Pour une réponse orthodoxe aux besoins spirituels en Europe

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Jean-Louis Palierne
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Pour une réponse orthodoxe aux besoins spirituels en Europe

Message par Jean-Louis Palierne » mar. 01 juin 2004 15:32

Il se trouve que depuis quelques semaines diverses personnes m’ont posé la même question : puisqu’il ne semble pas possible d’espérer que nos “juridictions” fassent un effort pour proclamer la vérité de l’Orthodoxie en France, ne faut-il pas s’adresser à une juridiction de “Vrais Chrétiens orthodoxes” pour constituer des communautés authentiques ? Cette tentation est déjà ancienne, et ces communautés ont une longue histoire, même en France, mais on voit à nouveau des fidèles des Églises canoniques s’adresser à elles.

Il semble qu’il y ait essentiellement deux causes d’insatisfaction : la paralysie de l’expression publique des Églises orthodoxes, intimidées par l’œcuménisme, et les réactions de rejet de la part des communautés nationales-ethniques à l’égard des néo-orthodoxes occidentaux.

Il y a là incontestablement deux graves critiques que nous devons faire à la manière dont les “juridictions” présentes en France nous présentent la vérité orthodoxe. Pour nous, occidentaux, qui devons faire un difficile trajet pour nous convertir à l’Orthodoxie, ce sont des causes d’amertume. Il ne semble pas que les responsables des juridictions orthodoxes tiennent compte ni du besoin qu’ont les occidentaux de la vérité orthodoxe, ni de la blessure que causent à ces mêmes occidentaux l’attitude œcuménisante et l’ethnophylétisme des juridictions orthodoxes.

Mais faut-il pour autant se réfugier dans des groupes séparés, des clans de purs orthodoxes ? Ma réponse est totalement négative. Je ne peux pas approuver que certains puissent croire, au nom de leur amour de l’Orthodoxie, tenter de jouer la carte de la “refondation”, c’est-à-dire constituer de petites communautés où serait supposée se réfugier la pureté de l’Orthodoxie, débarrassée des compromissions et des lâchetés de nos évêques.

Il n’est pas imaginable qu’on puisse participer à la rénovation de l’Église en empruntant la voie des schismes et des sectes. Les re-baptisations et les re-chrismations en cascade (certains sont des champions dans le genre) sont des profanations, qui bafouent le caractère sacramental de l’Église, et les sectes puritaines ne sont que des errements canoniques. On ne peut imaginer reconstruire une canonicité en sortant de la canonicité. Ce serait supposer que la Grâce divine a échoué à animer l’Église. Qu’à Dieu ne plaise ! Si l’Église est malade, nous avons le devoir d’œuvrer, chacun à notre place, à guérir ses maladies. Croire qu'il serait possoble de montrer la voie de l’extérieur ne peut être qu’une illusion dangereuse (et dangereuse d’abord pour ceux qui s’y laissent piéger).

On peut s’affliger de certaines pratiques de nos évêques, de leur complaisance pour les “shows” œcuméniques, de la récupération méthodique des “sectes” (en fait, surtout de leur clergé) par certaines juridictions, du relativisme et de confusionnisme de l’expression publique de l’Orthodoxie ou du renfermement sur les communautés nationales. Mais il n’y a qu’une seule et unique Église, qui est la seule source de vie, même si la hiérarchie est parfois pesante, même si nous avons des choses à lui reprocher -- et la première anomalie, parfaitement anti-canonique, est que nous ayons à choisir entre plusieurs Églises canoniques. Le responsable en est la confusion entre les Églises et les Nations. Mais, tant que ces Églises ne prétendent pas indiquer une voie autre que la voie du salut, nous n’avons pas le droit de les considérer comme non-orthodoxes.

La seule chose que nous puissions faire est donc de contribuer à la vitalité des paroisses des juridictions canoniques, que nous ne devons pas appeler “officielles” avec une moue de dédain. Nous devons apporter notre pierre à l’ouverture inter-ethnique. Mais là où les laïcs doivent et peuvent travailler sans craindre d’être freinés par la hiérarchie, c’est quand ils entreprennent de travailler à diffuser la parole orthodoxe.

Certes les médias et l’édition en France ne laissent guère de place à l’expression d’une Tradition théologique et cherchent même à l’étouffer, en prétendant ainsi lutter contre toute forme de “communautarisme”, sous la pression du “politiquement correct” et avec l’aide de la langue de bois du club des œcuménistes. Les religions ne doivent se proposer d’autre but que de répandre un message universel d’amour et de tolérance.

Nous sommes donc condamnés à faire du “samizdat” et à rechercher opiniâtrement les possibilités d’expression libre. Elles sont encore minuscules, mais si chez nous l’Orthodoxie ne peut pas être proclamée publiquement, ce n’est plus à cause de l’étouffoir œcuménique (que même les médias politiquement corrects ne respectent plus), mais seulement à cause de l’attitude radicalement anti-religieuse des intellos français.

Or même ce blocage n’aura plus qu’un temps limité, car les hommes politiques commencent à hésiter dans le débat sur les sources chrétiennes de l’Europe ou sur le “mariage” homo. La mort des idéologies politiques affecte en effet la fidélité de leur électorat, et certains commencent à le pressentir. Les médias, les intellos et les maisons d'édition les suivront, et nous devons chercher avec beaucoup de patience et d’obstination à être présents sur tous les créneaux qui vont peu à peu s’ouvrir à la proclamation de la vérité orthodoxe.

Jusqu’à une date récente les errements canoniques avaient l’excuse de ne voir aucune possibilité de vie orthodoxe sans avoir à subir les roucoulades œcuméniques et les rejets ethnophylétistes. Je ne crains pas d’affirmer que depuis peu la situation de l’Église orthodoxe en France s’améliore. Non du fait des juridictions ehniques, dont nous n’avons rien à attendre et qui semblent ne considérer l’Europe occidentale que comme un terrain de manœuvre pour leurs rivalités d’appareil, mais parce que la rue Daru (Si, si, j’ai bien dit rue Daru !) peu à peu s’ouvre à l’inter-ethnique et s’organise pastoralement, et ces efforts doivent être encouragés.

