Hétérodoxie

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Yiannis
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Message par Yiannis » dim. 19 mars 2006 0:02

Antoine a écrit :
Lisez Zola : fin XIXème début XXème une femme “en cheveux" dans les rues de Paris était une femme de mauvaise vie.
Et pourquoi refusera-ton de faire entrer une "nouveau-née" baptisée dans le sanctuaire, alors qu'on accordera cette entrée à la femme qui en assure l'entretien? Pourquoi 40 jours pour la femme et rien pour l'homme?
Pourquoi dans l'iniquité ma mère m'a conçu et pas mon père?
En effet, St Syméon de Thessalonique (15e s.) dit que le prêtre fait entrer le nouveau-né dans le sanctuaire et le fait faire le cercle de l'autel, sans faire de distinction entre les sexes. Le mot qu'il utilise pour le nouveau-né c'est le mot grec "vrefos", qui est un mot neutre, à savoir il est employé tant pour un garçon que pour une fille. St Syméon ne précise nulle part que pour les filles il y avait une pratique différente, ce qu'il ne manquerait pas de faire si c'était le cas (voir son texte sur le Baptême, ch. 3; je ne sais pas s'il y en a une traduction française).
A en juger de ce passage de St Syméon, je pense que la pratique de ne faire entrer que les nouveau-nés dans le sanctuaire est bien tardive et, peut-être, elle a été établie de manière officieuse.

Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » lun. 20 mars 2006 16:44

Ce que je maintiens être une arnaque, c'est l'icône huilée qu'on a présenté non à la vénération mais à l'admiration béate des foules. Je dis bien huilée et non huileuse. S'il n'y avait pas eu de risque de tarir la chose en l'essuyant même involontairement de nos lèvres et de nos cheveux (ah, les cheveux !), ou du bout des doigts, pour quelle raison interdire la vénération? Par hygiène ?
Je n'accuse pas personnellement le pape. Mais l'espèce de mégère qui gardait cette icône, je la vois tout à fait verser son tournesol tous les matins ad majorem gloriam Dei !
Je n'ai pas vu personnellement Myrna. Mais j'ai été témoin dans d'autres contextes de ce qu'un inconscient bien chauffé peut faire du corps, ce que les psys nomment d'un terme qui ne veut pas dire grand chose, conversion hystérique. J'ai vu ce qui peut advenir dans certains états de transe, même assez "calmes". C'est très impressionnant, cela ouvre des horizons sur les potentialités de la nature humaine et même sur les rapports que l'âme aurait dû entretenir avec le corps, mais bien souvent cette potentialité tourne à vide ou moud d'étranges graines.
Tous ces stigmates sont de fausses copies de la croix, voir les études de Delarge sur le suaire de Turin, montrant qu'effectivement, on ne peut pas crucifier en clouant les paumes.
Mais là, c'est le pompon ! Vous avez déjà vu, vous, le Christ ouvrir un troisième oeil sur la croix ? Parce que le stigmate du front, c'est pilpoil à l'endroit voulu.
Je veux bien croire à la sincérité de Myrna. Je ne crois pas un instant à sa liberté et encore moins à l'origine divine des phénomènes en question.
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Alexandr
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Message par Alexandr » lun. 20 mars 2006 18:24

Tous ces stigmates sont de fausses copies de la croix, voir les études de Delarge sur le suaire de Turin, montrant qu'effectivement, on ne peut pas crucifier en clouant les paumes.
Mais, il paraît que Jesus avait une espèce de morceaux de bois pour le soutenir sur ses pieds (cf "la passion"). Comme quoi, il pouvait être crucifié par les paumes. Après, je dis "il paraît que..."

Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » mer. 22 mars 2006 13:54

Permettez moi de revenir sur Soufanieh. Je suis un peu ennuyée de ce que la seconde partie de mon post initial ait masqué la première. Je n’ai parlé de cette icône huilée que comme exemple d’appât mis devant le nez des orthodoxes – car le don de l’huile au travers d’icônes miraculeuses est une réalité bien attestée en orthodoxie. Donc on le singe et on en rajoute (des décilitres par jour).
Mais ce qu’il s’agit de faire passer derrière cette mise en scène et derrière la mise en condition de Myrna, c’est bien une théologie faussée, hérétique, c’est l’hameçon derrière l’appât. J’ai relevé les phrases les plus flagrantes. J’aurais préféré que ce soit ça qui percute et c’est une autre forme d’arnaque, une arnaque spirituelle cette fois. Beaucoup plus grave que le décor qui lui sert d’emballage.

