Les enfants à la Divine liturgie

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Monique
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Message par Monique » lun. 27 sept. 2004 12:34

Jeanne Saint Gilles a écrit :
« D'après votre expérience, y a-t-il des enseignements à aborder dans un ordre bien précis? »
J’essais de suivre l’ordre de l’année liturgique, et de préparer les enfants à la liturgie suivante.
Souvent je prends un thème comme la « Lumière incréée » pour la Transfiguration et à partir de là parler de Moïse dont le visage était éblouissant jusqu’à St Séraphin de Sarov, et cela en tenant compte de la maturité des enfants, de leur intérêt et de leurs questions.
« Commencer par l'histoire? Vie de Jésus, puis passer aux dogmes? »
Pour moi, il n’y a pas de séparation nette entre raconter une « histoire » de l’Ancien Testament, du Nouveau ou de la vie des saints et les dogmes.
Parler de la Nativité à Noël entraîne immanquablement une initiation au dogme de l’Incarnation, les mots utilisés pour introduire les enfants dans ce Mystère dépendent de leur maturité.

« Pensez-vous qu'ils soient capables de comprendre le Symbole de Nicée dès 10-11 ans où qu'il faille attendre »
Les enfants apprennent le Credo à la liturgie et c’est peu à peu qu’ils mettent un sens sur les mots. Le terme « comprendre » n’est peut être pas adéquat ; qui peut affirmer avoir compris le Credo ?
Pour essayer d’introduire les petits (7-8 ans) dans le mystère de la Divine Trinité je les ai fait psalmodier le symbole dit de St Athanase :
« Le Père est Dieu,
le Fils est Dieu,
le Saint-Esprit est Dieu,
et il n’y a qu’un seul Dieu »

« Le Père est Seigneur,
le Fils est Seigneur,
le Saint-Esprit est Seigneur,
et il n’y a qu’un seul Seigneur »

« Le Père est Immortel,
le Fils est Immortel,
le Saint-Esprit est Immortel,
et il n’y a qu’un seul Immortel »

« Car ma crainte est qu'on ne produise des gens avec des connaissances dogmatiques et bibliques un peu faibles qui se laisseront prendre par les boniments des témoins de Jéovah... »
Il n’y a pasrecette contre les dangers des sectes.
En tant que catéchiste, je ne fais que semer quelques graines.

Antoine
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Message par Antoine » lun. 27 sept. 2004 12:48

Il n’y a pas de recette contre les dangers des sectes.
Si si! La catéchisation est un excellent remède. Donner le goût de la liturgie dès le plus jeune âge, dispenser les outils qui permettront à chacun de poursuivre dans l'approfondissement de la foi. La lecture des Pères, des saints est le meilleur moyen de lutter contre les sectes, le fait de rester dans la Tradition.

Le Travail d'Irène Monique est admirable. et sa réponse sur la double nature comme n'étant pas 50% homme et 50% Dieu mais 100% chaque est excellente. Je la réutiliserais même pour des adultes.

J'aimerais être enfant et suivre ses cours.

Monique
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Message par Monique » lun. 27 sept. 2004 13:07

L’histoire des pourcentages ne vient pas de moi mais des enfants ; l’un a d’abord dit 50/50 et un autre après discussion « mais alors c’est 100% chaque ! »

Antoine
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Message par Antoine » lun. 27 sept. 2004 13:32

C'est encore mieux, cela montre que vous avez su les faire accéder à un mystère même si vous n'avez fait que laisser l'Esprit souffler. Pierre n'a pas dit "tu es le fils du Dieu Vivant" de par lui- même mais c'est quand même par lui que l'Esprit a soufflé cette réponse. Il en est ainsi de tous les Pères de l'ancien testament comme du nouveau jusqu'à nos jours. Cela s'appelle être un artisan de l'Esprit. Lorsque l'on parle de Dieu , si on le fait de soi-même on est sûr de proférer des hérésies. C'est toujours la question qui revient: "De qui dis-tu cela?". C'est ça la Tradition de l'Eglise.
Arius parlait de lui-même.
Il ne faut tirer aucune Gloire vaine mais simplement se réjouir d'être dans cette Tradition de l'Esprit et remercier en priant d'y rester dans l'humilité. L'humilité est le signe que l'on est dans la Tradition.

