Le film "La Passion"

Échangez vos idées librement ici

Modérateur : Auteurs

Irène
Messages : 941
Inscription : mar. 30 sept. 2003 11:46
Localisation : Genève

Le film "La Passion"

Message par Irène » mer. 25 févr. 2004 11:35

Aujourd'hui, mercredi des cendres chez les catholiques, sort aux Etats Unis le film de Mel Gibson "La Passion" dont je pense que vous en avez tous entendu parler.
Bien sûr, il faudra attendre de l'avoir vu pour se faire une idée précise quant au film lui-même, mais, en qualité d'Orthodoxes - donc de Chrétiens - ce que je trouve intéressant ce sont les réactions des Juifs et de leurs amis. Et comment va réagir (ceci dit, il n'est pas obligé de le faire) un Georges Bush ?
Ce qui pourrait être cocasse, c'est la conduite, en la matière, du clergé kto ...
Bon carême à tous.

eliazar
Messages : 806
Inscription : jeu. 19 juin 2003 11:02
Localisation : NICE

Message par eliazar » mer. 25 févr. 2004 16:02

Chère Irène,
Devant votre inquiétude non dissimulée, j’ai couru aux nouvelles ; le Carême, c'est déjà assez lourd à porter comme cela!
A mon grand soulagement, les réponses ont été vite trouvées, et vous allez pouvoir respirer :

1° - Côté papiste : la prudence est de mise. C'est rassurant, et inattendu, non ?

a/ Sa sainteté a vu le film de Mel Gibson en projection privée en décembre 2003...
b/...mais il a chargé les Normands de service (c’est à dire le dicastère approprié du Vatican) de bien préciser qu'il n’avait émis aucun commentaire. Ce qui peut s’interpréter différemment selon qu’on l’ait observé, ou pas, hocher la tête à la télévision ces derniers mois.

2° Côté Église kto : la Conférence Épiscopale étasunienne a fait paraître là-bas, bien à l'abri et très loin du tombeau des saints Apôtres, une véritable bombe : un livre rappelant "la condamnation du péché de l'antisémitisme"… Rien à voir avec le film - de qui, déjà ? Ne leur faites pas dire ce qu’ils se garderont bien de dire, vu que :

a/ un Évêque Kto ne pratique pas la langue de bois, mais simplement (un peu) la langue de feutre ...
b/ ... et la sortie du film (de qui, disiez-vous, déjà ?) qui n'était prévue que dans 2 500 salles le même jour, est passée prévisionnellement et avant même les premières réactions du public à 4 000 salles (et on prétend que les Étasuniens ne vont pas au cinéma !) ; il y a donc urgence à attendre de voir d’où souffle le vent (du box office) avant toute prise de position trop affirmative dans un sens ou dans l'autre.

3° Côté Israël : les organisations juives étasuniennes sont en pleine éruption, le film en question est dénoncé comme propre à attiser l'antisémitisme en faisant des juifs les principaux responsables de la mort de Jésus ; ce qui serait odieux : tout le monde sait qu’il n’y avait pas l’ombre d’un Juif dans cette déplorable tragédie ; ni Jésus, ni ses apôtres, ni sa famille, ni Joseph d’Arimathie, ni Simon de Cyrène, ni Judas l’Iscariote,ni Caïphe, ni Anne, ni Hérode, ni la foule ; tout çà, c’est des inventions de l’auteur des Protocoles de Sion. Du reste :

a/ le propre directeur de la Ligue anti-diffamation, Mr. Abraham Foxman (je crois que lui doit être Juif, mais c’est sous toute réserve) a adopté un langage tout droit sorti de la même usine que celui des Normands du Pape de Rome, pour déclarer à propos d’un certain Mel Gibson (que venait-il faire en cette galère ?) : « C'est sa vision, c’est sa foi – il est un véritable croyant, et je respecte ce fait » ; juste un demi-bémol, le temps d’un demi-soupir : « …mais parfois il y a des conséquences « non intentionnelles » : je crois que ce film peut alimenter l'antisémitisme… »

b/ les directeurs des circuits de distribution (qui sont ouvertement Juifs, eux) ont laissé entendre entre deux bouffées de leurs gros cigares qu’ils se foutaient éperdument de l’antisémitisme, de l’intégrisme de Mel Gibson, et même du Vatican (non, cette dernière phrase est de moi, pas d’eux) : 4 000 salles, à (disons) 1 000 places de moyenne en comptant les ciné-clubs d’art et d’essai, cela fait tout de même 4 millions de spectateurs PAR SÉANCE pour la première semaine, non ?

