Le film "La Passion"

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Irène
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Message par Irène » mar. 13 avr. 2004 12:49

Je n'ai pas vu le film "La Passion" mais après ce qu'en disent Claude et Apostolos, je vais y aller. Ensuite, j' en parlerai.

apostolos
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Message par apostolos » mar. 13 avr. 2004 14:26

Bon, je vois que mon message a été mal-interprété. En voici quelques précisions:
On se calme on se calme. On peut apprécier ce film mais de là à proférer un tel jugement il y a de la marge.
J'aimerais préciser qu'il ne s'agit pas d'une critique "à chaud". J'ai regardé le film le lundi après-midi et j'ai écris le message le mardi matin.

Au contraire, vu que les messages envoyés n'egagent que leur auteur, j'aurais peut-être dû écrire "...ça a renforcé mafoi". Je reconnais mon erreur.

Une icône est suffisante certes mais il y a bel et bien eu le problème des idôlatres. Ce n'est pas parce que une projection avec beaucoup de violence est plus forte qu'une icône que le risque de devenir "cinolâtre" est plus grand que celui de devenir idôlatre. Tout dépend de comment on filtre ce qu'on regarde.

Je vous rassure que la raison pour laquelle je suis allé voir ce film était toute simple: le sujet de Jésus Christ m'intéressait. Qu'il soit dirigé par Mel Gibson ou quelqu'un d'autre, peu importe. Attention, je ne dis pas que ce sujet vous est indifférent, Antoine!

Je vous rassure aussi qu'à la fin du film j'ai fait ma propre interprétation qui était également toute simple: On peut tomber très très bas, il ne faut jamais perdre sa foi. Autre conclusion que j'ai dite à la fin à celui qui était à côté de moi: "cela nous apprendra à être plus forts et à arrêter de se plaindre avec la moindre occasion". C'est une sorte de retour rapide à la réalité. Je trouve que cette interprétation prouve que malgré la force de la projection, je suis sorti de ce cadre, non?

En aucun cas je ne suis allé voir le film pour voir comment se déplaçait Jésus Christ ou ce qu'on portait à l'époque comme vêtements. Ni pour sortir de la salle plus ou moins antisémite qu'avant.

Enfin, si quelqu'un ne veut absolument pas voir ce film, je n'y trouve pas d'inconvénient. Cela me rappelle le débat sur "faut-il monter visiter le Mont Athos ou pas?". Il est clair que celui qui visite n'est pas plus fidèle que les autres.

J'ai juste écrit mon message précédent parce qu'on a beaucoup entendu sur ce film et j'avais de sérieux doutes sur sa qualité. Ce que j'ai écrit rend les choses plus claires à ceux qui hésitent.

Axel
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Message par Axel » jeu. 15 avr. 2004 18:35

Lyon Capitale

N° 471 - mercredi 7 avril 2004

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ACTUALITE

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Polémique autour de La Passion du Christ
“Les erreurs historiques de ce film peuvent favoriser un antijudaïsme”
Entretien. Michel Quesnel, recteur de l’université catholique de Lyon depuis septembre 2003, a vu le film de Mel Gibson La Passion du Christ dès sa sortie en France. Nous avons demandé à ce bibliste - dont l’œuvre est traduite dans plusieurs langues - qui vient lui-même de sortir un livre sur Jésus*, de réagir au scandale provoqué par ce film.


