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Jeanne Saint Gilles
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Eglise serbe et ECOF

Message par Jeanne Saint Gilles » sam. 09 oct. 2004 8:57

Par "possibilité de reprendre l'ECOF", je voulais exprimer le fait qu'en étant peu rigoureux et laxiste, l'Eglise serbe aurait pu récupérer le bébé et les ennuis qui vont avec : couches à changer, braillement, vomis etc. La liste des conditions que vous énumérez me confirme dans mon doute quant à une possible "pêche au secte" que ferait l'Eglise serbe. Cette liste est exigeante.
Jérusalem quand pourrai-je te voir?

Antoine
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Message par Antoine » sam. 09 oct. 2004 8:59

Dire une chose va toujours mieux en la disant...

Jean-Serge
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"By Jove"eût dit le capitaine Blake

Message par Jean-Serge » sam. 09 oct. 2004 9:10

Trouvé sur le guide de l'étudiant étranger, à la page pratiquer sa religion en France. Quelle est l'adresse de l'Eglise orthodoxe indiquée à Paris? La réponse au lien suivant :

http://www.egide.asso.fr/fr/guide/vivre/religion/
Priidite, poklonimsja i pripadem ko Hristu.

Antoine
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Message par Antoine » dim. 10 oct. 2004 21:16

Lecteur Claude a écrit :Pourquoi, alors que les textes sont clairs sur le fait que Mgr Germain a bien été déposé canoniquement par le synode de l'Eglise de Roumanie (synode dont il était membre) depuis 1993, y a-t-il dans le milieu orthodoxe un consensus pour présenter cette déposition en bonne et due forme comme un "retrait de protection canonique"?
Le journal de l'Ecof "Joie" daté de Mai 1993 n° 77, publie un artcile de L'ex-évêque commentant l'historique des différentes ruptures canoniques dont celle de Mars 1993.
Germain indique que cette décision <<prise au moi de mai 1991 est devenue effective en mars 1993>> et termine l'article par la note suivante:
Germain a écrit :Note:
À la décision synodale roumaine de ne plus bénir l’Église orthodoxe de France s’ajoute la considération suivante:
“par conséquent l’exercice de toute fonction épiscopale est désormais défendue (à l’évêque Germain). Toute correspondance de sa part à ce sujet ne sera plus prise en considération”.
Cette sanction canonique n’est pas claire et son champ d’application n’est pas défini.
L’évêque Germain étant le seul pasteur légitime de l’Église catholique orthodoxe de France, il continuera par conséquent d’en assurer le gouvernement comme auparavant.
La sanction est interprétée comme désignant une éventuelle activité de l’évêque Germain auprès d’une instance ecclésiale ou ecclésiastique roumaine. Elle ne concerne pas sa fonction et son activité dans son Église et elle est soumise à l’appréciation des autres Églises orthodoxes avec l’argument qu’il eut fallu faire à l’évêque un procès canonique s’il était suspendu ou déposé et qu’il n’en est rien.
Cependant, pour ne pas mépriser la décision roumaine et en attendant le conseil d’autres Églises, l’évêque Germain, momentanément, n’exercera pas son droit à l’ordination des clercs majeurs.
On peut se demander comment on passe de "l'exercice de toute fonction épiscopale vous est désormais défendu" à <<le champ d’application n’est pas défini.>> Et puis pourquoi cette interprétation de la sanction comme étant une suspension d’activité épiscopale éventuelle auprès des instances roumaines mais pas après des autres patriarcats et pas en interne à l’Ecof ?
S'il n'était pas déposé, pourquoi Germain renonça-t-il alors «momentanément»à exercer "son droit à l’ordination des clercs majeurs" ? Quelles ont été les relations de Germain et du patriarcat Roumain de Mai 1991 (date de la menace de cette sanction) à mars 1993 (date effective d'application) Cette période de deux ans n'explique -t-elle pas qu'un procès était devenu inutile et infaisable?

Pourquoi le « Sop » de décembre 1993 n°183 écrivait il : « Le comité interépiscopal s’est réuni à Paris le mercredi 10 novembre pour examiner les conséquences de la situation nouvelle créée en France après la décision du patriarcat de Roumanie de rompre ses relations avec la communauté connue sous le nom d’Eglise Catholique Orthodoxe de France.
Pourquoi le Sop a-t-il caché l'annonce d'une véritable déposition?