De mes réticences vis à vis de Soufanieh et, en général, des apparitions prétendues mariales, n’allez pas croire que je sois allergique à la notion de miracle. Il y a des miracles. Le terme même, en latin, miracula, indique ce dont il s’agit : quelque chose qu’il faut contempler ou scruter.

Les études sur la crucifixion. Je ferai un post dès que possible.
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Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » ven. 24 mars 2006 16:21

Mel Gibson n’est pas médecin et son film, pour les extraits que j’en ai vus et qui m’ont dégoûtée d’aller voir le film lui-même, se base sur une imagerie sulpicienne de la fin du XIXe siècle absolument insupportable : le dolorisme de la théologie de la satisfaction mâtiné de mièvrerie infantilisante. Et le moins qu’on puisse dire de cette production sulpicienne, c’est qu’elle n’était pas étouffée par le réalisme.
Lors de l’exposition de 1898 du Linceul de Turin, on sait que les photographies prises par Secondo Pia ont révélé que l’image était en fait un négatif – et le négatif des plaques devenait ainsi le positif de l’image du Linceul. Sans rentrer dans très le long et très difficile débat scientifique sur l’authenticité et la formation de l’image, il suffit pour répondre à Alexandr de décrire succinctement les travaux d’Yves Delage (j’avais de mémoire écrit Delarge, errare humanum est, d’autant plus que je lui attribuais les découvertes de Barbet), professeur d’anatomie comparative à la Sorbonne et surtout ceux du docteur Pierre Barbet. Delage avait constaté l’exactitude anatomique de l’homme du Linceul et la concordance de ses blessures avec le récit des Evangiles. Il restait une anomalie par rapport 1. aux icônes, 2. à l’imagerie catho habituelle, les mains bizarrement recroquevillées et les coulées de sang depuis les poignets. Après l’exposition de 1931, Barbet a repris les travaux de Delage ; il sera suivi par un collègue allemand, un radiologue de Cologne, Hermann Moeder. Il s’agissait d’étudier au laboratoire, soit sur des cadavres, soit à l’aide de cobayes volontaires, les effets physiologiques de la crucifixion. C’est ainsi que Barbet s’aperçut très vite qu’il était impossible de crucifier en clouant les mains au niveau des paumes : elles se déchirent, qu’il y ait ou non un support pour les pieds. Le seul point anatomique possible est une sorte de « trou » entre les os du poignet et l’articulation du poignet sur l’avant-bras ; et le fait de clouer cette zone entraîne un retrait mécanique du pouce, exactement ce que l’on observe sur l’image de l’homme du Linceul. Cela a été dit et redit dans tous les bons bouquins sur le Linceul. Que ce dernier soit authentique ou non ne change rien aux expériences de Barbet. Pour ma part, je le pense authentique à partir des données scientifiques actuelles et de la grande rumeur des images acheiropoïétiques. Mais c’est une opinion, à la rigueur un théologoumène et, si quelqu’un pense le contraire, je n’en ferai pas une jaunisse.
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Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » ven. 24 mars 2006 16:27

A propos du Linceul de Turin, j'avais écrit un petit bouquin qui n'a pas trouvé d'éditeur à l'époque. Je me permets d'en extraire quelques lignes sur le miracle. Se souvenir que ce texte n'a pas été écrit pour un lectorat spécifiquement orthodoxe mais pour tout le monde.

