernité ne veut admettre en effet, ne considère comme valable, que ce qui peut avoir une signification notionnelle, ce qui peut être amené à un contenu intellectuel, mais en fait il s’agit surtout d’un contenu imaginatif, subjectif et affectif. On ne voudrait admettre que ce qui concerne en ce monde les relations sociales et morales entre individus.

Oe la réalité des péages qui nous demanderont des comptes sur toutes nos passions, nous met directement et objectivement en face de la loi de Dieu. Dans ce cas le salut de l'homme est dans sa rectitude morale des actes commis, c'est-à-dire dans son orientation altruiste, son "humanisme" et elle jugée instantanément après la mort.

Il est amusant de constater comment tout moderniste, qui d’ordinaire affecte de paraître un individu policé et retenu, calme et et bienveillant, devient brusquement nerveux, agressif, ironique et malveillant, chaque fois que l’on aborde la question du jugement individuel de l’âme après la mort. C’est là souvent que l’on peut le mieux faire le partage des opinions, mêmes dissimulées.

À ceux qui s’étonneraient de l’imagerie des péagistes, je voudrais faire remarquer que c’est la corporation de ces péagistes que désigne le mot “publicain”, dont nous avons de nos jours complètement oublié la signification originelle.

Je voudrais aussi citer des passages de deux prières destinées à assister l’agonie des fidèles (on en trouvera bien d’autres dans ma traduction de la Dogmatique de JP):

5 Accorde-moi, ô Déipare de pouvoir quitter cette terre sans crainte en passant devant le maître de l’air, ce violent et ce cruel, qui m’attend dans de terribles embuscades, pour scruter chaque mot à l’improviste. »

« Permets-moi d’échapper, très-sainte Déipare, aux légions des incorporels sauvages, afin que je puisse traverser les abîmes aériens, pour monter au ciel et te contempler à jamais. »

Ce que j’ai traduit ici par Déipare, c’est le terme créé par le concile œcuménique d’Éphèse: “Théotokos” (on traduit généralement par “Mère de Dieu”) pour expliciter tout ce que la naissance du Christ représente pour le genre humain et pour son salut.[/i]
Jean-Louis Palierne
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Jean Béziat
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Péages

Message par Jean Béziat » ven. 14 mai 2004 16:27

‘’Confession de Dosithée’’, Patriarche de Jérusalem
(Concile de Jérusalem, 1672)


Décret XVIII.
Nous croyons que les âmes de ceux qui se sont endormis se trouvent soit dans le repos, soit dans le tourment, selon les œuvres de chacun ; car lorsqu’elles sont séparées de leur corps, elles s’en vont immédiatement (sans intermédiaire), soit vers la joie, soit vers la peine et la lamentation ; de l’aveu de tous cependant, ni leur réjouissance ni leur condamnation n’est complète : car en vérité c’est après la résurrection générale, lorsque l’âme sera unie au corps auquel elle a appartenu (qu’il fût en bonne santé ou bien malade), que chacun recevra l’achèvement de sa réjouissance ou de sa condamnation.

Il y a un passage chez Isaac le Syrien (lettre au vieillard Syméon) très virulent contre les visions du type de celle dite "de sainte Théodora", vision sur laquelle il y aurait beaucoup à dire...
En Christ
Jean

Stephanopoulos
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Message par Stephanopoulos » sam. 15 mai 2004 2:06

J'ai scruté un peu les textes (114 logia et non 115 comme le disait plus haut Christianc) de l'"évangile de Thomas", et je trouve que parfois cela ressemble au Coran cette manière de répéter "et Jésus dit"!
Bizarre non?

Enfin, j'ai trouvé un texte qui parle de cet "évangile" :



http://www2.unil.ch/spul/allez_savoir/as16/3christ.html

Encore, il y a surement une bonne raison pour que Saint Paul de Tarse lance l'anathème sur ceux (même les anges du ciel) qui annonceraient un autre évangile que Ceux qui ont été annoncé par les apôtres.
Stephanopoulos

Claude le Liseur
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Re: Péages

Message par Claude le Liseur » mar. 18 mai 2004 0:20

Jean Béziat a écrit :‘’Confession de Dosithée’’, Patriarche de Jérusalem
(Concile de Jérusalem, 1672)