Donc non seulement je pense que les conventicules de purs orthodoxes ne représentent qu'une impasse, mais je crois que l'avenir n'est plus bouché. C'est la raison pour laquelle j'ai cru nécessaire d'écrire ce message.

Si j’évoque la juridiction de la rue Daru, c’est sans aucun enthousiasme, et je ne suis poussé par aucune amitié particulière, ni aucun sentiment de nature personnelle. Je crois seulement qu’elle est la seule juridiction dont nous puissions espérer un travail pastoral débarrassé de tout attachement ethnique, la formation d’un clergé indigène et d’un réseau de paroisses. Lorsque je parle ainsi, je ne me laisse pas non plus impressionner par les protestations d’attachement de certains au principe de “l’Église locale” : ce principe est bien l’un des principes fondamentaux de l’ecclésiologie orthodoxe, mais il est aujourd’hui utilisé surtout comme camouflage par ceux qui voudraient réaliser en France un prototype expérimental d’Église rénovée, qui pourrait servir de modèle pour la rénovation d’autres Églises orthodoxes.

Les illusions de notre époque (chaque époque a les siennes) nous portent à tout analyser et à tout commenter (tout, y compris l’Église) en termes de mouvements, de groupes humains, de nations, de classes, d’institutions, de tendances, et en leurs jeux d’influence et de pouvoir. Nous considérons que c’est là une analyse “politique”, et nous pensons pouvoir appliquer cette méthode à l’Église. Il y a eu certes des groupes qui se sont comportés ainsi. Qu’ont-ils apporté à l’Église ? Probablement surtout du trouble. Laissons les analyses historiques sur les traditions nationales. Ceux qui font le saut et rejoignent l'Orthodoxie sont des individus disparates, venus isolément de groupes et d'horizons très divers.

La réalité canonique de l'Église orthodoxe transcende tous les déterminismes sociologiques. La structure que le Seigneur a créée pour son Eglise, plaçant l’évêque “en lieu et place du Christ” au centre de l’assemblée des fidèles, est la seule qui puisse assurer la vie de la communauté ecclésiale.

Il ne suffit pas d’être anti-œcuménique pour retrouver l’authenticité de l’Église, et les conventicules qui se réclament de la “vraie orthodoxie” ne font pas du tout du retour aux Pères leur règle de conduite -- d’ailleurs s’ils le faisaient ils s’apercevraient rapidement de l’inanité de leurs tentatives. Ils ne font que répéter des stéréotypes du XIXème siécle. Si nous connaissions mieux la vie réelle de ce qu’il y a de vivant dans les Églises des pays de tradition orthodoxe, nous pourrions y trouver, sous les hiérarchies nationales sécularisées, de nombreux groupes qui tentent de retrouver les sources de l’Église antique, sources de l’enseignement patristique, des célébrations liturgiques, de la vie monastique, des arts liturgiques, des structures canoniques.

Mais en aucun cas nous ne devons nourrir l’illusion que nous aurions le droit de rejoindre un groupe de “purs”, et que nous devrions le faire sous prétexte d’anti-œcuménisme. Il est inimaginable de rompre avec la hiérarchie canonique, et si nous avons des reproches à lui faire, nous ne pouvons le faire que de l’intérieur (ce qui est beaucoup plus difficile que de créer un refuge pour les “purs”).
Jean-Louis Palierne
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Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » mar. 01 juin 2004 23:30

Cher Jean-Louis Palierne,

J'ai aussi l'impression que, seule parmi les Eglises "ethniques", l'Eglise de Roumanie fait quelque chose pour les Occidentaux. En tout cas, de mon expérience, c'est la juridiction orthodoxe la plus ouverte à l'usage des langues des pays d'immigration, celle qui fait le plus grand effort d'organisation et la moins marquée de complexe anti-occidental.

Evidemment, ce n'est qu'une opinion subjective, mais si un philhellène à tous crins comme moi s'est aussi intéressé à cette juridiction, c'est qu'il il doit bien y avoir des raisons...

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » mer. 02 juin 2004 13:46

Cher lecteur Claude,

Je suis moi aussi tout à fait phillellène. Jadis c’était à cause de la beauté de la langue qui m’avait séduit dès mes études de lycéen. Maintenant c’est à cause de la langue des Pères et son irremplaçable puissance théologique. De plus je suis profondément attaché à la manière grecque de célébrer, de se comporter dans tout ce qui concerne les actes sacrés, si différentes du piétisme que nous transmettent les russes (il faudrait que nous parlions un jour de la pratique anticanonique de l’agenouillement dans certaines Églises orthodoxes). Enfin je ne peux oublier le choc que m’a causé un jour la découverte de la musique byzantine, la seule capable d’être le musique de la Liturgie orthodoxe. D’ailleurs en fait je ne vais à la Liturgie que chez les Grecs.

D’autre part, si j’ai beaucoup de choses à reprocher à la conduite ethnophylétiste de l’Église grecque et au repliement étroitement nationaliste des paroisses grecques de l’émigration, on ne doit pas oublier que l’Église grecque est la seule qui ait su adopter un comportement correct en face des offensives de l’œcuménisme, cependant que le Patriarcat de Constantinople (qui lui n’a pas su bien se tenir dans les rapports entre chrétiens) est la seule Église à respecter les règles canoniques concernant la réception des convertis venant des groupes hétérodoxes : l’usage des trois méthodes. Par contre l’Église a pour principe de pratiquer une re-baptisation qui n’est pas canonique.

Mais je sais aussi qu’il y a en Grèce (comme d’ailleurs dans d’autres pays de tradition orthodoxe, mais tout particulièrement en Grèce) des groupes, des communautés, des revues etc “néo-orthodoxes”, qui tentent de retourner vers les sources de l’Orthodoxie : sources patristiques, célébrations liturgiques, traductions, éditions et revues, enseignement théologique, iconographie, musique byzantine, renouveau monastique, etc, etc. Cela n’a absolument rien à voir avec les groupes zélotes qui regardent vers l’Orthodoxie académique et nationaliste, piétiste et autoritaire du XIXème siècle, et qui tentent de discréditer les néo-orthodoxes et pratiquent en Occident la désinformation à leur sujet.