paraclésis
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Message par paraclésis » ven. 05 août 2005 0:32

Une suggestion :
faire arriver les enfants facilement agités en retard...!
La divine liturgie peut très bien être suivie seulement à partir de ce qui serait l'entrée de l'évêque au sanctuaire, c'est-a-dire après les 3 antiennes.
Car si on doit shunter une partie mieux vaut que ce soit le début.

Pendant l"homélie, sans les forcer et sans en faire une régle générale, on peut les laisser à distance, si et surtout si les parents leur ont déjà expliqué le texte d'évangile qui est lu, cela peut paraître bizare mais parfois c'est très adéquat de donner une brève explication avant la lecture des textes et de laisser ensuite le texte faire son oeuvre.

Il est d'usage de laisser les enfants s'amuser à éteindre les bougies qui sont presque totalement consumées, j'aime bien les voir accomplir cette petite tache avec sérieux.

Enfin quand les enfants sont ceux de paroissiens assidus, il me semble que ce n'est pas seulement leurs parents mais tout adulte qui peut et doit intervenir s'il y a débordement.
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Sylvie
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Message par Sylvie » ven. 05 août 2005 14:29

Je retiens quelques citations dans ce fil de discussion.

Antoine
Posté le: Dim 05 Sep 2004 0:22

Combien de fois ai-je entendu: << Moi , mon enfant je ne lui parle de rien comme ça quand il sera grand il choisira lui-même sa religion>>
J'entends souvent cela ici même au Québec. Je me demande bien qui a pu dire une telle chose, pour que cette idée soit si répandue. Peut-être une idée du Nouvel âge qui fausse beaucoup de gens.

Il y a plus de vingt ans de cela, j'entendais des parents dire : "La catéchèse, ils vont l'apprendre à l'école." Je leur répondait que la foi se transmet dans la famille. Mais ils pensaient que les professeurs étaient plus qualifiés pour l'enseignement de la religion. Chanceux les enfants qui ont eu des professeurs qui avaient la foi.

Un de mes enfants un jour m'a dit que son professeur enseignait que l'Église croyait qu'après la mort, l'âme quittait le corps pour aller au Ciel mais le professeur ajoutait que personnellement lui croyait en la Réincarnation et voilà qu'il explique en quoi cela consistait.

Alors tout cela a eu une conséquence très grande au Québec. Je dirais que la plupart des Catholiques Romains ne connaissent plus leur religion. Seulement 10 % de pratique religieuse en certains endroits et sur ces 10 % certains peuvent faire de la réflexologie, yoga, etc. Certains croient en la réincarnation, d'autres l'astrologie etc. Certains jeunes, dans la vingtaine, nés catholiques, ne savent pas qui est Jésus. Tout au plus, ils savent que c'est un homme qui a vécu dans le passé mais de là à croire qu'Il est Dieu.

C'est un tableau sombre et pessimiste de ce qui se passe ici, dans mon entourage. Je ne sais pas pour l'Église Orthodoxe au Québec. Les paroisses sont loin de chez-moi. Alors ne paniquez pas, parce qu'il n'y a pas beaucoup d'Orthodoxes. Paniquez si vous voyez que les Orthodoxes s'attachent à tout vent de doctrines fausses.

La catéchèse en Église peut être source pour garder les enfants dans la droiture de la foi surtout si vous constatez dans vos communautés la perte de sens de responsabilité de la part des parents quant à la transmission de la foi.


