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Jeanne Saint Gilles
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Ethnique

Message par Jeanne Saint Gilles » sam. 26 févr. 2005 12:05

samuel a écrit : Reste que les français sont encore minoritairement orthodoxes, (même pour les soit-disant orthodoxes occidentaux, l'Ecof ne rassemble à tout casser que 200 à 300 membres ) et que les fidèles des juridictions ethniques sont peu sensible au problème, voir pas du tout.
1° Qu'est-ce qu'une juridiction ethnique actuellement en France? Toutes les juridictions sont ethniques dans leur définition même.

2° C'est bien beau de casser du sucre sur le dos des juridctions ethniques comme vous dites mais je ne pense pas que le fidèle français de souche (ou immigré assimilé) soit plus avancé en quoi que ce soit...
Jérusalem quand pourrai-je te voir?

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » sam. 26 févr. 2005 14:28

Il n'est pas question de prendre du plaisir à casser du sucre sur le dos des juridictions ethniques et il est vrai que l'expression même de "un juridiction" est aberrante au regard des canons de l'Orthodoxie. Par ailleurs, moi qui n'ai jamais connu le situation d'expatrié, d'émigré ou de réfugié, mais qui en vois tous les jours dans la rue, je n'ai nulle envie de critiquer les comportements compensatoires par lesquels les immigrés orthodoxes résidant en France tentent de reconstituer un peu de leur Église-Mère et d'affirmer un peu de leur fierté nationale et religieuse.

Mais il n'en reste pas moins que l'Église orthodoxe sera dans l'errance canonique tant qu'elle n'aura pas constitué un réseau d'Église locale couvrant la Terre entière, même si ce ne peut être en certains lieux que des Églises minuscules.

Les Églises ethniques qui considère leurs immigrations comme des diasporas et qui s'en estiment propriétaires exclusives, non seulement n'aident pas réellement leurs fidèles à passer cette transition difficile, mais ne répondent pas aux besoins spirituels des indigènes que nous sommes, et elles ne perçoivent même pas ce besoin.

Jeanne saint Gilles risque fort de s'en apercevoir très prochainement.
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Jean-Serge
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Propriétés des lieux de cultes

Message par Jean-Serge » jeu. 21 juil. 2005 14:07

paraclésis a écrit : Nous pouvons tous, à nos modestes niveaux, considérer comme normal et nécessaire de connaître et de veiller sur les aspects juridiques des propriétés de nos lieux de culte. Seules les lois françaises et internationales peuvent réellement les mettre à l'abri d'un coup de grisou toujours possible.
Dans le fil ERHF, Paraclésis soulève le problème de la propriété des lieux de cultes... Je la rejoins en pensant que l'hébergement par une paroisse catholique est peu souhaitable, surtout dans une crypte. C'est hélas une chose que je trouve trop répandue notamment au sein de la Métropole roumaine... J'admire en cela les vieux calendéristes et les russes hors frontières qui disposent de leurs lieux de culte comme des grands sans demander un service à l'évêque catholique du coin avec lequel il faudra par la suite se montrer à la Semaine de Prière de l'Unité des Chrétiens en remerciement...

Le Hiéromoine Cassien (pas le VCO un autre) disait que par là, l'Eglise orthodoxe apparaissait comme un "service" de l'Eglise catholique... Je préfère à cela et de loin être une église d'ambassade... comme le fut la Rue Daru. Certes ce n'est pas une situation idéale mais cela peut servir de point de départ vers quelque chose d'intéressant. Et vu le manque d'églises... J'espère donc que la Russie va se remettre a ouvrir des Eglises d'ambassades, même si comme certains ont pu le remarquer, je ne suis pas un fervent admirateur du Patriarcat de Moscou... Il me semble que la Géorgie pourrait faire cela dans son diocèse d'Amérique et d'Europe occidentale. L'Eglise a demandé l'aide du gouvernement... Certes ces églises seraient un rien ethnique mais il faut bien commencer par quelque chose...

Je ne me fie guère au lois françaises pour ce qui est de la possession des lieux de culte : en effet, si une association possède une église, il sufit d'un coup de grisou interne à l'association pour que que le remous s'empare de l'édifice. Cela est simple en pratique : suffisamment de personnes souhaitant changer une situation se coalisent au sein de l'association et définissent une nouvelle orientation... L'Eglise peut alors changer de juridiction, se spliter et j'en passe. On l'a vu à Biarritz (affaire confuse en cours), on l'a vu lors du schisme au sein de l'ERHF à Lyon. Le Père Quentin (Lavriste) a quitté sa paroisse car une majorité au sein de l'asociation était vitaliste. Il a donc ouvert une nouvelle paroisse...
Priidite, poklonimsja i pripadem ko Hristu.

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Message par Jean-Louis Palierne » jeu. 21 juil. 2005 18:31

J’ai rappelé dans le fil consacré au rapprochement en tre l’ERHF et le PM que l’Église a des canons, et que ses canons disposent que tous les biens d’une Église locale sont placés sous la responsabilité de l’évêque, et que d’ailleurs c’est à l’évêque qu’il appartient de nommer et de déplacer les prêtres qui doivent célébrer en lieu de culte écarté de l’Église cathédrale. Curieusement la loi française permet cela, et encore plus curieusement les Églises orthodoxes présentes en France négligent cette possibilité.

Soulignons que l'Église orthodoxe ne saurait être une fédération de paroisses, qu'elle est dirigée par l'évêque (et que l'évêque doit être membre du synode épiscopal d'une métropole).

Je ne crois pas du tout que le PM envisage d’ouvrir des églises appartenant à l’ambassade. Ce qui l’intéresse avant tout, plus même que d’assumer la responsabilité religieuse de la croissante immigration russe en France (on entend maintenant parler russe dans les rues de Paris), c’est de récupérer les biens que l’Église russe possédait avant 1917 et qui maintenant lui échappent : les églises de l’époque impériale (et surtout leurs coupoles), les icônes et les reliques. La création d’églises d’ambassade ne lui apporterait rien.
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Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » jeu. 28 juil. 2005 18:14

Un fil fort long, une discussion longtemps reprise… Avant d’essayer d’y mettre mon petit grain de sel, il y a tout de même un point que j’aimerais éclaircir dans les écrits de Jean Louis Palierne. Pourquoi cette rage contre les répétitions de chorale ? Quel que soit le rite, et même en dehors de toute question ecclésiale, du moment qu’il y a un chœur, je ne vois pas comment on pourrait atteindre un minimum de qualité musicale sans répétition. Et donc sans avertir d’une manière ou d’une autre des jours et heures de ladite. En tout cas, moi qui chante et qui aime ça, même en travaillant seule, j’ai besoin d’un minimum de répétitions pour que ma voix se fonde harmonieusement dans l’ensemble. C’est technique, c’est même du bon sens paysan, mon bon monsieur, ce n’est ni une invention écofienne ni du modernisme russe, chinois ou martien, c’est la nature humaine qui veut ça. Personne à ma connaissance n’a été nulle part forcé d’assister aux dites répétitions avec une baïonnette dans les reins, alors zut. J’ajouterai que dans telle paroisse où l’on célèbre la liturgie de saint Jean Chrysostome dans toutes les règles de l’art, j’ai entendu le chef de chœur donner la note aux quatre voix et laisser passer un temps de préparation pour… un amen bref. On avait eu le temps d’oublier à quoi il était répondu, sans compter que le peuple n’avait pas la possibilité technique ou la liberté de s’associer à cet amen qui, ainsi, perdait tout sens, sauf esthétique. Re-zut.
Je suis en plein accord avec ce qu’a dit Monique, y compris :
Monique a écrit :Je ne comprends pas bien l’opposition que JLP fait entre prière communautaire et prière personnelle.
Il me semble que la liturgie est une prière communautaire où chaque fidèle participe personnellement. Chaque chant, chaque répond, chaque Amen doit être prié personnellement, chaque parole prononcée doit l’être personnellement avec adhésion du cœur ; que l’on dise amen seul ou tous ensembles, c’est toujours l’affirmation personnelle de l’adhésion à la foi orthodoxe.
Je crois même que la vie communautaire doit être à l’image de la Divine Trinité : une seule Divinité en trois Personnes ; pendant la liturgie nous devenons une seule communauté Corps du Christ en multiples personnes sans que cela aliène la liberté des personnes.
J’ajouterai que si je veux prier seule devant les icônes, je le fais aussi bien sinon mieux dans ma chambre, en silence, que pendant la liturgie.
Et je n’oublierai jamais ces vigiles pascales dans une paroisse roumaine de Paris, en 88 ou 89 si ma mémoire est bonne… Le « chœur », c’était pour l’essentiel le père Marc Antoine et un de ses paroissiens venus en renfort. Les fidèles, roumains exilés mais bien installés dans le parisianisme, arrivaient et commençaient de bavarder entre eux sans s’occuper de ce qui se chantait, passant d’une langue à l’autre, ce qui m’a permis d’entendre la haute tenue spirituelle de leur discours ! (ironie amère) Cela m’a beaucoup plus dérangée que tout ce que j’avais déjà vu ici et là, d’autant que les regards lancés en coulisses à l’étrangère que j’étais et qui, en plus, avait envie de suivre et de prier, étaient tout sauf amènes. Si cela avait été mon premier contact avec l’orthodoxie, j’aurais sans doute pris mes jambes à mon cou et pour longtemps.