Lyon Capitale : Vous venez de voir La Passion du Christ de Mel Gibson. En tant que bibliste, considérez-vous que l’accusation d’antisémitisme est fondée ?
Michel Quesnel : Je n’emploierais pas le mot “antisémitisme” qui exprime la haine du juif dont on est contemporain. Je préfère parler d’antijudaïsme. Dans le film de Mel Gibson, les erreurs historiques peuvent favoriser un antijudaïsme. On est souvent dans l’amalgame. Pour le démontrer, il suffit de quelques exemples. L’ensemble du monde juif apparaît contre Jésus, sauf ses proches. On voit ainsi le Sanhédrin ** au grand complet mettre en accusation Jésus. Or historiquement parlant, Jésus se trouva face à quelques grands prêtres et non pas face à l’ensemble du Sanhédrin. Premier amalgame. Dans la mise en scène du récit de la femme adultère, Caïphe est présent et lui jette des pierres. Or dans l’Évangile, ce sont les pharisiens et les scribes.
Mel Gibson mélange donc les diverses autorités juives. Deuxième amalgame. Enfin, Pilate *** est présenté comme un homme très humain alors qu’historiquement il est réputé pour avoir été un personnage brutal. Ce qui, au plan de la responsabilité de la mort de Jésus, permet à Mel Gibson de tout faire reposer sur les autorités juives confondues. Là encore, nous sommes dans l’amalgame.
LC:L’accusation d’antisémitisme est d’autant plus forte que pendant des siècles les chrétiens ont fait porter à leurs contemporains juifs la responsabilité de la mort du Christ.
MQ: Il est vrai que dans l’histoire, l’Église a lourdement accusé le peuple juif avec, entre autres, l’accusation insupportable du déicide, corrigée par le concile Vatican II. Dix-neuf siècles de l’histoire de l’Église sont marqués par cela. Il a fallu la Shoah pour que les chrétiens se rendent compte de la responsabilité qu’ils avaient dans l’antisémitisme. Si le nazisme a pu réussir, il a bien fallu qu’il trouve quelques complicités chez les chrétiens.
LC: Le scandale déclenché par ce film s’explique également par son arrière-plan : le père de Mel Gibson est connu pour être révisionniste ; Mel Gibson lui-même est devenu un zélé converti ; Jim Caviezel qui joue le rôle de Jésus, quant à lui, aurait dit posséder dans sa poche un morceau de la Vraie Croix qui lui aurait été donnée par un visionnaire ; enfin, aux États-Unis, sur le Net, il y aurait mille histoires de guérison providentielle après la projection.
MQ: En tant que critique bibliste, je ne veux pas m’arrêter à cela, même s’il est évident qu’aux États-Unis le fondamentalisme religieux est bien vivant. Je préfère juger non pas un auteur et son histoire personnelle, mais une œuvre. En outre, j’estime que Jésus n’appartient à personne. On a le droit de faire un film sur lui que l’on soit hyper-catho, athée ou que sais-je encore. Si l’on s’en tient au film, je trouve que l’auteur fait preuve de sadisme. Il se complaît dans le tableau d’une souffrance horrible. C’est comme si, pour lui, la rédemption de Jésus tenait au fait qu’il a plus souffert que les autres. C’est ridicule et ça laisse entendre que la souffrance physique aurait des vertus. À sa décharge, il faut reconnaître qu’il n’est pas le premier. Dans l’histoire de l’art, le christianisme a eu, à certaines périodes, une propension au sadomasochisme. Certaines peintures de la Passion du Christ le démontrent.
LC: Estimez-vous que ce film, qui rencontre déjà un énorme succès, puisse perturber les cinquante dernières années du dialogue entre juifs et chrétiens et renforcer les communautarismes ?
MQ: Il n’y a aucun risque. C’est un épiphénomène car tout le monde sait à quoi s’en tenir. Il n’y a pas de raison que les juifs reprochent aux chrétiens dans leur ensemble de renouer avec l’antisémitisme sous prétexte que ce film a été réalisé par quelqu’un qui se situe comme chrétien. Quant à l’idée que ce film puisse renforcer les communautarismes, je n’y crois pas non plus.
LC: L’Église de France, par la voix de certains de ses évêques, a déconseillé au public d’aller voir ce film. Qu’en pensez-vous ?
MQ: Moi, je dis que si on n’y va pas on ne perd rien (rires). Mais si on veut en parler, la moindre des choses c’est d’aller le voir. Dans notre société, on parle trop souvent de ce que l’on ne connaît pas. En tant que prêtre et chrétien, ma question majeure est la suivante : est-ce que ce film peut faire découvrir le visage du Christ à ceux qui ne le connaissent pas ? Est-ce que ce film est mieux que rien ou pire que rien ? Et je ne sais pas quoi répondre.
LC: Y a-t-il, dans ce film, des éléments positifs à retenir, selon vous ?
MQ: Bien sûr ! Moi qui ai vécu à Jérusalem, j’ai, par exemple, trouvé que certaines atmosphères sont très bien retranscrites. C’est le cas pour la nuit orientale ou encore pour l’ambiance qui règne à Jérusalem. Ça grouille vraiment de partout.
LC: Le hasard des programmations et des publications fait que la semaine qui a vu la sortie de ce film a également vu la sortie de votre livre sur Jésus. Vous êtes aux antipodes du film de Mel Gibson.
MQ: Personnellement, avec ce livre, je n’ai rien voulu démontrer. J’ai plutôt cherché à faire connaître Jésus à partir des sources de son histoire et de la façon dont il est le Seigneur pour les croyants, depuis sa mort jusqu’à aujourd’hui. L’intelligence a le droit d’interroger les sources et la tradition du christianisme. On peut être croyant et critique. L’intelligence et la foi sont complémentaires face au phénomène si complexe qu’est le Christ. Ce livre défend plus cette attitude qu’il ne défend une thèse.
Cela étant, il est évident qu’il fait le point sur les questions centrales qui concernent le Christ. Ainsi, au sujet de sa mort, il est clair qu’historiquement parlant, les principaux responsables sont d’abord Pilate qui donna l’ordre de l’exécution et ensuite les quelques membres de l’aristocratie sacerdotale, qui le lui livrèrent. Les responsables sont des personnes, non pas un peuple en tant que tel.