Je termine en citant deux intervenants :
Jeanne Saint Gilles
Posté le: Lun 20 Sep 2004 15:48

Toujours dans la série les Enfants et... connaissez-vous des exemples de catchismes réussis, où on apprend réellement quelque chose et o on ne passe une heure à faire des dessins?
lecteur Claude
Posté le: Dim 05 Sep 2004 15:49

J'ajoute qu'il me semble que nous, orthodoxes, avons un avantage par rapport à d'autres confessions en ce qui concerne la catéchèse des enfants: nous pouvons partir des icônes


Sylvie

Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » ven. 05 août 2005 17:32

Dommage que ce soit en anglais, mais j'ai trouvé un extrait du livre de soeur Magdalen, du monastère de Maldon, qui me paraît bien dans le sujet. J'essaierai de le traduire ce soir.

Conversations with Children - Chapter 1. Persons Divine and Human

S.M. to Maria (3), while we were looking at an icon of the Mother of God: `You know who that is, don't you? She loves everybody, and she loves you specially because you've got the same name as her'
(I have confused children sometiines when I asked `Who are you named after?' For many of them this phrase refers either to the relative their name commemorates, or to the surname they take from their father and/or mother)
Maria: `How big does Panagia [Greek word for the All-Holy Virgin] love us?'
S.M. (arms outstretched): `Enormous.'
Maria: `Bigger than an aeroplane?'
S.M.: `Bigger than a million million aeroplanes.'

If we are in contact with our Creator and His saints we will become familiar with them, despite the obstacle - greater for children's minds - of their invisibility and silence.

The Holy Trinity

`How do you explain the Trinity to children?' I am asked. In fact I do not attempt to explain this divine mys­tery. My intention is rather to present it as a reality, even though it is beyond human understanding. What we present must be faithful to revealed truth, and we present it in such a way as to promote the relationship between the child and the living God. A child can know God.
In the Holy Trinity, three Persons live one Divine Nature. The Persons must not be presented as mere aspects of the one Essence, just because this idea is more acceptable logically. There is no logical way to resolve the antinomy of three absolute beings existing as one absolute being.

Girl (7): `But Jesus isn't God, He's God's son.'
S.M.: `Well, you're a Georgiou [surname] and your father's a Georgiou too. It's a bit like that.'
Girl: `Oh, I get it! They are the same but there's two of them. In our family there's five.'
S.M.: `God is three. And They are still just one, much more than in a family.'
Some theologically `primitive' expressions will need a lot of refining later; what was important here was to re­inforce the understanding of the full Godhead of Christ. This doctrine and that of the Trinity are so fundamental that if the child learns them as facts, his whole life rests on a rock of authenticity on every level of existence.

Archimandrite Sophrony writes: `A direct knowledge of this kind is in no way demonstrable by logic. It is even im­possible to "circumscribe" it by using the concepts by which human reason operates.'' (6) I met a teacher who found it helpful to give children a candle to light, and then let them use it to light two more, and show that they are one light; but every earthly example has imperfections. `During the age of the Ecumenical Councils, the Doctors of the Church, in their attempts to bring their contemporaries closer to the know­ledge of the revelation of the Triune God, had recourse to various analogies taken from the visible world or the spirit­ual structure of man. They were struggling thus against the lack of understanding in those of their opponents to whom the doctrine of the three Hypostases, fully irreducible one to another, seemed to destroy the absolute oneness of God. However, the analogical way of approaching the divine Being presents certain disadvantages, and may at times not facilitate, but on the contrary, hinder the understanding of the dogma. For there is nothing in the whole created world which is fully analogous to the Tri-Unity of God. We find, for example, an analogy made with the sun which sheds light and warms at the same time. Or there is an analogy made with the unity of man who has a `triad' of spiritual faculties:
the mind conceived as an image of the Father, the word as the image of the Son, and the breath (spiritus) as the image of the Holy Spirit. Such analogies are incapable of convey­ing what is to be expressed, for in the divine Trinity, the Logos and the Spirit are not energies of the Father/Mind, but hypostases." Children do not need prior logical under­standing in order to venerate the Holy Trinity as living God.