Dans les cités grecques de l’antiquité, en particulier à l’époque hellénistique, les liturgies étaient les fêtes offertes par les citoyens les plus riches à leur cité, donc des temps de réjouissance collective, avec jeux sportifs, théâtre, banquet, etc. (à la fin de la période, le terme désignait d’ailleurs surtout les contributions financières « spontanées », impôts qu’on ne désignait pas comme tels, mais passons). La christianisation de ce terme pour désigner l’ensemble des rites qui préparent et entourent l’eucharistie n’est pas un choix linguistique de hasard. Il y a là, me semble-t-il, une allusion claire, eschatologique, au Royaume de Dieu, à la Jérusalem céleste dont nous sommes appelés à devenir les « citoyens » dans le monde transfiguré.


Jeanne Saint-Gilles a écrit :Je rencontre des francophones entièrement fermés au slavon, au point de refuser de communier si c'est en slavon, de dire que telle paroisse n'est pas sympa parce que c'est en slavon.
Sans doute suis-je aussi bouchée… Je ne refuserais pas de communier dans une liturgie en slavon, quant à la paroisse « sympa » ou « pas sympa », je laisse ce vocabulaire aux flatte-peuple de Radio Notre-Dame ! Mais il est vrai que, quand il m’arrive d’assister à la liturgie dans une paroisse non-francophone, que ce soit en slavon, en roumain ou en grec, j’ai beaucoup de mal à suivre, je ne sais pas où j’en suis, je repère à peu près les grandes articulations mais à peine. Je dois tellement mobiliser d’attention pour retrouver la structure liturgique que cela me sort de la prière. Dans ces conditions là, je me vois mal aller communier, je ne serais pas dans l’état idoine.
Mais attention, ce n'est pas une critique du slavon, du grec ou du roumain, c'est une faiblesse perso d'une pauvre indigène qui comprend en général mieux les langues à l'écrit qu'à l'oral.


Un invité a écrit :Sinon, pourquoi ne pas demander à l'affectation au culte orthodoxe de l'Eglise du Saint Esprit, avenue Daumesnil, réplique de Sainte Sophie et accessoirement mon ancienne paroisse ?.
L’ennui, c’est que les fresques et mosaïques n’y sont pas particulièrement orthodoxes, même si c’est un bel exemple d’art déco…


Jeanne saint Gilles a écrit :Je pense plutôt à "Timeo Danaos et dona ferente" (merci de corriger mon mauvais Virgile en m'indiquant comment dire catholique en latin).
Corrigeons donc : Timeo Catholicos et dona ferentes, tout simplement ! Mais il serait encore plus juste de dire Romanos Catholicos…

L’Eglise locale ne se réalise pas de droit, malgré les canons, mais elle se prépare en quelque sorte par les caves, de fait, en tout cas en province. D’autres membres du forum le confirmeront sans doute, il n’y a qu’à Paris qu’on pense immédiatement en termes de « juridiction » ; en province, on se demande d’abord : « Qu’est-ce qu’il y a dans les parages ? A combien de bornes ? » Après ce tour d’horizon, bien heureux si existent plusieurs paroisses accessibles, on choisit souvent la plus pratique selon son moyen de locomotion, l’état des routes, etc. Après quoi, mais uniquement après, vient la cerise sur le gâteau : « Au fait, c’est quel patriarcat ? » Quand il y a deux ou trois juridictions présentes, on peut bien entendu raffiner ses critères d’appartenance, mais c’est du luxe !
En d’autres termes, et comme il en fut de même assez souvent dans l’histoire, le peuple retrouve spontanément un comportement orthodoxe alors que les hiérarques pédalent dans la semoule. Cela ne veut pas dire que cela simplifie la vie des paroisses de province, d’ailleurs. (Personnellement, j’ai fait très fort : j’ai réussi à vivre dans trois villages de province où, compte-tenu de mon manque de voiture, je n’avais pas de paroisse accessible. Le choix d’une juridiction était résolu de lui-même, mais enfin de manière un peu drastique.)
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."

Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » jeu. 28 juil. 2005 18:49

Et puis, comme il faudra bien un jour que j’aborde la question de l’ECOF, ce fil en vaut un autre.
J’ignore si Palierne a raison et si c’était une tentative des « modernistes russes » pour créer une communauté parfaite. Et puis ma formation d’historienne m’a appris à toujours replacer un événement dans son contexte.
En l’occurrence le choc de la guerre de 14 prolongée par la guerre civile en Russie et par la grippe espagnole. Voilà des nations qui se disaient civilisées, se croyaient tranquillement supérieures et qui en arrivent au massacre mutuel de leur jeunesse, de leurs jeunes élites, dans la boue, les obus, le sang, la merde et les barbelés. Sans oublier le gaz moutarde. Sur ce choc de la guerre, dans les tranchées et autour, on assiste à la surrection d’expériences visionnaires, de prophéties, tout un chamanisme sauvage qui va mettre nombre de certitudes cul par dessus tête. Il y a les « anges de Mons » ou Fatima, pour citer les plus connus, mais j’ai vu aussi des illustrations de journaux d’époque anglais montrant des soldats russes agenouillés devant une apparition mariale tout ce qu’il y a de plus inhabituelle en pays orthodoxe. Dans les représentations collectives, telles qu’elles s’expriment par exemple dans les journaux juste après guerre, on note à la fois la conscience d’une incompréhensible régression vers la barbarie et le sentiment que cette horreur était cependant féconde. Quand les émigrés russes arrivent en France, pour la plupart entre 21 et 23, le choc de la guerre est loin d’avoir été digéré. De plus, la plupart des émigrés pensent que la révolution ne durera pas et qu’ils pourront revenir rapidement en Russie. Et si les princes, vrais ou faux, deviennent taxis pour survivre, les artistes sont très vite à la mode.
C’est le deuxième volet du contexte, un courant d’idées qui parcourt toute l’Europe et dont certaines conséquences idéologiques vont amener la guerre de 39-45. Avant 14, il existait un nationalisme tranquille, du moins dans les nations constituées de longue date ; ce qui se dessine après, c’est une recherche de justification de l’identité collective, une quête des origines, un fantasme de retour aux sources et, si possible, aux sources «barbares». Ce n’est plus un nationalisme mais un ethnicisme. Cela donne en Angleterre les premières études solides sur le folklore, reprises en France avec les enquêtes de la société ethnographique ; en Italie, c’est l’exaltation d’une Rome républicaine ou impériale complètement fantasmée mais qui assure le succès idéologique du fascisme ; en Allemagne, le mouvement volkich d’où surgira le nazisme. C’est aussi l’époque où Jung élabore la notion d’inconscient collectif. Et dans les milieux religieux, c’est un regain d’intérêt pour l’antiquité tardive et le haut moyen âge, leurs coutumes, leurs liturgies, etc. Cela prolonge tous les romantismes du XIXe siècle, le néo-gothique, le néo-roman, la canonisation de Jeanne d’Arc et la celtomanie d’Anatole Le Braz, mais avec quelque chose de plus fiévreux en particulier dans le besoin d’exégèse des symboles. Et tout devient symbole, d’ailleurs, voir dans le monde ésotérique les bouquins de Guénon, d’Evola ou de Fulcanelli – en contrepoint des délires de… zut, j’ai oublié son nom, celui de Paray-le-Monial… sur le Sacré-Cœur et l’Imperium Christi. Je balise évidemment les très grandes avenues pour brosser le portrait de cette époque qui entoure la première guerre mondiale et on pourra aisément me renvoyer tel ou tel détail oublié. Parallèlement, il y a bien sûr l’engouement pour la science et la technique et l’idéologie communiste que je n’oublie pas mais qui n’est pas explicative ici, sauf comme repoussoir.
Ce qui me semble de plus en évident, en ce qui concerne la fondation de l’ECOF, c’est qu’Evgraph Kovalevsky était un homme de ce temps. Beaucoup plus que le modernisme dont parle Palierne, ce qui m’a frappée dans ses écrits, c’est à quel point la France « éternelle » telle qu’il la concevait était un fantasme de Russe blanc. Je pense qu’il a eu une intuition juste : faire de la France un pays de mission, lui redonner l’orthodoxie qu’elle avait connue entre le IIe et le IXe siècles. je pense aussi qu'il avait une conscience claire des canons sur la localité de l'Eglise. L’ennui, c’est qu’il avait de la France une image romantique et complètement faussée par l’ethnicisme ambiant. Un mélange de mérovingiens vus au travers du DACL et de XVe siècle vu au travers des images d’Epinal sur Jeanne d’Arc. D’où la reconstitution d’un « rite des Gaules ».
On peut discuter à l’infini des aspects techniques, des sources, des collages, ou du côté hâtif et inachevé, ou de son esthétique, ou… ou... A mon sens, le problème n’est pas là. Pour avoir chanté cette liturgie en tant que choriste et parfois « bébé chef de chœur », j’en connais sur le bout des doigts les beautés réelles et les défauts criants, qu’ils soient textuels ou musicaux. Si je voulais apporter de l’eau à ce moulin critique là, j’ai de quoi. Mais en me plaçant sur ce plan, j’aurais aussi de quoi défendre la chose et l’expérience pour le faire.
Je ne sais plus qui a dit sur le forum, à propos de ce rite, qu’il aurait fallu laisser les morts enterrer les morts. Mais le rite des Gaules historique n’est jamais mort pour une raison fort simple : il n’a jamais existé. Entendons nous : nous avons des traces, des documents, des monuments qui témoignent de ce que célébraient les chrétiens de ces contrées entre le IVe siècle et le moyen âge classique, merci aux Bénédictins de Saint-Maur et autres historiens qui ont collationné les manuscrits encore existants et les ont sauvés pour la plus grande joie de leurs collègues futurs. Mais 1., tous sont lacunaires ; 2., la problématique a été faussée par des gens comme Duchesne ou Chevallier, fin XIXe, qui ont voulu mettre dans le même sac les usages celtiques et les usages «mozarabes» (c’est à dire wisigoths), l’Auvergne et Milan, agiter et bien secouer, parce qu’ils ne pouvaient pas supporter l’idée de l’autonomie des métropoles locales hors de Rome. Ils étaient à la fois très précis dans leur étiquetage des sources (localisation, datation, critique textuelle) et très flous dans leur attribution de tout manuscrit occidental aux «usages gallicans». Comment Eliazar appelle-t-il cette bête composite, déjà ? Le catoblepas ? Les historiens actuels, mais c’est assez récent, sont plus prudents, moins généralisateurs. Du moins les universitaires qui ne défendent pas une boutique ecclésiastique. A l’époque de l’entre-deux-guerres, n’importe qui voulant reconstituer un « rite des Gaules » serait tombé sur un catoblepas du même zoo. Au moins les frères Kovalevsky ont-ils cherché, et sincèrement en ce qui concerne Maxime (que j’ai connu, dont je peux donc parler, alors que je suis arrivée après la mort d’Evgraph), à lui donner un pelage orthodoxe (essayé -- réussi, c’est un autre problème et ça se discute !).
Le problème, c’est que lier évangélisation des indigènes et «mémoire culturelle», c’est à dire vérité des Evangiles et fantasme d’une sorte de génie ethnique éternel, c’est forcément le mariage de la carpe et du lapin. Quelle que soit l’ethnie visée. Ce qui signifie aussi que l’argument selon lequel la liturgie de saint Jean Chrysostome serait la seule possible parce qu’elle n’a pas cessé d’être célébrée dans les pays orthodoxes, ou parce qu’elle est grecque et donc issue du meilleur cru théologique impérial est un faux argument. Une liturgie est orthodoxe parce que son contenu transmet la foi juste le plus pleinement possible compte-tenu des limites de tout langage humain et que la façon de chanter est a-passionnelle, parce qu’elle fait entrer dans le Mystère et ne le recouvre pas de scories. La liturgie selon saint Jean Chrysostome répond à ces critères. Le «rite des Gaules» n’y répond que partiellement. S’il y avait répondu pleinement, peu importerait que ce soit une création infidèle au modèle historique, un patchwork ou même une œuvre perso ! Les hymnes de saint Romanos le Mélode n’existaient pas avant qu’il les écrive et personne ne contestera leur orthodoxie. Là encore on pourrait discuter à l’infini a priori des rapports entre tradition et création mais je ne veux pas rentrer ici dans une discussion de cet ordre. Mon propos est autre. Si, juste un point important. Aurait-on pu améliorer le «rite des Gaules» pour le rendre parfaitement orthodoxe ? Sans hésitation, oui – mais avec beaucoup de travail, de compétences et, surtout, de volonté de le faire et d’humilité pour prendre conseil de théologiens. Tout cela a germé à une certaine époque (les années 85-95), le travail avait commencé, il a été sabré en interne par quelques dinosaures qui voyaient là… une crise de modernisme ! Je me marre, mais au travers des larmes devant tant de gâchis. Je précise qu’aucun de ceux qui ont participé à ce travail n’est encore à l’ECOF – vous avez dit bizarre ?

Un des problèmes non résolus en ce qui concerne la création de l’ECOF, c’est pourquoi dans les années 50, alors que l’ethnicisme culturel avait mauvaise presse partout après la guerre et le cauchemar nazi, Evgraph Kovalevsky n’a pas changé sa vision du monde. Pourquoi, après l’expérience du camp de prisonniers, revient-il à Paris avec le même fantasme de la France éternelle ? Est-ce la difficulté personnelle d’un homme à atterrir dans le monde réel ? Est-ce la contrepartie francophile d’une difficulté toujours vivace dans la communauté russe à accepter l’exil, cf. le drame de ceux qui sont repartis au pays alléchés par les fausses promesses de Staline ? Je ne vois pas non plus comment le relier au «modernisme» dénoncé par Palierne. Autant l’ambiance des années 20-30, l’histoire des mentalités éclaire l’aventure de la reconstitution d’un «rite des Gaules» largement hypothétique mais qui faisait alors partie des préoccupations à la fois savantes et populaires, autant les années 50 ne s’y prêtent pas du tout – sauf dans des milieux très marginaux. Pourtant, c’est dans ces années là que l’ECOF va prendre forme.
Je suis loin d’avoir sur cette époque tous les éléments nécessaires pour en parler sans dire de bêtise. Les années 50 sont celles de mon enfance et c’est le point aveugle de tout historien, l’époque la plus difficile à aborder, quoi que l’on étudie. J’ai essayé de faire parler les anciens de l’ECOF, ceux «qui ont connu monseigneur Jean», j’ai discuté beaucoup avec Maxime Kovalevsky et tenté de recueillir les souvenirs d’Yvonne Winnaert. Il en ressort deux choses : le charisme personnel d’Evgraph qui, pour certains, a oblitéré toute possibilité de recul critique ; l’anachronisme de ses préoccupations par rapport à la France réelle. Rappeler les canons sur la localité de l’Eglise, vouloir célébrer en français et accueillir des Français dans des paroisses où ils puissent se sentir chez eux, c’était une fort bonne idée, très juste dans son principe et qui n’a pas encore atteint les hiérarques des Eglises-mères de la «diaspora». On ne peut pas lui reprocher de l’avoir promue. Mais pourquoi s’entêter à la reconstitution d’un rite «occidental» ? Pour singer les ktos, comme le dit Palierne ? A ce moment là, et Evgraph devait le savoir – en tout cas les intellos de Saint-Serge le savaient – commençait à pointer chez les dits ktos le mouvement qui a abouti à Vatican II. Il n’était pas question d’ethnicisme romantique mais de dépoussiérage radical, d’abandon du latin en tant que vieille langue incomprise, de mise en conformité de l’enseignement avec le scientisme ambiant, de dialogue avec les protestants. A beaucoup d’égards, pour moi qui ai grandi dans cette période et fait mes premiers pas de choriste, à 10 ans, avec les psaumes de Gélineau, le rite des Gaules apparaît plus comme une réaction contre les recherches alors en cours dans le monde kto que comme une volonté d’imitation.
Peut-être Palierne a-t-il raison au moins partiellement en parlant de «modernisme» si l’on compare non plus avec les préoccupations du monde kto mais avec celles du monde orthodoxe ; je ne peux pas répondre, ni acquiescer ni critiquer, faute de données solides sur ce qu’était le monde orthodoxe des années 50, en dehors du poids politique terrible du stalinisme et des histoires d’infiltration par le KGB. Mais je suis preneuse de données précises si quelqu’un en a.