Les groupes néo-orthodoxes sont très dispersés et c’est probablement beaucoup mieux ainsi, car chacun a ses références, ses formes de renouveau, ses orientation, et ils en débattent ardemment, et souvent avec vivacité. Ils ont parfois eux aussi des réticences à se faire connaître. Nous devrions tenter de surmonter les timidités, les ignorances et les malentendus pour aider les très divers groupes néo-orthodoxes à se connaître. Et dans cet ensemble, la Grèce a certainement une grande part.

Si j’ai pris, malgré tous mes a prioris hellénophiles, l’initiative de parler de la rue Daru, c’est parce que je me rends compte que cette “juridiction” vient de passer par une phase de mutation, que les étapes irréversibles ont été franchies, et qu’il convient d’encourager tous les développements positifs qui pourront apparaître. La rue Daru s’oriente maintenant (oui, c’est une nouveauté) vers une attitude ouverte aux “néo-orthodoxes”. Il faut encourager cette ouverture.

Quant à l’ouverture de l’Église roumaine, je crois qu’il ne faut pas se faire trop d’illusion. Il y a certes la politique traditionnellement francophile de la nation roumaine, et le degré élevé de connaissance de notre langue par les Roumains. Mais la position canonique officielle de l’Église de Roumanie est totalement, officiellement et résolument ethnophylétiste. Comme les Roumains de France, pratiquement toutes tendances réunies (et ces tendances sont nombreuses, très vivantes et très combattives) ne veut pas du Patriarcat, la délégation en France du Patriarcat avait des loisirs et elle les a occupés.
Jean-Louis Palierne
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Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » mer. 02 juin 2004 17:06

Jean-Louis Palierne a écrit : Quant à l’ouverture de l’Église roumaine, je crois qu’il ne faut pas se faire trop d’illusion. Il y a certes la politique traditionnellement francophile de la nation roumaine, et le degré élevé de connaissance de notre langue par les Roumains. Mais la position canonique officielle de l’Église de Roumanie est totalement, officiellement et résolument ethnophylétiste. Comme les Roumains de France, pratiquement toutes tendances réunies (et ces tendances sont nombreuses, très vivantes et très combattives) ne veut pas du Patriarcat, la délégation en France du Patriarcat avait des loisirs et elle les a occupés.
Je suis tout à fait d'accord avec ce que vous écrivez à propos du renouveau de l'Orthodoxie en Grèce (à propos duquel personne ne nous dit par exemple que la proportion de gens qui ne vont jamais à l'église a chuté de 25% à 5% en vingt ans...), mais je pense qu'il serait bon que vous donniez plus de détails à propos de la désinformation qui serait mise en branle contre ce renouveau.

A mon tour cependant de vous répondre qu'il n'y a pas lieu d'exagérer la francophilie de la nation roumaine (les Roumains ne sont pas particulièrement francophiles; simplement, ils n'ont pas le même chauvinisme anti-occidental que d'autres peuples de la région et sont ouverts envers les Occidentaux en général), ni le degré élevé de connaissance de notre langue, cette dernière légende ayant été propagée au moment de la chute de Ceausescu par les apparatchiks communistes reconvertis en démocrates Iliescu et Roman, qui ont su admirablement jouer de leurs relations avec la gauche française alors au pouvoir. Même si le taux de francophones en Roumanie est le plus élevé de tous les pays ex-communistes, avec peut-être jusqu'à 1% de gens qui comprennent le français (ce qui est une proportion dix, vingt ou trente fois supérieure aux pays voisins, selon les cas), et qu'il a surtout un caractère quasi-miraculeux du fait des efforts des communistes pour faire disparaître cette langue du paysage roumain, il est tout de même inférieur à celui de la Grèce, alors que les media des pays francophones ne parlent absolument jamais de la francophonie et de la francophilie des Grecs. Surtout, le français doit bien être quarante fois moins répandu que l'anglais en Roumanie - qui est sans doute le seul cas d'anglophonie aussi massive dans tout l'ex-bloc soviétique. Cette prédilection pour la langue anglaise distingue la Roumanie de la Hongrie, où l'allemand fait pratiquement figure de deuxième langue nationale.

Cela étant, il est vrai qu'en dehors des Etats partiellement ou entièrement francophones (Belgique, Canada, France, Luxembourg, Monaco et Suisse), la Grèce, les Pays-Bas, l'Italie, l'Espagne, le Portugal et la Roumanie sont sans doute les pays au monde où le français est le plus pratiqué en pourcentage de locuteurs. (Mais là encore, qui parle de la francophonie aux Pays-Bas?)

En gros, disons que la Grèce et la Roumanie sont probablement les seuls pays à l'est de Saint-Gall où l'on peut encore entendre parler français (beaucoup plus en Grèce qu'en Roumanie, d'ailleurs), les pays francophones portant une immense responsabilité dans cette situation catastrophique.

Je pense que si l'Eglise de Roumanie s'est ouverte aux autochtones dans les pays francophones, c'est parce que c'était les seuls pays en Europe de l'Ouest où il y avait une relative demande d'Orthodoxie. Cela pourrait aussi être le cas, bientôt, en Italie et en Catalogne. En revanche, je ne vois pas, à vue humaine, comment il pourrait y avoir le moindre développement d'une Orthodoxie autochtone en Allemagne ou en Suisse alémanique.

Je persiste cependant à ne pas partager votre position quant aux positions "ethno-phylétistes" de l'Eglise roumaine, et je reproduis de nouveau un texte que j'ai déjà publié sur ce forum. Il s'agit des conclusions de la rencontre des évêques roumains en Occident (Limours, 15 au 19 avril 2004). Vous noterez que le point 2 de cette déclaration est une condamnation de l'ethnicisme.


Suite aux discussions, les participants ont formulé les conclusions suivantes.