Décret XVIII.
Nous croyons que les âmes de ceux qui se sont endormis se trouvent soit dans le repos, soit dans le tourment, selon les œuvres de chacun ; car lorsqu’elles sont séparées de leur corps, elles s’en vont immédiatement (sans intermédiaire), soit vers la joie, soit vers la peine et la lamentation ; de l’aveu de tous cependant, ni leur réjouissance ni leur condamnation n’est complète : car en vérité c’est après la résurrection générale, lorsque l’âme sera unie au corps auquel elle a appartenu (qu’il fût en bonne santé ou bien malade), que chacun recevra l’achèvement de sa réjouissance ou de sa condamnation.

Il y a un passage chez Isaac le Syrien (lettre au vieillard Syméon) très virulent contre les visions du type de celle dite "de sainte Théodora", vision sur laquelle il y aurait beaucoup à dire...
En Christ
Jean

Pour une discussion en anglais de cette question des péages sur un excellent site vieux-calendariste étasunien, cf. http://www.orthodoxinfo.com/death/tollhouse_pomaz.aspx


En effet, il y aurait beaucoup à dire. Voici une liste de quelques auteurs orthodoxes antiques, modernes et contemporains qui ont écrit en faveur des péages aériens:

saint Macaire d'Egypte, Homélies (coll. II), XLIII,9
saint Basile le Grand, Sur le Psaume 7,2, PG 29, 232C-233A
saint Ephrem le Syrien, Sur la seconde venue du Christ, édition Assemani, tome 3, pp. 275-276
abba Isaïe de Scété, Recueil ascétique, XVI, 4-18
saint Cyrille d'Alexandrie, Homélies, XIV, "Sur le départ de l'âme", PG 77, 1073-1076
saint Anastase le Sinaïte, Homélies sur les défunts, PG 89, 1200
Léonce de Néapolis, Vie de saint Jean de Chypre, 43
saint Jean Damascène, Parallèles sacrés, 96, 310
Grégoire de Thrace, Vie de saint Basile le Jeune, Récit de Théodora (Que saint Isaac le Syrien, mort au VIIème siècle, ait fait des mises en garde contre les visions du type de celle dite "de sainte Théodora" ne suffit pas à la discréditer, puisque ce récit est du Xème siècle.)
Macaire de Moscou, Théologie dogmatique, tome 2, Saint-Pétersbourg 1883, p. 535
saint Ignace Briantchaninov, Discours sur la mort, Saint-Pétersbourg 1886, p. 136
saint Théophane le Reclus, Interprétation du psaume 118, Moscou 1891
prêtre Serge Boulgakov, L'Orthodoxie, Lausanne 1980, p. 204
hiéromoine Séraphin Rose, L'Âme après la Mort, Lavardac 1988, pp. 53-67 et 157-163
saint Justin Popovitch, Philosophie orthodoxe de la vérité, tome V, Lausanne 1997, p. 366
Nicolas P. Vassiliadhis, The Mystery of Death, Athènes 1993, pp. 385-392
archimandrite Basile Bakoyiannis, Meta thanaton, 8ème édition, Patras 2000, pp. 62-68 (pp. 59-67 de la traduction anglaise After Death, Katerini 1995)
Jean-Claude Larchet, La vie après la mort selon la tradition orthodoxe, Paris 2001, pp. 94-130
Métropolite Hiérothée de Naupacte, La vie après la mort, Lausanne 2002, pp. 48-64

Antoine
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Message par Antoine » mar. 18 mai 2004 1:28

Il y a aussi le livre de MOINE GREGOIRE, disciple de Saint Basile le Jeune LE PEAGE APRES LA MORT que l'on peur commander pour 8euros 50 au monastère Monastère Orthodoxe des Saints Elie et Elisée à
http://monastere-orthodoxe.chez.tiscali ... meset.html


Il faut rajouter à cette liste nos textes liturgiques bien sûr. C'est à dire qu'à travers sa liturgie l'Eglise a pris dogmatiquement position et que, comme le disait fort justement Jean Béziat lui-même, la foi orthodoxe ne se limite pas au credo...
Jean Béziat a écrit :Il y a un passage chez Isaac le Syrien (lettre au vieillard Syméon) très virulent contre les visions du type de celle dite "de sainte Théodora", vision sur laquelle il y aurait beaucoup à dire...
J'ai déjà écrit que je n'étais pas sensible à cette vision du passage et que je n'y trouvais pas de quoi m'alimenter spirituellement. Mais je ne peux nier que telle est la foi de l'Eglise même si je n'arrive pas sur ce point à y calquer la mienne.
Mais comme vous laissez entendre qu'il y aurait beaucoup à dire j'attends donc ce "beaucoup" avec impatience.
Est-ce que les VCO ont retranché de leurs textes liturgiques toute référence aux péages?

