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Monique
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ECOF

Message par Monique »

Lecteur Claude a dit:
citation
"Ce qui m'amène à une question. J'entends depuis quatre ans une rumeur répétée selon laquelle l'ECOF serait en tractations avec le patriarcat de Serbie. Un des intervenants de ce forum, milano, avait fait allusion à un bruit selon lequel plusieurs paroisses de l'ECOF auraient déjà rejoint le patriarcat de Serbie. Info ou intox?"
Je viens de l'ECOF, et je peux témoigner que dans ce groupement il y avait des personnes recherchant réellement la foi orthodoxe.
Quand l'évêque Germain a gagner le procès contre ces clercs et fidèles, ceux-ci se sont regroupés en une nouvelle association UACORO (union des associations cultuelles orthodoxes de rit occidental) (5 ou 6 paroisses en France) et ont demandé à être reçu par l'église serbe.
L'église serbe les a renvoyé vers l'Assemblée des évêques; l'Assemblée des évêques a demandé à cette association de se dissoudre, et qu'ensuite chaque fidèle fasse sa demande pour être accepté par l'église orthodoxe de son choix. La situation en est là.
Dans cette association il y a des purs et durs du rite occidental, et d'autres qui désirent une orthodoxie où leur mentalité française ne soit pas oblitérée.

Je fais encore partie d'une de ces paroisses et je prie pour qu'elle demande rapidement la bénédiction d'une église orthodoxe et qu'elle abandonne le leurre du rite occidentale.
Par contre je ne peux plus communier avec eux, et j'ai fait Pâques avec des roumains parlant roumain et chantant roumain; j'avais aussi la possiblité d'aller cher des serbes, ou des russes!!!
Je suis française, incapable d'apprendre les langues étrangères, vivant dans une province française reculée, et je n'ai pas le charisme de Sainte Marie l'Egyptienne pour vivre longtemps sans liturgie et vie fraternelle.

eliazar
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Message par eliazar »

Chère Irène Monique,
Je voudrais vous dire toute ma fraternelle com-passion.
J’ai bien connu (et d’une certaine manière, je connais encore… !) ce « chemin de croix » - on pourrait dire aussi, compte tenu de mon mauvais caractère polémiste – ce parcours du combattant.
Pourtant je ne suis pas incapable d’apprendre les langues étrangères, j’en parle quatre plus ou moins correctement, mais j’ai calé devant l’apprentissage du grec.

Pourtant je lis l’alphabet grec couramment (mais pas le slave), et ayant eu l’oreille assez musicale, j’ai chanté pratiquement sans accent étranger la liturgie en grec, en suivant couramment ma partition au chœur. Malgré tout, j’ai souffert comme vous – par exemple pendant l’office de l’Orthros qui précédait la Liturgie dominicale – d’essayer de lire ces splendides textes dans mon livre (la traduction du P. Denis Guillaume, qu'on ne remerciera jamais assez), pendant qu’ils étaient récités en un grec dont je finissais par comprendre un mot sur cinq ou six (à force de les entendre et de les chanter moi-même, dans d’autres formules ou offices où ils revenaient sans cesse), mais dont la juxtaposition auditive me rendait en quelque sorte schizophrène !!!

J’étais plein de ferveur, mais en même temps j’étais à un certain moment obligé de sortir dans le jardin parce que ma tête éclatait de cette dichotomie. Ou bien j’écoutais avec délices, mais je ne comprenais pas. Ou bien j’allais lire, tout seul, sur un banc devant l’église, et je me séparais de mon prêtre et de mes frères.