1. La présence de l'Eglise orthodoxe roumaine en Occident répond aux besoins concrets des fidèles et représente un témoignage et un mode de transmission de la spiritualité orthodoxe. La réalité et la réussite de l'intégration dans la société où ils vivent, et l'apport significatif offert à la pensée et à la culture locale par la fidèles orthodoxes roumains établis en Europe occidentale et en Amérique, constituent une expérience positive et prouvent l'ouverture du message chrétien orthodoxe et sa compatibilité avec le monde contemporain et ses structures.

2. L'Orthodoxie n'est pas liée à une unique culture ou à un seul peuple ; elle est la foi dans le Fils de Dieu incarné, mort et ressuscité pour la vie du monde, éternellement présent dans l'Eglise par les saints sacrements, déifiant et vivifiant tous les fidèles. Par sa spiritualité et sa mystique profondes, l'Orthodoxie propose à l'Occident l'épanouissement de l'être humain dans la divino-humanité du Christ.

3. L'Orthodoxie roumaine est notre héritage ancestral, aux racines apostoliques, aux pratiques et aux traditions locales diverses et pleine de sens ; la garde de cette tradition signifie le respect et la mise en valeur de notre identité originelle.

4. L'Orthodoxie roumaine est ouverte à la culture locale et cherche l'intégration naturelle de ses valeurs en elle, par l'utilisation partielle ou totale (plusieurs paroisses d'Amérique) de la langue locale dans le culte, par la redécouverte du passé local chrétien et par l'expression de sa théologie en langue du lieu. Telle apparaît l'identité locale des générations actuelles et futures de l'émigration roumaine, ainsi que de ceux qui découvrent la foi orthodoxe par leur intermédiaire, et dont nous sommes responsables.

5. Nos diocèses agissent en ce sens en communion avec toutes les autres juridictions orthodoxes locales, à qui nous exprimons notre désir d'intensifier la coopération, de nous associer et de nous engager de façon plus soutenue et plus constante à tous les niveaux sur le plan panorthodoxe local (évêques et peuple, adultes et jeunes, enfants, etc.), en organisant des actions communes (Assemblées d'évêques : SCOBA en Amérique, AEOF en France, KOKID en Allemagne ; fraternités orthodoxes et réunions inter paroissiales ; mouvements de jeunes : SYNDESMOS, AROY, ACER, OJB, NEPSIS). Nous apprécions tout particulièrement le travail intense de l'Assemblée des Evêques Orthodoxes de France, qui peut servir de modèle.

6. L'état évolué et la riche expérience de l'Eglise orthodoxe roumaine en Amérique, favorisée par la plus grande ancienneté de son émigration, ainsi que par les conditions politiques, canoniques, sociales et économiques différentes de celles que l'on rencontre en Europe occidentale, donne un exemple au reste de l'Eglise orthodoxe roumaine de l'Etranger, surtout en ce qui concerne l'inculturation et l'organisation de la catéchèse (écoles du dimanche), la construction de lieux de cultes en propre, absolument nécessaires à la garde et à l'affirmation de la tradition orthodoxe.

7. Le changement de mentalité en relation avec l'activité pastorale déployée dans les pays où nous vivons contribue à l'harmonisation des pratiques canoniques et liturgiques.

8. Ayant en vue ce qui précède, nous, évêques orthodoxes roumains d'Europe occidentale et d'Amérique, en communion et en coopération avec toutes les autres juridictions orthodoxes locales, nous soutenons et promouvons la création naturelle d'Eglises locales partout où existent des Orthodoxes, conformément à l'esprit de l'Orthodoxie et aux décisions panorthodoxes.

9. Nous trouvons très bénéfique ce type de rencontre et exprimons le désir de continuer ce travail dans l'avenir, autant pour le signe de conciliarité qui est ainsi donné aux chrétiens, à l'Orthodoxie locale et aux autres confessions chrétiennes ainsi qu'aux autorités publiques, que pour la voix unitaire avec laquelle on peut se prononcer sur de nombreux aspects délicats liés à la présence orthodoxe roumaine en Occident.

Il a été proposé qu'une deuxième rencontre ait lieu en Amérique, la troisième semaine de Pâques de l'année prochaine (15 mai 2005).



Paris, le 19 avril 2004



Quant au fait que la diaspora roumaine en France soit majoritairement anti-Patriarcat, il faut aussi voir que la France, si ouverte à l'Afrique, s'est relativement fermée depuis la chute du communisme à l'immigration en provenance des pays d'Europe centrale et orientale (chacun ses préférences). Dans des pays comme l'Espagne ou l'Italie, qui ont encouragé l'immigration roumaine et bessarabienne pour pallier à leur effondrement démographique, il y a eu fondation de dizaines et dizaines de paroisses orthodoxes roumaines sous la juridiction patriarcale, à côté desquelles survivent une poignée de paroisses de l'ancienne émigration qui se sont placées hors de la juridiction roumaine. Il en ira probablement de même en France, si celle-ci venait à atténuer sa préférence africaine en matière d'immigration.
Dernière modification par Claude le Liseur le jeu. 03 juin 2004 2:11, modifié 1 fois.

Antoine
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Message par Antoine » mer. 02 juin 2004 20:32

Je pense que si l'Eglise de Roumanie s'est ouverte aux autochtones dans les pays francophones, c'est parce que c'était les seuls pays en Europe de l'Ouest où il y avait une relative demande d'Orthodoxie.
Claude, cela me semble, peut-être à tort, bien idyllique.

L'intérêt de la Roumanie pour l'orthodoxie en France est dûe essentiellement à l'Ecof qui s'est tournée vers ce patriarcat pour une reconnaissance canonique perdue pour de multiples raisons, toutes plus graves les unes que les autres. Cela s'est fait grâce aux relations que ses dirigeants entretenaient avec les Ceausescu et la Roumanie a trouvé ainsi une opportunité de vitrine sur l'occident.
" La demande d'orthodoxie" me paraît bien suspecte quand on regarde quel était le fond de commerce de l'Ecof composée en grande partie de
- défroqués catholiques qui profitaient d'un pseudo passage à l'orthodoxie pour légaliser des situations de concubinage,
- de divorcés remariés qui trouvaient enfin un havre à l'Ecof,
- de gourous en tout genre
- de praticiens ésotériques
- de tripatouilleurs financiers
- de mystiques à bon marché
- de prophètes à la noix
- de profs en mal de reconnaissance
- etc...