Le racisme, le vrai, serait de se frotter les mains en disant « Y a bon Banania » - mais on devine que ce serait de l’humour noir…

30 000 000 de dollars de recette attendus pour la seule première semaine d’exploitation, par contre, c’est du politiquement TRÈS correct.

4° Côté "Allons z'Enfants et Guerre au Terrorisme International" : le président Bush Junior (dont personne n’ignore la chaleureuse et récente conversion à un christianisme protestant de choc) s’est empressé de laisser une petite fuite à la disposition de son porte-silences, le distingué M. Scott McClellan : "le Président a l’intention de voir le film - en temps opportun"
Cette fois, la Maison Blanche s’est avancée en plein no man’s land, et sans protection. Ce sera donc soit avant les élections, soit après. C’est selon. Selon le nombre des entrées et la durée du succès auprès de ses électeurs supposés, je suppose. Mais :

a/ le Pentagone n’a fait aucun commentaire, ce qui en dit long ;
b/ la CIA ne s’est pas prononcée, ce qui ne veut pas dire autre chose que ce qui n’a pas été dit. Qu'on se le dise, mais discrètement.

Il y aurait même, là-bas, un cinquième aspect auquel nous n’avions pas pensé : le côté Judéo-Kto. Mais oui ! certaines associations officiellement « juives-mais » ont relu avec componction les livres de prière du Vatican, y ont remarqué que la prière du Vendredi Saint qui parlait de "juifs déicides" avait été supprimée par le Concile Vatican II (1962-1965) – et ont douloureusement déploré que la discipline kto soit en régression puisqu’un kto comme Mel Gibson ne respecte plus les Conciles. Elles auraient même ajouté : "Ma Doué!"...

Cette dernière réaction est un scoop, à mon avis, et représente une preuve de plus de l’unité de pensée croissante entre le Vatican et toutes les autres religions. Mis à part les méchants intégristes, bien sûr – mais y en a partout, ma pauv’dame ! Même chez nous…
Dernière modification par eliazar le mer. 25 févr. 2004 18:40, modifié 1 fois.

eliazar
Messages : 806
Inscription : jeu. 19 juin 2003 11:02
Localisation : NICE

Message par eliazar » mer. 25 févr. 2004 18:24

Suite de ce qui précède:

Aux USA, ce Mercredi des Cendres (pour les kto), les premières salles de cinéma se remplissent (ou se sont remplies, je n'ai pas tout saisi et leur accent me prend toujours un peu de court!) très vite; presque toutes les places étaient réservées depuis plusieurs jours. Certaines salles sont affichées complet pour plus d'une semaine déjà.

Il y a même eu à Washington (si j'ai bien compris, ou / et à New-York et Chicago) un ou des groupe(s) de "fondamentalistes" (mais de quelle religion ?! pas des Musulmans, je pense ?) qui sont arrivés au cinéma EN PROCESSION, derrière une bannière !

Je ne sais pas ce qui était écrit sur la bannière en question, mais Goscinny-Uderzo commencent à dater singulièrement, avec leur célèbre : "Ils sont fous, ces Romains!"...

Irène
Messages : 941
Inscription : mar. 30 sept. 2003 11:46
Localisation : Genève

Message par Irène » mer. 25 févr. 2004 20:44

Eliazar, vous êtes une mine d'informations !
Il m'indiffère que Mel Gibson soit kto intégriste : il a pu tourner une vie de Jésus, film dans lequel il est dit que les Juifs sont responsables de sa Mort. Et la terre ne s'est pas arrêtée de tourner ! Comme disent les enfants d'aujourd'hui : "j'y crois pas" !

Claude le Liseur
Messages : 4118
Inscription : mer. 18 juin 2003 15:13

Message par Claude le Liseur » jeu. 26 févr. 2004 15:38

Ce que les media francophones oublient de dire, c'est le nom complet de l'organisme dont M. Abraham Foxman est un des dirigeants depuis la fin des années 1960: Anti Defamation League of B'nai Brith. Le B'nai Brith, fondé en 1843, est une obédience maçonnique réservée aux Juifs dont l'Anti Defamation League (ADL), fondée en 1913, est le bras armé aux Etats-Unis.