Je voudrais vous embrasser, ma chère Irène Monique, pour ce que vous venez d’écrire, car nous sommes certainement des centaines de néo-orthodoxes francophones pris dans ce piège – et désolés par l’incompréhension quasi totale du haut clergé orthodoxe auquel nous nous sommes ralliés (qu’il soit grec, russe, serbe, etc. il semble avoir la même indifférence pour nos véritables affres spirituelles, le mot n’est pas si exagéré qu’il paraît), car il considère le plus souvent que « nous nous y ferons bien un jour » (même s’il le dit de manière plus courtoise), et qu’en tout cas, il faut nous méfier de nous-mêmes et de notre « phylétisme » en insistant pour demander des paroisses en langue française… et une organisation ecclésiale unique en France ! Ce qui est un comble!
Je dis que c’est un comble, parce que lorsqu’une paroisse (quelle que soit l’origine de la majorité de ses fidèles) qui s’est établie en terre de francophonie depuis plusieurs décades, parfois plusieurs générations, mais qui exige d’avoir son clergé, issu (ou même directement importé) de son pays d’origine, dépendant d’un évêque venu de là-bas (et qui n’attend parfois que d’y retourner), voire qui ne parle le français qu’avec hésitation – une paroisse qui exige aussi que « son » clergé célèbre dans "sa" langue d’origine (alors que certains de la jeune génération ne comprennent même plus très bien la langue des parents, en tout cas au niveau littéraire des textes sacrés, mais que parents et enfants parlent tous français tous les jours) - c’est me semble-t-il cette paroisse qui baigne stricto sensu dans un véritable phylétisme !

Je pourrais parler des heures durant de mes longues années à vivre cette dichotomie, chez les uns ou chez les autres au hasard de mes déplacements de domicile, et j’aurais trop d’anecdotes surréalistes à citer. Je jette donc l'éponge.

Mais en outre, j’ai expérimenté (que Claude me pardonne si je le heurte à ce sujet : il me comprendra) le dilemme amer de paroisses francophones mal ou insuffisamment (et pour certains groupes de paroissiens : pas du tout) converties à l’orthodoxie, ni enseignées sérieusement de sa véritable doctrine, qui vivent (dans une ambiguïté crépusculaire) ce qu’ils croient être "leur orthodoxie" et qui n’est qu’une nouvelle branche de catholicisme pseudo-traditionnaliste saupoudré de volonté (sincère) de « faire retour aux sources » … mais en fait, à des sources aussi idéalisées (c’est à dire complètement imaginaires) qu’un décor de théâtre en trompe-l’œil. Il y a là une autre dichotomie, aussi douloureuse que celle que j’ai vécu chez les Grecs, chez les Russes, chez les Serbes ou chez les « arabophones » (uniates il est vrai, dans ce dernier cas).

C’est à cause de cette souffrance, et de cette ambiguïté persistante, que je partage la thèse (du reste parfaitement canonique) défendue par Jean-Louis Palierne, de l’impossibilité d’avoir plus d’un évêque pour une ville – et là, je l’entends naturellement de ce pays tout entier.

Je crois comme lui que l’Église Orthodoxe se cache, en France, et pour ma part, j’ajouterai ma quasi certitude qu’elle se cachera encore trop longtemps, c’est à dire tant qu’elle n’aura pas pris à bras le corps ce problème : qu’il faut un seul archevêque, à la tête d’une seule Église Orthodoxe de France (par exemple, et pour ne parler que de ce seul pays francophone), en consacrant autant d’évêques qu’il lui en faudra pour assurer la catéchisation des néo-orthodoxes qui sont isolés présentement dans diverses régions, et dans diverses églises de langue et de pratique étrangères - où ils sont (où NOUS SOMMES !) comme saint Alexis caché sous l’escalier de sa propre maison, vivant comme un mendiant étranger à côté de sa propre famille.

Et j’ajoute que peu me semble important que cet archevêque ou ces évêques soient Français ou Grecs ou Chinois – pourvu bien sûr qu’ils parlent français couramment et qu'ils soient vraiment Évêques, c'est à dire pour toute leur vie consacrée au même troupeau. Pas des hiérarques en transit.