Il existait par contre quelques milieux marginaux qui continuaient à cultiver soit un ethnicisme soit une vision romantique de l’histoire. Outre des royalistes nostalgiques des fastes de l’Action Française du vivant de Maurras, c’est tout de même la période où resurgit dans les milieux maçonniques et para-maçonniques la légende templière abandonnée depuis le convent de Willelmsbad, ce qui ne rajeunit personne. En particulier, en 1952, un ésotériste de type mystique sauvage nommé Jacques Brayer s’installe comme ermite dans une vieille tour à moitié ruinée en plein beaujolais, au lieu-dit Arginy. La dite vieille tour était un vestige d’une commanderie templière (ou peut-être hospitalière, car il y a souvent des incertitudes historiques sur les appartenances). Il va attirer autour de lui tout un groupe où l’on retrouve quelques célébrités maçonniques, des hauts grades de Memphis-Misraïm, certains des fondateurs de la GLNF, etc., et tout ce petit monde va retrouver une tombe templière dans le château d’à côté, autre vestige de la commanderie un peu plus habitable, se livrer à des évocations magiques pour retrouver des «secrets templiers», etc., etc. Dans la foulée de cette affaire sur laquelle, localement, circulent des rumeurs d’autant plus sulfureuses que personne n’a rien à dire de précis, Vincent Planque (GLNF) crée à Lyon avec Robert Ambelain (le plus haut gradé de Memphis-Misraïm) en 1954 ou 56 une loge Willermoz hors obédiences ou inter-obédientielle, je n’ai pas très bien compris sa «canonicité» maçonnique, loge dans laquelle va commencer de s’élaborer la magouille ésotérico-politico-religieuse autour de Rennes-le-Château dont le dernier épisode en date est le fameux best-seller Da Vinci Code. Une dénomination ironique puisque le Willermoz historique fut le moteur de l’abandon de la légende templière à Willelmsbad, mais passons. Planque et Ambelain faisaient alors partie du groupe de «disciples» ou de «chercheurs» d’Arginy. Or, il y a quelques années, en 1999 ou 2000, quand je faisais des recherches pour démonter cette affaire de Rennes-le-Château qui empoisonne toute la région de Carcassonne, mon informateur sur la loge Willermoz, ancien disciple d’Ambelain et haut grade dissident de M.-M., m’a cité en passant au téléphone, sans y accorder d’importance, parmi les protagonistes, «un prêtre orthodoxe, un type qui s’appelait Kovalsky ou quelque chose comme ça». Là, j’ai cru que mon cœur allait s’arrêter de battre. Je savais qu’il y avait des maçons à l’ECOF, que l’évêque Germain avait donné des conférences lors de tenues blanches, mais je pensais encore que ce genre de choses avait commencé avec lui.
Dans les années qui ont suivi, en poursuivant cette enquête, je me suis aperçue que Brayer lui-même, dans un bouquin où il délire sur les cycles et la fin des temps, cite Evgraph Kovalevsky parmi les participants aux réunions d’Arginy. Et Jean-Pierre Bayard, dans son bouquin sur les sectes, en dit également quelques mots. J’ai donc interrogé sur cette affaire des «anciens qui ont connu monseigneur Jean», de l’ECOF et de l’UACORO, et je me suis aperçue qu’ils n’étaient tout simplement pas au courant, soit parce qu’ils étaient arrivés après, soit parce que ce fait n’avait pas filtré auprès des jeunots qu’ils étaient alors. J’ai essayé d’interroger directement des connaisseurs du monde ésotérique, je n’ai pas eu de réponse plus claire. J’ai essayé, quand je l’ai rencontré pour la première fois de ma vie il y a trois semaines, de poser la question à Michel Philippe Laroche, il n’a même pas entendu, alors qu’il a répondu, (sincèrement ou non, Dieu seul sonde les reins et les cœurs et je ne saurais jurer de rien) à tout ce que je lui ai demandé sur les motifs de sa rupture avec Germain. Et ceux qui démontent aujourd’hui le pernicieux Da Vinci code, s’ils ont bien repéré parmi les sources de l’affaire Gérard de Sède ou le mérovingien autoproclamé Pierre Plantard, n’ont pas un mot sur le rôle de la loge Willermoz et la continuité avec l’affaire d’Arginy. Bref, je n’ai réussi à obtenir aucun document, aucun témoignage clair, aucune explication qui tienne la route. Là encore, je suis preneuse de tout renseignement précis et documenté. Pas des rumeurs, parce qu’on ne peut rien en faire et il y en a déjà trop.

Si je ne suis pas partie de l’ECOF en 93, alors que je me suis posé sérieusement la question, c’est parce que je n’arrivais pas davantage à obtenir quelque chose de clair des Roumains sur les motifs de la rupture. J’avais assez vite compris que Germain mentait comme un arracheur de dents, mais si c’était une partie de poker menteur où tout le monde se hâtait de mettre les cadavres dans les placards et la poussière sous le tapis, pourquoi casser tout ce que je venais de construire dans ma vie ? Pour gagner en «respectabilité» ? La belle affaire ! J’ai donc fait partie du petit groupe qui est resté mais en vigilance et, pourrait-on dire, la valise à la main, tout en essayant de rectifier en interne ce qui ne nous semblait pas net, de retravailler la liturgie, de donner des cours qui tiennent la route, etc. C’est-à-dire ceux qui ont claqué la porte en 2001 après avoir de toutes leurs forces essayé de faire le ménage dans la maison. Et c’est dans ce contexte de nettoyage des écuries d’Augias que j’ai découvert qu’Evgraph Kovalevsky avait eu un lien avec l’affaire d’Arginy.
J’autorise tous et chacun à réécrire mon histoire avec des si et à juger après coup de ce que j’aurais du faire à telle ou telle époque. Je me suis plantée en restant en 93 ? C’est fort possible, j’assume. Si un jour revient la mode des blasons, mon emblème pourrait être une bêche, vu que ce n’est pas le seul plantage de ma vie. Passons, ce n’est pas le lieu. Mais si plantage il y a, et souffrance avec, j’aimerais bien comprendre pourquoi on nous a tant menti, pourquoi malgré ces mensonges l’ECOF a joué pour beaucoup de manière indéniable un rôle de sas vers l’orthodoxie, ou de «mère porteuse» si j’ose cette métaphore, pourquoi saint Jean Maximovitch a reçu Evgraph et l’a sacré, et pour quel pays exactement, vu ce qu’affirme Palierne et que j’aimerais bien qu’il étaye, pourquoi surtout les Roumains ont accepté de reprendre le flambeau. Encore des plantages ? A qui est-ce que je passe ma bêche ? A Ceaucescu, au patriarche Justinien, à l’évêque Daniel de Moldavie ?

