La couronne d'épines

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Antoine
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La couronne d'épines

Message par Antoine » lun. 28 juil. 2003 9:34

Date : 03.04 18h09
auteur : Maxime


Gloire à Ta longue patience, Seigneur!

Vendredi 4 avril 2003 à 15 heures son éminence
Innocent, archevêque de
Chersonèse (Patriarcat de Moscou) présidera un
office de vénération de la
couronne d'épines du Sauveur. Pour la première
fois dans l'histoire
multiséculaire en France de cette grande relique,
une Passion orthodoxe sera
célébrée à la Cathédrale Notre-Dame-de-Paris.

Information : Diacre Nicolas Nikichine, église de la
Sainte Trinité, 16 rue
Michel-Ange, Vanves. Tél: 01.48.23.27.10 ou
06.20.34.95.46

Antoine
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Message par Antoine » lun. 28 juil. 2003 9:36

Date : 03.04 19h49
auteur : Éliazar


Cher Maxime,

N'habitant plus Paris depuis de longues années, je
ne me sens pas
autrement concerné (à titre personnel) par l'annonce
d'une cérémonie à laquelle
je ne saurais participer - mais cette "célébration de
la Passion orthodoxe" dans
une cathédrale catholique romaine, par un évêque
orthodoxe que je pense
régulièrement ordonné ne laisse pas de m'étonner...
D'abord, il me semble que la Passion est celle du
Christ, et donc
qu'elle n'est pas plus orthodoxe que catholique ou
protestante. Par contre, je
croyais naïvement que la célébration de l'Office
liturgique orthodoxe qui est
consacré à sa vénération - célébration faite par un
Évêque, d'où : office
pontifical - ne pouvait trouver place que dans un lieu
de culte régulièrement
béni par l'Église orthodoxe, dont cet Évêque que je
n'ai pas l'honneur de
connaître doit sans doute encore faire partie, je crois?
Quelqu'un peut-il me dire si les canons qui
interdisent toute
célébration en commun avec des chrétiens
hérétiques ou schismatiques, et aussi
toute célébration par un Évêque, un prêtre ou un
moine orthodoxe dans un lieu de
culte officiellement hérétique ou schismatique (et
forcément en présence d'un
peuple hérétique ou schismatique) auraient été
abrogés ?
Et par quel concile orthodoxe, en quel lieu et à
quelle date ?

En ce trois fois douloureux temps de Carême 2003,
je demande pardon à
mes frères de les ennuyer par des questions que
seaule ma grande ignorance a
rendues nécessaires.
Éliazar le Très-Ignare

Antoine
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vénération de la couronne d'épines

Message par Antoine » lun. 28 juil. 2003 9:38

Date : 04.04 01h39
auteur : lecteur Claude



Bravo, Eliazar, beau message.

Quand saint Bessarion Saraï a rétabli l'Orthodoxie
en Transylvanie, les
paysannes des villages lavaient à grandes eaux les
églises qui avaient été
usurpées par les uniates, espérant que ce
nettoyage matériel effacerait
symboliquement les macules spirituelles laissées
par l'hérésie. Aujourd'hui, un
évêque orthodoxe célèbre dans une cathédrale
papiste. Beau progrès! Les canons?
Terminé!

Mais ledit évêque orthodoxe appartient à la
juridiction du Patriarcat de Moscou,
celle qui s'oppose à toute présence papiste en
Russie, qui inspire le vote de
lois qui restreignent la liberté religieuse et
empêchent la légalisation de
l'Eglise catholique romaine dans la Fédération de
Russie, qui fait expulser des
évêques papistes, qui empêche la légalisation des
vieux-calendaristes et de
l'Eglise orthodoxe biélorusse autocéphale en
République de Belarus, qui a
empêché la légalisation de la métropole orthodoxe
roumaine de Bessarabie jusqu'à
ce que le gouvernement moldave soit condamné
par la Cour européenne des droits
de l'Homme, et dont le patriarche vient d'écrire une
lettre insultante où il
fait grief au Phanar d'avoir permis au peuple
estonien de recouvrer sa liberté
religieuse et son Eglise autrefois illustrée par
l'archevêque primat Alexandre
de Tallin et l'évêque en exil Georges de Ravenne.

Oecuménisme ici, persécution religieuse là-bas.
Sourires aux catholiques ici,
interdiction aux catholiques de fonctionner
normalement là-bas. Illustration
d'un Yalta ecclésiastique qui me condamne, je
suppose, à devoir frapper à la
porte de l'église kto la plus proche, puisque je suis
devenu orthodoxe dans un
pays, où, selon cette logique odieuse d'intolérance
religieuse et de recours au
bras séculier, je "devrais" être catholique, comme ils
"doivent" être orthodoxes
là-bas, si j'ai bien compris?

J'espère cependant que, pour rester dans l'esprit du
Yalta ecclésiastique, la
"Passion orthodoxe" sera entièrement célébrée en
slavon et sans un mot de
français. Ce serait la meilleure façon de montrer
que l'on respecte bien le
partage et que l'on est bien de là-bas... et surtout
pas d'ici.

Antoine
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vénération de la couronne d'épines

Message par Antoine » lun. 28 juil. 2003 9:42

Date : 04.04 10h30
auteur : Nicolas


Bonjour,

A propos de "ici et là-bas" qu'elle est la
dénomination slavonne de "vénération
de la couronne d'épines" parce que que je ne vois
pas de quoi il s'agit et qu'en
français ça sonne un peu "sacré coeur" ;-)
Merci.

Antoine
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vénération de la couronne d'ép

Message par Antoine » lun. 28 juil. 2003 9:44

Date : 04.04 13h45
auteur : Olia



Cher Lecteur Claude,

J'apprécie hautement la majeure partie de vos
intervention et néanmoins, vos
manifestations agressivité systématiques à l'égard de
mon Eglise-Mère me
paraissent inacceptables. Vous êtes moins agressifs et
moins « mordants » quand
il s'agit des compromissions oecuménistes de
représentant de l'Eglise roumaine
ou celle de Constantinople. Allez donc en Russie et
voyez ces « limites »
imposées à la liberté du culte catholique romain (et
rigolez un peu aussi). Il
faut être d'une grande naïveté ou sinon, d'une rare
malveillance pour insister
sur ce « point » douteux. J'ai par ailleurs nul doute qu'une
telle hargne en
l'absence de sens critique ne peut provenir uniquement
des défaillances ou
compromissions dont seraient coupables des
représentants de notre Eglise-Mère
locale, mais aussi d'un lavage de cerveau inspiré par les
ennemis de l'Eglise.
Je ne me suis jamais permis d'agresser ainsi des fidèles
de l'Eglise roumaine ou
ceux rattachés à Constantinople, ce qui mérite d'être bien
analysé.

Je ne vois en vos intervention aucun amour et aucune
reconnaissance de la
sainteté qui vit au cœur de mon Eglise-Mère. Ce qui
signifie pour moi que vous
êtes véritablement à « côté de la plaque » sur ce point.

Eliazar, vous faites quand même preuve de moins de
rigueur lorsqu'il s'agit de
dénoncer les graves dérives modernistes soit-disant «
oecuménistes » de
Syndesmos (qui sème beaucoup en Russie, d'ailleurs,...)