Mais s’il n’y avait pas de déposition de Germain, alors comment le comité interépiscopal aurait-il pu exprimer (toujours dans ce même article : «sa volonté de tout mettre en œuvre pour satisfaire toute demande d’insertion et de réhabilitation dans la communion de l’Eglise orthodoxe en France de tout membre issu de l’Ecof, que ce soit à titre personnel ou à titre collectif(paroisse).»Si Germain était toujours évêque il y avait alors ingérence anti-canonique dans une structure ecclésiale qui ne dépendait pas d’eux. Et s’ils l’ont fait c’est qu’ils considéraient que Germain était bel et bien déposé et que l'Ecof n'était plus une entité ecclésiale.

Jean-Serge
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Procès canonique?

Message par Jean-Serge » dim. 10 oct. 2004 22:01

Antoine a écrit :
Germain a écrit :Note:[...] Elle ne concerne pas sa fonction et son activité dans son Église et elle est soumise à l’appréciation des autres Églises orthodoxes avec l’argument qu’il eut fallu faire à l’évêque un procès canonique s’il était suspendu ou déposé et qu’il n’en est rien
.
Bonjour Antoine,

Je ne suis pas expert du droit canon... mais j'attire l'attention sur ce que la note de l'évêque Germain appelle un procès canonique... (mis en gras par moi et en italique aussi) Qu'est-ce? Vous semble-t-il que la procédure de déposition a été respectée? Y en a-t-il une? Passait-elle par ce que Germain appelle un procès canonique et qu'est-ce que cela? Merci...
Priidite, poklonimsja i pripadem ko Hristu.

Antoine
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Message par Antoine » dim. 10 oct. 2004 22:15

Il était difficile de faire un procès canonique à Germain vu ses parties de cache-cache incessantes. Mais peu importe. Il peut toujours dénoncer qu'il n'y a pas eu procès et contester sa déposition. Contester une déposition et nier qu'il y ait eu déposition n'est pas la même chose; S'il voulait dénoncer cette déposition pourquoi ne l'a-t-il pas fait en 1993 en réclamant un procès au lieu de tout faire pour démontrer et répandre qu'il n'y avait eu que "simple" rupture canonique? Un procès n'aurait rien changé à cette décision du synode de le réduire à l'état laïc et il le savait. Et il a sauté sur l'argument de la rupture canonique pour opposer au synode qu'il n'était donc plus jugeable par ce même synode de Roumanie.

L'avis d'expertise canonique publié ci-dessus est pourtant formel quant à la déposition. La question du procès subsiste. Et je ne sais pas vous répondre si canoniquement le synode peut déposer sans qu'il y ait procès avec présence de l'intéressé. Ce que l'on peut dire c'est que le synode l'a déposé . Quant à trancher si cette déposition est canoniquement valide , je ne sais. Il semble pourtant que le comité interépiscopal ait agit comme s'il tenait cette déposition pour valide et l'évêque Lukas dont le texte est publié ci-dessus rappelle que Germain ne peut être reçu par aucune Eglise autocephale. Ce consensus renforce la validité de la déposition. Qu'est qu'un évêque qui n'est reconnu comme tel par aucun de ces pairs?

Antoine
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Message par Antoine » lun. 11 oct. 2004 2:56

Germain invoque la règle apostolique 74 pour justifier que sa déposition n'est pas valide. Mais cette règle apostolique concerne-t-elle sa situation à lui?
La voici:


74. Des évêques cités devant le tribunal et n'y répondant pas.

Un évêque accusé de quelque faute par des hommes dignes de foi et qui sont des fidèles doit être de toute nécessité convoqué par les évêques ; s'il répond à la convocation et avoue, la preuve contre lui ayant été faite, on fixera la peine canonique ; s'il ne répond pas à la convocation, on le convoquera une seconde fois, en lui envoyant aussi deux évêques ; et si même alors il n'en tient pas compte et ne vient pas, on le convoquera une troisième fois, en envoyant de nouveau deux évêques vers lui ; si même alors il n'en tient pas compte et ne vient pas, le synode prendra contre lui les mesures convenables, afin que sa contumace ne paraisse pas lui apporter des avantages.


Je ne sais pas ce qu'il faut entendre par "et qui sont des fidèles".
Cela signifie-t-il que si ce sont les évêques eux même du synode qui décident à l'unanimité de déposer un de leurs membres il n'y a plus nécessité que l'intéressé soit convoqué à trois reprises par ces mêmes évêques et qu'il est de facto déposé sur simple décision du synode?