L'ADL, qui dispose d'un budget colossal et d'une armée de permanents, est connue pour avoir organisé le plus grand service d'espionnage privé aux Etats-Unis. Les cibles connues de l'ADL sont l'extrême droite, les Américains d'origine arabe, les militants de la cause noire (d'où collaboration entre l'ADL et les services sud-africains à l'époque de l'apartheid) et des personnes sans affiliation politique particulière, mais qui peuvent être utilisées comme cibles publicitaires: ainsi, le citoyen étasunien d'origine ukrainienne John Demjanjuk, faussement accusé par l'ADL d'avoir été un gardien du camp de concentration de Treblinka (dossier fabriqué par le KGB), déchu de la nationalité américaine et expulsé en 1986 vers Israël où il fut acquitté par la Cour suprême le 29 juillet 1993.
Ce qui vaut sans doute à M. Foxman d'être ainsi présenté comme une sorte de référence théologique, c'est que l'une des obsessions de l'ADL est de faire proclamer que les Etats-Unis ne sont pas un pays chrétien, d'où les multiples procès intentés par l'ADL pour faire interdire les crèches de Noël dans les lieux publics, et qu'une autre de ses obsessions est la récriture des évangiles. L'ADL avait mené une campagne virulente contre la pièce de Robert Hossein Jésus était son nom en utilisant les mêmes rengaines que celles que l'on entend aujourd'hui contre le film de Mel Gibson.
Ce qui est à première vue curieux, c'est la bénignité des attaques de l'ADL contre The Passion de Mel Gibson quand on les compare à l'acharnement de la même organisation contre la pièce de Robert Hossein ou contre le traditionnel jeu de la Passion à Oberammergau en Bavière.
L'explication est à mon avis simple: avant d'être le dirigeant d'une organisation juive, M. Foxman est Etasunien. Il sait que le film de Gibson va faire beaucoup, beaucoup d'argent (on a parlé de 20 millions de dollars de recettes pour le premier jour en salle). Or, quelque chose qui fait beaucoup d'argent ne saurait être unamerican. Voilà pourquoi, à mon avis, au fond d'eux-mêmes, M. Foxman et ses semblables ne peuvent pas aller trop loin dans leurs attaques: ce serait tellement unamerican de se déchaîner contre un film qui va faire des dizaines de millions de dollars de recettes! Je sens comme un conflit intérieur...

Irène
Messages : 941
Inscription : mar. 30 sept. 2003 11:46
Localisation : Genève

Message par Irène » jeu. 26 févr. 2004 18:18

J'abonde dans le sens du lecteur Claude : quand on connaît la virulence avec laquelle se bat l'ADL dès qu'il faut anéantir le moindre morceau de chrétienté qui dépasse de la laïcité etasunienne, on est perplexe devant la faiblesse des attaques concernant "La Passion". Concernant, par exemple, Oberammergau, il y a eu des pressions considérables pour empêcher les soldats américains stationnés en Allemagne d'aller voir cette reconstitution grandeur nature de la Passion justement. Mais je reste quand même surprise.

Axel
Messages : 106
Inscription : jeu. 25 sept. 2003 23:28

Message par Axel » jeu. 26 févr. 2004 20:44

Le meilleur livre écrit en français sur le B'naï Brith et son bras opérationnel: L'Anti Defamation League:
Mystères et Secrets du B’naï B’rith
présenté par Emmanuel Ratier.
Ci-dessous le copié-collé de l'introduction qui en est faite sur le site de l'auteur:
La première enquête au monde sur la plus ancienne (fondée en 1843) et la plus nombreuse (650 000 membres) organisation juive mondiale. Ses dirigeants, ses personnalités (comme Sigmund Freud ou Albert Einstein), ses liens avec d’autres associations, ses réussites politiques et diplomatiques (par exemple, la reconnaissance par les Etats-Unis, de l’Etat d’Israël), son influence au Vatican, etc.L’influence de la Maçonnerie juive est examinée en France et dans le monde.Organigramme complet des loges françaises, la vérité sur le « serment des B’naï B’rith » qui a exclu le Front national du jeu politique, ses soutiens politiques et financiers, la liste de ses invités, etc. Index de plus de 2 000 noms. Ce livre, parfaitement documenté, n’a jamais fait l’objet d’aucun procès malgré ses révélations explosives. 416 p., 150 x 220 mm, couverture illustrée pelliculée, très nombreux documents confidentiels et photos inédites. Prix : 29,70 Euros (195 F).