Bon, j'ai assez ennuyé tout le monde; je finirai cette trop longue plainte en disant que c’est à mes yeux le monde renversé (et contraire à l’esprit même de l’Église) que de pouvoir affirmer (comme je l’ai entendu de la bouche de trop de vrais et bons prêtres orthodoxes), qu’un Français ne peut pas être vraiment orthodoxe tant qu’il n’aura pas acquis (par mimétisme ?!) la « vioma », la manière de vivre l’orthodoxie, d’un orthodoxe grec, ou d’un orthodoxe russe, etc. etc. Le diacre Philippe at-il demandé à l'eunuque de la reine d'Éthiopie de se faire blanchir la peau avant de le baptiser ?! Encore, le néophyte en question n'était-il pas chez lui, mais en Israël -alors que nous sommes sur la terre de notre héritage, descendants indignes (mais descendants tout de même) des saints orthodoxes de notre héritage, qui étaient déjà orthodoxes huit siècles avant nos premiers coréligionnaires des peuples slaves...

Vraiment, chère Irène Monique, je crois qu’en ce moment, modernistes et non modernistes confondus, les Églises Orthodoxes présentes dans ce pays marchent sur la tête.
Et même, dans trop de cas, qu’elles marchent en même temps sur nos cœurs de convertis- pourtant remplis d’un amour aussi douloureux que négligé.

Que ceux que j’aurais blessés daignent me pardonner cette poussée d’adrénaline intempestive. Et ce radotage, peut-être ?
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Monique
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Message par Monique »

Je vous remercie cher Eliazar
et je vous demande à tous pardon pour ma crise de vague à l'âme.

Les roumains chez qui j'ai fêté Pâque nous ont accueillis chaleureusement, nous ont demandé de chanter quelques chants en français et ont fait les lectures dans les deux langues. Et je n'ai pas à me pleindre.
Je fréquente un atrlier d'iconographie français dépendant de l'église roumaine, et quand le prêtre roumain vient il fait l'effort de célébrer en français, alors qu'il ne le parle pas encore couramment et je l'en remercie beaucoup.

Ma plus grande peine vient de ma paroisse d'origine.
J'ai connu l'orthodoxie à Béthanie, ensuite dans une paroisse de l'ECOF, et dans cette paroisse j'ai mis plusieures années à me guérire de Béthanie, à séparer le bons grain de l'ivraie dans tout ce qui était entré en moi; et dans cette paroisse j'ai trouvé aide et compréhension.
Ensuite, j'ai approfondie ma foi et peu à peu j'ai senti qu'un fossé me séparait des autres paroissiens, et j'ai fermé les yeux et bouché mes oreilles pour ne pas avoir à rompre tous ces liens.
Pendant 10 ans j'ai travaillé dans cette paroisse: secrétariat, chant, caté etc
C'était une 2ème famille, et beaucoup ont fait un chemin formidable vers l'orthodoxie, et j'attendais avec patience.

Et puis voilà que le prêtre qui devait nous guider vers une église commence à parler de Sacré-Coeur et des coptes.
Là le fossé est devenu infranchissable, et pourtant j'espère toujours pour eux.

Voilà, je suis un peu en deuil et je vous remecie de votre compassion.

eliazar
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Message par eliazar »

Au moment où s'est produit le clash dans l'ECOF, j'étais à Nice et notre Évêque venait de réordonner un prêtre français (un cas compliqué, qui venait, lui, des VCO) ; il l'avait fait après de mûres et longues réflexions. Et il faut bien le dire, à contre-courant de ses paroissiens qui ne voulaient pas vraiment de ce prêtre qui ne savait pas célébrer en grec…

Nous fêtions cette ordination en agapes fraternelles, dans un restaurant près du port, et dans le brouhaha de nos tablées, j'avais profité de ma place près de l'Évêque (et de notre ami réordonné) pour demander avec ma véhémence native qu'on se précipite à l'aide des paroisses de l'ECOF qui allaient être très troublées par ce contexte catastrophique. Notre Évêque m'avait rafraîchi le tempérament en disant que tout ceci était bien trop récent, et qu'il était urgent d'attendre. Il exprimait sans doute l'opinion qu'on avait de cette situation nouvelle - au-dessus de lui, dans la hiérarchie constantinopolitaine...

N'empêche que nous avons tous constaté, un peu partout en France, que ce troupeau frappé par l'ennemi de l'Église (en son pasteur même, qui l'avait bien cherché, sans doute) s'est dispersé dans toutes les directions comme font des brebis dans la panique et le brouillard, et que rares ont été les Bons Pasteurs qui sont partis à leur recherche pour leur proposer l'abri sûr de la Bergerie, la vraie.