Par ailleurs, sur le site de l'Ecof http://orthodoxie.free.fr/eglises_orthodoxes.htm
on peut lire ceci:
En 1993, l'ECOF est écartée de la bénédiction roumaine et rendue ainsi autonome.
Alors lorsque l'autonomie est interprétée de cette façon , il ne faut pas s'étonner du reste...

La présentation de "L' Église orthodoxe d'Ukraine - Patriarcat de Kiev ", Primat : Patriarche Filaret (Denisenko - 28.1.1929), depuis le 21.10.1995
comme autocéphale est aussi significative.

Antoine
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Message par Antoine » lun. 11 oct. 2004 10:20

Pour répondre à la question de Jean serge:
Vous semble-t-il que la procédure de déposition a été respectée? Y en a-t-il une? Passait-elle par ce que Germain appelle un procès canonique et qu'est-ce que cela?
Le canon qui correspond sans doute le mieux à la situation de Germain est le 15ème du Synode d'Antioche:

15. Des évêques condamnés unanimement par ceux de la province.

Lorsqu'un évêque a été accusé de diverses fautes et que tous les évêques de la province ont été unanimes à porter sur lui un jugement défavorable, il ne pourra plus se présenter devant un autre tribunal, mais la décision des évêques de la province restera irrévocable.

Glicherie
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Message par Glicherie » lun. 11 oct. 2004 13:33

Cela me fait penser à la situation en Ukraine.
Le "Patriarche" Filaret a été excommunié par Moscou, mais il est resté en fonction, et son Eglise est florissante et quasi-officielle; et dans les faits, les autres hiérarques et Eglises les considèrent canoniquement valables.

C'est étrange.

Glicherie
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Message par Glicherie » lun. 11 oct. 2004 14:01

Saint Jean Damascène (VIIIe siècle) dit :

«Si le sacrement est une union avec le Christ et en même temps une union les uns avec les autres, il nous procure, de toute façon, l'unité avec ceux qui le reçoivent comme nous».

Cela ne veut-il pas dire qu'il y a communion entre les Eglises Ortodoxes même si la communion n'est pas formelle par les liens canoniques ?

Antoine
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Message par Antoine » lun. 11 oct. 2004 15:31

L’exhortation finale des canons apostoliques (IVe siècle), qui s’adresse aux évêques, souligne: “Si vous les gardez fidèlement, vous serez sauvés et aurez la paix; mais si vous y désobéissez, vous serez punis et vous aurez la guerre continuellement les uns contre les autres, expiant par-là comme il convient votre désobéissance. Et Dieu, le seul éternel, le créateur de toutes choses, vous unira par la paix dans le Saint Esprit, vous rendra aptes à toute oeuvre de bien, immuables dans le bien, sans tache, sans reproche, et daignera vous donner la vie éternelle” (Epilogue des canons apostoliques).
Glicherie a écrit :Saint Jean Damascène (VIIIe siècle) dit :
«Si le sacrement est une union avec le Christ et en même temps une union les uns avec les autres, il nous procure, de toute façon, l'unité avec ceux qui le reçoivent comme nous».
Cela ne veut-il pas dire qu'il y a communion entre les Eglises Ortodoxes même si la communion n'est pas formelle par les liens canoniques ?


Bien sûr que non! Pour qu'il y ait sacrement il faut être dans l'Eglise orthodoxe qui seule peut conférer sa Vie mystérique. La citation que vous faites de St Jean Damascène s'inscit strictement et exclusivement dans ce cadre là. Il ne faut pas renverser la citation comme vous le faites. Ce ne sont pas les liens canoniques qui formalisent la communion mais la communion qui formalise les liens canoniques.Il n'y a pas de "sacrements valides" en dehors de l'Eglise. Seule l'Eglise peut célébrer cette union avec le Christ.
La canonicité n'est pas un principe juridique qui viendrait se superposer à une réalité ecclésiale. Relisez les derniers messages de Lecteur Claude et de Jean-Louis qui expliquent cela mieux que je ne le fais moi-même. La canonicité est l'expression de la vie même de l'Eglise. Etre canonique et être Eglise c'est une seule et même chose indissociable.La canonicité est eucharisto-centrique. Cela se manifeste, par exemple, dans la commémoration autour de l'autel et dans la réception du St Chrême.