L'ouverture de la Roumanie s'est ainsi faite sur un tas d'immondices qu'elle n'avait pas ammoncelés elle même et dont il faut bien maintenant gérer le recyclage après que la décharge municipale ecclésiastique ait éclaté en plein de petits monticules épars. La meilleure façon était sans doute de diluer la sauce dans celle de la francophonie autochtone car il y avait aussi des fidèles de bonne foi à récupérer après la fin du régime Ceausescu et l'indépendance retrouvée d'un patriarcat muselé. Mais ces fidèles resteront marqués à vie et je doute fort que les chrétiens français qui se tournent vers l'orthodoxie pour des raisons sérieuses - donc dogmatiques- viennent grossir les rangs de cette juridiction qui retombera très vite dans le phylétisme comme ses soeurs. La compétition désatreuse dans la création anarchique de paroisses, sans aucune concertation avec les Eglises en place en est le signe le plus évident.
Je n'espère qu'une chose: c'est de me tromper grandement.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » mer. 02 juin 2004 20:50

Bien, Antoine, je suis d'accord avec vous sur ce qu'était l'ECOF et sur la manière dont la diplomatie de Ceausescu a imposé au patriarcat roumain de récupérer ce groupe.

Cependant, le cas de l'ECOF reste une relative demande d'Orthodoxie. Il y a quand même eu des Français, des Belges et des Suisses qui sont allés vers l'ECOF parce qu'ils croyaient y trouver une porte d'entrée dans l'Orthodoxie. Ce seul fait est le signe d'un intérêt, fût-ce minime, pour la religion orthodoxe que l'on serait bien en peine de trouver dans les pays germanophones, par exemple.

Une seule preuve s'il faut une preuve:

France, 60 millions d'habitants, 100'000 baptisés orthodoxes, 9 monastères orthodoxes francophones

Allemagne, 81 millions d'habitants, 1 million de baptisés orthodoxes, 1 monastère orthodoxe germanophone

Cela me semble significatif de la réception de l'héritage spirituel orthodoxe dans les populations du pays hôte...

Antoine
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Message par Antoine » mer. 02 juin 2004 21:03

Il y a quand même eu des Français, des Belges et des Suisses qui sont allés vers l'ECOF parce qu'ils croyaient y trouver une porte d'entrée dans l'Orthodoxie.
Je pense que c'était plus une porte de sortie du catholicisme romain ou autre qu'une porte d'entrée dans l'Orthodoxie. Car quoi de moins orthodoxe que l'Ecof? Et c'est pour cela que ça a tellement dégénéré.

Mais vos chiffres sont intéressants. N'oublions pas non plus qu'en Allemagne les prêtres et les pasteurs sont payés par l'état et qu'un changement pour l'orthodoxie aurait entraîné une suspension immédiate de revenus. ça remet certaines vélleïtés en place...
Pour les autres pays germanophones je ne sais pas comment le clergé est rémunéré.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » mer. 02 juin 2004 23:35

Le point de départ de cette discussion, c'est que je voulais juste répondre à Jean-Louis Palierne que ce n'était pas une francophilie hypothétique ou une francophonie mythique qui avait amené l'Eglise de Roumanie à manifester une certaine ouverture aux francophones, mais que les circonstances avaient fait qu'il y a eu une demande là et pas ailleurs en Europe de l'Ouest. Peu importe que cette demande se soit manifestée à travers le canal pollué de l'ECOF et les détours tortueux de la diplomatie communiste. Je pense que Dieu arrive toujours à tirer quelque bien du mal. Peut-être qu'une rencontre qui a commencé sous d'aussi mauvaises auspices aboutira quand même à des oeuves dont nul n'aura à rougir.

Je ne sais pas comment c'est en Autriche, mais la Suisse connaît trois régimes de rapports entre l'Eglise et l'Etat: à Genève et au niveau fédéral, laïcité totale sur le modèle français; à Neuchâtel, un système particulier de semi-laïcité; partout ailleurs, le système bismarckien. L'ECAR et l'Eglise protestante officielle sont Eglises d'Etat dans tous ces cantons, l'Eglise catholique-chrétienne (vieux-catholiques de l'Union d'Utrecht) et le judaïsme le sont dans une poignée de cantons. Le 30 novembre 2003, les électeurs du canton de Zurich ont rejeté une loi qui aurait permis d'accorder les mêmes avantages à l'Eglise orthodoxe et au culte musulman.
Prêtres et pasteurs sont des fonctionnaires cantonaux (bien) rémunérés sur le budget de l'Etat. Inutile de dire que ces Eglises totalement étatisées ne brillent pas par le rayonnement spirituel.

Il ne faut pas se fier aux apparences. Le fait que certaines confessions soient soutenues à bout de bras par l'Etat ou que le parti de droite en Allemagne s'appelle Christlich-Demokratische Union ne change rien à la déchristianisation. J'ai même l'impression que ce système bismarckien a fini par complètement éteindre toute étincelle religieuse en Allemagne et en Suisse alémanique.

Antoine
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Message par Antoine » mer. 02 juin 2004 23:59

Le point de départ de cette discussion, c'est que je voulais juste répondre à Jean-Louis Palierne que ce n'était pas une francophilie hypothétique ou une francophonie mythique qui avait amené l'Eglise de Roumanie à manifester une certaine ouverture aux francophones, mais que les circonstances avaient fait qu'il y a eu une demande là et pas ailleurs en Europe de l'Ouest.
Justement, Claude, c'est quand j'examine les circonstances que j'en déduis que finalement il n'y a pas de demande réelle et que cette pseudo ouverture à une francophonie à laquelle vous faites allusion n'est qu'un leurre du fait même de ces circonstances. Lorsque cette illusion sera terminée il ne restera plus que l'ethno phyletisme dont parles Jean-Louis. Pour l'instant le seul patriarche qui ait proposé une ouverture c'est le patriarche Alexis. On peut contester sa proposition , la critiquer, douter des intentions , mais elle a au moins le mérite d'exister et ce dans un cadre tout différent de celui du canon 28.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » jeu. 03 juin 2004 0:56

Alors, dans ce cas, sortons du nombrilisme francophone et constatons que les conclusions de la rencontre des évêques roumains en Occident font référence aux expériences positives vécues en Amérique.