Pour ma part, je ne peux que recommander chaudement le chapitre intitulé:
Un christianisme revu et corrigé par le judaïsme.
La révélation de l'influence extraordinaire qu'a exercé le B'naï Brith et certains de ses membres sur la Constitution Nostra Aetate du deuxième concile du Vatican en laissera plus d'un pantois.
Evidemment si l'on considère avec le théologien jésuite Hans Urs von Balthasar que la doctrine patristique constitue le "journal de l'Eglise quand Elle avait dix sept ans", on ne s'offusquera pas de la nouvelle position de l'Eglise catholique romaine vis-à-vis du judaïsme à savoir le rejet de la théologie de la substitution, la continuité et le caractère salvifique de l'Ancienne Alliance après la venue du Christ Dieu en notre monde et le refus de considérer l'Eglise du Christ comme le Nouvel Israël (cf. les condamnations à ce sujet qu'exprime le Cardinal Archevêque de Paris, S.E. Jean Marie Lustiger dans son dernier livre: La promesse).
On ne s'offusquera pas non plus de savoir que les Fils de l'Alliance ont eu leur rôle à jouer dans cette révolution.
Une question: du point de vue de l'Eglise orthodoxe, dont les membres aiment à la définir comme l'Eglise de la tradition patristique, une tel éloignement de la théologie transmise par les Pères est-il acceptable?
Si non, comment se fait t'il qu'il ne soit pas fait mention de cette question lors des pourparlers entre les deux Eglises?

Bien fraternellement en Christ

A.


Lien hypertexte vers le site d'Emmanuel Ratier:
http://www.faits-et-documents.com/librairie.htm

Axel
Messages : 106
Inscription : jeu. 25 sept. 2003 23:28

Message par Axel » jeu. 26 févr. 2004 21:11

Voila la position que donne l'AFP de l'archevêque d'Athènes sur le film de Mel Gibson:
ATHENES, 25 fév (AFP) - Le chef de l'Eglise grecque critique le film "La Passion" au nom de l'Evangile


Le chef de l'Eglise orthodoxe grecque, Mgr Christodoulos, a critiqué le film "La Passion" de Mel Gibson sur le martyre de Jésus, le jugeant contraire aux enseignements évangéliques, a indiqué jeudi l'agence de presse grecque ANA (semi-officielle).
Après avoir visionné le film mercredi soir, le prélat grec a jugé qu'il se caractérisait par un "réalisme exagéré, du moins pour les scènes de violence, qui va à l'encontre du récit mesuré de la Passion par les Evangiles", selon l'ANA.

"L'objectif des Evangiles n'est pas de provoquer les Chrétiens (...) ni de provoquer des sentiments de haine et d'indignation contre des gens qui t participé à la crucifixion, dans la mesure où la passion du Christ était volontaire", a ajouté Mgr Christodoulos, dans une référence implicite aux connotations antisémites reprochées au film.

"Si nous en restons au stade de l'émotion, je ne crois pas que nous pourrons atteindre le point de vivre la passion, comme nous le demande l'Eglise tous les ans", a ajouté ce prélat ultra-conservateur et peu réputé pour son ouverture aux autres cultes.


D'autres points de vue d'orthodoxes "traditionnalistes" peuvent être lus sur le forum de The Euphrosynos Café, lequel est un lieu d'échange et de discussions pour les orthodoxes sous la juridiction des synodes les plus traditionnels (des plus "économiques" aux plus "acribiques"):
Voir les fils suivants:
http://www.euphrosynoscafe.com/forum/vi ... php?t=1947
http://www.euphrosynoscafe.com/forum/vi ... .php?t=627

eliazar
Messages : 806
Inscription : jeu. 19 juin 2003 11:02
Localisation : NICE

Le film de la Passion

Message par eliazar » ven. 27 févr. 2004 13:31

Je suis entièrement d’accord avec cette phrase-clé de l’Évêque d’Athènes Christodoulos :

« Si nous en restons au stade de l'émotion, je ne crois pas que nous pourrons parvenir à ce point : de vivre la Passion comme nous le demande l'Église, tous les ans »

Je pense qu’elle exprime très justement l’essentiel de la doctrine orthodoxe, sur ce point CAPITAL.

C’est l’une des déviations doctrinales majeures de l’Église hérétique de Rome que d’avoir fait passer la vie religieuse de la contemplation intériorisée (« dans le cœur » du Baptisé - c’est à dire dans la «chambre secrète » où le Père voit, et entend notre prière de contemplation) à son contraire absolu : les manifestations hystériques de la piété « baroquiste » - dont la célèbre statue de Michel Ange « Ste Thérèse d’Avila en extase » pourrait être l’icône de référence.
Michel-Ange n’était au reste qu’au tout début de cette vague de gesticulations extatiques, de cris et de soupirs enflammés dont le saint papiste Ignace de Loyola a publié une sorte de manuel de base, les Exercices Spirituels … toujours prêchés dans leurs Retraites de cinq ou de dix ou de quinze jours : c’est selon l’appétit - et la résistance des facultés nerveuses - des participants.