<<Le mystère de l'économie divine en Christ est une source constitutive du droit canon, parce que l'incarnation du Christ est l'acte constitutif de l'Eglise qui se manifeste dans le monde comme la prolongation du corps du Christ, comme l'extension de la "plénitude de Celui qui remplit tout en tous" (Eph 1,23). Par conséquent, une approche purement canonique de cette question n'est pas possible, si on fait abstraction, d'une part, du mystère de l'incarnation du Christ et, d'autre part, du mystère de l'Eglise; en d'autres termes, en dehors de la christologie et de l'ecclésiologie orthodoxes. Ceci, parce que le mystère de l'incarnation du Christ, qui complète la création divine et se prolonge dans le mystère de l'Eglise, est à la base de toute anthropologie chrétienne. Le Christ dans son humanité récapitule l'humanité tout entière, qui, par l'incarnation, devient Corps du Christ.
Ainsi, le Verbe incarné n'est pas simplement un homme dans l'humanité, mais l'Homme qui porte en son corps l'humanité tout entière. C'est pourquoi, la communauté ecclésiale, s'identifiant par l'action de l'Esprit Saint à l'unique "Corps du Christ", manifeste le contenu authentique de toute spiritualité chrétienne par sa participation à l'expérience sacramentelle de l'Eglise, qui désigne les limites du corps ecclésial et la source de sa vie. C'est là le "canon fondamental" de la tradition canonique de l'Eglise. Par conséquent, dans la tradition canonique, l'expérience d'appartenir à l'unique Corps du Christ n'est pas simplement une des sources, mais la seule source de la vie et de la spiritualité chrétiennes. D'ailleurs, la vie du Corps du Christ est exclusivement celle que le Christ lui donne, parce que le Christ, se prolongeant dans son Eglise, fait tout par son Eglise, comme l'Eglise, étant en Jésus Christ, fait tout avec Jésus Christ.>>

Vlassios I. Phidas: Droit canon , une perpectice orthodoxe P. 13.
Centre orthodoxe du patriarcat oecuménique Chambesyy, genève 1998

Il est étonnant que les fidèles de l'Ecof aient si peu conscience de la gravité de la situation dans laquelle ils sont et fassent si peu de cas de la déposition de leur évêque et de la dissolution de leur évêché. Cela est dû à l'emprise du cercle sur la personne comme l'avait déjà signalé jean-Louis. Ce fonctionnement n'est pas ecclésial: il est sectaire au sens propre du terme.
Dernière modification par Antoine le lun. 11 oct. 2004 15:39, modifié 1 fois.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » lun. 11 oct. 2004 15:32

La situation est différente vis-à-vis de la juridiction de Mgr Philarète en Ukraine parce que beaucoup de gens, en Ukraine et dans la diaspora, sont persuadés qu'il n'a été déposé par Moscou que pour des raisons politiques (nationalisme ukrainien contre russification - mais alors, le nationalisme ukrainien se serait vraiment réveillé sur le tard chez lui...), ce qui fait que, d'une part il conserve entre 7 et 12 millions de fidèles selon les estimations, et que, d'autre part, il a des soutiens dans l'Eglise orthodoxe ukrainienne de la diaspora qui est passée sous la juridiction de Constantinople en 1995, ce qui explique pourquoi il n'est pas complètement mis sur la touche.

Pour ma part, je ne me fais toutefois pas trop d'illusions sur le sérieux de cette juridiction, qui avait reçu Euloge de Milan dans son synode et fait de Michel Laroche son évêque pour la France et qui passe pour concélébrer sans trop d'états d'âme avec les uniates ukrainiens.

Dans le cas de Mgr Germain, je ne pense pas qu'il y ait le moindre risque qu'il ait été déposé parce qu'il se serait opposé à une politique de "roumanisation", à moins de considérer que la liturgie écrite par Evgraf Kovalevsky soit le patrimoine inaliénable des peuples francophones et la liturgie byzantine un instrument de l'impérialisme, je ne pense pas que l'ECOF regroupe sept millions de Français et j'ai surtout la forte impression que les mêmes milieux oecuménistes qui l'attaquaient dans les années 1970 font en sorte de passer sous silence le fait qu'il a été déposé en bonne et due forme et que l'ECOF est depuis 1993 un diocèse sans évêque dont tous les sacrements sont nuls et non avenus.