Chez les néo-orthodoxes francophones, nous avons été quelques-uns, ici ou là, à ronger notre frein en silence, en attendant... Mais d'autres, eux, ont profité de cette inaction pour égarer une fois de plus ceux qui ne l'avaient que trop été déjà, et longtemps avant le clash en question.

Reste que ces égarements successifs n'étaient pas vraiment de la faute des brebis - et que l'Église Orthodoxe qui est en France a cruellement manqué de médecins urgentistes.

Reste aussi que la conversion individuelle n'est pas un long fleuve tranquille : alors, que dire d'une conversion de paroisses entières, quand on les laisse dans l'organisation et sous l'autorité (au moins psychologique, mais inévitablement doctrinale aussi) du même clergé local qui les avaient égarées les années précédentes ! Il leur était tellement plus facile de suivre leur pente déjà bien savonnée... celle des cultes aberrants, et d'un syncrétisme encore plus élargi!

Nous avons manqué de grands apôtres, et de docteurs solides pour assumer cette situation - qui n'était en effet pas de tout repos.

Et puis, la fragmentation des paroisses orthodoxes dépendant de "nations" différentes n'a guère favorisé un mouvement unanime d'accueil fraternel. Et la faiblesse de ces paroisses dans la tourmente a forcément attiré les pécheurs en eaux troubles - plus prompts et plus décidés, dans ces cas-là. Dans mon petit cercle de l'époque, j'ai bien été forcé de constater que personne ou presque, dans l'Église où j'étais, n'éprouvait de nécessité bien impérieuse de prier pour elles : c'étaient, après tout, des affaires qui concernaient "les Français" ... et il était plus facile de hâter le pas que de se pencher sur l'homme battu par les brigands, sur ce nouveau chemin de Jéricho.
Dernière modification par eliazar le jeu. 15 avr. 2004 6:14, modifié 3 fois.
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Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur »

eliazar a écrit : Bon, j'ai assez ennuyé tout le monde; je finirai cette trop longue plainte en disant que c’est à mes yeux le monde renversé (et contraire à l’esprit même de l’Église) que de pouvoir affirmer (comme je l’ai entendu de la bouche de trop de vrais et bons prêtres orthodoxes), qu’un Français ne peut pas être vraiment orthodoxe tant qu’il n’aura pas acquis (par mimétisme ?!) la « vioma », la manière de vivre l’orthodoxie, d’un orthodoxe grec, ou d’un orthodoxe russe, etc. etc. Le diacre Philippe at-il demandé à l'eunuque de la reine d'Éthiopie de se faire blanchir la peau avant de le baptiser ?! Encore, le néophyte en question n'était-il pas chez lui, mais en Israël -alors que nous sommes sur la terre de notre héritage, descendants indignes (mais descendants tout de même) des saints orthodoxes de notre héritage, qui étaient déjà orthodoxes huit siècles avant nos premiers coréligionnaires des peuples slaves...