Je ne crois pas que ce soit les expériences vécues avec l'ECOF qui soient au centre de la vie de l'Eglise roumaine en Occident. Cela a été une première expérience pour une Eglise dont je vous rappelle que les conditions très particulières d'oppression dans lesquelles elle a vécu (ce que les Grecs ont connu pendant 400 ans sous le régime de la turcocratie, les Roumains de Transylvanie l'ont expérimenté pendant 800 ans avec d'autres oppresseurs) l'avaient toujours empêché de sortir de ses frontières et d'avoir une mission extérieure. Maintenant, il va s'agir de transmuter le plomb en or. J'ai l'espoir que ce galop d'essai auprès de l'ECOF dans les années 1972-1990 pourra servir avec d'autres communautés vraiment orthodoxes.

Tout le monde semble oublier que l'ECOF, malgré ses tares, a été la première tentative pour montrer aux Occidentaux que l'Orthodoxie pouvait être pour eux un retour aux sources. N'oublions pas que même saint Jean Maximovitch y a distingué le ferment de quelque chose.

Croyez-vous que les paroisses anglicanes que le patriarcat d'Antioche récupère aux Etats-Unis et au Royaume-Uni soient plus faciles à catéchiser que l'ECOF? Et pourtant, personne ne pense que l'archevêché antiochien d'Amérique retombera dans les ornières de l'ethnicisme.

Pourquoi nous, Européens, sommes-nous systématiquement défaitistes et pessimistes alors que les Anglo-Saxons sont systématiquement entreprenants et optimistes?

Ce n'est certes pas la rencontre avec l'ECOF qui inspire à ces hiérarques roumains cette déclaration:

L'Orthodoxie roumaine est ouverte à la culture locale et cherche l'intégration naturelle de ses valeurs en elle, par l'utilisation partielle ou totale (plusieurs paroisses d'Amérique) de la langue locale dans le culte, par la redécouverte du passé local chrétien et par l'expression de sa théologie en langue du lieu.

Il est impossible que le compagnonnage avec l'ECOF ait pu inspirer cette constation:

L'état évolué et la riche expérience de l'Eglise orthodoxe roumaine en Amérique, favorisée par la plus grande ancienneté de son émigration, ainsi que par les conditions politiques, canoniques, sociales et économiques différentes de celles que l'on rencontre en Europe occidentale, donne un exemple au reste de l'Eglise orthodoxe roumaine de l'Etranger, surtout en ce qui concerne l'inculturation et l'organisation de la catéchèse (écoles du dimanche), la construction de lieux de cultes en propre, absolument nécessaires à la garde et à l'affirmation de la tradition orthodoxe.

C'est aussi une erreur d'affirmer que seul Sa Béatitude le patriarche de Moscou a fait des propositions concrètes pour l'Orthodoxie en Europe occidentale, puisque des décisions avaient été prises au cours de rencontres panorthodoxes (création dans chaque pays, sauf la Suisse, d'une assemblée réunissant tous les évêques orthodoxes présents dans le pays), et ces conclusions des évêques roumains y font allusion:

Ayant en vue ce qui précède, nous, évêques orthodoxes roumains d'Europe occidentale et d'Amérique, en communion et en coopération avec toutes les autres juridictions orthodoxes locales, nous soutenons et promouvons la création naturelle d'Eglises locales partout où existent des Orthodoxes, conformément à l'esprit de l'Orthodoxie et aux décisions panorthodoxes.

Alexis II proposait d'accorder l'autonomie à une métropole regroupant toutes les communautés orthodoxes russes présentes en Europe occidentale. C'est le statut dont jouissent déjà l'Archevêché antiochien d'Amérique et la Métropole orthodoxe roumaine d'Europe occidentale et méridionale. Le fait que chaque Eglise-Mère accorde l'autonomie à ses diocèses hors de son territoire canonique ne résoudra pas le problème si chacun le fait de son côté. Encore faut-il prévoir des structures de coordination.

Maintenant, je m'inquiète de voir le terme ethno-phylétisme employé en toutes circonstances. L'ethnicisme, c'est le travers des différentes Eglises locales, leur tendance à ne s'occuper que de leurs propres nationaux. Le phylétisme, c'est une hérésie autrefois professée par l'Eglise de Bulgarie, condamnée par le concile de Constantinople en 1872, concile dont les conclusions ont été reçues par toutes les autres Eglises, et fausse doctrine qui a mis l'Eglise de Bulgarie hors de l'Orthodoxie pendant sept décennies.
Chaque fois que l'on utilise ce terme de phylétisme, qui n'est pas synonyme de "chauvinisme religieux" mais désigne une hérésie bien précise, on sous-entend que les Eglises orthodoxes implantées en Occident seraient hérétiques.

Pour finir sur le sujet de l'Eglise de Roumanie en Occident, permettez-moi de citer Jean-Louis Palierne, qui, le 13 avril dernier, était un peu plus optimiste que maintenant (fil "Les structures fondamentales de l'Eglise"):

Et ces Églises ne semblent avoir aucune conscience de ce que pourrait être leur tâche missionnaire en Europe. À l’exception peut-être de l’Église de Roumanie.

Il est possible que des développements ultérieurs aient fait perdre à Jean-Louis Palierne l'espoir qu'il avait encore à ce moment-là. Ces développements, je ne les ai pas vécus. Comme, de mon côté, il n'y a pas eu d'événement qui m'ait amené à douter (ou peut-être parce que la jeunesse est plus optimiste), je persiste à penser que la Métropole orthodoxe roumaine reste la juridiction orthodoxe la plus ouverte aux autochtones.

Monique
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Message par Monique » jeu. 03 juin 2004 13:17

Je viens témoigner en faveur de l’Eglise Roumaine qui s’occupe avec beaucoup de patience et de miséricorde des orthodoxes français venant de divers horizons.

