Serge Boulgakov

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néophyteSerge
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Serge Boulgakov

Message par néophyteSerge » lun. 05 avr. 2004 13:42

Bonjour à tous,
Je reviens sur ce forum après une longue absence et le retrouve, modernisé, rajeuni...
Ma question est bien celle d'un pauvre néophyte qui a cependant la joie quotidienne de la découverte..
J'ai découvert Serge Boulgakov avec son livre sur l'Orthodoxie qui je dois le dire m'a beaucoup apporté.
Par contre je suis incapable de le situer dans ce que je me hasarderai à appeler l'échelle chromatique de la lumière orthodoxe!!
Quelqu'un peut-il m'éclairer?
Merci d'avance
Serge

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » mar. 06 avr. 2004 0:14

Les écrits du père Serge Boulgakov ont, en leur temps, provoqué beaucoup de passions. Si une frange de l'émigration russe se retrouvait en lui, ses écrits "sophiologiques" avaient été considérés comme hérétiques et par Mgr Serge (futur patriarche de Moscou en 1943-44) et par le Synode russe hors frontières, à l'époque installé à Sremski Karlovci.

Aujourd'hui que les passions se sont apaisées, il est sans doute possible de porter un jugement plus serein sur son oeuvre. A mon avis, il a beaucoup d'idées personnelles franchement fantaisistes, mais il a aussi eu le mérite de vouloir sortir des sentiers battus. Il s'est beaucoup trompé, mais il a aussi essayé de "dépoussiérer" la théologie académique de son temps, ce qui le rend toujours intéressant à lire, même s'il ne faut pas le suivre dans toutes ses idées.

Le livre auquel vous faites allusion, L'Orthodoxie, est le plus intéressant, parce qu'il s'est imposé l'ascèse, en l'écrivant, de faire le plus possible abstraction de ses hypothèses personnelles pour s'en tenir au consenus ecclésial. On y retrouve donc ce qui fait le charme des oeuvres du père Serge Boulgakov, mais sans le côté parfois agaçant de développements théologiques trop hasardeux.

Un peu dans le genre du père Boulgakov, c'est-à-dire avec des idées personnelles parfois géniales et parfois "à côté de la plaque", le père Paul Florensky a semble-t-il eu plus d'influence en terre traditionnellement orthodoxe. Vous pouvez lire de lui, en traduction française aux Editions L'Âge d'Homme, "La colonne et le fondement de la vérité". A propos de ce livre, au cours d'un voyage en Roumanie, on m'a montré une traduction roumaine clandestine de ce livre qui avait été faite par un professeur de Jassy à l'époque de Gheorghiu-Dej; ce professeur dactylographiait des exemplaires de sa traduction et ceux-ci circulaient sous le manteau. Pour moi qui avais tant entendu parler des samizdat, c'était émouvant de tenir entre les mains ce samizdat qui avait dû être caché pendant tant d'années au monastère où je me trouvais... Pourtant, la Roumanie, même sous Dej, était plus libérale en matière d'édition et de diffusion de bibles et de livres religieux que l'Union soviétique: j'ai pensé que si le livre du père Florensky avait été à ce point interdit, c'est que les communistes devaient sans doute le trouver très dangereux.

Parmi les théologiens contemporains, je me permets de vous recommander la lecture des oeuvres de Mgr Hiérothée (Vlachos), le métropolite de Naupacte. Dans une fidélité totale à la tradition orthodoxe et dans un esprit authentiquement hésychaste, il aborde des sujets très actuels: on peut ne pas être d'accord avec ses réflexions sur Die protestantische Ethik und der Geist des Kapitalismus de Max Weber vu d'un point de vue orthodoxe, mais il fallait l'écrire! Malheureusement, de son oeuvre abondante, écrite en grec, deux livres seulement ont été traduits en français, tous deux par notre frère Jean-Louis Palierne, qui nous a fait l'honneur d'être un des premiers inscrits sur ce forum: Entretiens avec un ermite de la Sainte Montagne sur la prière du coeur, aux éditions du Seuil, et La vie après la mort, aux éditions de L'Âge d'Homme.

Jean Béziat
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Boulgakov augustiniste ?

Message par Jean Béziat » mar. 18 mai 2004 15:49

Pour Serge Boulgakov, l'incarnation est une nécessité divine, voire une donnée première de la nature de Dieu. On retrouve ce genre d'idée chez maints adeptes de "l'ésotérisme chrétien"...
V. Lossky, examinant les textes scripturaires apportés par Boulgakov à l'appui de sa thèse, estimait qu'ils ne la prouvaient pas. Par exemple, l'Agneau immolé dès la fondation du monde (Ap.; 13, 8) signifie la Providence : l'Agneau a été immolé selon le Conseil éternel divin, dans la prescience de la chute. Si ce texte, dit Lossky, signifie la nécessité boulgakovienne de l'incarnation, et non la coordination providentielle des deux volontés, alors l'histoire du monde tout entière perd son sens. Toutes les actions des justes de la Bible perdent de leur réalité. Pour Lossky, le système de Boulgakov est donc anti-historique. Le déterminisme sophianique, processus cosmique inéluctable, remplace la providence qui suppose le rapport entre deux volontés.
De plus, ce système rendrait le mal et la chute nécessaires, comme inclus dans le projet divin, voulus par Dieu; ce qui contredirait la Parole même de Dieu : Dieu est lumière, et en Lui il n'y a point de ténèbres (1-Jn.; 1, 5).
On comprend mieux pourquoi Boulgakov défendait la théorie des "péages aériens"...
Jean

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » mar. 18 mai 2004 16:50

On comprend mieux pourquoi Boulgakov défendait la théorie des "péages aériens"...

Le père Serge Boulgakov, comme saint Justin Popovitch, saint Ignace Briantchaninov ou saint Ephrem le Syrien.

Mais là n'est pas la question: je ne vois justement pas le lien entre les deux (entre l'idée que l'incarnation soit une nécessité divine et la défense des péages aériens).

Jean Béziat
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boulgakov

Message par Jean Béziat » mar. 18 mai 2004 16:57

A cause de l'aspect "nécessité": allez voir au fil "Serge Boulgakov" et vous comprendrez peut-être ce que mon esprit embrouillé a voulu dire.
Jean

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