Dans ses Exercices Spirituels, le fondateur des Jésuites recommande par exemple à l’exercitant de faire méditation sur l’Enfer, pendant une demi-heure ou une heure, en se représentant toute son horreur à l’aide de ses cinq sens : la vue pour les flammes, le toucher pour leur brûlure sur le corps, l’odorat pour les chairs grillées des damnés, l’ouïe pour leurs hurlements et le goût ...pour je ne sais plus très bien quelle autre dégustation gratuite ( les Exercices Spirituels d’Ignace de Loyola ne sont pas ma tasse de thé). De même, les Exercices prévoient d’autres « méditations » du même genre pour la Passion , etc.

A ce sujet, il faut rappeler que « méditer », dans le langage des Pères, signifie « répéter calmement une prière courte et silencieuse ». C’est ce que le catholicisme post-tridentin a cru bon de faire glisser vers un « ruminer » (la ruminatio) dont il est inutile de souligner la connotation dépréciative. Dans le même temps, les théologiens romains faisaient de leur néo-méditation un exercice discursif, un bavardage intérieur conduisant à la stimulation effrénée de notre propre imaginaire. Cette perversion de l’expérience pleine de sagesse des Pères des siècles orthodoxes a suscité inévitablement un nombre impressionnant de visionnaires de la Passion, comme Catherine Emmerich etc.

Ceci explique pourquoi la néo Église de Rome qui s’est développée après la rupture de 1 054 a préféré retirer saint Jean Cassien de son calendrier universel pour le mettre au placard, au rang d’une simple célébration régionale du Diocèse de Marseille… et peut-être parce qu'elle considérait qu’il serait trop difficile de le faire oublier par les Provençaux.

Il n’est pas nécessaire de rappeler que saint Jean Cassien est le grand saint orthodoxe provençal qui, après avoir été fait diacre a été envoyé à Rome par le Patriarche orthodoxe de Constantinople saint Jean Chrysostome, et qui a ensuite été ordonné prêtre par le Patriarche orthodoxe de Rome saint Innocent Ier, et envoyé en mission en Provence pour y organiser les premiers monastères. Mais il a fondé la pratique et la doctrine de base du monachisme dans les Gaules, et c’est lui qui nous a transmis la tradition de la « méditation » des Pères du Désert d’Égypte : c'est à dire la Prière du Cœur ; il avait notamment reçu du prêtre Paphnuce ce qu’il appelait le secret des trois renoncements que doit accepter le moine pour parvenir à « l’amour parfait de Dieu, passant en notre cœur PAR LA VERTU DE LA PRIÈRE PURE, SANS FORME NI PAROLES … / … jusqu’à ce que toute la vie, et tout le mouvement du cœur, deviennent une prière unique et ininterrompue ».

La lecture de saint Jean Cassien « le Romain » est l’antidote exemplaire à toutes les illusions pathétiques (trop souvent pathologiques) engendrées chez ses « retraitants » par le fondateur de la Compagnie de Jésus.

C’est dans les conseils de saint Jean Cassien qu’on trouve pour la première fois (dans la Gaule du Vème siècle !) la recommandation formelle de pratiquer sans cesse la « prière de peu de paroles », la prière de répétition ou Prière du Cœur. Elle allait devenir grâce à lui la prière de base de tous les moines et de toutes les moniales du sud des Gaules. Il est symptomatique qu’il ait fallu la publication en français des « Récits d’un Pèlerin Russe » pour remettre en honneur (bien des siècles plus tard, hélas) cette prière fondamentale de la foi orthodoxe – la prière de l’Aveugle-Né de l’Évangile - dans un pays qui la pratiquait couramment un demi-millénaire avant la conversion de la Russie !

Ces aléas font mieux mesurer les graves conséquences du naufrage de la foi orthodoxe au Xème siècle, sous les coups de boutoir des barbares Franks et de leur main-mise sur le Patriarcat de Rome, poussant inexorablement ses derniers Patriarches vers l’hérésie d'abord, et ensuite vers le schisme, par la persécution des ultimes "papes" orthodoxes de l’Occident.
Tout l'effondrement de la foi que nous vivons aujourd'hui est sorti de cette transformation catastrophique du Patriarcat de Rome - perdant manu militari sa Foi Orthodoxe aux Xème et XIème siècles, sous la poigne de barbares germaniques convertis de frais – et théologiquement incultes. C'est pour cela que nous n’avons plus eu de saints orthodoxes en Occident, entre 1054 et nos jours : les derniers avaient progressivement disparu au cours de deux siècles d'obscurité théologique croissante . Et quand la lumière est revenue, c’était une fausse lumière: celle du prétendu "siècle des Lumières", c’est à dire des Illuminés de la gnose maçonnique au nom menteur, et de toutes les illusions qu’elle a initiées - jusqu'au spiritisme du XIXème siècle et au New Age du XXème.