Je veux surtout savoir si la «résurrection» d’un «rite des Gaules» dans les années 50 avait un lien ou non (et si oui, lequel) avec la magouille ésotérico-politique élaborée par les protagonistes de l’affaire d’Arginy/Rennes-le-Château, sachant que, outre la promotion d’une variante fort pernicieuse de nestorianisme qui, soyons juste, n’a jamais été enseignée à l’ECOF, toute l’affaire vise à réécrire l’histoire de l’occident et à remplacer l’histoire réelle et assez banale, celle que dégagent les historiens universitaires, par une pseudo-histoire romantique et fantasmatique, un mythe du complot à l’échelle bi-millénaire, avec trafic de généalogies, figurants célèbres et scènes en costumes dignes des caméras d’Hollywood. Et hélas, ça marche, voir le succès des bouquins depuis ceux de Gérard de Sède.
Je suis la seule à m’en inquiéter à l’UACORO en voie de disparition, mais c’est simplement parce que les autres ne savent pas ce qu’est l’affaire d’Arginy et ne comprennent pas l’importance que je lui donne. Car évidemment, j'en ai parlé. Mais trafiquer délibérément la mémoire des peuples n’est pas anodin. C’est la porte ouverte à toutes les propagandes, à toutes les manipulations de l’inconscient collectif, à toutes les dictatures dures ou soft, et c’est aussi la plus puissante voie d’attaque si l’on veut tenter de détruire le christianisme. Les milieux new age, dès la fin des années 30, ont déjà essayé de promouvoir un nestorianisme vaguement teinté d’hindouisme, qui a failli prendre dans les années 70 et qui est retombé comme un soufflé. Tout le programme avait été écrit noir sur blanc dans un livre made in USA, signé Alice Bailey et intitulé Extériorisation de la Hiérarchie, qui a été publié juste après la guerre et traduit en français dans les années 50 ou 60. C’est à lire avec de très très longues pincettes et un tube d’aspirine à portée de mains tant le jargon est innommable, mais c’est fort instructif sur les buts poursuivis par certains pontes de l’ésotérisme et sur les moyens utilisés. Et je n’oublie pas ce politologue américain qui, sur les ondes de France-info et pendant que les bombes dégringolaient sur Belgrade, commentait : «L’orthodoxie ? Elle aura disparu en l’an 2000.» Raté, mon bon monsieur, mais on n’est pas plus clair sur les intentions !

J’ajouterai que, si la création de l’ECOF est réellement entachée de ce type de magouille dans laquelle il est fort possible aussi qu’Evgraph Kovalevsky ait été autant victime qu’acteur, victime de son propre fantasme francophile et de manipulateurs quasi professionnels, ceux qui sont passés par l’ECOF, y compris nombre des hommes qui y ont reçu une ordination, y compris ceux qui ont travaillé à l’intérieur, y compris les membres du conseil épiscopal qui n’avaient aucun pouvoir concret et qui bien souvent n’étaient pas consultés avant les décisions, avaient dans leur grande majorité une soif spirituelle authentique et une confession de foi orthodoxe. On me citera quelques escrocs, quelques assoiffés de pouvoir et quelques francs-macs, toujours les mêmes d’ailleurs, et si ça se trouve je pourrais même rajouter quelques noms à la liste. Mais j’aimerais qu’Antoine retire le terme «tas d’immondices» en ce qui concerne les fidèles et une bonne partie du clergé, on ne peut pas traiter ainsi tous ceux qui sont venus en pensant sincèrement trouver là une Eglise orthodoxe, en particulier ceux qui sont arrivés pendant que l’ECOF était sous l’omophore de la Roumanie. Ou alors, nous sommes tous des tas de merde, nous qui arrivons adultes à l’orthodoxie, car nous avons tous une histoire discutable derrière nous, et que Dieu, dans sa grande miséricorde, nous pardonne nos errements passés !
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Antoine
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Message par Antoine » jeu. 28 juil. 2005 19:39

Ok ok vous avez raison, je retire "tas d'immondices" qui est bien excessif et vous présente sincèrement toutes mes excuses à la lecture de votre message. Il y avait effectivement ceux qui cherchaient sincèrement une Eglise orthodoxe et tous les autres qui se servaient de cette recherche pour "se placer."
En revanche je ne vous suis pas sur ce qu'il convient d'appeler une liturgie orthodoxe car elle doit aussi avoir un passé de Tradition derrière elle et non pas seulement un contenu.
Il y avait à la même époque des gens qui travaillaient à traduire le cycle liturgique de St Jean Chrysostome et à le répandre et qui n'ont jamais collaboré avec Kovalevski pour cette raison. Je pense notamment au Père André Bredeau qui officiait à Nantes et à Bordeaux et qui a vu très tôt le désastre auquel mènerait la création d'une liturgie à laquelle on essayait de donner un "contenu orthodoxe". Une liturgie ne s'invente pas en quelques semaines sur du papier, et le résultat désatreux obtenu qu'est l'Ecof en est la meilleure illustration. Je reste persuadé que si on s'était mis dans cette Tradition chrysostomienne en respectant les canons orthodoxes, l'Ecof aurait pu devenir une splendide Eglise Locale et beaucoup de gourous, défroqués, ésotéristes de tout poil et autres immondices n'y auraient pas trouvé leur place. Mais on ne fait pas d'histoire avec des si.

Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » jeu. 28 juil. 2005 20:11

Que dire, Antoine, sinon mon accord et mes larmes?
Je ne récuse pas la tradition, je récuse l'argument culturel de validité. Nuance.
Non, une liturgie ne s'invente pas en quelques semaines sur le papier.
J'ai dit que ce fil ne me semblait pas, dans le cadre de mon précédent message en tout cas, le lieu où discuter des rapports tradition/création. Mais j'ai peut-être tort.
On ne refera pas l'histoire avec des "si", mais prendre la liturgie russe, traduire, adapter la musique à la langue, chercher le rythme propre de la phrase française pour que le sens soit audible, introduire si l'on voulait quelques merveilles textuelles occidentales comme la prière de saint Patrick, ce joyau de l'Irlande, et si possible dans une traduction meilleure que celle de l'ECOF (cette traduction existe aujourd'hui), cela aurait donné bien plus de liberté de création que de tenter de restituer un catoblepas chimérique. Et une liberté à l'intérieur des canons, pas négligeable...
Rien n'est perdu du point de vue liturgique puisque ce travail peut reprendre dans les paroisses francophones dont l'existence est de plus en plus indispensable.
Mais votre message m'ouvre une perspective à laquelle je n'avais pas pensé, dans la foulée de ce que je dis sur Arginy...
Il faut que j'essaie de vérifier, ce serait trop grave si c'était vrai et trop grave aussi si je me laissais emporter à tort par une hypothèse...
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Message par Jean-Serge » jeu. 28 juil. 2005 20:16

Je suggère de repositionner cela sur le fil ECOF... Mais Kovalesky avec Ambelain ça m'a fait un choc!! Osons le dire Ambelain a écrit pas mal de livres de magie...
Dernière modification par Jean-Serge le jeu. 28 juil. 2005 20:50, modifié 1 fois.
Priidite, poklonimsja i pripadem ko Hristu.