16. The Unity of the Church in the image of the Holy Trinity, Part II (unpublished text).
17. Ibid., Part V.

Girl (8): `I neyer understand about God being three and there's only one God.'
S.M.: `Nobody, even the cleverest saint, understands everything about it. You know who the three Persons are, don `t you?'
Girl: `The Father, the Son...'
I intervened: `...and He came down to earth; that's Jesus Christ.'
Girl: `And the Holy Ghost. But who's He?'
S.M.: `It means the Holy Spirit - you remember at Pentecost when all the disciples were together and the Holy Spirit came down on them? So God is the Father, but Jesus and the Spirit are God too. And they `re together in One.'
Girl, looking enlightened: `Oh! I get it! It's three persons but it's really only one person.'
S.M.: `That's right. So when you say a prayer to God you can mean all Three together or any One you decide to pray to.'
The girl's formula was `heretical', because God is not one Person, but one Essence or Nature. But in Greek the words the Fathers used for Person and Nature both meant `basic reality', and it was important that they were syno­nyms. So her meaning was not `out of it', and was cer­tainly appropriate for her then. Children will progress by praying to each of the Persons as God, and to the Holy Trinity as God, as we are taught to pray by the Church's prayers. (We never address the Essence of God.) Even if a child were never to becorne theologically articulate, he will experience the indweiling of the Father, the Son, and the Holy Spirit.
*

Boy (12): `How corne Jesus had to go away so the Holy Spirit could come down?'
S.M.: `The Holy Spirit had come into the world before,
But when He carne down at Pentecost and started the Church, if Jesus had still been on earth the apostles might have thought the Spirit was just the energy (18) coming out of Jesus Christ. They had to know He was somebody else, and at the same time He was promised by Jesus, sent by Jesus and the Father. He came from God because He is God just as much as the Father and the Son. The apostles knew from Christ what it felt like to be in God's presence, and they recognised the Spirit as God. God showed before Pentecost that He was Three, but at Pentecost the Church understood from experience that it was Three Divine Persons who are One, not three forms of energy.'
The whole congregation at Pentecost received this reve­lation, but the apostles can be singled out because they were the ones who taught the `new doctrine', in the phrase from our Pentecost hymns.

(18). In this conversation the boy understood `energy' in its everyday sense, but this did not matter. In the last sentence I meant the everyday sense in any case.

*

Boy (6). `How did God make Himself?'
S.M.: `Jesus made Adam and Eve, and all their chil­dren and grandchildren all the way down to when He came into the Mother of God and He was born. So He made Him­self is that what you meant?'
Boy: `Well, a bit, but what about before?'
S.M.: `You mean, how did God make Himself be God even before He made anything else?'
Boy, looking relieved that at last I'd got the point: `Yes.'
S.M.: `He didn't have to do anything to make Himself God. He just was there, for ever and ever. Yes, it's hard to understand, isn't it? The Father, and the Son, and the Holy Spirit, never started to be there like us. Seven years ago you weren't there, and when God made you we were so happy. But God is always there first and nobody ever waited for Him to be born.'

`Holy God, Holy and Strong, Holy and Immortal, have mercy upon us.' English, unlike Greek, Russian, and some other languages, does not make clear the paradox that the verb - `have mercy' - is singular, addressed to one and not many. But in any language this well-known prayer to the Thrice-Holy is one of the best keys to the mysteries of the Kingdom of Heaven.
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."

eliazar
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Les enfants à la divie liturgie

Message par eliazar » ven. 05 août 2005 22:21

Il me semble utile de rappeler la xénophilie d'Abraham (aux chênes de Mambré) et la destruction de Sodome et Gomorrhe, à propos du dernier paragraphe de la citation :
"`Holy God, Holy and Strong, Holy and Immortal, have mercy upon us.' English, unlike Greek, Russian, and some other languages, does not make clear the paradox that the verb - `have mercy' - is singular, addressed to one and not many. But in any language this well-known prayer to the Thrice-Holy is one of the best keys to the mysteries of the Kingdom of Heaven."
_________________

Quand Abraham essaie de sauver le plus de monde possible de la colère de Dieu, il use d'une petite ruse bien orientale, et accompagne les TROIS envoyés sur leur route vers la punition des Sodomites, en discutant un peu en route. C'est le célèbre dialogue (ou quadrilogue?) où il marchande interminablement avec "les" envoyés: s'il y a dix justes, est-ce que vous détruirez quand même la ville ?