En revanche la "Confession de Dosithée" citée par Jean Béziat ne me semble pas contraire à cette vision des péages et la notion de "immédiatement (sans intermédiaire), " ne me semble pas viser expréssement les gardiens des péages. Cela pourrait signifier qu'il n'ya pas d'errance ou de séjours intermédiaires, des emprisonnements successifs ou autres. Il me semblait plutôt que c'était le purgatoire qui était dénoncé par ces mots de "immédiatement" car le texte continue comme s'il voulait expliciter ce terme "d'immédiateté "par: <<soit vers la joie, soit vers la peine et la lamentation>> évinçant la voie du milieu temporaire qu'est le purgatoire.

Peut-être que je me trompe.

Dragos
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Message par Dragos » mar. 18 mai 2004 2:14

La tradition des peages c'est tres fort dans le paysage traditional roumain. On sait qu'il existe une forte tradition folklorique qui a une base gnostique (aussi pre-chretienne, ou hetero-chretienne).

Un aspect interesant: dans la langue roumaine, nous avons un mot special pour designer le "teritoire" entre la terre et le ciel: VAZDUH. C'est le teritoire des peages (VAMI, c-a-d "Vamile vazdulului"). Les demons sont la, comme dans une tombee neterminee.
Linguistique: VAZHUH c'est VAZ+DUH (vue/ voir + esprit), voila!

S'il vous plait, voici une image sugestive (mais pas exactement la meme theme ou le meme chose) d'une fresque de la monastere de Sucevita (Roumanie):
http://webusers.rol.ro/download.php?rnd ... cevita.jpg

Jean Béziat
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à trop parler...

Message par Jean Béziat » mar. 18 mai 2004 13:57

Lecteur Claude a écrit :
Que saint Isaac le Syrien, mort au VIIème siècle, ait fait des mises en garde contre les visions du type de celle dite "de sainte Théodora" ne suffit pas à la discréditer, puisque ce récit est du Xème siècle.


Je peux sans problème réfuter tous les auteurs (quand ils ne sont pas apocryphes) que vous citez. Je prépare un (très gros) pavé sur ce thème dans le futur site que met sur pied mon ami suisse Thierry. Patience, et votre sagacité sera récompensée !...
Pour le moment, j'ai réuni deux classeurs A4 (épaisseur 10 cm) de réfutations sur ce sujet qui me tient à coeur (et sur lequel je suis en opposition avec pas mal de mes propres corréligionaires).
Le vrai "5e Evangile", ce n'est pas le pseudo-Thomas, c'est bien plutôt la "vision de Théodora" !...
Jean

Jean Béziat
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Message par Jean Béziat » mar. 18 mai 2004 14:52

Antoine a écrit :
J'ai déjà écrit que je n'étais pas sensible à cette vision du passage et que je n'y trouvais pas de quoi m'alimenter spirituellement. Mais je ne peux nier que telle est la foi de l'Eglise même si je n'arrive pas sur ce point à y calquer la mienne.