Quant à ceux qui n'aiment pas le slavon, je leur dirai que
je considère le
slavon d'église comme un don précieux, une langue qui
par sa force et sa beauté
poétique est de loin supérieure au russe et au français
contemporains. S'ils
tiennent à entendre des prières en français, ils peuvent
prier à : Issy-les-
Moulineaux, à la « Crypte » de la rue Daru, à l'église
Notre-Dame des Affligés,
ainsi qu'à l'église orthodoxe de Vanves (tout près de
Paris)... Nous espérons la
création d'autres paroisses francophones, bien sûr... sur
une base bien
française, notamment.


Pour quelques informations de base concernant la
couronne, lire : http://www.
sedmica.orthodoxy.ru/28-03-04-02.htm (en russe)
En français :
http://www.france-orthodoxe.net/fr/saint/
et
http://www.france-orthodoxe.net/fr/saint/?p=couronne
Contenu de la page :
« Souvenez-vous de vos conducteurs qui vous ont
annoncé la parole de Dieu;
considérez quelle a été la fin de leur vie, et imitez leur foi.
Jésus Christ est
le même hier, aujourd'hui, et éternellement ».

Epître aux Hébreux 13, 78
Tous les saints, priez Dieu pour nous
Sainte Geneviève, la patronne de Paris Sainte
impératrice Hélène, égale aux
apôtres Saint Jean-Baptiste, le Précurseur Saint
Samson, évêque de Dol Saint
Patern, évêque de Vannes
Saint Gildas le Sage Saint Corentin, évêque de Quimper
Saint Guénolé de
Cornouaille Saint Pol Aurélien, évêque de Léon Saint
Tugdual, évêque de Tréguier
Saint Brieuc, évêque de Saint-Brieuc Saint Malo, évêque
d'Aleth
Que Ton nom est magnifique sur toute la terre !
La sainte Couronne d'épines
------------


Nous n'avons pour l'instant aucune explication quand au
problème de la
canonicité ou de la non-canonicité de la vénération de
reliques chrétiennes dans
un lieu n'étant pas sanctifié par l'Eglise (orthodoxe).
J'espère une réponse à ce sujet... avec impatience !

En vous souhaitant à vous tous d'entrevoir la "couronne
d'épines" qui avait été
porté par mon Eglise, mais aussi, le couronnement des
ses martyrs,
je vous souhaite à tous une bonne suite de Carême.

Antoine
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Message par Antoine » lun. 28 juil. 2003 9:46

Date : 04.04 13h51
auteur : Olia


Bien entendu, et heureusement pour nous, la piété de la véritable
Église
(orthodoxe) l'attention est avant portée sur la Couronne de Gloire qui
revient
au Christ avant les siècles même et à Sa Vivifiante Croix, l'Arbre de
Vie.
Ce qui n'exclut pas la référence à la couronne d'épine du Seigneur
(vous verrez
aussi que la tristesse, quoique différente de certains tourments
catholico-
romains, est également présente dans la piété chrétienne orthodoxe) :
http://www.myriobiblos.gr/texts/french/ ... urque.html
(un site de l'Eglise de Constantinople)

« ...Avec la chute de Constantinople les ténèbres couvrirent la
chrétienté
d'Orient. La fleur de notre cœur se fana. La couronne tomba de notre
tête. Notre
vie toute entière devint une Semaine Sainte. Et notre chant était:
«Aujourd'hui
il est pendu sur le bois...» Le visage doré de la Mère de Dieu s'est
assombri.
Nos saints devinrent pensifs et douloureux, nos mères et nos sœurs
étaient
vêtues de noir comme des nonnes. Nos pères semblaient des ascètes.
Nos jeunes
gens étaient amers.
Seule l'Eglise, telle une arche, traversa le désastre. Comme une
cargaison
précieuse elle préservait les dogmes de la foi, les hymnes, les icônes,
notre
langue, les manuscrits, les vêtements sacrés, les sculptures de bois et
de
métaux précieux, tout cela pour le réconfort et la joie spirituelle de
l'homme
ici-bas et comme une anticipation de la béatitude à venir. Les prêtres
commémoraient «ceux qui se sont éteints dans l'espoir de la
résurrection et
de la vie éternelle» et, en dehors de l'église, les enfants chantaient le
Jeudi
saint ce poème douloureux:
« Noir est le ciel aujourd'hui, aujourd'hui le jour est noir,
Aujourd'hui οn crucifie le roi de toutes choses».
Οn peignit alors le Crucifié d'après ce poème populaire dans
lequel le
disciple bien-aimé, en montrant son Maître pendu à la croix, dit à la
Toute-
Sainte:
«Le voici nu, cheveux épars,
Sur sa tête une couronne d'épines,
Ses doux yeux sont fermés,
Sa bouche distille un remède amer.
Celui-là c'est ton fils et c'est mοn maître».
A cette époque, les iconographes représentaient dans les cimetières,
dans les
sombres catholicons des monastères et dans les grottes οù se
retiraient les
ascètes, l'abbé Sissoï contemplant dans une douloureuse extase, le
tombeau
ouvert d'Alexandre le Grand, οù n'est plus qu'un squelette. Cette
image
porte l'épigraphe suivante:
« Devant le tombeau du roi des Grecs Alexandre
dont la gloire jadis resplendit,
Sissoï, grand parmi les ascètes,
tremble et se lamente en ces termes
sur le temps instable et la gloire éphémère:
Je te vois au tombeau, je recule à ta vue,
et je verse goutte à goutte les larmes de mon cœur.
Je songe au destin que nul ne peut éviter.
Oh, comment la franchirai-je cette frontière?»

Quant à l'histoire de la couronne, je ne la connais pas vraiment. A
l'époque de
Constantin le Grand ( ?), la couronne d'épines, à ce qu'il paraît, se
trouvait
en Terre Sainte, à la Basilique de la « Sainte Sion » à l'époque de
Constantin
le Grand ( ?)
(http://www.geocities.com/TheTropics/Cab ... v/sputnik2.
htm - en russe)

Antoine
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Message par Antoine » lun. 28 juil. 2003 9:47