Propos recueillis par Jacques Tyrol




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* Michel Quesnel, Jésus, l’homme et le fils de Dieu, Paris, Flammarion, 2004, 231 p., 19 euros.
** Le Sanhédrin fut un conseil juif formé de soixante-dix membres plus un, le grand prêtre, qui le présidait. Depuis qu’il n’y avait plus de roi à Jérusalem, il était la plus haute autorité juive existante et, par là même, l’interlocuteur habituel de l’occupant romain.
*** Ponce Pilate fut procurateur de Judée de 26 à 36.

Et voilà. Et après on va se faire des mamoures avec les représentants de l'Eglise de la Tradition patristique.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » ven. 16 avr. 2004 11:07

J'ai reçu le dernier catalogue de la maison de diffusion catho intégriste "Diffusion de la pensée française", téléphone 00 33 (0)5 49 51 83 04, représentation à Paris librairie Duquesne Diffusion, 27 avenue Duquesne dans le 7ème arrondissement.

Ils ont à leur catalogue déjà deux livres qui viennent d'être publiés en France sur le film de Gibson:

Daniel HAMICHE, La Passion de Mel Gibson de A à Z, 170 pages, 15 euros

Daniel HAMICHE, La presse dite française et La Passion de Mel Gibson, 24 pages, 3 euros

Avis aux amateurs.

néophyteSerge
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Film La Passion