Le diacre Philippe n'a pas demandé à l'eunuque de la reine Candace de se faire blanchir la peau, mais il lui a sans doute transmis la vioma.
"Orthodhoxia vyietai", l'Orthodoxie se vit, elle n'est pas dans les livres. La survie de toute tradition religieuse authentique suppose une transmission d'homme à homme, de génération à génération. C'est pour cette raison que le catholicisme intégriste est une absurdité puisque le catholicisme romain, au gré de ses multiples mues (filioquisme en 1014, Dictatus Papae en 1075, Purgatoire au XIIème siècle, ordres mendiants et scolastique au XIIIème, Devotio Moderna au XVème, concile de Trente, concile Vatican I, concile Vatican II), n'a eu de cesse de détruire sa propre tradition antérieure. Il est donc impossible aux kto intégristes, malgré de touchantes reconstitutions du type Ecône, d'être ce qu'ils étaient ne fût-ce qu'il y a cinquante ans. Cela rend aussi malheureusement vaines les légitimes et courageuses tentatives de reconstitution d'un rite orthodoxe occidental: Charlemagne a réussi son coup; il n'y a plus eu de transmission d'homme à homme; de ce côté, la chaîne est rompue et elle ne pourra pas être reconstituée.
Nous, orthodoxes, nous sommes ce que nous étions il y a mille ans, ce que nous étions au temps des Apôtres, et ce que nous serons toujours tant que nous persisterons dans l'Eglise de Jésus-Christ; nous sommes à la fois nous-mêmes et nos pères dans la foi. Et nous sommes aussi à la fois nous-mêmes et ceux de nos ancêtres selon la chair qui ont professé la même foi. Mais cela suppose la transmission d'homme à homme.
Il y a beaucoup de choses très importantes dans ma vie spirituelle que j'ai apprises au contact du peuple en Attique, en Macédoine de l'Egée, en Laconie, en Transylvanie, en Maramures, en Moldavie roumaine et en Bukovine du sud; beaucoup de traditions qui ne se trouvent pas dans les livres et qui m'ont été transmises au hasard des rencontres. C'est le peuple orthodoxe, et lui seul, qui est le gardien de la foi, et on gagne beaucoup à le fréquenter.
Il ne faut pas confondre ethnicisation et transmission de la tradition, acquisition du phronema ton Pateron. A vrai dire le danger de perdre son identité est quand même limité dès le départ avec les Grecs (base de leur culture à la base de notre culture) ou les Roumains (Latins comme moi!) - pour parler de ce que je connais -, à moins de voir une manifestation d'impérialisme dans la réaction de cette paysanne de Laconie qui, après m'avoir vu vénérer une copie de l'icône de l'Axion Estin, disait: "Il est comme nous!"

Nous ne pouvons pas recréer l'Orthodoxie chacun dans notre coin sans avoir de point de référence dans la Tradition vivante. De ce point de vue, je trouve remarquable l'oeuvre du père Placide Deseille qui a su à la fois trouver un point d'ancrage dans la tradition du peuple grec et toujours garder un but de diaconie spirituelle à l'égard de son peuple. Le résultat est quelque chose qui est à la fois d'une parfaite fidélité au modèle choisi (si j'en juge par les réactions de deux amis grecs que j'ai eu l'occasion d'amener à son monastère) et en même temps tellement français.
Tellement plus français que telle paroisse francophone où le clergé et un petit groupe de "bienfaiteurs" laïcs passent leur temps à réinventer l'Orthodoxie selon les modes intellectuelles du moment (tiers-mondisme, oecuménisme, activisme social, néo-papisme patriarcal, etc.) La langue n'est pas tout: il y a des paroisses francophones où je me sens complètement étranger, parce que je sens bien que le français n'est qu'une arme utilisée par un groupe qui n'en a rien à faire de ce que nous sommes et qui vise simplement à rallier des convertis pour faire avancer son idéologie.