Pour la bonne bouche, voici la citation de ce passage célèbre du saint provençal concernant la prière ininterrompue dont parlait déjà saint Paul; la savoureuse traduction en est du sieur de Saligny, au XVIIème siècle :

« Accoutumez-vous à dire ce verset, à le répéter sans cesse, soit que vous travailliez de vos mains ou que vous soyez dans vos exercices ou dans un voyage, dites-le ou chantez-le continuellement. Pensez-y même en dormant, pensez-y en mangeant, et jusque dans les plus basses nécessités de la nature …

« Cette répétition salutaire et continuelle vous préservera de tous les pièges et de toutes les attaques du démon, elle vous purifiera de tous les vices et de toute la contagion de la chair pour vous élever à la contemplation des choses célestes et invisibles, et vous faire monter peu à peu jusqu’à cette oraison ardente et ineffable qui est connue de si peu de personnes…

« Que le sommeil tous les jours vous ferme les yeux dans la considération de ces paroles saintes jusqu’à ce que votre âme en soit tellement possédée qu’elle s’en souvienne même pendant la nuit… »

Que nous sommes loin de cette titillation têtue des sens, et de ces vaniteux discours intérieurs qu’engendre immanquablement le cinéma passionnel des Pères Jésuites ! L’orthodoxie enseigne en effet une toute autre manière de prier, une toute autre manière de vivre en Christ : "Ce n’est plus moi qui vis », disait déjà saint Paul : « c’est le Christ qui vit en moi".

C'est au contraire le triomphe du Jésuitisme et la méthode psychopathique d'Ignace de Loyola qui sont à l'origine de ces Crucifiés du désespoir et de l’horreur : comme celui de Matthias Grünewald ou le Dévôt Christ de Perpignan, ils portent tous la marque terrorisante de la barbarie germanique. Mais leur influence ne s'est pas arrêtée là : plus près de nous, l'hyper réalisme à l'hémoglobine d'un Mel Gibson y revient à nouveau - comme le serpent de mer du Loch Ness ...

Alors, quand l'Occident reviendra-t-il à la prière de paix et d'amour de l'Orthodoxie ? A la sainte hésychia des Myrophores de l’Évangile (Lc 23, 56) ?

« Soyons toujours dans la Joie. Prions sans cesse... » (I Thess. 5, 16-17)

Eliazar MARIO-VINCENT
Dernière modification par eliazar le sam. 28 févr. 2004 12:59, modifié 3 fois.

Antoine
Messages : 1782
Inscription : mer. 18 juin 2003 22:05

Message par Antoine » ven. 27 févr. 2004 22:22

Certes Eliazar mais l’Évêque d’Athènes Christodoulos nous dit:
dans la mesure où la passion du Christ était volontaire
Mais en quoi la passion du Christ était-elle volontaire? Sa phrase dans le contexte cité par l'AFP est très ambigüe. Elle donne un peu l'impression que la passion était un coup monté par le Christ lui-même...
Et ce "volontaire" innocente-t-il ceux qui en sont les actants? Le jugement du Christ sur Judas ne semble pas confirmer cette thèse.

Le débat que suscite le film n'est pas tant son réalisme qui pourrait effectivement ramener à un débat essentiel Ignace-Cassien comme tu le fais si bien, que le problème de la responsabilité de la mort de Jesus que les Juifs voudraient intégralement rejeter sur les Romains.
Et si ce Jésus n'est pas le Fils de Dieu, qu'est-ce que ça peut faire aux juifs d'aujourd'hui, que l'on accuse ceux d'hier de l'avoir crucifié ou fait crucifier?

"Déicide" serait-il une accusation plus forte que "engeance de vipère"?
Ou bien la seule dénomination acceptable recherchée ne serait -elle pas "Christicide..." On a déjà connu ce débat au sujet de la Mère de Dieu.
Car ce qui gêne dans l'appellation "déicide" ce n'est pas l'idée de meurtre mais celle de la confirmation implicite que Jésus est Dieu.

eliazar
Messages : 806
Inscription : jeu. 19 juin 2003 11:02
Localisation : NICE

La Passion

Message par eliazar » ven. 27 févr. 2004 23:29

Bon. Peut-on vraiment faire confiance à une dépêche de l'AFP, quand il s'agit de traduire et de résumer en trois lignes la position d'un Évêque, Grec, et forcément un peu théologien?

N'est-ce pas vouloir attrapper un tétraède avec une pince à sucre ?