Puis quand il a obtenu une réponse satisfaisante : oui, mais au cas où ils ne seraient que cinq ? etc etc

Pour des enfants, tout ce passage est passionnant, à cause de la drôlerie du marchandage... tandis que pour moi, l'intérêt est ici essentiellement sémantique: d'une demande à l'autre, on ne cesse de passer du singulier au pluriel. Je me suis toujours demandé comment les Juifs qui refusent encore avec horreur l'idée d'un Dieu Trine peuvent concilier ce passage fameux - qu'ils "lisent" encore plus clairement dans le texte hébreu - avec leur refus de la Tri-Uité, qui est là quasiment dévoilée.

En tout cas, quand on arrive au bout de ce passage, il devient clair pour les enfants que Dieu est à la fois "vu" par Abraham sous la forme humaine de trois envoyés - et "perçu" par lui comme Dieu, Seigneur, en 3 "personnes" mais un seul Seigneur. Et que ni Abraham ni les envoyés n'y trouvent quoi que ce soit d'anormal ou d'incompréhensible. Cela laisse supposer que les Juifs pieux du temps où ce livre a été écrit étaient capables de le comprendre - ou tout au moins de l'admettre, sinon il y aurait une explication, non ?

Accessoirement, je ne suis pas seulement stupéfait de l'aveuglement des Juifs - mais du peu d'usage que nous faisons de ce passage si célèbre, et que je n'ai jamais entendu prêcher vraiment.
< Demeurons dans la Joie. Prions sans cesse. Rendons grâce en tout... N'éteignons pas l'Esprit ! >

paraclésis
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Message par paraclésis » ven. 05 août 2005 23:27

Eliaza, ce passage est-il lu seulement lors d'une divine liturgie ?
S'il n'est pas dans le lectionnaire, à un dimanche, il a peu de chance d'être prêché.
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Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » sam. 06 août 2005 9:13

Le paradoxe du Tu-Vous-Trois, qui ne se voit pas seulement dans la Bible dans la prière pour Sodome, mais aussi dans le récit de L'hospitalité d'Abraham à Mambré, que représente la célèbre icône de saint André Rublev, est entendu à toute Liturgie où l'on chante Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel, Aie pitié de nous. On s'adresse aux trois personnes de l'Unique Divinité, et on met le Verbe au singulier : Aie et non pas Ayez.

Occasion pour moi aussi de rappeler la proposition qu'avait faite Antoine : Il serait meilleur, pour la justesse de la traduction (et accessoirement pour le rythme musical) de traduire eleison par accorde-nous ta grâce.
Jean-Louis Palierne
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paraclésis
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Expliquez au néophyte

Message par paraclésis » sam. 06 août 2005 16:35

Estce qu'Antoine, ou J-L P pourrait m'expliquer en quoi cette proposition de traduction serait meilleure que ce que nous avons présentement ?
N'est-il pas risqué de changer la traduction d'un mot (dont il faudrait corriger toute les occurences..de toute la famille de mots) dans tous nos textes ?
Je sais bien que J-L est traducteur il doit donc avoir pesé le pour et le contre, mais je ne comprends pas en quoi la version actuelle est fautive, il est vrai que je ne suis qu'utilisatrice de ce texte.
Merci de vos explications ou de la référence au fil concerné.
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Message par Claude le Liseur » sam. 06 août 2005 17:04

Jean-Louis Palierne a écrit : Occasion pour moi aussi de rappeler la proposition qu'avait faite Antoine : Il serait meilleur, pour la justesse de la traduction (et accessoirement pour le rythme musical) de traduire eleison par accorde-nous ta grâce.
Cela rejoint l'explication par notre autre grand traducteur, l'archimandrite Denis Guillaume, de son choix de traduire to mega eleos par "la grâce du salut" plutôt que par "la grande miséricorde".