Message par néophyteSerge » mar. 20 avr. 2004 15:17

J'ai aussi vu ce film,
Je l'ai trouvé fascinant mais je n'irai pas jusqu'à dire "fabuleux". D'un point de vue technique, rien à dire..
Du point de vue de la forme s'il est vrai qu'il remue en profondeur, devant autant de violence et de sang et de souffrance volontairement assumée et subie par le Christ la Passion prend une dimension réelle à la quelle nous sommes invités comme témoins et pas comme lecteurs laissés à leur imaginaire. Cela rappelle que l'histoire est un texte mais aussi un vécu. Mais fallait-il autant de sang et de violence qui de toutes façons ne correspond pas aux écritures qui sont là dessus d'une frappante sobriété. La double flagellation si je peux comprendre le but dans lequel on l'a introduite me paraît complètement inutile et aller dans le sens inverse de ce qui est voulu par l'auteur...
Par contre la nuit qui la précède et où le Christ se retrouve devant un gouffre de solitude et d'abandon (n'oublions pas les disciples qui dorment et qui finissent par s'enfuir) me semble avoir été gommée au profit d'un spectaculaire rapidement baclé et superficiel. Pratiquement aucune référence à la souffrance morale, intérieure et spirituelle du Christ sauf une imagerie de bazar ou le serpent frétille et Satan passe en arrière plan. Plus de sobriété et de temps passé à analyser le silence de l'effroi et de la désolation du Christ devant ce qu'il anticipe aurait montré que sa souffrance n'est pas que physique mais qu'elle est aussi et surtout spirituelle (c'est quand même les larmes du Père en son Fils!!) .
Cet axe est complètement raté au profit du spectacle d'une torture que l'on pourrait également voir à la Télévision si elle pouvait nous montrer ce qui se passe dans les pays en conflit. Chaque homme torturé est le Christ torturé..
Gibson a par contre décrit de manière très émouvante le silence de la douleur de la Vierge et de Saint Jean montrant par là-même qu'il aurait pu beaucoup mieux souligner cette souffrance spirituelle du Christ si il y avait pensé. Le fait qu'il ne l'aie pas fait me mène à penser qu'il est resté au niveau de la surface et du visible. L'invisible peut aussi paradoxalement être filmé. Dreyer, Bergman, Antonioni et bien d'autres l'ont fait.
Le débat du film porte sur la violence physique et le sang. Nul souffle sur la souffrance intérieure...
Dommage!

Antoine
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Message par Antoine » mar. 20 avr. 2004 15:45

J'ai déjà ecrit ci-dessus pourquoi je n'irai pas voir ce film et votre message me renforce, si besoin était, en ce sens.
Les évangiles ne sont pas des reportages de la passion et en prendre les éléments narratifs constitutifs d'une construction théologique pour en faire un scénario reportage, c'est déjà un contre sens total.
Demandons nous simplement pourquoi l'Eglise Orthodoxe ne fait pas de chemin de croix...pendant la semaine sainte.

Antoine
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Message par Antoine » lun. 26 avr. 2004 8:11

XB!

Vous trouverez ci-dessous un article paru dans le S.O.P. 287 Avril 2004.
Dommage que le Père Thomas Hopko n'ait pas détaillé davantage sa critique car le lecteur reste un peu sur sa faim. Il ne fait qu'ébaucher des grandes lignes telles que la réduction de la passion à l'évènementiel et la dissimulation du sens de la kénose.
Dommage également qu'il n'ait pas pris le temps d'informer le spectateur sur les erreurs scripturaires et se contente de mentionner:
Et nous ne dirons rien de la façon dont l’auteur établit des liens entre la description par lsaie du serviteur souffrant de Dieu, où il puise, semble-t-il, sa principale source d’inspiration, et certains autres éléments tirés des descriptions de la Passion dans les évangiles canoniques et d’autres sources apocryphes ou légendaires.
Je passe aussi sous silence les libertés prises par l’auteur avec les Écritures, de même qu’avec l’histoire et la langue de l’époque.
Mais sans doute n'a-t-il pas voulu justement apporter sa contribution à rectifier des erreurs dans un évènementiel qui lui semble accessoire en regard d'une vision orthodoxe de la passion.
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“LA PASSION SELON MEL GIBSON EST FAUSSE ET ENNUYEUSE”
Père Thomas HOPKO
La sortie très médiatisée du film de l’acteur et réalisateur américain Mel GIBSON, “La Passion du Christ’, a suscité, aux États-Unis comme en France, de nombreuses réserves dans certains milieux juifs et chrétiens, voire des polémiques, reprochant surtout au réalisateur son “antijudaisme larvé” ou encore un parti pris de “dolorisme et de violence morbide”. En France, en arrière-plan du film de GIBS0N, ainsi que de la nouvelle série de Gérard MORDILLAT et Jérôme PRIEUR sur Arte, “L’origine du christianisme”, Jean-François COLOSIMO, enseignant à l’institut Saint-Serge, a proposé, dans Le Figaro Magazine du 27 mars, une synthèse de ce que l’on sait réellement de Jésus : deux mille ans d’exégèse “sans parvenir à épuiser la vie de celui qui reste pour des milliards de croyants le Christ ressuscité”. En Grèce, l’archevêque CHRISTODOULOS d’Athènes, primat de l’Église orthodoxe de Grèce, a dénoncé le film, selon lui, beaucoup trop violent. À New York, l’institut de théologie orthodoxe Saint-Vladimir a demandé à son ancien doyen, le père Thomas HOPKO, de donner son point de vue sur ce film. Le SOP reproduit ici ce texte, disponible, dans sa version originale anglaise, sur le site Internet de l’institut Saint-Vladimir (http://www.svots.edu).