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » lun. 11 oct. 2004 15:37

Je crois qu’il faut bien se rendre bien compte qu’on ne joue pas avec l’Église. On ne revendique pas à la légère l’identité ecclésiale. L’Église est le corps du Christ ressuscité répandu par tout l’univers. Notre Sauveur Lui-même a fixé les règles (“canons”) qui président à son fonctionnement. Ces règles forment l’un des éléments de la Révélation de la Vérité.

En chaque lieu les chrétiens, c’est-à-dire les membres du Corps du Christ, sont unis entre eus et avec notre Sauveur en une communion présidée par l’évêque, icône de la présence réelle du Christ dans son Église. C’est cet évêque qui est à son tour en communion avec l’ensemble de l’Église répandue dans tout l’univers, d’abord parce qu’il a été choisi par un synode provincial canonique et orthodoxe et canonique, qui lui a imposé les mains (cette ordination est un Mystère synodal) ensuite parce qu’il participe activement, rendant compte de ses décisions, faisant part des difficultés qu’il rencontre, sous la présidence du métropolite qui est l’expression de l’unanimité du synode (et non son “chef”) ; l’évêque peut aussi être jugé et déposé par le synode auquel il appartient. Un synode qui n’est pas “autocéphale” reçoit un président (métropolite) choisi ou au moins confirmé par le synode supérieur (c’est-à-dire plus large) autocéphale.

Les canons prévoient qu’un synode peut venir à l’aide d’un synode voisin qui aurait été dévasté (par exemple par des invasions barbares ou par des hérétiques) en lui reconstituant une hiérarchie. À partir de quatre membres (en pratique il faut un nombre plus élevé) un synode peut s’autogénérer et peut être amené à demander que les autres synodes orthodoxes reconnaissent son autocéphalie. L’Église orthodoxe ne reconnaît l’existence que de synodes et de diocèses locaux, incluant des fidèles de toute origine ethnique; pas de synodes ni de diocèses “ethniques”. L’Orthodoxie ne connaît donc pas de “tradition ethnique”.

Dans son diocèse, l’évêque choisit un certains nombre d’hommes qui forment son “clergé”. Les prêtres démultiplient les saints Mystères du sanctuaire lorsque l’évêque est absent. L’évêque est le Maître qui enseigne, c’est lui qui surveille la conduite des clercs et des fidèles, c’est lui le Médecin qui guérit les maladies de l’âme et du corprs, le Juge qui peut écarter les pécheurs de la communion, puis les réadmettre après leur pénitence. C’est lui le Pasteur qui guide l’ensemble des fidèles, clercs laïcs, tant ceux qui vivent dans le monde que ceux qui ont embrassé la vie monastique (il n’y a pas “d’ordres monastiques” dans l’Église orthodoxe).

Nous pouvons porter une appréciation critique sur ce que fait l’évêque, mais tant qu’il confesse les données essentielles de la foi trinitaire, le Mystère du salut apporté par le Dieu-homme, le Christ, il est notre évêque. Se séparer de lui signifierait que nous l’accuse d’être infidèles à la foi qui nous a été transmise par nos Pères. Nous pouvons le faire, et en appeler à un Synode plus large, voire à un Concile œcuménique… Chacun alors agit selon sa conscience et sous sa propre responsabilité. L’exemple de Maxime le Confesseur nous montre qu’il fut d’abord vaincu selon les apparences de ce monde, et condamné par toutes les hiérarchies ecclésiastiques, mais que l’Église après sa mort accepta de reconnaître la justesse de ses positions. Mais il n’avait jamais rejeté la responsabilité des évêques dans leur administration. Lors de ses interrogatoires iniques il leur témoignait son respect.

C’est toujours en dernière analyse le Christ Lui-même qui conduit son Église. Il sera avec elle jusque à la fin du monde. Nous pouvons prendre le risque de blâmer les faiblesses d’un hiérarque, nous ne pouvons jamais refuser son autorité tant qu’il ne prêche publiquement que la foi des Pères. Une bonne part de ce que je viens de nos jours de rappeler est bafoué dans les faits par des gens qui prétendent diriger l'Église en s'autorisant des leçons de l'histoire. Mais c'est le Seigneur qui est le Maître de l'Histoire et il se rit de leurs projets.