Il n'en reste pas moins que cette situation pose trois défis à notre Eglise.
Le premier est d'encourager et de promouvoir l'utilisation de la langue française (ou allemande à l'est de Fribourg, naturellement...) dans nos paroisses et nos communautés. Je ne crois pas qu'il soit préférable d'avoir des paroisses strictement francophones dès le début. Le mieux serait d'avoir des paroisses où le français et la langue d'origine seraient utilisées en alternance: 1 dimanche par mois, puis 2 dimanches par mois, vêpres et liturgies seraient en français. Cela permettrait d'éviter aux gens qui ont un besoin légitime d'offices dans la langue du pays de s'enfermer dans un ghetto où ils seraient tous seuls. Cette alternance de liturgies dans la langue du pays et dans la langue d'origine est la solution qui est utilisée par les Eglises d'immigration récente aux Etats-Unis.
Le deuxième défi est que notre Eglise doit organiser pour ses fidèles qui résident en Europe occidentale, aussi bien ceux d'origine que les convertis, des occasions de ressourcement dans les pays toujours restés orthodoxes: pélerinages, possibilités d'hébergement dans des familles ferventes, possibilités de séjour dans des monastères. On ne peut pas reprocher aux gens de ne pas se mettre à l'écoute de la Tradition si on ne leur en donne aucune occasion.
Le troisième défi est la mise en valeur du patrimoine orthodoxe occidental, par l'organisation de pélerinages dans nos pays eux-mêmes, par des travaux historiques, hagiographiques et canoniques (il faut signaler le travail fait par le père professeur Dura, de Bucarest, sur l'organisation canonique de l'ancienne Eglise d'Afrique, qui est remarquable dans ce domaine), mais aussi par l'architecture. Pourquoi ne pas essayer de construire des églises en style mérovingien ou roman? Naturellement, la réponse à ce troisième défi implique de faire aussi connaître les saints orthodoxes de nos pays à l'étranger, et cela commence à se faire petit à petit. Allez à l'église du village de Dobric en Maramures, consacrée en 2001: vous y verrez une fresque représentant saint Maurice d'Agaune et une autre représentant saint Claude de Besançon (aucune église orthodoxe "francophone", à ma connaissance, n'a de fresque représentant saint Claude de Besançon!). En 1997, on a publié à Athènes le livre I en Orthodhoxia enomeni Evropi (L'Europe unie dans l'Orthodoxie), qui contenait des vies de saints orthodoxes d'Occident et qui était un signe que les orthodoxes commencent petit à petit à sortir du provincialisme imposé par le mouvement des nationalités au XIXème siècle.

eliazar
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Message par eliazar »

Cher Claude,
Tu te doutes bien que je me garderais de contredire ce que tu viens d’écrire, et qui est d’autant plus juste que tu l’as vécu.
Je dirai simplement (et tu l’as déjà deviné) que je parlais de cet appel ethnocentrique à la vioma de tel groupe ethnique, souvent opposée sans le dire à la vioma de tel autre groupe, et pas de la vioma de l’Église universelle.
Par exemple, lorsque je suis retourné dans mon propre pays et que je me suis intégré à la cathédrale grecque de Nice, passées les premières semaines d’observation mutuelle comme il est d’usage courant dans tout groupe organisé à l’arrivée d’un élément inconnu, plusieurs de mes nouveaux frères et sœurs m’ont dit : « Au début, on t’avait pris pour un Russe, avec ta manie d’aller embrasser les icônes quand tu arrives et quand tu pars, avec des métanies en plus ! et tes signes de croix à chaque doxologie ! ».
A quoi les mêmes avaient ajouté : « Tu sais, chez nous les Grecs, on n’aime pas beaucoup ces simagrées ; ce sont les Russes qui font tout ce théâtre… »
Et c’est là qu’on m’a parlé pour la première fois de l’impossibilité pour un Français de devenir vraiment orthodoxe s’il n’avait pas la vioma grecque. Ce que d’ailleurs ils entendaient plus ou moins inconsciemment comme une impossibilité, pour un Français (donc un Latin !) de devenir orthodoxe tout court ! Sous-entendu : « Un Grec naît orthodoxe, il a çà dans le sang, et un Français ne peut être que catholique ; pourquoi forcer sa nature ?! De toute manière, çà revient exactement au même…»
Je m’étais même fait dire un jour par mon chef de chœur (et nous étions une fameuse paire d’amis : il n’y avait aucune provocation dans sa remarque) : « Je ne te comprends pas ; pourquoi persistes-tu à venir chanter avec nous, puisque l’Évêque ne paiera jamais ; nous les Grecs, on fait çà gratuitement, puisque c’es notre église ; mais toi, rien ne t’empêcherait de chanter dans ta cathédrale catholique ; tu as une belle voix, et eux, ils te paieraient un cachet de soliste ! ».