La Roumanie s’est occupée de l’ECOF pendant des années avec patience, espérant toujours une conversion, et cela ne lui a apporté que des ennuies.

Aujourd’hui, elle n’hésite pas à écouter toute personne lui faisant une demande quelle que soit son origine.
Elle permet à chaque communauté sous sa bénédiction à célébrer, en roumain et/ou en français, en utilisant les tons roumains, grecs, slaves et même grégoriens revus par Maxime Kovalesky.

Elle n’éteint pas la mèche qui fume encore !

Est-ce que beaucoup d’évêques consacre une soirée de son emploie du temps chargé pour écouter les fidèles d’une paroisse issue d’une église non canonique (petite paroisse de moins de 15 personnes) ?
C’est ce que fait Monseigneur Joseph !

Est-ce qu’il y a beaucoup de prêtres russes, serbes, grecs ou autres, ne parlant pas encore couramment le français, faisant des kms pour célébrer en français, avec des tons qui ne lui sont pas familiers, pour une dizaine de fidèles ?
C’est ce que font des prêtres roumains !

Elisabeth
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Message par Elisabeth » jeu. 03 juin 2004 14:38

Une récente allocution du Patriarche Alexis II vient faire tomber les dernières illusions que j’avais encore comme Antoine sur l’ouverture de Moscou à l’occident.
Reproduit du « Bulletin de la Représentation de l'Eglise Orthodoxe Russe
près les Institutions Européennes № 42 » :

Patriarche Alexis de Moscou et de toute la Russie: Le témoignage commun des Catholiques et des Orthodoxes ne sera efficace que lorsque nous apprendrons à voir les uns les autres comme collaborateurs sur le champ du Christ

Le 26 et le 27 mai 2004 s'est tenue à Moscou la conférence «Byzance orthodoxe et Occident latin», organisée à l'occasion des 950 ans de la séparation entre Rome et Constantinople et 800 de la prise de Constantinople par les croisés. La conférence a été organisé par l'Église orthodoxe russe, l'Académie des sciences de Russie et la Société palestinienne orthodoxe. Elle a réuni des représentants des diverses Églises orthodoxes autocéphales, de l'Église catholique et des chercheurs des Universités.
Ci-dessous nous publions l'adresse du Patriarche Alexis de Moscou et toute la Russie aux participants du colloque.

«Cette année nous faisons le souvenir des dates tragiques pour le monde chrétiens: de 950 ans de la rupture de communion entre les Églises de Constantinople et de Rome et de 800 ans de la prise de Constantinople par les croisés. Les évènements de 1054 et de 1204 sont intimement liés entre eux. Nous voyons qu'au début il y avait eu constat de la rupture dans la vie commune dans la foi et dans l'expérience spirituelle, cela a été suivi par la disparition de la compréhension mutuelle entre les mondes grec et latin. La perte de la communion eucharistique a été la raison de ce que Rome et Constantinople se sont considérés comme adversaires.

La division des Églises est une tragédie pour tous les chrétiens. Le sac de Constantinople est une plaie dans la mémoire des peuples orthodoxes dont la douleur persiste jusqu'aujourd'hui.

L'actualité de la conférence consiste dans le fait que la division des Églises a été à l'origine de la séparation entre les peuples de l'Europe. Les conséquences de cette division se ressentent encore de nos jours et continuent à influer sur la formation de la carte politique et culturelle de notre continent. Le devoir de tout chrétien qui n'est pas indifférent à l'héritage de son Église, de tout théologien qui comprend l'importance des dogmes de l'Église, de tout historien est de connaître et de comprendre les causes qui ont amené aux tragédies du XI et du XIII siècles.

Il serait erroné de réduire les évènements de juillet 1054 au seul heurtement des ambitions de plusieurs personnes - le pape Léon XI, le patriarche Michel Cérullaire et le cardinal Humbert de Moyenmoutier - et d'expliquer le sac de Constantinople de 1204 par l'avidité des participants de la IV Croisade. L'opposition entre Rome et Constantinople et, par conséquent des civilisations occidentales et orientales, avait commencé bien avant ces évènements. Ces causes sont à chercher dans les différences d'interprétation de la Tradition ecclésiale. Ces divergences s'expliquent aussi bien par des facteurs théologiques que par les facteurs culturels et contextuels.

Les anathèmes mutuels de 1054, prononcés dans la cathédrale de Sainte-Sophie, ont été abolis en 1967. Récemment le pape Jean-Paul II, au nom de l'Église catholique, a demandé pardon pour la prise et le sac de Constantinople. Ce sont deux pas fort importants sur la voie de la réconciliation entre l'Orient et l'Occident. Mais pour dépasser l'opposition millénaire les déclarations verbales, même très significatives, ne suffisent pas. Il faut que nos relations soient de nouveau fondées sur l'expérience spirituelle de l'Église indivise, l'expérience de la vie commune dans la paix, la confiance et l'amour. Il faut renoncer définitivement à toute concurrence et à tout prosélytisme.

Les Églises orthodoxe et catholique qui s'enracinent toutes les deux dans la tradition apostolique, ont une responsabilité particulière pour le climat spirituel et éthique en Europe et dans l'ensemble du monde chrétien. Cependant, le témoignage commun des Catholiques et des Orthodoxes au sujet du Christ ne sera efficace que lorsque nous apprendrons à voir les uns les autres non comme adversaires, comme c'était le cas à l'époque des Croisades, mais comme collaborateurs sur le champ du Christ. Notre devoir commun est de reconnaître, de corriger les fautes du passé et de ne plus jamais les refaire dans le présente et l'avenir».

Traduit du russe par le hiérodiacre Alexandre (Siniakov)



Tout en affirmant les causes du schisme de 1054 « sont à chercher dans les différences d'interprétation de la Tradition ecclésiale » et que « pour dépasser l'opposition millénaire les déclarations verbales, même très significatives, ne suffisent pas », le patriarche s’oppose catégoriquement à la possibilité d’ouvrir la porte aux occidentaux puisqu’il faut « renoncer définitivement à toute concurrence et à tout prosélytisme ». Voilà comment la trouille devant le danger de l’uniatisme amène à considérer que des peuples entiers n’ont pas le droit de connaître la Vérité, la Vie et le Salut.