Il est ridicule de croire qu’on puisse réinventer l’Église, imaginer de nouvelles structures, faire mieux que la Tradition de l’Église du Christ pour répandre l’Évangile. Nous, nous pouvons discuter, polémiquer, critiquer, nous n’avons jamais le droit de nous séparer de la communion de l’Église. Or en un lieu donné, il y a toujours un évêque. (Mais il ne devrait y en avoir qu’un, et c’est parfois là que commence le problème).
Jean-Louis Palierne
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Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » lun. 11 oct. 2004 18:52

Pendant que j’élaborais laborieusement mon message précédent, Antoine écrivait le sien, et nous avons posté sur le Forum au même moment. Maintenant que j’ai lu le sien, je voudrais ajouter quelques remarques.

Je crois que l’une des difficultés de la discussion sur la validité de ce qui se passe au sein des groupes qui ont quitté l’Église vient de ce que la Tradition canonique que l’Église a trouvée dans l’héritage apostolique (dans ce que saint Basile le Grand, dans son Traité du saint Esprit (repris dans les canons Basile 91 et 92) appelait la “Tradition arcane secrète”, c’est-à-dire non-écrite, un enseignement que nos esprits modernes, avec leur logique rationnaliste, ont du mal à assimiler : c’est que si les sacrements conférés hors de l’Église n’ont pas en eux-mêmes la force de la Grâce, s'ils ont été conférés par des gestes corrects et avec des paroles correctes, l’Église (la seule, la vraie) peut et doit respecter ce qui a été fait, en tant que coquilles vides et leur apporter la Grâce qui leur fait défaut. Et pour leur apporter la Grâce, il n’est pas nécessaire de recommencer tous les rites défectueux, il suffit de l’un d’entre eux.

En particulier il est strictement interdit de réitérer le geste du Baptême s’il a été effectué dans les formes correctes. C’était en particulier le cas des Ariens, que les Pères ont toujours considéré comme l’une des hérésies les plus graves dogmatiquement, mais qui avaient conservé l’usage du Baptême dans la forme orthodoxe. Les Conciles et les Pères ont toujours affirmé que dans leur cas il ne faut pas “réitérer” le Baptême, mais les oindre du saint Chrême qui dans ce cas apporte la Grâce du Baptême et de la Chrismation à la fois. Et pour ceux que nous appelons en général maintenant les “anti-chalcédoniens”, il suffit de les toucher de la main (“chirothésie”) pour leur conférer la Grâce du Baptême et de la Chrismation. Et l’évêque peut aussi recevoir un prêtre de tels groupes par une concélébration qui confère tout à la fois. Et comme il y avait dans le détail des différences entre Églises locales pour le classement et le traitement des groupes extérieurs à l’Église, je cite à nouveau le texte qui me paraît le plus clair sur ce point, il est du pape de Rome saint Grégoire le Grand :
Nous avons appris de l'enseignement ancien des Pères que tous ceux qui ont été baptisés dans l'hérésie au nom de la Trinité, lorsqu'ils re-viennent à la sainte Eglise, doivent être rappelés dans le sein de la mère Eglise, soit par l'onction du Chrême, soit par le toucher de la main, soit par la profession de la foi. C'est pourquoi l'Occident régénère les ariens par le toucher de la main, l'Orient par l'onction du saint Chrême en vue de l'entrée dans l'Église catholique. Mais les monophysites et d'autres, elle les reçoit par une simple profession de la vraie foi, parce que le saint Baptême qu'ils ont reçu chez les hérétiques reçoit alors les forces de la purification lorsque les uns ont reçu l'Esprit Saint par l'imposition de la main, et que les autres ont été unis au sein de l'Église sainte et uni-verselle par la profession de la vraie foi.
.

Et puisque dans le concret les cas sont rarement simples, c’est à l’évêque de discerner le traitement convenable. Voici un des meilleurs exemples de ce discernement, tiré du Pré spirituel de Jean Moschus (au chapitre 197), qui nous rapporte un récit concernant la jeunesse de saint Athanase. Les faits doivent se dérouler vers 310.
Saint Alexandre, qui fut pape d’Alexandrie […] regardait un jour la mer. Il voit sur le rivage des enfants qui jouaient, comme le font d’habitude les enfants, et qui imitaient un évêque et faisaient les céré-monies qui sont dans l’usage de l’Église. En les observant plus attenti-vement, il vit qu’ils imitaient certaines parties secrètes des saints Mystè-res. Il s’en émut et appela aussitôt les clercs, leur montra ce qu’ils faisaient et leur dit d’aller chercher tous les enfants et de les lui amener. Quand ils furent devant lui, il leur demanda en quoi consistait leur jeu et ce qu’ils faisaient.