Âgé de 64 ans, le père Thomas HOPKO enseigne la théologie dogmatique à l’institut de théologie orthodoxe Saint-Vladimir, à New York, dont il a été le doyen de 1992 à 2002 (SOP 171 .12, 262.10). Auteur d’une thèse de doctorat en théologie soutenue à l’université de Fordham, il a souvent été invité à parler de l’orthodoxie dans des universités américaines. li est l’auteur de plusieurs études sur la foi et la spiritualité orthodoxes, dont notamment The Orthodox Faith : An Elementary Handbook on the Orthodox Church, en quatre fascicules (1972-1976), The Spirit of God (1976), Ail the Fullness of God (1982), The Lenten Spring(1983), Women and the Priesthood (1983, nouv. éd. 1999), The Winter Pascha (1984), toutes parues en anglais aux éditions St. Vladimir’s Seminary Press. Le premier de ces ouvrages est paru partiellement en traduction française, sous le titre La foi orthodoxe, dans la collection des fascicules de la Formation par correspondance (FTC) de l’institut Saint-Serge, à Paris, ainsi qu’en plusieurs autres langues.

Quels que soient les mérites cinématographiques et artistiques du film de Mel Gibson, “La Passion du Christ”, et bien qu’il suscite çà et là des propos positifs, il serait faux de dire que ce film décrit amplement et en profondeur le Christ, dont l’Eglise dit que “Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la plénitude et, par lui, à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix” (Col 1,19-20).


Une passion réduite aux souffrances physiques

Il me semble que “La Passion” de Mel Gibson est une oeuvre fortement ,exagérée et ennuyeuse, dans la mesure où elle s’attarde surtout sur un seul aspect des Ecritures, les souffrances et la mort du Christ, en en parlant de manière excessive et faussée. Son Jésus est un serviteur de Dieu qui souffre et dont la passion se réduit en fait aux humiliations et aux sévices subis par un homme battu avec une brutalité sadique, qui excède au demeurant tout ce que les quatre évangiles relatent. La lourde insistance du film sur les souffrances physiques du Christ, qui ici, et contrairement aux Ecritures, commencent dès le jardin de Gethsémani, lors de l’arrestation de Jésus, et la laideur quasi caricaturale des méchants — les prêtres, les soldats, Judas, Hérode, Barabbas —, la figure du diable et de ses enfants, les visages dans la foule, tout cela retient l’attention du spectateur et sert plus à dissimuler qu’à révéler ta plénitude et la profondeur de la Passion du Christ dans toute sa polysémie. Et nous ne dirons rien de la façon dont l’auteur établit des liens entre la description par lsaie du serviteur souffrant de Dieu, où il puise, semble-t-il, sa principale source d’inspiration, et certains autres éléments tirés des descriptions de la Passion dans les évangiles canoniques et d’autres sources apocryphes ou légendaires.