Date : 04.04 21h08
auteur : Éliazar


Merci, chère Olia, pour les beaux et poétiques textes
que vous nous avez
recopiés à l'occasion de cette Couronne.
Mais pour le reste, j'ai bien peur d'avoir une fois de
plus écrit en charabia,
puisque vous ne m'avez pas compris, et que vous
m'écrivez :
« Éliazar, vous faites quand même preuve de moins
de rigueur lorsqu'il s'agit
de dénoncer les graves dérives modernistes soit-
disant « oecuménistes » de
Syndesmos (qui sème beaucoup en Russie,
d'ailleurs,...) »…
Un mot pour me "disculper" à vos yeux? Vous aurez
certainement remarqué que je
me suis attaché, au cours du déroulement de la sale
guerre du Moyen-Orient, à
faire connaître partout où j'en avais l'occasion les
moindres preuves du plus
minime esprit de compassion lorsqu'il était manifesté
par quelque hiérarque ou
organisation officiellement orthodoxe que ce soit - au
moyen d'une déclaration,
d'une lettre ouverte, ou d'un simple communiqué, peu
importe.
La raison devrait en être évidente : j'essaie de toutes
mes forces
d'éviter à l'Église, plus tard, le terrible reproche que
les historiens font
très justement à l'Église catholique Romaine pour
son mutisme prudent pendant
les persécution racistes et les génocides perpétrés
pendant la Seconde Guerre
Mondiale – et depuis, du reste, en bien d'autres
occasions.
J'ai accumulé suffisamment de raisons d'avoir honte
d'être Français, au
cours de ma longue vie, pour espérer de toute mon
âme mourir avant d'avoir eu
besoin d'avoir honte de mon Église.Il ne me resterait
plus rien...
Alors, puisque Syndesmos est officiellement
orthodoxe, j'ai traduit son
communiqué comme un témoignage de plus que
mon Église ne s'était pas bouché les
yeux, les oreilles et la bouche devant les nouvelles
frappes illégales et donc
criminelles qui continuent d'ailleurs jour et nuit
pendant que je vous réponds.
Cela ne veut pas dire que je suis partisan de
Syndesmos pour autant ; de vous à
moi, je trouve même leur communiqué un peu gnan
gnan, et pour tout dire, plus
boy-scout qu'orthodoxe. Mais hélas, je ne connais
pas, en ces années d'horreur,
de Père de l'Église qui se soit levé dans l'Orthodoxie
avec la vigueur et le
courage (et le mépris des conséquences possibles
pour sa personne) de notre cher
Patriarche de Constantinople Jean, le Chrysostome.
Ou de Grégoire (Palamas), etc.
.. Ou d'Athanase...
Qu'y puis-je ? Peut-être avons-nous tous, par nos
petites lâchetés, découragé
notre Maître de nous envoyer de véritables, grands
saints hiérarques, capables
de clamer la vérité sans se préoccuper d'y perdre des
plumes ensuite ? Qui sait?!

Maintenant, pour la couronne d'épines, je ne suis pas
loin de partager
l'opinion de Nicolas, ma chère Olia. Une de mes
amis, fervent, mais doté d'un
sens de l'humour rare chez nous (il y a des moments
où on finit par se demander
si c'est encore autorisé, pour un Orthodoxe ?!) avait
un jour parlé de
l'adoration du Saint Viscère par les catholiques
romains. Je n'y ai vu aucun
blasphème, pour ma part, car c'est la personne tout
entière du Christ qui est
digne de toute vénération, pas un de ses doigts de
pied, ni son foie, ni son
poumon gauche – et les foules qui s'adressaient (en
mon temps) en litanies
bruyantes au Sacré Cœur de Jésus comme à une
personne autonome (et digne « en soi et par soi » de vénération)
me semblaient en plein
délire idolâtrique.
Si j'ai cet éloignement pour la vénération d'une partie
du corps du Seigneur
bien-aimé, vous devinez ce que je pense de la
vénération d'une épine - dont la
provenance est probablement plus douteuse (mais
qui a coûté à son acheteur
encore plus cher) que celle des faux Matisse et les
faux Rembrandt qui
emplissent les collections des milliardaires
étasuniens.
Ce qui me fâche, c'est la célébration de l'Office de la
Passion par un
hiérarque orthodoxe dans une cathédrale catholique
romaine. Mais je le répète,
je ne suis pas Père de l'Église. Détrompez-moi, au
besoin, ma chère Olia. Je
vous en remercierai.
Bon et Saint Carême. Éliazar

A cela près, bien sûr, qu'il s'agit de la Passion du
Seigneur, et non de la
vénération d'un bout de végétal enchâssé de métal
précieux.

Antoine
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Message par Antoine » lun. 28 juil. 2003 9:49

Date : 04.04 23h29
auteur : Catherine



Chers amis,
Je pense qu'il est temps d'intervenir pour exprimer
le point de vue
traditionnel de l'Église orthodoxe sur la question.
Les reliques se composent d'une part des
ossements des saints et
d'autre part de leurs vêtements ou autres objets
ayant touché leur corps
sanctifié. Il arrive que ces objets, comme d'ailleurs
les ossements,
exhalent une odeur suave — signe de la Présence
de la Grâce
sanctifiante qui remplit corps et âme chez les
saints — et opèrent des
miracles pour ceux qui les touchent avec foi.
Comme nous n'avons pas d'ossements de notre
Seigneur, il est
parfaitement légitime de vénérer tout ce qui a
touché son saint Corps,
comme le bois de la sainte Croix par exemple, le
linceul et aussi la
couronne d'épines. Il est incorrect de dire que la
Couronne d'épines
s'apparente au "Sacré Cœur" des kto.
Le Seigneur n'a pas laissé son cœur à vénérer sur
terre lors de son
Ascension : c'est avec tout son Corps qu'Il est
monté en gloire, et ce culte
du Sacré Cœur a une origine bien charnelle et
assez répugnante même.
En revanche, si l'on a déposé avec cérémonie la
robe de la Toute-Sainte
à Blachernes, que l'on fête cette déposition et que
l'on vénère sa ceinture
aussi — parce qu'elle non plus n'a pas laissé
d'ossements à vénérer —
je ne vois pas pourquoi on ne vénérerait pas la
Couronne d'épines qui a
touché le saint Front de notre Sauveur.
Maintenant, il arrive, bien sûr,
qu'une relique ne soit pas authentique… et c'est
souvent une question
difficile à résoudre.
Si nous embrassons la main d'un prêtre, c'est
aussi par vénération pour
cette main qui touche le Corps du Seigneur à
chaque divine Liturgie.
Où qu'elles se trouvent, les reliques peuvent être
vénérées. En ce qui me
concerne, je n'entre dans une église kto que pour
cela (à moins de la
faire visiter à des amis touristes qui s'intéressent à
son architecture) — si
j'y trouve les reliques d'un saint orthodoxe, je les
vénère avec piété.
Certains ktos trouvent cela bizarre, mais c'est une
coutume parfaitement
légitime dans notre Église, et qui ne devrait pas
poser de problèmes à
des orthodoxes.
Comme les icônes, les reliques contiennent la
Grâce. Maintenant, c'est
une autre question que de célébrer un office
orthodoxe dans une église
kto : cela n'est pas permis et il n'est pas permis
aux laïcs orthodoxes d'y
participer si leurs hiérarques le font.
Voici un court article du hiéromoine Cassien sur la
question des reliques:

LA VÉNÉRATION DES RELIQUES

Basée sur une théologie de la sanctification, la
vénération des reliques
est aussi importante que celle des icônes, de la
croix et des évangiles.
L'Église fait une distinction entre corps et âme,
mais ne les sépare
aucunement. L'homme entier est sanctifié et son
être devient source de
sanctification qui se répand autour de lui. (La
relique la plus précieuse
est la vénérable croix qui témoigne
merveilleusement de cela). "Par
l'intermédiaire de l'esprit Dieu habite aussi leur
corps," dit saint Jean
Damascène (La Foi orthodoxe chap. 15) C'est
pour cela que l'ombre
même des apôtres faisait des miracles, comme
attestent les Actes des
apôtres. L'hémorroïsse ne toucha que les franges
de la robe du Christ et
fut aussitôt guérie.
"Ne savez-vous pas que vos corps sont le temple
du saint Esprit qui
demeure en vous", dit l'Apôtre (1 Cor 3,6) Et c'est
ce même corps qui
ressuscitera incorruptible lors de la résurrection
des morts. Comme il a
partagé avec l'âme dans cette vie les peines et les
souffrances, ainsi il
partagera aussi la gloire, une gloire qui débute
dès cette vie comme nous
voyons pour Moïse dont le visage rayonnait de
gloire à tel point qu'il la
fallait le cacher.
La séparation de l'âme et du corps au moment
que nous appelons
vulgairement la mort ne retire point la grâce qui
habite le corps.
"Précieuse est devant le Seigneur la mort de ses
saints," (ps 48,10) dit
l'Écriture. Comment cela se ferait si l'Esprit de vie
abandonnait le corps?
Les miracles et signes extraordinaires qui
s'opèrent auprès des reliques
témoignent de la grâce qui les habite.
La plupart des reliques exhalent une odeur suave
qui n'est pas une
odeur naturelle. Cela est également vrai pour les
reliques d'attouchemen,
c'est-à-dire des objets comme du coton par
exemple qui ont touché au
corps du saint. Certains même suintent de l'huile
odoriférante et ces
saints sont appelés: myrovlytes.
Quelqu'un m'objectera peut-être : Comment se
fait-t-il que chez les
Hébreux les morts furent considérés comme
impurs ? Cela est dû au fait
qu'avant la mort et la résurrection du Sauveur,
toute chair était soumise
au péché et ses conséquences. Même les justes
d'avant le Christ n'en
faisaient pas exception car eux aussi attendaient
le Messie. Toutefois à
travers leur corps, ils faisaient des miracles car
Dieu était avec eux.
Sans reliques, aucun autel ne peut être consacré,
car les corps des
saints sont le véritable autel dont l'autel de pierre
n'est qu'une image. "Le
corps est le temple de Dieu," comme nous avons
dit plus haut.
"Pour les chrétiens orthodoxes, les saintes
reliques prouvent que le
corps de l'homme est appelé à la résurrection et à
la transfiguration
futures." (Métropolite Séraphim: L'Église
orthodoxe p.69)
Cette sanctification de l'être entier se fait aussi
quand le chrétien
communie au Corps et au Sang du Christ. Ce
n'est pas dans son âme
uniquement qu'il reçoit le Christ à cet instant mais
dans son être entier,
jusqu'aux os et au sang.
La spiritualité orthodoxe n'est pas désincarnée,
mais elle englobe toute
la matière. Tout peut être sanctifié comme tout
peut être profané.
Terminons ces quelques lignes avec une épisode
qui s'y rapporte et qui
vient de se passer ces jours-ci : Une relique de la
vraie Croix fut vendue
aux enchères pour le prix de 100 000 francs.
Laissons l'aspect
simoniaque et réjouissons-nous car une pieuse
dame, qui l'a mis dans
sa chapelle privée, en fut l'acquéreur.
hm. Cassien

Antoine
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Message par Antoine » lun. 28 juil. 2003 9:51

Date : 05.04 13h09
auteur : Éliazar


Chère Catherine,
Je tiens à répéter que ma protestation tient
essentiellement au fait (à ma
connaissance, encore inouï en France) qu'un
archevêque orthodoxe russe ait
accepté l'invitation, qui lui a été certainement faite par
l'archevêché du
cardinal Lustiger, de célébrer pontificalement l'Office
liturgique Orthodoxe de
la Passion :
1° dans une cathédrale romaine, ce qui donne à cette
célébration un caractère
de folklore religieux, presque de pieux spectacle
probablement utilisé pour
stimuler la fréquentation des catholiques parisiens
(qui ont une fâcheuse
tendance à ne plus faire foule pour les chemins de
croix du temps de Carême),
voire même pour les intéresser, pour ne pas dire les
divertir - sans parler de
la publicité un peu malodorante faite autour de ce
spectacle insolite : une
célébration liturgique anti-canonique n'est tout de
même pas un « scoop » !
2° en faisant annoncer cette mauvaise action
doctrinale et liturgique par un
diacre (non moins russe) de son Église, joignable à
toute heure sur deux lignes -
dont une sur téléphone portable
3° en instituant ainsi une sorte de secrétariat
téléphonique temporaire chargé
pour l'occasion de distribuer à toute heure, et plus
efficacement, une
information dont on peut se demander à qui elle est
destinée : aux journalistes
? ou pire : aux chrétiens orthodoxes qui auraient
risqué sans cela de ne pas
pouvoir, ou même vouloir, participer à une célébration
anti-canonique, et de
toute évidence sacrilège ?
Pardonnez-moi de me répéter : cette manœuvre fait
visiblement référence à toute
une organisation plus ou moins souterraine, dont j'ai
personnellement pu
constater depuis plus de vingt ans l'efficacité dans la
région parisienne - et
au-delà, dans les paroisses de province qui, faute de
prêtres, sont desservies
par un prêtre parisien (trop souvent russe, hélas) –
qui agit avec discrétion
certes, mais avec une grande détermination, pour
instiller dans la pensée des
orthodoxes (de toute obédience si possible) :
1° qu'entre orthodoxes et catholiques, il n'y a plus de
différences que «
désuètement doctrinales » (au sens de « légalistes »,
voire « tatillonnes »)
2° que ceux qui rappellent les canons ne peuvent
être que de tristes sires,
intégristes ou gâteux – probablement les trois à la
fois…
3° que les lendemains qui chantent seront le Temps
des Concélébrations - qui
s'accompagneront de plus en plus d'un partage
indistinct (pardon : « fraternel
») de rites et de « sacrements » devenus peu à peu
interchangeables, parce
qu'enfin détachés de toute doctrine fondamentale de
la Foi : comme dit ce diacre
Nikichine, ou tout au moins son héraut d'armes
Maxime « Gloire à Ta longue
patience, Seigneur ! »
4° que l'avenir radieux du christianisme est à
chercher dans une unification a
minima de tous les chrétiens occidentaux « de bonne
volonté » sous le seul
véritable patriarcat d'Occident, c'est à dire l'évêque
schismatique de Rome
5° que tous ceux qui osent dénoncer cette manœuvre
doivent être écartés de tout
lieu (et surtout de toute tribune journalistique ou
autre) où ils pourraient «
pourrir la situation de rapprochement » par des
rappels trop sonores de la
doctrine de l'Église véritablement orthodoxe

Je regrette, chère Catherine, d'être obligé de
prolonger exagérément cette
rubrique par mes protestations, mais elles sont
essentielles. A mes yeux, et
sans jeu de mots, le bruit fait autour de cette
célébration n'est pas...
innocent du tout. Je suis douloureusement peiné que
nous n'eussions été qu'une
poignée à nous scandaliser à haute voix. C'est ce
silence B.C.B.G. des
orthodoxes parisiens qui permet à unee véritable
mafia de saper les fondements
mêmes de l'Église tout en se cooptant chaque fois
que faire se peut aux postes
de premier plan dans l'Église elle-même.