Voilà la « vioma » qui m’indispose. C’est une fausse notion de vioma, et anti-évangélique. D’autant qu’on m’a fait exactement les mêmes remarques (sur l’impossibilité pour un Français, etc.) chez les Russes, et ensuite chez les Serbes !
Naturellement, dans certaines paroisses et pas dans toutes. Un langage aussi naïvement provocateur ne m’a jamais été tenu à la Crypte de la rue Daru, non plus qu’à la paroisse grecque de Montmartre, chez le P. Andreas (Fyrillas). L’ostracisme y existait parfois, mais à l’état de traces subtiles, pour des détails qui semblaient « laisser échapper » qu’il avait existé, plus que d’exister vraiment encore.

Bon, j’en ai assez dit. Comme pour « le coup de pied au c… qui te fera général », ce sont toutes ces petites baffes qui jalonnent la vie d’un Français, quand il doit se faire naturaliser Russe, ou Grec, ou Serbe, ou Syrien, etc… avant de pouvoir rentrer dans l’Église … sur la propre terre de son héritage orthodoxe (oublié, certes, mais bien réel tout de même).

… Se reporter à la rubrique « Les Saints de Notre Héritage » ! ! !

PS - Tu avais découvert dans une revue grecque une table ronde organisée par une amie journaliste orthodoxe grecque dans la paroisse du P. Andreas, justement. Jean-Louis Palierne y participait aussi, et je crois bien que c'est lui qui m'avait invité à y apporter mon témoignage.
Il sera intéressant que tu le traduises, quand tu en auras le temps, car je n'étais pas seul à traiter ce sujet, même si (comme à ma détestable habitude) je m'étendais un peu trop...
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néophyteSerge
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Croisée des chemins...

Message par néophyteSerge »

Je viens de lire les différents posts de ce Forum sur cette question de la représentation Orthodoxe en France. Comme mon pseudo l'indique je suis un néophyte ou plutôt un "auto-cathécumène" dans la mesure où en m'efforçant de garder le coeur brûlant et la tête froide je m'instruis en lisant des auteurs dont je pense qu'on ne peut suspecter l'orthodoxie.
Les différentes opinions que je viens de lire montrent à quel point il est difficile de se situer devant l'Orthodoxie en France. Sur un autre petit forum dont j'ai pu déceler l'influence Copte et pour certains l'appartenance à une branche de l'ECOF (passée, présente?) mon autoformation m'a maintenant permis de prendre les distances nécessaires dès le départ en comprenant ce que pouvait avoir de "déviantes" certaines attitudes. Avant je ne l'aurais pas pû.
Autrefois j'ai lu Durkheim après un passage par le Yoga dans ma jeunesse et celà m'intéressait quant aux techniques de concentration mais ne me satisfaisait pas sur un plan intérieur. Puis quelques années plus tard j'ai lu Goettman sur la prière du coeur et y ai bien sûr retrouvé les questions que je me posais au sujet de Durkheim. J'ai ensuite commencé à ressentir de fort doutes quant à "l'orthodoxie" de sa démarche.
Pour faire court je suis ensuite allé à Saint Serge pensant même un moment m'inscrire à un cours de Théologie. J'ai maintenant quitté Paris et compte tenu de mon âge me suis rendu compte de l'irréalisme de cette démarche.
Je suis sans doute l'un des aînés de ce forum et une conversion à la Foi Orthodoxe quand on vient du Catholicisme (pas vraîment convaincu) n'est pas facile dans un pays dont ce n'est pas la tradition. D'autre part il n'est que de lire les posts précédents pour se rendre compte que lorsque l'on est à la croisée des chemins les indications sont hélas très brouillées.
Or je ne peux rester indéfiniment à la porte..
A Orléans où je suis j'ai déjà pris contact téléphoniquement avec un prètre Orthodoxe Ukrainien d'origine dont une longue conversation m'a montré qu'il possédait une grande culture acquise dans un pays à une époque ou l'Orthodoxie conduisait facilement au martyre.
Ne l'ayant pas encore rencontré j'ignore à quelle nuance de l'Orthodoxie il appartient mais sa sensibilité et son ouverture m'ont fait pressentir que sans être un oecuméniste ce n'est pas un "pur et dur"!
Une autre Eglise est aussi représentée (laquelle?) par le père René Boulet que j'espère rencontrer bientôt. Je sais également que la Communauté (orthodoxe?) qui a une implantation d'église près de la Place d'Italie et dont j'ai rencontré un prêtre officie également à Orléans...J'ai sû depuis par St Serge que son orthodoxie était auto-attribuée je crois et fonctionnait surtout pour la gloire de son (?)Patriarche..
Ouf...Quelle prise de tête comme on dit !
Celà dit j'ai fait des choix sur lesquels je ne souhaite pas revenir.