J’ai du mal comprendre comment il est possible de concilier la proclamation du synode de la même Eglise russe selon laquelle l’Eglise Orthodoxe est l’Eglise du Christ et ce exclusivement, et cette renonciation définitive au témoignage missionaire de l’Eglise, qui fait des autochtones occidentaux convertis à l'Orthodoxie des anomalies.

Les roumains me semblent en effet nettement moins craintifs. Ils font ouvertement la promotion de la création d'une Eglise locale, alors que les propositions de Moscou et Daru ne considèrent que la communauté russe, ce qui ne résoudra pas le problème comme le remarque justement lecteur Claude.
Et Mgr Joseph n'est-il pas le seul, si je ne me trompe pas, à être évêque de Paris et pas d'une localité aujourd'hui disparue?

eliazar
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Message par eliazar » jeu. 03 juin 2004 20:36

Elisabeth soulève un point extrêmement douloureux, dont j’ai personnellement eu conscience très tôt lors de mon entrée dans l’Orthodoxie.

Je suis d’abord passé par la rue Daru. Avec quelques critiques, je ne peux pas dire que j’en aie gardé de mauvais souvenirs, le P. Boris a été un bon prêtre envers moi, mais des problèmes à la fois musicaux et « ethniques » ont fait que je me suis senti beaucoup plus chez moi au milieu des Grecs de la paroisse du P. Andreas ; puis je suis parti pour Nice et ai rejoint le chœur de la petite cathédrale grecque, où je me sentais bien. Point à la ligne.

Mais dès mon arrivée, dans la mesure où pour la première fois, après trois ans dans l’Église, j’avais une tâche et un contact régulier avec mon Évêque, j’ai pu aborder avec franchise de part et d’autre (au début seulement, hélas) les problèmes qui font l’objet de nos envois dans cette rubrique.
Et tout particulièrement celui dont Elisabeth parle : le respect craintif de la puissante Église Catholique Romaine empêchant mon Évêque d’être Évêque de Nice (c’est à dire NOTRE Évêque – au lieu d’avoir un troupeau hypothétique à Nazianze … où il aurait eu bien du mal à catéchiser qui que ce soit, voir même à s’y rendre, puisque Nazianze n'existe plus !

Et que si notre Dieu n'est pas un Dieu des morts, notre Évêque ne peut pas non plus être l'Évêque d'une ville morte, peuplée d'âmes mortes.

Et là je me suis aperçu que derrière la souplesse grecque de mon Évêque grec se cachait la même impossibilité réelle (et malheureusement acceptée !) où nos Évêques se trouvaient , et les Russes comme les autres, d’être vraiment Évêques Orthodoxes en France – autrement que de passage pour faire un peu de bien à des Français sympathiquement acceptés au moment de la communion « à côté des vrais paroissiens » - grecs de la diaspora, évidemment.

Les Évêques Orthodoxes en France sont tous des hôtes de passage – dépendant d’une Église qui n’est pas en France, et envoyés par cette Église pour s’occuper momentanément de ceux de leurs compatriotes qui se trouvent eux aussi momentanément en France.
Tout le reste est de la phraséologie de prône – ou de diplomatie.

ILS NE VEULENT PAS SE BROUILLER AVEC L’ÉGLISE ROMAINE – ILS NE VEULENT MÊME PAS DIRE OUVERTEMENT QU’ELLE EST HÉRÉTIQUE. ET BIEN SÛR ILS NE VEULENT PAS ÊTRE ÉVÊQUES DE LA VILLE OU SE TROUVENT LEUR CATHÉDRALE ET LEURS FIDÈLES.

Si vraiment l’Évêque roumain JOSEPH est Évêque de Paris, alors c’est Claude qui a raison.
Nous devons demander à rejoindre son Église – dans l’espoir qu’elle s’étende (et que son titre le précise) un jour prochain à toute la France.

Parce qu’une Église Orthodoxe qui n’a pas le courage de dire qu’elle est la seule Église du Christ – et d’AGIR en conséquence – n’est pas une Église vraiment orthodoxe.
< Demeurons dans la Joie. Prions sans cesse. Rendons grâce en tout... N'éteignons pas l'Esprit ! >

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » jeu. 03 juin 2004 21:04

Et le meilleur pour la fin: l'auxiliaire de Mgr Joseph, Mgr Sylvain, est le seul à avoir le titre de Marseille (Siluan Marsilianul).

Antoine
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Message par Antoine » jeu. 03 juin 2004 21:06

Monseigneur Joseph n'a jamais pris le titre de "Evêque de Paris" mais "d'Evêque-de-la-Métropole-Orthodoxe-Roumaine-d'Europe-Occidentale-et-Méridionale-dont-le-siège-est-à-Paris
La nuance est de taille!
Quels que soient les mérites de L'évêque Joseph(et ils sont nombreux) je ne l'ai jamais entendu ou lu déclarer que l'Eglise orthodoxe était la seule Eglise du Christ et que le catholicisme romain était une hérésie.
Et je me suis accroché avec son prédecesseur le locum tenens Monseigneur Séraphim de Berlin qui soutenait publiquement lors d'une visite à Louvecienne que le filioque n'était pas une hérésie.

Ensuite il y a certaines photos du patriarche Théoctiste en concélébration à l'autel avec Jean-Paul II qui sont assez significatives de relations qui dépassent largement le cadre diplomatique.

Quant à St Jean Maximovitch tout le monde a essayé de récupérer sa sainteté à son profit. Le fait qu'il ait célébré la liturgie des gaules ne saurait être interprêté comme étant un aval de sa part. Sa sainteté était au-delà de ces préoccupations. Et quand bien même l'aurait -il avalisée, cela montrerait simplement qu'il s'est trompé.

Tout cela ne m'empêche pas de souhaiter une traduction la plus proche possible de la dogmatique d'un grand théologien comme Dimitru Staniloae et d'admirer les monastères Roumains.
Dernière modification par Antoine le jeu. 03 juin 2004 21:34, modifié 1 fois.

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