Le miracle, terme qui pose question, du moins dans la définition qu’en donne l’Eglise romaine depuis le concile de Trente. Cette définition, qui fait de l’intervention divine une suspension temporaire des lois de la nature, pose d’immenses difficultés. Comme ne cesse de le répéter le biologiste Rémy Chauvin, personne ne possède la liste exhaustive des lois naturelles, la science n’étant ni achevée ni complète. Comment en ce cas obtenir la certitude d’une telle suspension ? De ce fait, la tâche, par exemple, du Bureau de contrôle des miracles à Lourdes ou des juges d’une cause de canonisation, qui exige deux miracles confirmés, est une tâche impossible. C’est pourquoi, d’ailleurs, la plupart des guérisons obtenues à Lourdes ne sont pas enregistrées : les tracasseries sont telles que les anciens malades préfèrent vivre en paix plutôt que faire homologuer leur cas. Mais outre cette impossibilité pratique, la définition romaine se heurte à des contradictions théologiques internes. La théologie admet l’antinomie, c’est à dire la saisie simultanée de deux opposés dans leur rapport exact ; mais elle refuse la contradiction pure et simple, le syllogisme boiteux, la faute logique. En d’autres termes, elle ne confond pas le paradoxe avec l’erreur de raisonnement, ni la subtilité avec la bêtise ou l’absurdité. Et la théologie toute entière n’est que le déploiement du témoignage biblique et évangélique, avec lequel elle n’a pas le droit de rentrer en contradiction. C’est une règle du jeu, si l’on veut, et parfois difficile à mettre en œuvre. Si on la transgresse, on peut développer une philosophie aussi sublime que l’on voudra, ou une gnose, mais on ne fait plus de théologie chrétienne, pas plus qu’on n’écrit du théâtre classique en transgressant la règle des trois unités, ou de la musique tonale sur une autre gamme que la tempérée. Or le miracle suspensif des lois naturelles rentre en contradiction flagrante avec le psaume 104 qui décrit le monde cosmique : “Tu posas une loi et ils n’en sortiront point.” Dans toute la Bible, les lois naturelles ont un caractère ontologiquement absolu, ce qui n’empêche pas leur application d’être subtile et souple. Ni les hommes de les ignorer.
Le terme latin miracula, d’où nous avons tiré miracle, vient du verbe miror qui signifie voir, regarder (physiquement) ou scruter (intellectuellement). La métaphore est la même dans les deux langues. Un miracle, c’est donc d’abord un événement qu’il faut regarder, prendre en considération, et scruter pour en saisir la signification. Il appartient au registre du sens et, dans son emploi chrétien primitif, équivaut au terme hébreu que nous traduisons par signe. En sumérien ou en égyptien, on aurait parlé d’empreinte, comme pour une marque de fabrique tamponnée dans l’argile ou la trace d’un animal sur le sol. Le miracle, c’est donc la trace visible et interprétable, déchiffrable, de l’intervention divine dans la nature ou dans l’histoire humaine. Faut-il pour cela que toutes les lois naturelles soient suspendues ? Rien n’y oblige. Ce n’est pas parce qu’un événement fait sens qu’il transgresse les lois de la nature. Pour prendre une comparaison très grossière et dans le seul registre humain, un feu rouge respecte toutes les lois de la transmission du courant électrique et signifie aussi : stop ! Pour la plupart des Eglises chrétiennes non romaines comme pour la théologie juive ou islamique, le miracle ou le signe sera plutôt l’équivalent divin du feu rouge : une utilisation fine et subtile des lois naturelles, connues ou inconnues des hommes, afin que le sens surgisse. Dieu n’a pas besoin de violer ou de suspendre les processus de la création pour y introduire du sens, il lui suffit d’en jouer en artiste. De ce fait, le champ du miracle devient beaucoup plus vaste et la lecture de son sens prime sur les questions de physique mises en jeu.
Tout cela ne serait que problématique interne aux Eglises, à résoudre dans les débats théologiques, si la définition tridentine du miracle n’avait largement débordé les limites de Rome. Le Petit Larousse de 1946, reprenant les éditions d’avant-guerre, donne au mot miracle : “Fait surnaturel, contraire aux lois de la nature. Effet dont la cause échappe à la raison de l’homme. Par exagération, chose extraordinaire.” C’est pire que le dogme romain ! Mais le PL est un bon indicateur des mentalités et de l’état de la langue qui en résulte. On comprend la répugnance des hommes de science devant un ordre de faits qui, s’il existait, les mettrait immédiatement au chômage, puisque leur métier consiste à dégager les lois de la nature et appliquer leur raison aux effets pour en comprendre les causes. On comprend aussi que des croyants sincères, mais peu cultivés du point de vue théologique, prenant la définition du PL pour un article de foi, se soient sentis troublés même devant l’hypothèse vaporographique de Vignon : si les savants parvenaient à analyser la cause de l’image et la trouvaient conforme à quelque loi naturelle, elle n’aurait plus rien de miraculeux. Du moins selon le PL. Dans la perspective biblique du signe, cette opposition perd toute pertinence. Le processus de formation de l’image et son sens profond sont deux questions distinctes, dont chacune doit être résolue avec les outils adéquats, qui ne sont pas les mêmes. Elles ne se posent pas de manière totalement indépendante, dans la mesure où, selon le processus physique retenu, la datation du Linceul, etc., le sens lui-même peut varier, mais les confondre serait une erreur.
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."