Je passe aussi sous silence les libertés prises par l’auteur avec les Écritures, de même qu’avec l’histoire et la langue de l’époque. Les divers témoignages scripturaires relatifs au Christ et à sa mort ignominieuse par crucifixion, exécuté par l’occupant romain à l’instigation des chefs de son peuple, sont présentés et expliqués par la tradition orthodoxe de trois façons différentes, qui sont intimement liées l’une à l’autre et qui s’éclairent mutuellement


Le Christ des Écritures

Le Christ des Écritures est tout d’abord l’ultime prophète qui annonce l’ultime parole de Dieu. Il est également le Verbe de Dieu qui s’est fait chair. Sa mort sur la croix est, en fin de compte, l’accomplissement de la prophétie épiphanique de Dieu qui est amour. C’est là la révélation insurpassable d’un Dieu qui est miséricordieux, longanime, lent à la colère, qui offre son amour infini, qui ne garde pas sans cesse de rancoeur contre les hommes, qui ne les traite pas selon leurs péchés et ne leur rend pas en fonction de leurs iniquités (Exode 34, Psaume 103, etc.).

Le Christ des Écritures est également l’ultime grand prêtre, non pas selon la lignée d’Aaron, mais choisi par Dieu suivant l’ordre de Melchisédech. Il s’offre lui-même sur la croix comme sacrifice parfait à Dieu son Père pour le salut du genre humain, symbolisé dans les évangiles par les chefs des Juifs et des Gentils, dont les discours sont si pitoyables, ainsi que par ses propres disciples, qui s’avèrent faibles et infidèles. Le paiement de la dette dont Jésus s’acquitte sur la croix pour racheter le genre humain n’est pas une contribution de douleur et de punition, que Dieu devrait obtenir des pécheurs pour assouvir sa colère et satisfaire sa volonté de justice. Il s’agit plutôt du paiement de la dette de la vérité, de la justice, de la miséricorde et de l’amour, que Dieu demande à ses créatures, quand il leur dit de suivre les dix commandements (voir, par exemple, l’Epître aux Hébreux).

Le Christ des Écritures, finalement, est l’ultime roi, qui accomplit l’ultime combat victorieux de Dieu pour sauver l’humanité et l’ensemble de la création, à travers sa crucifixion, en prenant sur lui les péchés du monde. Le Messie de Dieu devient le serviteur de tous, tel un esclave pauvre et méprisé. II s’identifie avec toutes les victimes de l’injustice et du mal à travers les âges. Par ses souffrances et sa mort sur la croix, il détruit tous les ennemis du genre humain le mensonge, l’injustice, la folie, l’arrogance, la lâcheté, la maladie, la méchanceté sous toutes ses formes, toutes les sortes d’esprits démoniaques ainsi que l’ennemi ultime, qui est la mort elle-même.


La souveraineté de Jésus-Christ, Dieu et Homme, manifestée dans sa Parole prophétique, son sacrifice sacerdotal et sa victoire royale sur la croix
Les Écritures relatives à Jésus, tout comme l’ensemble des textes de la Bible, ne sont pas des minutes historiques. Elles sont des proclamations et des explications de ce que les premiers chrétiens savaient de l’Evangile de Dieu. Les descriptions de la Passion, telles qu’elles sont contenues dans les quatre évangiles, ne peuvent pas être harmonisées entre elles du point de vue historique, ni vérifiées. Elles divergent de manière significative sur des détails importants. Mais quelle que soit la façon dont se sont déroulés les événements lors de la passion du Christ, une chose est sûre : personne ne peut nier l’existence de Jésus de Nazareth, pas plus que sa mort sur la croix pour le motif de trouble à l’encontre des autorités religieuses et civiles, ni qu’une partie de son peuple ait eu la certitude que Dieu, son Père, l’avait relevé des morts et l’avait révélé comme Messie et Seigneur à travers ses souffrances, “selon les Ecritures”, ce qui veut dire selon la loi de Moise, les psaumes et les prophètes.


Dans cette lecture de la Bible, telle que la fait la Tradition de l’Église, le Christ devait refuser les tentations du pouvoir terrestre, les honneurs, les biens matériels et les plaisirs de ce monde. Il devait être pauvre, doux, humble de coeur et méprisé par les hommes. Il devait mourir de la mort honteuse sur la croix, exécuté par des pécheurs, au nom de pécheurs, dont la méchanceté apparaît plutôt misérable, banale et pathétique que violente, spectaculaire et dramatique. Nous ne devons pas oublier que la crucifixion était une punition courante en Judée à l’époque de Jésus et que, finalement, le rejet de Jésus tant par les Juifs que par les Gentils ne tenait pas tant à sa crucifixion. C’était surtout — et cela reste vrai jusqu’à aujourd’hui — un rejet de l’annonce de sa souveraineté en tant que Dieu et Homme, manifestée dans sa Parole prophétique, son sacrifice sacerdotal et sa victoire royale sur la croix. Certaines personnes ont vu cela dans le film étrange et violent de Mel Gibson, malheureusement pas moi.