Pour me faire pardonner, je vais essayer de vous
faire rire : il y a quelques
années, j'avais lu dans le journal qu'une exposition
d'icônes anciennes (venues
de Roumanie, ou de Bulgarie, je ne sais plus
exactement) était organisée par un
musée de la ville. J'y étais allé, le cœur un peu
douloureux de voir (comme dans
un musée soviétique) deux cents icônes
méthodiquement alignées sur les cimaises
pour une foule de curieux qui n'y voyaient qu'une
forme d'art « oriental », i.e.
bizarre et démodé - mais qu'un bourgeois éclairé, et
d'esprit ouvert, se devait
de connaître s'il voulait pouvoir briller dans les
salons.
J'étais si triste que, à la dérobée, je m'arrêtais un peu
plus longuement
devant les icônes de ma vénération personnelle pour
une courte prière, muette
évidemment, et une imperceptible inclination de la
tête accompagnée d'un signe
de croix microscopique comme pouvaient en faire
sans doute les prêtres serbes
jetés au camp d'extermination de Jasenovac par les
séides du Cardinal romain
Stepinac – de sinistre mémoire.
Non, qu'ils daignent me pardonner : leur supposer
autant de lâcheté qu'à moi ce
jour-là serait une insulte à leur sainte et chère
mémoire, car eux, ils ont eu
l'honneur (et le courage) d'aller jusqu'au martyre pour
me confondre. Gloire à
Dieu !
Tant et si bien que malgré mon hypocrisie, je me suis
retrouvé les yeux fermés,
devant une icône dont la présence dans cette espèce
de bordel laïque me mettait
les larmes aux yeux, et j'ai senti quelqu'un qui me
touchait discrètement
l'épaule. Un peu embarrassé, je me suis retourné, et
un homme bien mis, à peu
près de mon âge, m'a dit : Mon père, excusez a
liberté que j'ai prise, mais je
vous regarde attentivement depuis un moment et je
vois bien que vous priez. A
votre barbe, je devine que vous devez être prêtre
orthodoxe : je suis ici avec
deux dames de mon conseil paroissial et nous
envisageons d'organiser une soirée
sur les icônes : accepteriez-vous de nous servir de
guide ?
Je ne savais plus où me mettre, comme vous
devinez. Il eut la délicatesse de ne
pas remarquer l'humidité de mes yeux, j'eus la
correction de lui dire que je
n'étais ni prêtre ni diacre ni membre à quelque titre
que ce soit du clergé,
mais un simple petit périodiste orthodoxe- et il
m'apprit qu'il était jésuite et
responsable d'une paroisse huppée des environs.
Bref, quand le soir tomba, nous
étions convenus tous trois que je ferais la conférence
d'ouverture de sa soirée,
quinze jours plus tard.
Je devais partir en Allemagne pour un congrès, où
j'intervenais sur un tout
autre sujet. Après le congrès, j'étais invité par les
autorités à rester une
dizaine de jours pour visiter la ville, ses curiosités et
ses environs ; je
refusai à mon vif regret pour ne pas manquer à ma
promesse. Et je quittai mes
amis, dès mon intervention faite, par le premier avion.
A l'aéroport, mon jésuite m'attendait, désolé : il avait
cru bien faire
d'annoncer la conférence et mon nom dans la presse
locale. Le prêtre qui faisait
office de secrétaire pour mon Évêque (tous deux
foncièrement oecuménisants)
avait été mandaté pour le prévenir d'annuler
d'urgence cette conférence, car je
n'étais aucunement persona grata dans l'Église
Orthodoxe en raison de mes
opinions « gravement intégristes ».
A quoi le bon père jésuite ajouta que ni lui ni ses
acolytes n'avaient vraiment
cru que pusse l'être, pour avoir longuement parlé de
religion et de doctrine
(des icônes, évidemment) avec moi le jour de notre
rencontre – mais que dans sa
situation (il était chargé de l'organisation de la
semaine annuelle de prières
œcuménistes, et à ce titre travaillait avec mon
Évêque) il avait été obligé de
faire publier le démenti qu'avait demandé mon propre
Évêque.
Ce n'est pas drôle ? Mais si, Catherine. Enfin, moi, je
trouve : chaque
dimanche, je chantais dans la chorale (sur la
demande de mon Évêque, qui me
faisait souvent chanter en soliste certains tropaires)
et quand il m'invitait
amicalement à prendre le café chez lui pour parler de
la petite revue que je
publiais alors, il ne manquait pas de me répéter qu'il
priait tous les jours
pour que « mon œuvre » (qui répondait exactement à
« ce qu'il attendait depuis
des années » ) puisse prospérer et se répandre de
plus en plus largement…
Last but not least, comme disent les Anglais : cette
revue, qui figurait chaque
mois en bonne place sur le rayon « Orthodoxie » de
la Procure, était également
répertoriée sur Internet dans la liste des revues
orthodoxes - par les soins du
Père Tchékan lui-même, qui en recevait
régulièrement les numéros. Un jour, un de
mes abonnés me téléphona de Belgique pour me
demander comment il se faisait
qu'elle n'y figurait plus. Tchékan me confirma qu'il n'y
était pour rien : il
s'était fait passer un savon de première par mon
Évêque (qui avait été nommé
responsable des médias par le métropolite Jérémie)
pour l'avoir incluse dans
cette liste sans le consulter, ou au moins l'un des
trois orthodoxes parisiens
qui avaient sa confiance, et dont je préfère ne pas
citer les noms ici…
J'ajoute que c'était une brave petite revue de
néophyte, qui ne cassait pas
trois pattes à un canard et ne faisait courir aucun
risque à « Contact », ni bien
sûr au S.O.P.

Antoine
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Quelques remarques aux uns et aux autres

Message par Antoine » lun. 28 juil. 2003 9:53

Date : 05.04 16h31
auteur : Catherine


À Olia :
Chère Olia, merci pour les belles choses
concernant la Passion de notre
Sauveur qui approche. Je suis juste en train de
préparer la partition du
15e antiphone pour l'office du Grand Jeudi où
nous chantons "Aujourd'hui
est suspendu au bois Celui qui suspend la terre
sur les eaux, et d'une
couronne d'épines est ceint le front du Roi des
anges". J'ai envie de
continuer, mais ce chant me fait pleurer toujours:
"D'une pourpre dérisoire est revêtu Celui qui revêt le ciel de
nuages. Il supporte d'être
frappé au visage, Celui qui dans le Jourdain
délivre Adam. Percé de
clous, l'Époux de l'Église est attaché au bois de
la croix. D'une lance est
transpercé le côté du Fils de la Vierge. Nous
nous prosternons devant ta
Passion, ô Christ. Nous nous prosternons
devant ta Passion, ô Christ.
Nous nous prosternons devant ta Passion, ô
Christ. Montre-nous aussi
ta glorieuse Résurrection."
Ne vous offusquez pas de ce qu'écrit le lecteur
Claude : je le crois bien
informé et je n'ai pas l'impression qu'il ait
agressé personnellement
aucun des fidèles de votre Église, mais plutôt
une attitude générale de
ses hiérarques. Je crois cependant que tout le
monde, et lui aussi,
reconnaît les souffrances du peuple russe ainsi
que sa piété.
De plus, il est difficile de ne pas essayer de
défendre son bifteck — ou,
en carême, plutôt ses frites :-) — patriarcaux à
chacun, ne pensez-vous
pas ?
En ce qui concerne l'attitude de la hiérarchie
orthodoxe et "orthodoxe",
russe ou grecque, la seule conséquente et
unanime que j'ai vue, par
rapport à tous les problèmes soulevés sur ce
Forum, c'est celle des
matthéistes, à tel point qu'ils ne s'y posent
même pas en termes de
problèmes, mais eux, étant minoritaires et
"schismatiques" selon vos
patriarcats, n'ont pas de voix au chapitre
mondial de l'orthodoxie.
Tâchons au moins de ne pas nous disputer en
ce saint Carême.