"Grâce, dans nos traductions, désigne tantôt le "don surnaturel gratuit" que Dieu nous fait parce qu'il nous aime (cháris), tantôt la mesure de clémence par laquelle est supprimée la peine d'un condamné, la "miséricorde" (éleon). Le terme de "grande miséricorde", qui traduit littéralement "tò méga éleos", passe difficilement en français, parce qu'il n'est pas assez clair, et surtout parce qu'il se chante mal. Pour cette raison, le père Marc Foret, dans sa version musicale du tropaire apolytikion dominical de 7ème ton, avait hasardé "grand pardon", tout en jugeant que cela faisait un peu breton. Mais c'était déjà un peu mieux que la "grande pitié" du Père Mercenier. Finalement, c'est un archimandrite grec, né de père libanais melkite francophone et de mère hellène orthodoxe, qui, dans sa connaissance intime du grec et du français, ses deux langues maternelles, nous a proposé une traduction alliant la justesse théologique et l'expression musicale: la "grâce du salut". En effet, dans cette miséricorde, ce n'est pas une grâce ordinaire, mais celle que Dieu nous apporte par la descente du Fils et l'économie de notre rédemption. D'autre part, dans "la grâce du salut", on a exactement le même nombre de syllabes que dans "tò méga éleos" et les accents toniques y sont disposés de la même manière, c'est-à-dire une suite de trois ïambes (une brève + une longue). Enfin, comme les hymnographes jouent aussi souvent sur les mots "éléon" (accusatif masc.), miséricorde, et "élaion" (neutre), huile, nous avons parfois l'occasion d'imiter le jeu de mots en associant la "grâce" de la clémence à la "grasse" matière de l'huile! "

Archimandrite (alors hiéromoine) Denis Guillaume, Le Spoutnik, Diaconie Apostolique, Parme 1997, p. 1130.

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Désaccord

Message par paraclésis » sam. 06 août 2005 19:33

Je ne partage pas du tout l'avis du père Denis Guillaume, pour dire "grâce du salut" nous aurions d'autres termes !
Je trouve hasardeux pour des raisons de difficulté d'adaptation de chant (qui certes existe) de changer de famille de mots.
C'est un des reproches que l'on peut lui faire, que de voir le même mot (c'est à dire derrière toute une parenté d'allusions) rendu par plusieurs mots.
Tous les mots de nos liturgies, vous vous en doutez bien, renvoient à ces même mots utilisés dans la bible et chez les Pères.
Il y a distorsion lorqu'on cherche/trouve une expression que l'on peut croire adéquate, plus chantable, plus contemporaine....
Il me paraît primordiale pour celui qui s'affronte à la traduction de nos textes, de garder une vraie et profonde cohérence avec notamment, les textes bibliques.

Les textes d'abord, la musique après.
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Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » sam. 06 août 2005 20:34

Ce n'est pas du tout pour répondre aux difficultés d'adaptation au chant qu'il est important de choisir "accorder la Grâce" au lieu de "avoir pitié". Le problème important n'est pas dans la musique, mais dans le sens. Le mot français "pitié" présente des connotations sentimentales désasreuses. Il signifie un attendrissement affectif, il implique un sentiment de culpabilité (de la part de celui qui a pitié) et d'incapacité appauvrie (de la part de celui qui mendie la pitié) qui ne rendent pas du tout la véritable signification du Salut procuré par la résurrection du Dieu-homme à quiconque a foi en Lui. Le Salut n'est pas accordé au Bon Larron par pitié pour sa crucifixion, mais en récompense de sa foi.

Les orthodoxes ont du mal à imaginer notre sensibilité sur ce point. L'Orthodoxie — entre autres choses — nous accorde la liberté spirituelle, la liberté des enfants de Dieu, en ce qu'elle nous délivre de ce sentiment de de cupabilité, de cette hyper-sensibilité culpabilisée que le catholicisme a imprimé sur notre mentalité. La traduction "aie pitié de nous" est un mot-à-mot sur "eleison", mais n'en respecte pas la véritable signification.