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Message par Anne Geneviève » jeu. 28 juil. 2005 20:29

Ajout rapide pour que l'on comprenne bien la portée de l'affaire d'Arginy. En 1976, avant que je connaisse l'orthodoxie autrement que par deux ou trois bouquins, j'habitais en Bourgogne et, entre autres choses, je collaborais avec un petit groupe de techniciens de chez Delle qui avaient monté une asso pour faire de l'enquête scientifique sur les phénomènes paranormaux, un peu d'archéo aussi. Un des membres de l'asso s'intéressait à la tour d'Arginy alors désertée par la bande à Brayer. Et, un beau jour, le président de l'asso me téléphone : les gendarmes venaient de l'avertir que plus personne de chez nous ne devait mettre les pieds pour l'instant à Arginy : ils venaient de déterrer 50 cadavres au pied de la tour et s'interrogeaient pour savoir si c'était un charnier de 39-45 ou une affaire plus récente. Nous n'en avons pas su plus, car rien d'autre n'a filtré, ni dans la presse locale, ni ailleurs par le suite. Mais nous avons tous fait une drôle de gueule, ce jour là.
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Message par Antoine » jeu. 28 juil. 2005 21:10

A la source d'une liturgie, il y a avant toute chose de la Sainteté. Sainteté de St Jean- Chrysostome, de ces prédécesseurs et de ses successeurs, Sainteté des Pères, Sainteté des Mélodes, Sainteté de ceux qui l'ont célébrée, sainteté de l'Eglise , Sainteté du Christ et de l'Esprit, sainteté du Père . En dehors de la sainteté les rapports tradition/création en matière liturgique ne m'intéressent guère. C'est seulement dans ce contexte de sainteté que je serais prêt à examiner cette dialectique ou plutôt toute inspiration liturgique.
Je ne pense pas qu'il y ait cette même source de Sainteté dans ce qui a été fait pour cette liturgie écofienne. Ni dans son élaboration, ni dans sa pratique. Une liturgie sans sainteté ne peut que mener à tout ce qui est simulacre, gnosticisme et ésotérisme en tout genre, à des blessures spirituelles graves et à la perte de ceux qui la pratiquent, ce qui n'a pas manqué d'arriver.

Comme par hasard on retrouve encore l'Ecof mêlée au château d'Arginy.
Templiers, trésor, ésotérisme, alchimie, maçonnerie, médium en tout genre, etc... La poubelle déborde.
Il faudra bien quand même un beau jour que les ex écofiens comprennent pourquoi tout ce triste monde avait des liens si étroits avec l'Ecof! La liturgie n'est pas une alchimie.
http://www.insolite.asso.fr/insolite/arginy.htm
Dernière modification par Antoine le jeu. 28 juil. 2005 21:53, modifié 1 fois.

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Message par paraclésis » jeu. 28 juil. 2005 21:50

Le rapport tradition/création est pareillement à interroger quand on voit l'apparition d'icônes qui certes veulent honorer une personne sainte mais dont le résultat est parfois insatisfaisant. C'est me semble-t-il du ressort des évêques de faire un peu de clair dans tant de centres de création d'icônes qui initient qui veut bien se rendre aux stages organisés à ce qui n'est vraiment pas un artisanat dont il conviendrait seulement de peaufiner les techniques.
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Message par Anne Geneviève » ven. 29 juil. 2005 19:00