Eux, saisis de crainte parce qu’ils étaient des enfants, commencèrent par nier, puis lui racontèrent toute l’affaire en détails, disant qu’ils avaient fait baptiser quelques catéchumènes par Athanase, celui que ces enfants avaient institué comme leur évêque. Alors Alexandre, s’informant avec soin auprès d’eux pour savoir lesquels ils avaient baptisés, et reconnaissant qu’ils avaient tout fait selon l’usage de nos rites, en fit part à ses clercs et décida que ceux qui avaient reçu le saint Baptême ne devaient pas être baptisés une seconde fois.

Mais il rendit à leurs parents Athanase et les autres, après les avoir ins-titués comme clercs, pour qu’ils fussent élevés dans la crainte et le ser-vice du Seigneur, particulièrement Athanase, qu’il consacra à Dieu quelque temps plus tard.
Après avoir accompagné Alexandre en qualité de diacre au 1er Concile œcu-ménique de Nicée (325), Athanase sera son successeur. Nos esprits rationnels pourraient discuter indéfiniment de la parfaite et claire connaissance de la foi chrétienne et des canons que pouvaient avoir le pseudo-évêque, l’enfant Athanase et ses pseudos co-liturges et les pseudo-catéchumènes. Ils n’avaient aucun droit ni aucun pouvoir de conférer la Grâce — pas plus que les schismatiques. C’est l’archevêque Alexandre qui leur a conféré la Grâce, mais il a respecté les “coquilles vides” qu’étaient les pseudo-Mystères célébrés par jeu.

Le respect et la connaissance des canons s’étant affaiblis au cours des Temps modernes, on a cru qu’il s’imposait et qu’il était possible de prendre des mesures ”d’économie” et de diplomatie inter-ecclésiastique, mais il s’agit bien de l’observance exacte des canons. Mais je crois qu’il est indispensable de remonter aux sources pour bien comprendre ce qui se passe.
Jean-Louis Palierne
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Jeanne Saint Gilles
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Réception des hétérodoxes

Message par Jeanne Saint Gilles » lun. 11 oct. 2004 19:05

Jean-Louis Palierne a écrit :je cite à nouveau le texte qui me paraît le plus clair sur ce point, il est du pape de Rome saint Grégoire le Grand :
Nous avons appris de l'enseignement ancien des Pères que tous ceux qui ont été baptisés dans l'hérésie au nom de la Trinité, lorsqu'ils re-viennent à la sainte Eglise, doivent être rappelés dans le sein de la mère Eglise, soit par l'onction du Chrême, soit par le toucher de la main, soit par la profession de la foi. C'est pourquoi l'Occident régénère les ariens par le toucher de la main, l'Orient par l'onction du saint Chrême en vue de l'entrée dans l'Église catholique. Mais les monophysites et d'autres, elle les reçoit par une simple profession de la vraie foi, parce que le saint Baptême qu'ils ont reçu chez les hérétiques reçoit alors les forces de la purification lorsque les uns ont reçu l'Esprit Saint par l'imposition de la main, et que les autres ont été unis au sein de l'Église sainte et uni-verselle par la profession de la vraie foi.
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Je m'étonne de voir la profession de foi figurer parmi les modes de réception des hérétiques... En quoi s'agit-il d'un mystère que quelqu'un lise le symbole de Nicée... Par ailleurs, aujourd'hui la réception de certains catholiques sans chrismation et sans baptême pour peu qu'ils aient été confirmé ne laisse-t-elle pas à entendre que la Grâce est présente au sein de l'Eglise catholique... Je trouve l'usage de la profession de foi générateur de confusion tout comme celui de la concélébration pour les clercs. En quoi une Divine liturgie est-elle un mystère accordé directement et personnellement à celui qui la célèbre? J'ai cru lire sur ce site qu'en Biélorussie l'évêque uniate avait été re-baptisé etc... Pour conserver sa fonction après le retour dans la véritable église. J'ai également lu sur des sites hors frontières (www.orthodoxinf.com) , partisans du re-baptême (ils s'appuient notamment sur certains canons déclarant "non valides" les mystères des hérétiques) que le Père Lev Gillet avait été reçu justement par concélébration et que cela était bien choquant...
Jérusalem quand pourrai-je te voir?

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