Pas plus que « ne nous soumets pas à l'épreuve » ne permet de rendre le Notre Père. Les Orthodoxes de tradition connaissent depuis leur enfance les trésors des prières avant la communion, ou les tropaires des Fëtes du Seigneur qui éclairent et commentent le Mystère du Salut. Les Français eux sont imprégnés de culpabilisation pour leurs péchés (véniels et mortels) et de rédemption sanguinolante. On ne s'en dabarrasse pas facilement. Il faut mettre les points sur les "i".

Le français est une belle langue, incroyablement riche, mais c'est une langue de bavards. Il faut souvent plus de mots pour rendre les autres langues, en particulier les langues anciennes, surtout si l'on veut éviter les équivoques que le catholicisme y a introduites subrepticement.

Si en plus c'est plus facilement chantable, tant mieux, on ne s'en plaindra pas… Mais ce n'est pas le but de l'opération. Vous rendez-vous compte de ce que représente la culpabilité, le pardon, la rédemption pour le séminariste catholique moyen ?
Jean-Louis Palierne
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Antoine
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Message par Antoine » sam. 06 août 2005 21:25

Paraclesis a écrit :[…]traduire eleison par accorde-nous ta grâce[…]Est-ce qu'Antoine, ou J-L P pourrait m'expliquer en quoi cette proposition de traduction serait meilleure que ce que nous avons présentement ?
Le terme français utilisé dans "Seigneur prends pitié" vient du latin "Pietas" tout comme le terme de "piété" . "Pitié" est la forme populaire de "piété" . C’est, par exemple, de l’emploi indistinct de ses deux mots que résulte le terme «Mont-de-Piété» dans lequel "Piété" a le sens de "pitié".
1) L’imploration : «Seigneur prends piété» aurait-elle un sens ?


Il y a de plus dans le terme de "pitié" un sentiment réflexif qui nous fait victime possible des maux d’autrui. On l’a vu lors de l’impact qu’a eu par exemple le récent tsunami dans une zone très touristique, contrée dans laquelle les généreux donateurs auraient pu eux-mêmes périr lors d’un voyage, et où beaucoup se sont projetés, fantasmant ainsi leur propre mort et la comblant par des dons. Un peu comme des sortes d'indulgences papales spontanées. C’est cette possibilité à laquelle ils ont échappé qui a généré cette généreuse "pitié". D’autres pays en proie a de grands malheurs n’auront jamais ces mêmes faveurs parce qu’ils ne sont pas touristiques.
2) Dieu se comporterait-il en touriste vis à vis de l’homme ?


Vous avez également dans ce terme un élément de mépris incompatible avec la miséricorde divine. Par exemple dans le Misanthrope, Molière écrit :
Et les deux bras croisés du haut de son Esprit
Il regarde en pitié tout ce que chacun dit.

3) La kénose divine cacherait-elle un sentiment de supériorité vis à vis de l’homme ?


Le terme de "miséricorde" est formé de deux mots "cœur" et "misère". (mahleur, plus exactement, mais je garde la consonnance.) Nous pouvons méditer indéfiniment sur ces deux mots d’une richesse théologique infinie.
Dans "miséricorde" Dieu nous échange notre "misère" contre son "Agape". Nous ne perdons pas au change…c’est tout le mystère de l’incarnation. La miséricorde est le plan divin de notre déification par le verbe devenu chair. C'est un attribut de Dieu et une énergie, par laquelle il agit dans l'économie divine.


Nous pouvons retenir du terme latin "Gratia" qu’il signifie une manière d’être agréable qui se trouve dans le sujet et se manifeste à autrui.
Ainsi une "grâce" est le don que Dieu nous fait de sa vie divine, de son être même C’est par grâce que nous serons déifiés, c’est à dire par participation, alors que Dieu est Dieu par nature.
Pierre nous dit dans sa première lettre: «Mais, puisque celui qui vous a appelés est saint, vous aussi soyez saints dans toute votre conduite, selon qu'il est écrit: Vous serez saints, car je suis saint.»(1.15-16)
Ce que le starets Serge exprime avec beaucoup de profondeur: «la perfection ce n’est pas la perfection de soi même c’est la perfection de Dieu en soi.» Il s'agit bien de la manifestation en nous de la manière d'être de dieu. Toute grâce est un don de la sainteté de Dieu en vue de notre salut. « Les saints dons aux saints » proclame la liturgie.