Ensuite. Admettons que l'Évêque ait vraiment dit que la Passion du Christ était "volontaire" ? Alors, le Juif qui s'est laissé arrêter, n'a pas voulu s'enfuir du wagon qui l'emmenait à Auschwitz (alors qu'il aurait pu le faire ou qu'il n'y serait pas parvenu, peu importe : puisqu'il n'a pas voulu essayer ?) et a été assassiné dans une chambre à gaz - il est volontaire aussi.

Et dans ce cas, le système nazi n'est pas responsable, puisque c'est la victime qui l'a voulu.

Et dans ce cas le peuple allemand n'a rien à voir là-dedans.

Et dans ce cas, il faut indemniser les héritiers d'Hitler.

Et Papon doit non seulement être rejugé, et acquitté - mais il va de soi que le peuple français doit lui payer des dommages et intérêt pour toutes les méchancetés qui ont été écrites ou dites ou pensées de lui.Après tout les Juifs qu'il a fait boucler dans les wagons en gare de Bordeaux n'avaient qu'à ne pas être volontaires : puisqu'ils n'ont rien fait pour empêcher Papon et ses sbires (pardon, policiers, pardon, agents de la police de la France terre d'asile) de les mettre dans les wagons, c'est eux qu'il faut juger.

J'ai un peu l'impression de lire un de ces articles du Monde où l'auteur se donne un mal de chien pour dire avec des mots rares quelque chose qui n'aurait pas valu la peine d'être lu si ç'avait été écrit en français facile.

La question à laquelle j'aimerais avoir une réponse est : Dieu est-il suicidaire ?

Et comme ni l'Évêque, ni le journaliste ne me répondront, je pose à la cantonnade l'autre question qui me brûle les lèvres : de qui se moque-t'on ?

Là au moins, je suis certain que la cantonnade va me répondre. Enfin quelqu'un de sérieux !

- - - - - -

A la réflexion, y a-t-il un seul Christodoulos ou deux ? Et dans ce cas, lequel me répondra ? Celui de la première phrase ou celui de la seconde ?

apostolos
Site Admin
Messages : 80
Inscription : mar. 17 juin 2003 11:38
Localisation : Genève
Contact :

pub gratuite

Message par apostolos » sam. 28 févr. 2004 8:51

Bonjour,

j'aimerais rajouter ce que j'ai lu dans le journal l'autre jour: comme c'est souvent le cas dans ce genre de situations, tout ce bruit autour du film fait une excellente publicité pour pas un seul centime. Mel Gibon a de la chance.

Claude le Liseur
Messages : 4118
Inscription : mer. 18 juin 2003 15:13

Message par Claude le Liseur » lun. 12 avr. 2004 23:12

Et bien comme même mon lieu de travail est fermé le lundi de Pâques, commun cette année à toutes les chrétientés, j'ai pu enfin le voir, ce film de Mel Gibson.

Il est fabuleux.

Je n'ai pas vu beaucoup de films où la salle a applaudi à la fin. Et je n'ai pas non plus vu beaucoup de films où la salle a mis autant de temps à se vider.

Certes, Gibson est d'une religion qui n'est pas la mienne: le catholicisme doloriste. Certes, le personnage du tétrarque Hérode de Galilée est trop ridicule. Certes, il y a bien quelques scènes avec un peu trop d'hémoglobine répandue qui n'apporte rien au film, bien qu'il n'y ait pas de violence gratuite dans cette oeuvre. Certes, la dernière scène, celle de la Résurrection, aurait gagné à durer quelques secondes de plus. Le seul reproche que je peux faire à Gibson, c'est d'avoir été trop timide dans le traitement de la Résurrection.

Mais ce n'est pas grand'chose en comparaison des immenses mérites de ce film. Fidélité au texte des Evangiles: le seul point où ceux-ci ne sont pas respectés, c'est que le panneau posé sur la croix est rédigé en deux langues au lieu de trois. On ne voit pas tous les jours un film qui a eu le Sauveur pour dialoguiste.

Les influences de la Tradition (personnage de sainte Véronique qui essuya le visage de Notre Seigneur) et des visions d'extatiques catholiques-romaines ne doivent pas représenter plus de 5 minutes, et l'imagination de Gibson se limite à rajouter une scène de dialogue entre le procureur de Judée et son épouse.

J'ai particulièrement apprécié le personnage de Judas, qui est conforme à ce que l'Ecriture nous apprend de lui et aussi à la façon dont en parlent nos textes liturgiques, et qui n'est pas marquée par cette tendance à la réhabilitation de Judas que critiquait l'archiprêtre Stéphane Weerts de l'Eglise russe hors frontières.
Le traitement du personnage de Ponce Pilate est aussi très soigné, puisque le film souligne les interventions de sa femme Claudia en faveur de NSJC, et les réticences de Pilate à envoyer un innocent à la mort. Je vous rappelle que la juste (Claudia) Procula, l'épouse de Ponce Pilate, figure au calendrier des saints de l'Eglise orthodoxe, sous le nom de sainte Procla, à la date du 27 octobre. (Dans l'Eglise copte et l'Eglise éthiopienne, Ponce Pilate figure lui aussi au calendrier des saints.)