Alexandr
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Message par Alexandr » dim. 16 juil. 2006 20:27

Il paraît que dans certains pays d'Afrique, des groupes chrétiennes font toutes sortes de "miracles". Ce n'est pas moi, c'est quelqu'un d'autre qui a vu un reportage à la télévision, et qui m'a ensuite un peu raconté. Ce sont sans doute des manifestations démoniaques (bien qu'ils prétendent chasser les démons)?

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » dim. 16 juil. 2006 21:22

Alexandr a écrit :Il paraît que dans certains pays d'Afrique, des groupes chrétiennes font toutes sortes de "miracles". Ce n'est pas moi, c'est quelqu'un d'autre qui a vu un reportage à la télévision, et qui m'a ensuite un peu raconté. Ce sont sans doute des manifestations démoniaques (bien qu'ils prétendent chasser les démons)?
Il y aurait beaucoup à dire, et je crois que ce sujet a déjà été évoqué sur le présent forum à propos du pentecôtisme.

En premier lieu, partons du principe que nous serions confrontés à des faits non naturels et non à une supercherie.

Les phénomènes non naturels peuvent avoir trois origines: ils peuvent provenir des capacités inutilisées de notre cerveau (et surtout dans des situations où joue l'effet de foule, la foule finissant par devenir une personne indépendante de la somme des personnes qui la composent; ceci suffit à expliquer la plupart des manifestations pentecôtistes); ils peuvent venir d'en-bas; ils peuvent venir d'en haut.

En ce qui concerne les manifestations prétendument surnaturelles qui se déroulent en dehors de l'Eglise orthodoxe, je suis toujours extrêmement circonspect et je m'en tiens à l'exhortation de l'Apôtre: "Mais, quand bien nous-mêmes ou un ange du ciel vous prêcherait autrement que nous ne vous avons prêché, qu'il soit maudit." (Gal 1,8, que je cite dans la traduction de Castellion.) Cela permet d'emblée d'exlcure toutes les pseudo-révélations.

Maintenant, il n'est pas exclu que Dieu fasse à l'occasion des miracles pour ceux qui l'invoquent, même en dehors de l'Eglise; je me réfère ici à la parole de NSJC:
"Jean lui dit : " Maître, nous avons vu quelqu'un expulser des démons en ton nom, quelqu'un qui ne nous suit pas, et nous voulions l'empêcher, parce qu'il ne nous suivait pas. "
- Mais Jésus dit : " Ne l'en empêchez pas, car il n'est personne qui puisse faire un miracle en invoquant mon nom et sitôt après parler mal de moi.
Qui n'est pas contre nous est pour nous."" (Mc 9, 38-40, que je cite dans la traduction de la Bible de Jérusalem)
Mais les choses deviennent différentes lorsque ces miracles s'accompagnent de "révélations" ou de "prophéties".


Pour le reste, n'oubliez pas que ce qu'a refusé d'accomplir le Christ, l'Antéchrist l'accomplira: il donnera un signe du ciel (cf. saint Ephrem le Syrien, Sermon 106, 2e partie; cf. aussi Eph 2,2; Eph 6,12).

Et je vous conseille aussi de lire la vie de saint Martin de Tours ou la vie de saint Friard le Reclus par saint Grégoire de Tours; ceci est d'ailleurs en rapport avec le passage du livre de l'archimandrite Grégoire Bakoyiannis que j'avais traduit en avril dernier.

Je vous incite aussi à lire l'article du moine Gorazd de Jordanville, traduit du russe par C.V. Savykine, "Les apparitions venant du monde invisible et survenant hors de l'Eglise Orthodoxe", in La Voie orthodoxe, n° 16, p. 30, Lyon 1997.

Enfin, encore plus proche de votre question, vous avez le livre célèbre du hiéromoine californien Séraphin (Rose), Orthodoxy and the Religion of the Future, publié en français par la communauté monastique de Lavardac, aujourd'hui installée à Lectoure. Le chapitre VII y est entièrement consacré à la vraie signification des manifestations de type pentecôtiste. J'y reviendrai à l'occasion.
Ce soir, je n'ai vraiment plus de temps et je dois m'arrêter ici.

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