À Éliazar qui dit :
— Mais hélas, je ne connais pas, en ces années
d'horreur, de Père de
l'Église qui se soit levé dans l'Orthodoxie avec la
vigueur et le courage (et
le mépris des conséquences possibles pour sa
personne) de notre cher
Patriarche de Constantinople Jean, le
Chrysostome. Ou de Grégoire
(Palamas), etc.

Il ne faut pas rêver, cher Éliazar. Non seulement
l'Église orthodoxe, mais
n'importe quelle instance soi-disant ou
réellement spirituelle n'a aucune
autorité dans le monde matérialiste où nous
vivons, et surtout pas en
face de la puissance étasunienne.
Les pères dont vous parlez ont vécu à une
époque et dans un lieu où les
hommes de Dieu commandaient le respect à
tous, à commencer par les
autorités temporelles, et ce non seulement à
cause de leur haute stature
spirituelle, mais parce qu'ils parlaient à des
orthodoxes, qui eux-mêmes
portaient plus d'intérêt au salut de leur âme qu'à
leurs besoins
bassement matériels, et qui étaient donc prêts à
les écouter.
Aujourd'hui, il ne reste à l'Église orthodoxe (très
minoritare et méprisée)
que la voie de la prière pour ce qui est de cette
horrible guerre en Irak, et il

ne faut pas confondre "l'autorité" morale et
temporelle mondialement
reconnue d'un pape de Rome avec celle
spirituelle de l'Église orthodoxe
dont le rôle est d'œuvrer pour la sauvegarde de
la foi orthodoxe dans
toute sa pureté pour le salut des hommes et non
pas de pontifiquer à la
cantonnade à travers le monde sur diverses
questions morales que de
toute façon chacun résoudra seul. Quant à vos
hiérarques, ce n'est pas
de leur mutisme sur Irak qu'il faut avoir honte,
mais de leurs multiples
trahisons de l'orthodoxie — et en tirer les
conséquences qui s'imposent.
PS. : Je viens de lire votre long message
explicatif que je relirai encore : je
n'ai jamais compris autrement vos propos que
comme vous l'expliquez.
Vivant dans mon "ermitage", je ne connais pas
tout ce qui se passe dans
le monde. Merci pour les clarifications.
Au lecteur Claude :
— Cher lecteur Claude, n'étant pas une lectrice
"de grande envergure"
moi-même, je suis toujours heureuse
d'apprendre bcp de choses de
vous.
J'ignorais par exemple que Photios Kontoglou
avait écrit sur Pascal; cela
m'intéresse énormément, car je me disais
souvent que Pascal, s'il avait
connu l'orthodoxie, serait sûrement devenu
orthodoxe. Avez-vous lu le livre
et pouvez-vous me dire ce qu'il dit en substance
?
Vous dites aussi :
— Quand saint Bessarion Saraï a rétabli
l'Orthodoxie en Transylvanie, les
paysannes des villages lavaient à grandes eaux
les églises qui avaient
été usurpées par les uniates, espérant que ce
nettoyage matériel
effacerait symboliquement les macules
spirituelles laissées par
l'hérésie.
• Que c'est beau ! Le sens de la vérité chez le
petit peuple orthodoxe, la
grâce chez les plus simples, les plus humbles…
offrant un splendide
témoignage de l'Écriture : "Dieu… fait grâce aux
humbles."
Puis la Transylvanie, la plus belle et plus
mystérieuse région de la
Grande Hongrie (excusez-moi, ce n'est pas du
révisionnisme, mais de la
nostalgie personnelle et à peine patriotrique !),
pays de mes rêves, pays
de la lutte héroïque de mes ancêtres du 18e
siècle contre les Habsbourg,
ces Habsbourg, qui y réprimaient l'orthodoxie à
la même époque. Et,
comme saint Bessarion, les patriotes hongrois
étaient envoyés à la
célèbre prison de Kufstein en Tyrol.
Ne pensez-vous pas, cher lecteur Claude, que
l'amputation de la
Transylvanie à la Hongrie fût également une
sorte de Yalta, pour
empêcher les Hongrois de connaître
l'orthodoxie, ou suis-je un peu
parano sur les bords ? Pourquoi l'uniatisme a-t-il
fait plus de ravages
dans ces régions qu'ailleurs ?
De toute manière, dans tous les partages, mon
pauvre pays tombait
toujours du côté néfaste : toujours perdant sur le
plan politique, il est
maintenu loin de l'orthodoxie sur le plan spirituel,
alors que rien n'irait
mieux au "tempérament" de ce peuple aux
racines orientales.
Certains Hongrois de ma génération prédisent
aussi, avec un
pessimisme nourri de notre histoire
malheureuse, que dès l'entrée de la
Hongrie dans l'Europe (prévue pour 2004), celle-
ci s'écroulera, par le
simple fait que la Hongrie n'a jamais été l'alliée
d'une puissance
victorieuse et qu'il serait étonnant de voir une
exception à cette règle.