La performance de l'acteur américain d'ascendance suisse Jim Caveziel, qui joue le rôle du Christ, est au-dessus de tout éloge.

L'idée la plus géniale de Gibson, et la plus courageuse aussi, et d'avoir entièrement tourné le film en araméen et en latin. Cela crée un tout autre effet que dans les autres films sur le sujet tournés en français (avec Jean Gabin dans le rôle de Ponce Pilate!), en anglais ou en italien. Il n'y a plus le même effet de distanciation. La sincérité du propos en est immédiatement rehaussée - d'ailleurs, tout le film donne une impression de sincérité. Pensez qu'en voyant ce film, c'est la première fois que j'ai entendu les paroles du Sauveur dans la langue dans laquelle Il les a prononcées! (Langue qui ne survit plus que dans deux villages orthodoxes de la région de Damas, même si le syriaque occidental des Jacobites et le syriaque oriental des Assyriens sont en fait des variétés très proches de cette même langue.)

On rapporte déjà deux cas, aux Etats-Unis et en Norvège, de criminels venus se dénoncer à la police après avoir vu ce film d'une rare puissance. Maintenant que j'ai vu le film, cela ne m'étonne plus, et je pense que l'oeuvre de Gibson causera encore d'autres bouleversements.

apostolos
Site Admin
Messages : 80
Inscription : mar. 17 juin 2003 11:38
Localisation : Genève
Contact :

Message par apostolos » mar. 13 avr. 2004 7:55

Un grand merci au lecteur Claude qui a pris le temps de nous écrire cette critique exhaustive.

Une question reste: qu'en est-il de ceux qui disent "je ne verrai pas ce film à cause de la violence!" ?

Il n'en est rien! Il s'agit d'une simple propagande. À chaque film son publique. Ceux qui croient en Dieu doivent aller le voir. Ils y croiront beaucoup plus fortement à la sortie de la salle. Si ce n'est pas le cas, on peut toujours en discuter dans ce forum.

Sinon, je ne vois pas pourquoi on tolère toute "violence gratuite" (phrase emrpruntée dans le texte de Claude) à la télé et on ne devrait pas faire de même dans ce film. Par exemple, dans la deuxième saison de la très populaire série américaine "24" il y a beaucoup de scènes violents inutiles, pourtant, personne n'en parle.

Pour finir, on ne voit pas le temps passer. C'est un signe de réussite pour un film qui dure 2 heures.

Antoine
Messages : 1782
Inscription : mer. 18 juin 2003 22:05

Message par Antoine » mar. 13 avr. 2004 12:11

Ceux qui croient en Dieu doivent aller le voir.Ils y croiront beaucoup plus fortement à la sortie de la salle.
On se calme on se calme. On peut apprécier ce film mais de là à proférer un tel jugement il y a de la marge.
Les croyants n'ont pas attendu un film pour croire et les Pères et tous les saints de l'Eglise se sont passés de film jusque là.
Les Pères mettent en garde contre tout débordement de l'imagination dans la prière. Et je crains moi, que la puissance de l'image ne vienne troubler ma prière. L'icône me suffit amplement.
Alors je peux aussi me contenter de l'Evangile, de la lecture des Pères et de la vie des saints pour renforcer ma foi et je ne ressens nul besoin d'aller voir ce film. On peut vivre la croix du Christ autrement .
Les récits évangéliques de la passion fourmillent certes de détails historiques parfois contradictoires même. Mais leur construction est théologique. Les évangélistes ont privilégié la construction théologique à l'effet narratif et descriptif. Le chrétien orthodoxe peut aussi suivre cette même voie, refuser le prisme de Mel Gibson et se contenter de celui des Pères et des grands saints de l'Eglise.
Si un simple film renforce la foi d'un croyant alors je pense très sincèrement qu'il y a une illusion passagère dûe à la puissance de l'image ...La seule chose qui puisse renforcer durablement la foi c'est la pratique des vertus qui permet la réception de la grâce et pas l'émotion cinématographiqiue.
Saint Marc l'ascète écrit:
"La Grâce est donnée, au Nom du Christ mystiquement, à tous les baptisés. Elle agit en eux en fonction de leur pratique des commandements"
Certainement pas en fonction du fait qu'on ait vu ou pas le fim de Mel Gibson.

Répondre