Comme je le disais à un intervenant de ce Forum j'étudie le Russe avec acharnement (je suis un ancien linguiste) parceque c'est une langue qui me fascine depuis toujours et parce que je souhaite me rattacher à la nuance Orthodoxe Russe dont l'esprit me touche. Avec la Grèce c'est un Pays qui a eu des millions de martyrs récents ce qui a généré une réflexion nourrie dans et par le sang..la France ne connaît plus le martyre depuis la Révolution et les débats sont devenus trop intellectuels il suffit de voir les stupides discussions sur la laîcité dans un pays devenu foncièrement matérialiste et agnostique..
J'aime aussi le sérieux et l'intériorité de la Liturgie Russe. Celà dit je ne pare pas cette Eglise de toutes les vertus. Il y a eu des trahisons nombreuses, un nationalisme exacerbé, mais ceux qui ont fini dans les camps Staliniens et dont les écrits ou témoignages de vie ont pu nous parvenir m'ont je dois le dire bouleversé.
J'y ai retrouvé un parfum de sainteté des premiers Chrétiens.
Et puis il y a Séraphim de Sarov et Saint Serge de Radonège mon Saint Patron. Et Silouane...Ils ont tous participé à ma conversion du coeur...
Alors je leur dois bien çà...
Mais il n'y a pas de "Sobor" Russe Orthodoxe à Orléans...celà va rendre ma route difficile...alors je prends mes repères...
Je remercie ce forum qui m'aide à y voir plus clair par des analyses et commentaires très enrichissants...
Enfin quoique je respecte profondément les VCO et le site enrichissant de Cassien je ne suis pas un fondamentaliste de l'Orthodoxie pure et dure car sans tomber dans l'oecuménisme dont je rejette toutes les formes voilées ou non je n'aime pas une certaine "hargne" à l'égard des Catholiques car elle n'apporte rien à la Fraternité, au contraire. Et le Catholicisme ne se réduit pas au Papisme, fort heureusement! J'ai peur que pour diverses raisons certains Grecs se montrent moins constructifs que les Russes à ce point de vue.
Voilà ce qu'un néophyte ignare peut dire de sa propre expérience de route vers l' orthodoxie en France!
Bonne journée à tous

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur »

Cher Serge,

Le prêtre René Boulet dessert une paroisse à Orléans au sein de l'Archevêché russe (rue Daru) rattaché au patriarcat de Constantinople. Il fait donc bien partie de l'Eglise orthodoxe.

Paroisse du Christ Sauveur
Prêtre René Boulet
2, impasse du Parc
45750 Saint-Pryve-Saint-Mesmin
téléphone 02-38-66-47-85

Quant au prêtre ukrainien auquel vous faites allusion, je pense qu'il s'agit de ce prêtre:

Prêtre Alexandre Kozakevitch
9, place du Bois
45100 Orléans - la Source
téléphone 02-38-63-68-54

Lui aussi est rattaché au patriarcat de Constantinople, mais dépend de l'évêque orthodoxe ukrainien pour l'Europe occidentale, Mgr Jean, qui a reçu du patriarcat oecuménique le titre de Parnassos et réside à Genk dans le Limbourg belge. A noter qu'en principe, les Ukrainiens célèbrent la liturgie en ukrainien, et non en slavon.

Enfin, pour terminer ce tour d'horizon de la présence orthodoxe dans le Loiret, il y a un monastère francophone dans la juridiction de la métropole d'Europe occidentale et méridionale du patriarcat de Roumanie, métropole dont le siège est à Limours dans l'Essonne:

Monastère Sainte Radegonde
45340 Chambon-la-Forêt
Archimandrite Wladimir Rollin

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