Voilà en quelques mots le pourquoi de «accorde nous ta grâce» plutôt que «prends pitié»



Paraclasis vous faites un mauvais procès au Père Denis guillaume en revendiquant
« Je trouve hasardeux pour des raisons de difficulté d'adaptation de chant (qui certes existe) de changer de famille de mots.»
Dans l’explication qu’il donne il prend bien soin d’expliquer que «Le terme de "grande miséricorde", qui traduit littéralement "tò méga éleos", passe difficilement en français, parce qu'il n'est pas assez clair» et ensuite seulement il se trouve que sa proposition de surcroit s’adapte parfaitement au texte grec initial.
D'autre part, dans "la grâce du salut", on a exactement le même nombre de syllabes que dans "tò méga éleos" et les accents toniques y sont disposés de la même manière, c'est-à-dire une suite de trois ïambes (une brève + une longue). Enfin, comme les hymnographes jouent aussi souvent sur les mots "éléon" (accusatif masc.), miséricorde, et "élaion" (neutre), huile, nous avons parfois l'occasion d'imiter le jeu de mots en associant la "grâce" de la clémence à la "grasse" matière de l'huile! " »

Vous affirmez : « Les textes d'abord, la musique après ». Certes mais dans l’ordre nous aurons premièrement le sens , deuxièmement le texte, troisièmement le chant. C’est ainsi le sens qui prime. C’est bien le sens qu’ont respecté les traducteurs de la septante quand ils ont recréé le texte à partir de l’hébreux nous livrant ainsi la façon dont eux le comprenaient, enrichi de l’Esprit de prophétie qui les inspirait.

Le Père Denis nous dit:« un archimandrite grec,[...] nous a proposé une traduction alliant la justesse théologique et l'expression musicale: la "grâce du salut". En effet, dans cette miséricorde, ce n'est pas une grâce ordinaire, mais celle que Dieu nous apporte par la descente du Fils et l'économie de notre rédemption. Il faudrait passer au crible bien sûr chaque mot de cette justification que donne le Père Denis car le terme "rédemption" sous entend aussi une théologie qui n'est pas orthodoxe.
Traduire "to mega eleos" par "la grâce du salut" plutôt que par "la grande miséricorde" est certes mieux que par "grande pitié" qui serait déplorable.
Mais "grande miséricorde" surprend un peu car il suppose qu’il y en aurait de petites. On ne voit pas en français ce que l’adjectif "grande" vient rajouter. Il n’est pas un superlatif absolu en soi et ne saurait dans le cas présent définir une hiérarchie de comparatifs. Non, la miséricorde divine nous accorde des grâces différentes selon ce que nous sommes capables de recevoir. Nous implorons la miséricorde divine qui est un attribut divin (Dieu est miséricordieux) de nous octroyer sa grâce.
«Grâce du salut» qui est proposé me semble effectivement bien relier la finalité de la création à notre déification. (et non pas rédemption). Mais il est vrai que le terme de "salut" a aussi dans un pays catholique romain des relents d’augustinisme désastreux, et passe par le prisme d’une prédestination que l’orthodoxie ne connaît pas. Néanmoins il s’agit bien de notre salut. C’est par grâce que nous sommes déifiés et pas par nos mérites.
Il faudrait remplacer "salut" par "déification" et traduire "tò méga éleos", ("mega grâce") par "grâce de notre déification"Ainsi St Jean Climaque nous dit:"Rien n'égale ni ne surpasse les miséricordes de Dieu. C'est pourquoi celui qui désespère est son propre meurtrier"(5,46). Le meurtrier est bien celui qui refuse la grâce de la déification.

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