Mon dernier message était très long mais, en le relisant, je m’aperçois qu’il est insuffisant. Jean Serge a eu exactement la même réaction que moi quand j’ai entendu le nom de Kovalevsky dans le contexte de l’affaire d’Arginy. Cela dit, cette aventure d’Arginy, qui a affolé le petit monde ésotérique et maçonnique pendant des années, est une histoire complexe avec des phases distinctes, des luttes de pouvoir, des variantes idéologiques, une histoire sur laquelle la lumière est très loin d’être faite.
Au fait, il semble que j'ai fait une faute d'orthographe, écrivant partout Brayer au lieu de Breyer. Je corrige donc ici.
J’ai fait allusion aux 50 cadavres (rapidement, car le cybercafé fermait) découverts par la gendarmerie et dont on n’a plus jamais entendu parler. Les gendarmes espéraient que c’était un charnier de 39-45 (le Beaujolais, comme toute la région lyonnaise, a connu des épisodes très durs liés à la résistance puis à l’épuration et, avant d’abriter les rituels de Breyer, la tour avait servi de cache, de rendez-vous clandestin, etc.) mais il ne cessait dans les années 60-70 de courir dans la région des rumeurs sur le sort des gens trop curieux ou des rumeurs de magie sacrificielle. Comme tous les rumeurs, c’était toujours l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme… qui a vu l’ours. Evidemment, quand les squelettes ont émergé, la gendarmerie ne pouvait plus les ignorer. Mais il faut dater les choses. Breyer est resté à Arginy 7 ans, donc entre 1952 et 1959. Après son départ, c’est Ambelain qui a récupéré les « investigations » « templières » sur les lieux et c’est à partir de son jeu de « grand mage » que les rumeurs ont commencé. Et sur ce point je suis formelle car j’ai passé mon enfance à Chalon sur Saône et j’étais une petite fille puis une ado avec de grandes oreilles.
Quels ont été exactement la place et le rôle d’Evgraph Kovalevsky dans cette pétaudière, je ne parviens pas à le savoir. Qu’il ait participé aux réunions de Breyer, informelles par rapport aux règles maçonniques, donc les réunions qui ont eu lieu entre 52 et 59, c’est désormais de notoriété publique et je pense que ni Breyer qui filait imperturbablement son délire sur la fin des temps, ni Bayard qui n’est en l’occurrence qu’un chroniqueur de l’ésotérisme ne l’ont écrit pour embêter l’ECOF. S’ils l’ont écrit, c’est qu’il s’est effectivement mêlé à ce groupe. Par contre, plus personne ne le cite quand Ambelain reprend les choses en main après 59.
Le seul commentaire que j’ai obtenu de la part d’un « ancien qui a connu… » – mais arrivé à l’ECOF après ces événements – c’est qu’Evgraph était net dans sa confession de foi orthodoxe mais qu’il avait une grande curiosité qui pouvait l’amener à des imprudences. Je pense aussi que si Evgraph Kovalevsky n’avait pas été personnellement clair dans sa confession de foi, jamais saint Jean Maximovitch ne l’aurait sacré.
Seulement, une fois récité le credo, il reste le champ immense des théologoumènes et des pratiques potentielles.
J’ai été très frappée d’une réflexion de Maxime Kovalevsky en 88 ou 89,donc quand l’ECOF était encore en lien canonique avec la Roumanie. Il devait donner un cours à l’institut de théologie et nous avait dit d’entrée de jeu, sans explication : « Je suis un lâche. J’ai vu les choses se faire mais je n’ai pas eu le courage d’intervenir. » Puis, une heure durant, il avait parlé du « fil d’or de la tradition » et de la façon dont des déviances minimes, en s’accumulant et s’approfondissant, peuvent creuser un écart tel qu’elles aboutissent à une hérésie. Nous nous sommes tous entre-regardés : mais de quelles déviances s’agit-il ? Pas besoin de sortir de polytechnique pour comprendre qu’il parlait de l’ECOF, de son évolution et de l’évêque Germain ; la plupart ont pensé qu’il faisait allusion aux galipettes du chéri de ces dames, mais cette explication facile ne m’a jamais satisfaite. Pour le dire crûment : si Germanicus le Bel avait été le premier évêque dans l’histoire dont les gonades ont remplacé la cervelle et le cœur, ça se saurait. Il existe des canons pour régler ce type de situation et elle n’implique pas la foi. Et là, Maxime nous mettait en garde : l’ECOF était sur une pente qui impliquait un risque pour la foi.
Il ne pouvait pas non plus parler du rite, puisque c’était son œuvre et qu’il l’a toujours défendue dans son principe, même s’il était conscient qu’elle était bourrée de défauts et s’il encourageait les révisions et le retravail. Cela, au contraire, il l’abordait très librement.
A mon sens, ce dont il parlait à mots couverts ce soir là, c’était des connivences avec l’ésotérisme.
Et cela me ramène au champ des théologoumènes et des pratiques, parce que c’est celui où peuvent germer le plus aisément les « infimes déviances » dont il parlait, ces fissures qui deviennent des gouffres.
Le terme « ésotérisme » recouvre tout un ensemble de groupes, de pratiques, de théorisations, etc. extrêmement disparate. Mais c’est aussi un champ clos où, derrière le foisonnement évident, quelques idéologues de haute volée et quelques professionnels de la manipulation politique mènent une lutte constante et sans merci pour le pouvoir. Je ne parle pas des grands-maîtres du Grand Orient qui vont en tête de manifs à Paris revêtus de leurs décors, ceux là feraient rigoler les poules si elles avaient des dents ! Pour la part visible de l’iceberg, je parle de gens comme Ambelain, justement, qui appartenait à cinq ou six obédiences et créait en permanence l’équivalent zozo des sociétés-écrans en économie pour en manipuler d’autres. Les plus dangereux, ce sont les manipulateurs bien entraînés dont les noms ne sont pas connus, qu’on ne trouve pas dans la liste des sociétés secrètes de Bayard, mais qui vont fréquenter occasionnellement des réunions comme celles de Breyer, ou les fraternelles, ou les tenues blanches, ou les congrès new age, sympathiser avec les uns et les autres et subtilement encourager ou décourager les penchants de ceux dont la position ou le potentiel les intéresse sans jamais heurter de front les convictions. Je ne dis pas que c’est ce qui s’est passé avec Evgraph Kovalevsky car, encore une fois, je n’ai pas les données nécessaires et ce serait de la calomnie en l’état actuel de mes recherches. Par contre, j’ai de très forts indices que c’est ce qui s’est passé pour l’évêque Germain. Il a même dû croire qu’il pourrait jouer dans la cour des grands, cet imbécile !
Je ne dis pas non plus qu’il existerait un « complot judéo-maçonnique » comme l’affirmait la RISS et comme le croient encore certains ktos tradis qui ne sont pas sortis de la naphtaline depuis la Sapinière (les « catholiques intégraux » qui s’opposaient au « modernisme » depuis Pie X). C’est de la foutaise. Il existe des complots à géométrie et temporalité variables, soit ourdis par des services secrets bien étatiques : manipuler les « sectes » était le jeu favori de la CIA et du KGB durant la guerre froide, merci à ceux qui l’ont joué avec les fondamentalistes de l’islam, merci, on s’en serait bien passé ; soit tramés par des idéologues qui veulent faire triompher une vision du monde : l’œcuménisme syncrétique tant à la mode est tout de même un des plans et ran tan plans mis au point dans l’entourage d’Helena Blavatsky et l’on sait par ailleurs combien le nazisme était lié au néo-paganisme de la Thule Gesellschaft.
La manipulation de Germain, je n’en ai pas non plus tous les détails mais assez pour en rire plus que pour en pleurer. C’est un machin énorme pour les fidèles de l’ECOF qui ont été bernés, blessés, dévorés spirituellement et, pour certains, laissés exsangues sur le tapis. Pour eux, oui, je pleure et j’ai mis ce que je savais déjà sur la table lors des AG qui ont amené la rupture franche. Mais à l’aune de la géopolitique de l’ésotérisme et des religions réunis, c’est un tout petit épisode, un petit pion qu’on a déplacé quand on en avait besoin pour des opérations de deuxième ou de troisième ordre, si ce n’est de quinzième ! Et le fait que sa dulcinée Nathalie devenue Constance se soit révélée en « mère Céleste » dans les milieux new age lui a surtout valu le doux surnom de… Babar.
Pourquoi tous les Mamamouchis de l’ésotérisme se sont-ils intéressés à une petite Eglise orthodoxe marginalisée dont le poids géopolitique était sensiblement égal à zéro, quoi qu’aient pu penser ceux dont la vision était déformée par les parois du bocal ? L’explication est très bête. Après la seconde guerre mondiale, échaudés par la Shoah (on le serait à moins !), un groupe de kabbalistes a voulu éviter le retour de ce genre d’événements et a donc jeté rituellement un interdit sur toute magie pratiquée en occident et basée sur des symboles occidentaux, sauf s’il s’agit d’une liturgie chrétienne. Ne discutons même pas de l’efficacité de ce rite. Ce qui compte, c’est que les milieux zozo l’ont pris très au sérieux. D’où la course non pas à l’échalote mais à l’évêque pour assurer l’efficacité des opérations magiques. Et comme tous ces gens ont une vision magique de l’épiscopat et de la succession apostolique, le patriarcat syro-jacobite d’Antioche (pré-chalcédonien) s’est rempli les poches en sacrant contre espèces sonnantes et trébuchantes un certains nombre de guignols dans des ecclésioles. Inutile d’ajouter que la fondation d’ecclésiolettes (c’est encore plus petit) fut largement encouragée pour multiplier les mitres. Mais ils avaient encore des doutes à cause de la vénalité de ces sacres et de l’ancienneté des canons contre la simonie. Donc le fin du fin, mais là, c’était un peu plus dur, c’était de s’assurer d’un « vrai » évêque. Et voilà pourquoi l’ECOF est devenue une cible, à l’insu de 99% de ses membres.
Tout mon problème aujourd’hui, c’est de savoir si l’ECOF fut une cible après ou avant sa fondation.
Au départ, je n’avais pas l’intention de parler de cela de suite sur le forum. Cela me semblait du type de linge sale qu’on lave d’abord en famille. J’ai dit publiquement en détail ce que je savais lors des AG qui ont amené la rupture entre ECOF et UACORO, j’ai tenu l’UACORO au courant de mes enquêtes quand j’ai découvert le lien Kovalevsky/Breyer, je préparais une intervention pour l’AG d’octobre qui, à mon sens et je ne suis pas la seule à le penser, doit être la dernière. Antoine a eu un argument qui m’a convaincue d’anticiper : c’est le rôle de veille, de vigilance qu’a le forum de par son existence même, empêchant ainsi des jeux troubles de politique ecclésiale de se tramer dans l’ombre. Or la vigilance et la transparence, ce sont des choses que l’on cultive beaucoup à l’UACORO, trop échaudés aussi par l’expérience écofienne, et un jeu franc et dur en interne, comme sur le forum, qui nous a tous beaucoup fait mûrir. Cela n’a jamais été une ECOF bis ni un combat des chefs, plutôt le tamis qui a permis, progressivement, de faire plus encore qu’avant le tri entre l’essentiel et l’accessoire, de comprendre en profondeur le sens des canons, etc. Juridiquement, c’était dès le départ une structure conçue comme provisoire pour pouvoir mener les démarches nécessaires, y compris à certaines prises de conscience, sans enfreindre en plus la loi française !
Pour ma part, comme je vivais en province et, par la force des choses, hors de toute juridiction, je n’ai suivi que de loin ce qui se passait après la phase de rupture, j’ai mis juste un petit grain de sel ici et là, et puis j’avais un deuil personnel à vivre. Je ne suis venue à Juvisy que depuis l’an dernier mais quand je vois à quel point cette année a été riche, comme un accouchement, même si cette étape s’achève, je ne la regretterai pas. Et s’il est une chose dont je puis témoigner, mais seulement témoigner car ce n’est pas un point où l’argumentaire logique serait valable, c’est que la Grâce qui a complètement déserté l’ECOF nous a été donnée et en surabondance toute cette année. Pour ma part, je pense que c’est pour que nous puissions achever proprement ce parcours et passer à autre chose. Mais ce n’est que mon point de vue…
Maintenant là encore, si certains veulent réécrire ma vie perso avec des "si" et me signaler tous les tournants que j'aurais dû prendre autrement, je leur en donne le droit.
Et si vous saviez combien je suis fatiguée de remuer ces merdouilleries de pouvoir et de pouvoirs simplement pour baliser des chausses-trappes...
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Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » sam. 30 juil. 2005 18:42

Merci pour les informations que vous apportez. On en apprend constamment un peu plus sur les diverses dimensions de l’ÉCOF. Toutefois il y a bien longtemps qu’on connaît les rapports entre Evgraf Kovalevsky et un certain nombre de groupes occultes. Apparemment il y en a eu d’autres, dont il a été question sur ce Forum, et il se peut bien que d’autres connivences éclatent au grand jour. Je me souviens d’un livre qu’un certain Marsaudon avait édité dans les années 1950 chez Dervy (vous connaissez probablement cet éditeur) qui en parlait très clairement. Et il y aurait probablement beaucoup à dire sur les origines de l’ÉCOF.