(...)J'estime que ce n'est pas parce que quelques promptement proclamés "Pères" de l'église orthodoxe slave des 4 derniers siècles, s'appuyant sur des apocryphes des Pères grecs, ont mis en exergue cette histoire de péages, que l'on peut se permettre de dire : telle est la foi de l'Eglise. Même si vous n'en avez que faire, il va sans dire que pour ma misérable personne "telle n'est pas la foi de l'Eglise". Et je reprendrai en cela le commentaire de saint Vincent de Lérins sur l'origénisme ou celui de saint Hilaire sur l'arianisme, autres prétendues "traditions anciennes", sans parler de la toute actuelle "icône du Père"...
Je répondrai maintenant à la fois à Lecteur Claude et à Antoine :
1) je peux vous fournir une liste au moins deux fois plus longue de théologiens (notamment de vrais Pères) susceptibles de déboulonner les "péages";
2) la plupart des auteurs que cite Claude sont slaves et récents;
3) chez certains des auteurs cités, on trouve aussi des textes défavorables aux "péages";
4) certains (la plupart) des textes "patristiques" cités, soit sont apocryphes très connus (celui dit de saint Cyrille d'Alexandrie notamment, et probablement aussi "Macaire", dont les "pro" préfèrent d'ailleurs citer un conte hagiographique faisant intervenir un ange, apocryphe avéré), soit ont écrit quelque chose qui, si on lit bien, ne concerne pas les "péages";
5) bizarre que Dieu ait attendu Grégoire de Thrace, que seuls commémorent les synaxaires slaves, pour annoncer une vérité aussi importante !...
6) les auteurs slaves cités sont un peu vite qualifiés par vous de "saints" : je suis loin de partager votre opinion à ce sujet concernant notamment Ignace Briantchaninov et Justin Popovitch...;
7)Serge Boulgakov, j'y consacrerai aussi un pavé sur le futur site, et en attendant j'envoie un message en suivant; en tout cas, il n'est vraiment pas une référence;
8) Séraphim Rose : même chose. Il n'a fait que reprendre ses prédécesseur - notamment, et de façon outrancière, Ignace Br. - en y ajoutant un peu, mais avec beaucoup de grosses bourdes... Et Justin Popovitch a fait de même;
9) les autres sont-ils des références orthodoxes ? Je ne pense pas.

En résumé, je me contenterai d'affirmer ce qui constitue la colonne vertébrale de ma réfutation, et qui se fonde sur une erreur déjà relevée par saint Irénée de Lyon (en l'aggravant): saint Irénée a affirmé dans l'Adversus Haereses que Dieu n'avait eu besoin de personne, notamment des Anges, pour créer le monde. A fortiori pour le juger, même "provisoirement", et encore plus a fortiori, grâce à des Anges déchus ! Faire des démons des geôliers ou, comme a argumenté quelqu'un de mon synode, des juges préliminaires, chargés d'incarcérer en attente du Jugement (ce qui me semble-t-il s'oppose au décret 18 de Dosithée en 1672), donc rendre le Jugement tributaire de ces démons et faire d'eux un passage obligé, une nécessité donc, voilà qui pour moi est totalement IMPENSABLE ! Une autre personne de mon synode, très finement, a ajouté que Dieu ne pouvait confier à un "bon" Ange une tâche négative. Là, je réponds sans hésitation :
1) Dieu serait donc prisonnier de "l'ordre de la nature" qu'il a lui-même créée (n'ai-je pas entendu en liturgie, à propos d'Abraham et Sarah, que lorsque Dieu veut, l'ordre de la nature est bouleversé ?);
2) les exemples abondent dans l'Ecriture (notamment l'A. T.) où des "bons" Anges exécutent des châtiments terribles, ce qui m'amène tout naturellement vers :
3) qui a dit que le relevé des péchés était quelque chose de "négatif" ? Dieu serait-il le Juge suprême d'un Jugement à moitié blanc, à moitié noir ?...
J'ose le dire : le blasphème de la théoruie des "péages" est IMMENSE.
Jean

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » mar. 18 mai 2004 19:18

je peux vous fournir une liste au moins deux fois plus longue de théologiens (notamment de vrais Pères) susceptibles de déboulonner les "péages";

Mais faites-le! J'ai donné la liste dans un sens, maintenant la justice voudrait qu'on ait la liste de ceux qui ont écrit dans l'autre sens.

la plupart des auteurs que cite Claude sont slaves et récents;

En quoi le fait qu'ils soient slaves diminue-t-il leur autorité?

les auteurs slaves cités sont un peu vite qualifiés par vous de "saints" : je suis loin de partager votre opinion à ce sujet concernant notamment Ignace Briantchaninov et Justin Popovitch...;

Si saint Justin Popovitch n'est pour l'instant vénéré que comme un saint local en Serbie (je vous accorde ce point), saint Ignace Briantchaninov a été canonisé par le patriarcat de Moscou. Ce n'est pas moi qui le qualifie de saint, c'est l'Eglise!