Article paru dans le S.O.P. 287 Avril 2004

eliazar
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Message par eliazar » lun. 26 avr. 2004 10:01

Je viens de lire l'article du P. Thomas HOPKO, qui est en effet un article un peu trop discret, mais de bonne et saine doctrine. Trop discret pour notre goût, sans doute - parce que nous sommes habitués, en France, à ce qu'une critique soit incisive, un peu méchante, et utilise l'auteur qu'elle entend critiquer essentiellement pour mettre en valeur celui qui la signe.

En la cherchant, je suis tombé sur cette phrase, étonnante de la part d'Antoine, dans son message précédent :

"Demandons nous simplement pourquoi l'Eglise Orthodoxe ne fait pas de chemin de croix...pendant la semaine sainte."

Mais, cher Antoine ... l'Église Orthodoxe FAIT bien le chemin de croix pendant la Sainte Semaine ! Elle le fait même à Rome, dans le magnifique cadre du Colisée, par les soins de son plus célèbre prédicateur, M. le Professeur Olivier Clément.

Et l'Église Orthodoxe a même la délicatesse d'inviter le Pape des Catholiques Romains à cette célébration.

Peut-être parce qu'il habite tout à côté.
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Axel
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Message par Axel » mer. 28 avr. 2004 12:59

Eliazar a écrit:
l'Église Orthodoxe FAIT bien le chemin de croix pendant la Sainte Semaine ! Elle le fait même à Rome, dans le magnifique cadre du Colisée, par les soins de son plus célèbre prédicateur, M. le Professeur Olivier Clément.
...mais non seulement. Elle le fait également par les soins de son Primat: Sa Toute Divine Sainteté Bartholomée Ier, que pour ma part Mgr Paul Trakeia et le témoignage de Geronda Paissios le Nouvel Athonite m'ont rendu sympathique.

eliazar
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Message par eliazar » mer. 28 avr. 2004 18:55

Cher Axel,

Heureux de te retrouver sur notre Forum après ton périple au Mont Athos et dans quelques monastères orthodoxes, dont celui de St Antoine le Grand que dirige l’archimandrite Placide (Deseille).

Je te signale que l’Évêque Paul ne s’appelle pas de son nom de famille Trakeia, mais Alderson ; il est en effet d’origine anglaise.

Par contre, Tracheia désigne sa titulature : il est en effet Évêque de Tracheia, quoique résidant à Nice avant sa retraite et y exerçant en effet les fonctions d’Évêque de l’Église Russe dans le cadre du Patriarcat de Constantinople.
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Axel
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Message par Axel » mer. 28 avr. 2004 19:19

Cher Eliazar,

Merci pour ces précisions.
Je savais Mgr Paul d'origine anglaise et je savais également que Tracheia désigne le diocèse dont il est l'évêque titulaire.
Le très cher Mgr Paul, signe cependant ses écrits et la dédicace qu'il m'a faite à son recueil d'acathistes à Saint Mémoir ainsi: Paul Tracheia.
Pourquoi?, je l'ignore.

Axel
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Message par Axel » jeu. 29 avr. 2004 19:18

Mille excuses Eliazar,
J'ai jeté un coup d'oeil hier soir aux écrits de Mgr.
Il les signe Paul, évêque de Tracheia ou Paul de Tracheia (ou encore de Trachia) et non pas Paul Tracheia comme je le croyais.
Et s'agissant de saint Mémoire, il en a rédigé l'office en français et l'a fait suivre d'un recueil d'acathistes à Notre Seigneur Jésus-Christ.

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