On ne peut pas attribuer seulement à l’occultisme le fait qu’on ait éprouve le besoin de créer un évêché occidental. Vous rappelez que ce n’était pas du tout “dans l’air du temps” à une époque où l’idéologie était déjà très mondialisée. Ce n’est pas là qu’il faut chercher la signification de cette étrange créature qu’est l’ÉCOF. Il faut aussi faire intervenir la situation qu’a créée le développement du modernisme dans le monde orthodoxe : en cherchant à toute force à réformer l’Église orthodoxe, à fabriquer une Église rénovée, il a créé la possibilité de créer une structure détachée de la Tradition orthodoxe.

Si ce fil a déjà été fort long, c’est que le sujet est vaste, car l’histoire de la présence orthodoxe en France a soulevé bien des passions.

Le phénomène “ÉCOF” est une petite partie d’un contexte plus général, c’est celui de la grande tentation moderniste qui a saisi les Églises orthodoxes à la fin du XIXème siècle, bien entendu selon des chronologies différentes et suivant divers itinéraires selon les États-Nations dans lesquels ils s’inscrivaient.. Un certain nombre de laïcs influents de ces églises se sont affligés de l’état d’infériorité dans lequel ils voyaient leurs Églises par rapport aux Églises d’Occident. Ils attribuaient l’indigence intellectuelle et l’insignifiance sociale des Églises orthodoxes avant tout au recrutement et à l’obscurantisme monastique des évêques.

Plusieurs recettes de modernisation ont été proposées. Il y a donc eu plusieurs modernismes. Il y a toute une longue histoire du modernisme russe, qui s’est pour la première fois exprimé au grand jour lors des “Rencontres philosophico-religieuses” de Saint-Pétersbourg en 1901. Le concile de 1917 avait élaboré une constitution democratique de l’Église russe (qui ne fut pas adoptée définitivement, le Concile ayant été dispersé par les bolcheviks). Cette Constitution créait une pyramide de paroisses; de doyennés et de diocèses, toujours diridés par des assemblées clérico-laïques où les évêques n’avaient qu’un rôle de présidents, jugeant en appel, départageant en cas de conflit. Le rétablissement du patriarcat aurait joué le rôle d’un président de la République, assorti d’un gouvernement clérico-laïque. Le monachisme était conçu à l’image des “congrégations actives” de l’Occident, assumant les fonction caritatives et enseignante de l’Église.

Cette structure n’est plus appliquée que par l’Archevêché de la rue Daru. Ce n’est pas un hasard, car c’est à Paris que se sont retrouvés les représentants du modernisme russe. Mais ce n’était que l’une des tendances de l’Église orthodoxe dans l’émigration.

Ils attribuaient l’échec, tant de la Russie démocratique que de la rénovation de son Église, à la faiblesse de l’autocratie impériale tout autant qu’à l’obscurantisme d’un haut clergé de recrutement monastique. Cette tendance fut la seule à se doter d’une organisation autour de l’Institut Saint-Serge. Le but de la création de cet Institut était de fournir à la future Église russe (dont l’émancuoation semblait proche) des cadres de haute formation intellectuelle, mais détachés du monachisme. Le programme même des études s’inspirait fortement de la critique textuelle de la Sola Scriptura chère au protestantisme que de l’étude des Pères pour déboucher sur une “dogmatique” rationnelle. La liturgie était envisagée soit comme un Trebnik (c’est-à-dire un Typikon), soit comme une “action de grâces communautaire offrant le monde”, mais on n’étudiait pas son hymnographie comme source théologique.

L’Église russe n’a pas eu besoin de ce type de cadres lorsqu’elle a retrouvé sa liberté. Elle les a rejetés. Quant au peuple émigré, il s’est parfaitement inséré dans la société française. Il fournit très peu de prêtres. Ne pouvant se faire entendre de la grande majorité de l’émigration russe, les modernistes ont alors tenté de présenter leur vision de l’Église comme l’apport d’une “Église locale” qui, née dans l’Occident moderne et savant, pourrait en retour enseigner aux Églises des pays de tradition orthodoxes les vertus de l’Occident. Ils savent maintenant qu’ils ne peuvent attirer l’attention de l’Église russe, et considère que son indifférence signifie l’échec de ce projet “d’Église locale” auquel ils ont travaillé toute leur vie.

C’est qu’en effet ils ne mettaient sous ce nom “d’Église locale” u’un projet de leçon à donner aux Églises orthodoxes traditionnelles, une leçon inspirée par les qualités supposées de l’Occident. Le nom “d’Église locale” que les modernistes donnaient à leur projet ne doit pas abuser, ce n’est pas ce qu’y met la Tradition canonique de l’Église. Ils ne pensaient pas créer une communauté ouverte aux besoins spirituels des Français - tout au plus envisageaient-ils d’accueillir une élite savante et critique, insatisfaite des Églises d’Occident.

La création de l’ÉCOF représentait une variante du projet initial, marquée dès le départ par une indifférence totale à l’égard de l’opinion de l’émigration russe et de son Église. Elle permettait de présenter une vitrine de ce qu’aurait pu être une Église rénovée, restant hors du champ de bataille des affrontements inter-juridictionnels.

On ne fabrique pas une liturgie comme on compose un ouvrage, on la reçoit de la Tradition. C’est bien ainsi que saint Basile et saint Jean Chrysostome ont travaillé pour fixer la Tradition non-écrite de l’Église. La création ajoute l’hymnographie, composition poétique qui elle-même d’ailleurs ne fait qu’exprimer la conscience théologique de l’Église. Mais le texte des Liturgies de saint Basile et de saint Jean Chrysostome ne représente pas une composition, une création littéraire, c’est la codification de la Tradition.

Je me souviens de Maxime Kovalevsky disant un jour en entrant à Saint Irénée : « Il se peut que tout cela n’ait été qu’une expérimentation liturgique. » Il commençait à douter.

Je ne crois pas que la tentative de “rite des Gaules” était véritablement inspirée par un souci de retrouver ce qui a existé, mais par le souci de retrouver la vérité de l’Église dans la participation d’une communauté offrant le monde. Déjà à l’époque il y avait des gens qui faisaient un travail historique sérieux et qui rigolaient des travaus de l’ÉCOF et de son style “troubadour”.

C’était bien une expérimentation, inspirée par cette idée qu’il faut remonter aux origines pour retrouver la véritable signification de l’Église, occultée par des siècles d’obscurantisme et d’institutionnalisation. Je me souviens aussi de l’avoir entendu dire (et enseigner en public à “l’Institut”) : « L’Église est dans l’erreur depuis quinze siècles, depuis l’apparition du monachisme. » C’est exactement le point de vue de certains modernistes (ceux qui veulent dépasser la modernisation des structures) cherchant la vérité de l’Église uniquement dans le communautarisme paroissial.

C’est cette tentative de modernisme ecclésiologique qui a rendu l’ÉCOF beaucoup trop sensible aux tentations et aux manipulations occultes.

Jamais aucune des juridictions représentées en Europe occidental n’a entrepris de former un clergé indigène. Elle ne voient la possibilité d’accueillir ces indigènes que par l’accueil d’un clergé transfuge et vagans. Le clergé de ces Églises semble complètement désemparé par ces occidentaux à problèmes qui frappent à la porte des Églises orthodoxes. Il est d’ailleurs étonnant de voir que certains prêtres n’ont pas honte d’approuver un grand nombre de fantaisies personnelles très peu orthodoxes. Chacun peut alors y trouver ce qu’il y cherche.
Jean-Louis Palierne
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Message par paraclésis » sam. 30 juil. 2005 19:14

je suis pas aussi négative que J-L sur le clergé en France, du moins en jugeant depuis marseille. 4 prêtres, tous nés en France et français.
Un à l'archevéché, russophone, mais paroisse célébrant alternativement en slavon et français.
Et sur les trois de constantinople, l'un, grécophone, célébrant en grec et français, le second, célébrant en français ou en grec, le dernier enfin ne célébrant qu'en français.
Enfin surtout, dans les 3 paroisses (je parle pas des hors frontière) les français sont les bienvenus et sont d'ailleurs très présents.
en-arké-o-logos

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