Dragos
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Message par Dragos » mar. 18 mai 2004 20:39

A mon avis, si ca vous interesse, D. Staniloae ne fait aucune mention sur les peages dans sa Dogmatique.

Voici un interessant article sur les peages, malheureusement, en Roumain:

In al noualea cer: fundalul gnostic al traditiei folclorice romanesti despre vamile vazduhului
Au 9eme ciel: la base gnostique de la tradition folclorique roumaine sur les peages
http://arheotim.uvt.ro/pag%20web/gnosis ... upascu.htm

Si ca vous interesse, peut-etre je pourrais faire un abstract.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » mar. 18 mai 2004 23:42

"Il est des auteurs qui prétendent que les considérations relatives aux péages et aux esprits des airs etc., auraient été introduites dans le christianisme à partir des théories gnostiques et des mythes païens qui régnaient encore à cette époque.

Il est sans aucun doute possible de rencontrer également de telles considérations dans de nombreux textes d'inspiration gnostique, ainsi que dans les conceptions païennes que l'on peut trouver dans les mythes des Egyptiens et des Chaldéens. Il convient cependant d'ajouter que si de nombreux Pères ont adopté l'enseignement concernant les péagistes, ils ont pris soin de le purifier de ses côtés idolâtriques et gnostiques et les ont replacés dans une atmosphère ecclésiastique. Les saints Pères n'éprouvaient aucune réticence à se livrer ainsi à un travail créateur.

C'est un fait que les Pères travaillaient d'une manière à la fois créative et imitative, acceptant des conceptions et des théories venues du monde de l'idolâtrie, mais pour leur donner un contenu ecclésiastique. On sait que les enseignements qui concernent l'immortalité de l'âme, le ravissement de l'homme et l'absence de passions de l'âme et du corps, le séjour de trois jours de l'âme et beaucoup d'autres enseignements encore ont été puisés par les Pères dans les philosophies et dans les traditions antiques, mais qu'ils y ont infusé un contenu bien différent en les replaçant dans une tout autre perspective. Il ne suffit pas que les philosophes de l'Antiquité en aient parlé pour que nous devions écarter l'enseignement sur l'immortalité de l'âme. Nous devons voir quel contenu lui ont donné les saints Pères. (C'est l'attitude des Témoins de Jéhovah qui rejettent l'immortalité de l'âme comme non biblique. -NdL)

Ce qu'il en était pour d'autres enseignements, c'est ce que nous pouvons également constater pour la question des péagistes. Certes c'est un fait que des traditions antiques ainsi que des théories hérétiques avaient déjà parlé des "archontes de la sphère astrale", des "portes du voyage astral", des "esprits des airs" etc. Il est vrai également que nous pouvons rencontrer certaines de ces expressions dans les textes de la sainte Ecriture ainsi que chez les saints Pères. Nous avons dit dans ce chapitre que beaucoup de Pères de l'Eglise ont parlé des péages et des esprits des aires en leur attribuant une signification différente et un tout autre contenu. L'enseignement patristique concernant les péages doit être exposé en se fondant sur quatre points.

(1) Une explication particulière est nécessaire pour commenter les textes de la sainte Ecriture. Si l'on en reste aux images qui sont employées, on altère le message évangélique. Il faut dire par exemple que tout ce que raconte la sainte Ecriture au sujet de l'enfer peut porter à malentendu si l'on ne prend pas en considération sa signification théologique. Il en va de même dans le cas des péages. Nous ne devons pas nous rapporter seulement à l'image que nous avons des péagistes d'aujourd'hui, ces douaniers que l'on rencontre aux frontières des Etats lorsque des hommes les traversent. L'image symbolique est utilisée pour nous représenter quelque chose, mais elle doit être commentée de manière orthodoxe.

(2) Les démons existent. Ce sont les anges de l'obscur; ce sont des personnes, et c'est pourquoi ils jouissent de la liberté et ils peuvent acquérir une domination sur l'homme avec la permission de Dieu et comme conséquence du mésusage de sa liberté par l'homme. On comprend donc que lorsque l'âme sort du corps, ils cherchent à prendre possession de l'âme sur laquelle ils avaient dominé en raison de l'absence de conversion. Dans la parabole bien connue du Seigneur sur le riche insensé, on peut trouver cette expression: Insensé, cette nuit on te redemandera ton âme; et tout ce que tu as préparé, à qui sera-ce? (Lc XII, 20.) Or, d'après l'explication que donnent les Pères, il s'agit des démons qui cherchent à s'emparer de l'âme du riche insensé lorsque son âme est sortie de son corps.