À Athanase :
Cher Athanase, Dieu aura soin de nous juger
nos manquements : ce
n'est pas à vous de le faire. Quant à la foi
orthodoxe, nous avons tous le
devoir de la garder pure et de dénoncer toute
hérésie (hérésie voulant
dire : opinion purement humaine et ne
s'accordant pas avec les données
de la foi reçue de Dieu et donc incompatible
avec la Vérité qui est le
Christ ), n'en déplaise à ceux qui appellent
"orthodoxisme" une fidélité
scrupuleuse à la Vérité et qui renient ainsi
tacitement toute (ou une partie
de) la Tradition orthodoxe.
Permettez-moi de dire, du reste, que le terme
"orthodoxisme" ne veut rien
dire en ce sens par rapport à la vraie foi, celle-ci
étant d'une cohérence
divine ("il n'y a que oui en Dieu" ! ), donc parfaite
et n'ayant aucun besoin
d'être systématisée, d'autant plus qu'elle est vie
et non idéologie. Les
saints dogmes de l'Église jaillissent de la
révélation de l'Esprit, donc de
l'expérience de ceux qui les ont reçus et non des
réflexions abstraites du
cerveau humain.
En revanche, certaines élucubrations
d'intellectuels de nos jours (surtout
français, hélas !) qui ajoutent à l'orthodoxie ou
en retranchent — sont des
thèses abstraites parfois pernicieuses en ce
qu'elles ouvrent la porte à
un relativisme où la foi en l'Église une sainte
catholique et apostolique
est menacée.
Ce disant, je n'ignore pas que, n'étant pas
œcuméniste, je suis taxée, par
Olivier Clément, moi-même d'intégrisme
schismatique (comment
peut-on être schismatique quand on n'a en rien
dévié de la Tradition de
l'Église orthodoxe, mais que l'on s'est séparé de
ceux qui en ont dévié ?
— cela reste pour moi "un des mystères de la
religion musulmane",
comme dirait l'autre…)
Nous qualifier d'intégristes est de la démagogie
pure et simple et assez
contradictoire par-dessus le marché, de la part
d'un "orthodoxe"
œcuménisant — qui parle dans ses livres de
devoir de fidélité à
l'orthodoxie de toujours — à l'égard d'orthodoxes
qui gardent justement
cette fidélité. L'œcuménisme est une infidélité
flagrante.
Pour moi, la foi orthodoxe veut dire fidélité au
Christ et à l'Église. Mon
baptême orthodoxe, je l'ai ressenti comme un
engagement semblable au
mariage. On s'unit au Corps du Christ et on y
reste fidèle. On ne va pas
chercher ailleurs, en dehors d'elle, des "vérités",
puisque l'Église contient
toute la Vérité.
Si vous êtes marié, idéalement, vous restez
avec votre femme pour la vie,
même si elle n'est pas parfaite et que vous ayez
parfois des conflits, voire
des disputes entre vous; en tout cas, vous
n'allez pas flirter avec d'autres
femmes en leur demandant de juger votre
épouse.
Pour l'Église, c'est encore plus vrai, car votre
femme peut encore avoir
des défauts, mais l'Église, elle, est parfaite.
Il serait donc odieux, étant membre de l'Église
orthodoxe de flirter avec
l'hérésie ou d'accepter des jugements
hérétiques concernant l'Église et
sa Tradition.
Il est vrai que Olivier Clément a écrit de belles
choses sur l'orthodoxie,
mais il y a aussi des poètes qui ont écrit de
belles choses sur des
femmes avec qui ils n'ont jamais vécu.
Quand on vit l'orthodoxie, on finit par acquérir un
sens qui vous indique
nettement si la personne qui vous parle
d'orthodoxie, en a une
connaissance intellectuelle, abstraite ou bien
spirituelle, vécue. "Les
paroles que Je vous dis sont Esprit et Vie" — dit
le Christ.
Je préfère donc une écriture qui a la saveur de
la vie réelle, (comme celle
de nos pères parmi les saints).
Pas plus tard que ce matin, je lisais des textes
d'un père de l'Église,
commentés par un intellectuel français connu et
reconnu, qui fait autorité
et dont l'orthodoxie ne me paraît pas douteuse
du tout, et j'ai eu pourtant
l'expérience pénible de devoir relire plusieurs
fois ses phrases avant de
saisir leur sens, tandis que la lecture du corps
du texte patristique entrait
sans effort dans mon cœur.
Il faut d'abord apprendre à penser et à vivre en
orthodoxe, car c'est
seulement quand notre esprit est éclairé de la
lumière de la vraie foi
vivante et vécue que nous obtenons l'esprit
critique nécessaire pour juger
les autres croyances et opinions, et séparer le
vrai du faux.
L'œcuménisme est une négation de l'Église une
sainte catholique et
apostolique; il faut donc la séparer de la Vérité.

Maintenant, les termes d'intégrisme et de
fondamentalisme aussi ne
peuvent s'appliquer qu'à de fausses religions où
il y a à en prendre et à
en laisser, car il s'y mélange le divin avec
l'humain, le vrai avec le faux; ce
qui n'est pas le cas de l'orthodoxie où le dépôt
vient de Dieu et que l'on
doit accepter dans son intégralité. Ce sont donc
plutôt ceux qui
retranchent ou ajoutent et qui se prennent pour
juges de cette foi qui font
dans l'"orthodoxisme" : ce sont eux qui
considèrent la vraie foi comme
une idéologie ou une religion et en cela A.
Schmemann — qui ne précise
pas cependant qui il entend par "on" (?) — a
bien raison. Toutes les
idéologies, toutes les philosophies et toutes les
religions autres que la
vraie foi orthodoxe sont soit incohérentes soit
impraticables, le plus
souvent les deux. (Je n'ai connu qu'un seul
"philosophe" athée par
exemple qui ait pratiqué de façon cohérente et
jusqu'au bout sa
conviction, c'était Arthur Koestler : il a fini par le
suicide. Lui au moins
était
logique et conséquent.) Seule la vraie foi mène
à la Vie. Et si la vraie foi
n'est pas gardée et prêchée, comment pourrait-
on la vivre ? Voici ce qu'en
disent les pères :

«Pour cela, il faut fuir ceux qui prêchent les
demi-mesures, car ils
n'enseignent rien de sûr et de certain, mais
comme des hypocrites, ils
S'ADAPTENT À TOUTES LES CROYANCES et
vont de tous les côtés.»
Saint Marc d'Éphèse.

«C'est un ordre du Seigneur de ne pas se taire
quand la foi est en
danger.
Alors, quand il s'agit de la foi, tu n'as pas le droit
de dire : qui suis-je,
moi
? Prêtre, magistrat, soldat, agriculteur, ou
mendiant ? Ne te préoccupe de
rien de tout cela ! Malheur ! Les pierres parleront
et toi tu resterais
silencieux et insouciant ?»
Saint Théodore le Studite.

«Il n'est ni juste, ni autorisé, ni convenable aux
hommes pieux de se taire
quand on annule les lois de Dieu et qu'on
cherche à instaurer l'erreur et
la fraude... N'obéissez même pas aux évêques
qui, frauduleusement,
incitent à dire, à penser et à agir contre les
commandements.»
Saint Mélétios le Confesseur.

Vous nous accusez d'éloigner des gens de
l'orthodoxie. D'abord, qu'en
savez-vous ? Connaissez-vous les motivations
profondes de chaque
personne qui devient orthodoxe ou qui s'en
éloigne ? Après 23 ans
d'expérience dans l'orthodoxie, je peux vous dire
que la relation de Dieu
avec chaque personne humaine (alors que la
plupart des membres de
notre communauté m'ont raconté sincèrement
l'histoire de leur
découverte de l'orthodoxie) me reste un mystère
si profond qu'il ne me
serait pas possible d'en dire grand-chose, sans
tomber dans un
jugement qui n'appartient qu'à Dieu.
Mais même pour ma propre personne, ce que
j'en sais — et c'est
pourtant moi qui l'ai vécu — n'est que
l'apparence : Dieu seul sait
exactement ce qu'il en est, puisque Lui seul
pénètre au-delà non
seulement du conscient, mais même de
l'inconscient de l'homme, là où
même les psychiatres n'ont pas accès et qui
s'appelle la "proaïresis" en
grec (=le choix préalable), là où se décide
l'inclination fondamentale
d'une personne par rapport à Dieu ou au monde,
au bien ou au mal.
Ensuite, les Olivier Clément qui veulent attirer
les gens à l'orthodoxie en
en présentant une version séduisante et
hautement intellectuelle,
croyez-vous qu'ils auront rapproché les gens du
Christ ? Non, ils les
auront rapprochés d'une "orthodoxie"
intellectuellement satisfaisante qui
leur permettra peut-être d'écrire, à leur tour, des
livres sur la question.
Vous dites : " je suis venu à l'orthodoxie ,
poussé par le désir de savoir ,
de comprendre. J'ai , grâce à quelques auteurs
comme OC , ou Kallistos
Ware , dont je viens de lire "l'Eglise des sept
conciles" , appris à porter un
regard historique sur tous ces drames."
C'est très bien, mais la curiosité intellectuelle
une fois satisfaite, qu'en
faites-vous ? Avez-vous fait de l'orthodoxie votre
foi, votre certitude absolue
et votre vie ? Le Christ, le Chemin, la Vérité et la
Vie, est-Il devenu plus
désirable à votre cœur grâce à cette satisfaction
intellectuelle ? Je n'en ai
pas l'impression, car alors vous goûteriez avec
un grand plaisir spirituel
les paroles inspirées et vivifiantes des grands
saints orthodoxes,
serviteurs éprouvés du Verbe, qui ont témoigné,
par leur vie et leur mort,
de leur amour pour le Christ. Elles vous
paraîtraient une nourriture douce
et vous seriez moins enthousiaste pour ceux qui
n'ont fait que satisfaire
votre faim purement cérébrale et ne vous ont
pas montré l'exemple par
leur vie.
Mais rien n'est perdu pourvu que nous ne nous
arrêtions pas à cette
satisfaction intellectuelle. Il existe des gens qui
deviennent orthodoxes et
même moines pour des raisons
APPAREMMENT bien plus futiles que
les vôtres, mais qui en tombent ensuite
amoureux et deviennent de
saints témoins du Christ.
Vous dites aussi : "je me confie en la protection
de saint Alexandre Men
(encore un "hérétique , d'ailleurs il était juif...)"
• Pardonnez mon ignorance. Cékiça ?
Excusez ces terribles longueurs. À demain.
Amicalement en Christ,
Catherine
Dernière modification par Antoine le lun. 28 juil. 2003 10:20, modifié 1 fois.