(3) Les démons n'ont aucun pouvoir sur les hommes de Dieu. Tous ceux qui sont unis à Dieu et possèdent en leur coeur et en leur âme l'énergie incréée de Dieu, ne peuvent pâtir du pouvoir des démons. C'est pourquoi les hommes qui sont divinisés n'auront pas à passer par ce que l'on appelle les péages.

(4) Selon l'enseignement des Pères, et comme nous l'avons vu plus haut, les démons, qui sont réellement des esprits, agissent par l'intermédiaire de nos passions. Le fait que les passions ne puissent plus se réaliser lorsque l'âme a quitté le corps constitue une véritable asphyxie de l'âme.

Si nous étudions les péages d'un point de vue théologique, il n'est pas superflu de se souvenir de cet enseignement, et s'il se trouve que nous ayons d'autres conceptions, c'est que nous nous trouvons en tout cas sur la mauvaise route."

Métropolite Hiérothée (Vlachos) de Naupacte

La vie après la mort

Traduction du grec par Jean-Louis Palierne

Editions L'Âge d'Homme

Lausanne 2002, pp. 62-64 (1ère édition grecque 1993)

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » mer. 19 mai 2004 0:00

"Ô Vierge, à l'heure de ma mort, arrache-moi aux mains des démons, du jugement de l'accusation, de l'épreuve redoutable, des postes de péage cruels, du prince farouche et de la condamnation éternelle, ô Mère de Dieu!" (Octoèque, ton 4, vendredi, ode 8 du canon des Matines.)

"A l'heure où la mort viendra pour moi, sois présente à mes côtés, me protégeant, et sauve-moi des terribles démons qui chercheront à provoquer ma perdition." (Octoèque, ton 3, vendredi, ode 9 du canon des Complies.)

"A l'heure terrible de ma mort, Vierge sainte, arrache-moi aux démons accusateurs et à tout châtiment." (Ton 1, lundi, cathisme 2, ton 1 des Matines.)

"Ne me livre pas, Vierge pure, aux ennemis qui cherchent à l'envi ma perdition à cause de tes fautes, mais dans ta compassion de leurs actions nuisibles préserve-moi." (Ton 7, vendredi, ode 5 du canon des Complies.)

etc., etc.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » mer. 19 mai 2004 0:08

Le docteur Jean-Claude Larchet à propos des péages aériens:

"Cet enseignement n'est pas un article de foi, n'ayant fait l'objet de la part de l'Eglise d'aucune définition dogmatique. Il est plutôt un thelogoumenon, une croyance particulière. Le fidèle peut très bien adopter sur ce point une certaine réserve, considérant que la vie d'outre-tombe reste ici-bas un mystère. Il peut aussi adhérer à une conception "en raccourci", qui renonce à envisager les étapes intermédiaires entre le moment de la mort, où l'âme se sépare du corps, et la comparution de celle-ci devant le Christ pour le Jugement dernier. Il y a dans l'Eglise, en ce qui concerne le devenir de l'âme après la mort, non pas une Tradition, mais des traditions qui, pour être diverses, ne sont pas nécessairement inconciliables et peuvent être également admises du moment qu'elles ne sont pas en contradiction avec les points sur lesquels l'Eglise a donné une définition dogmatique (ce qui est le cas, nous le verrons dans les chapitres suivants, pour certaines étapes du devenir post-mortem)."

in La vie après la mort selon la Tradition orthodoxe, Le Cerf, Paris 2001, p. 125

Le fait qu'un enseignement soit un theologoumenon, cependant professé par de nombreux saints, n'autorise à mon avis personne à le qualifier de "blasphème immense".

Dragos
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Message par Dragos » mer. 19 mai 2004 11:02

lecteur Claude a écrit : Le fait qu'un enseignement soit un theologoumenon, cependant professé par de nombreux saints, n'autorise à mon avis personne à le qualifier de "blasphème immense".
Ouai je suis d'accord

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