Antoine
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Message par Antoine » lun. 28 juil. 2003 9:58

Date : 05.04 16h46
auteur : Éliazar


Chère Catherine,
Si vous croyez que cette autorité que les médias aux
ordres reconnaissent
mondialement au Pape de Rome correspond à une
autorité que lui reconnaîtraient
ses propres catholiques romains, ou même ses
propres évêques et leurs prêtres,
je crois que vous idéalisez un peu.

Essayez de les interroger sur leur obéissance, dans
leur vie privée, conjugale,
etc...

Vous serez édifiée par leurs haussements d'épaules.
Ce qui suivent les
enseignements de leur propre Église sont vite
repérés comme "intégristes"...
Éliazar

Antoine
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le Père Alexandre Men

Message par Antoine » lun. 28 juil. 2003 10:04

Date : 05.04 18h25
auteur : Éliazar


Chère Catherine,

Je viens de relire avec davantage de soin votre long
mèl, et votre "Kikçékçà"
m'a sauté aux yeux. Je vous fais la réponse
(provisoire j'espère) que me permet
mon ignorance.

Je ne crois pas que le Père Alexandre MEN ait été
canonisé ( ?). C'était
un prêtre de Moscou qui avait une paroisse « en
pointe » au moment de la «
résurrection » de l'Église de Russie, pendant la
pérestroïka.
Une nuit il a été assassiné dans la rue, à coups de
hache. Le bruit a couru que
ces meurtres à la hache étaient une signature de
groupes irréguliers de la
police politique – genre « escadrons de la mort »,
comme en Argentine ou au
Chili de Pinochet. On a donc conclu que ce n'était
pas un meurtre crapuleux, ni
mafieux, mais anti-chrétien – et on a de suite
considéré (peut-être à juste
titre) que le P. Alexandre était un martyr.
Tout ce que je puis dire, c'est qu'étant prêtre
orthodoxe, il n'était donc pas
Juif – mais seulement d'ascendance juive. Les
Français confondent de plus en
plus Juif (qui est l'appartenance à une religion) et
Israélite. De même qu'ils
confondent aussi Israélien, Israélite et Sioniste.
Mais je ne connais rien de sa véritable doctrine au
point de vue qui nous
intéresse : sa prédication ou non de la véritable
doctrine de l'Orthodoxie.
Peut être quelqu'un pourrait-il mieux nous éclairer ?
Dernière modification par Antoine le lun. 28 juil. 2003 10:19, modifié 1 fois.

Antoine
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Message par Antoine » lun. 28 juil. 2003 10:07

Date : 06.04 12h02
auteur : Catherine


Réponse à Éliazar :
— C'était un prêtre de Moscou …
• Ah, d'accord, merci, je me souviens très bien de
cet événement, mais j'ai
oublié le nom du prêtre en question, excusez-moi.
— Tout ce que je puis dire, c'est qu'étant prêtre
orthodoxe, il n'était donc
pas Juif – mais seulement d'ascendance juive.
Les Français confondent
de plus en plus Juif (qui est l'appartenance à une
religion) et Israélite. De
même qu'ils confondent aussi Israélien, Israélite
et Sioniste.
• Pardon, êtes-vous sûr de ne pas faire erreur là ?
Pour moi, Juif
concernait le sang, Israélite la religion, (selon
vous, c'est l'inverse ? — je
vous crois, mais je suis étonnée), Israélien la
citoyenneté et Sioniste
l'idéologie nationaliste.
Si vous croyez que cette autorité…
• Je me suis peut-être mal exprimée, mais je ne le
crois pas du tout, au
contraire, et c'est pour cela que j'ai mis "autorité"
entre guillemets et mon
"diverses questions morales que de toute façon
chacun résoudra seul"
voulait exprimer en premier lieu, mais de façon
atténuée, le fait que
nombreux sont les kto qui s'en fichent royalement
de ce que dit leur
infaillible papa rimsky. Ayant beaucoup de
connaissances et d'amis kto,
même quelques prêtres, qui font allègrement et
sans scrupules tout le
contraire de ce que le pape essaie de leur
inculquer, je ne me fais
aucune illusion sur son autorité.
Je voulais exprimer justement que l'autorité
papale qui, par la force des
choses, ne saurait épouser le problème particulier
de chaque fidèle,
mais leur parle à la cantonnade est une absurdité
en elle-même sur le
plan pastoral. Combien plus humaine, plus
libératrice et plus efficace est
la relation personnelle qu'un orthodoxe a avec
son prêtre, son père
spirituel !
Du reste, saisie de doute au sujet de la
célébration d'un office orthodoxe
dans une église kto, j'ai posé la question au mien.
Je dois donc nuancer
ce que j'ai écrit, excusez-moi, et je vous livre la
position correcte de
l'Église : on peut faire, en cas de besoin, un office
orthodoxe n'importe où,
sauf la divine Liturgie, qui, elle, ne peut être
célébrée canoniquement que
dans une église orthodoxe.

Antoine
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Message par Antoine » lun. 28 juil. 2003 10:12

Date : 06.04 17h05
auteur : Éliazar


Chère Catherine,

Vous avez parfaitement raison : « juif » est un
descendant d'Abraham, et «
israélite » celui qui appartient à la communauté juive,
qu'elle soit de sang ou
de religion. Comment dit-on « mea culpa » en
hongrois ?!

Vous écrivez aussi :
« Combien plus humaine, plus
libératrice et plus efficace
est la relation personnelle qu'un orthodoxe a avec
son prêtre, son père
spirituel ! »
L'autorité pontificale n'a rien de comparable avec la
relation qui s'établit
entre un baptisé et son père spirituel. Celle-ci est
d'ordre privé, pour ainsi
dire intime, et celle-là est proférée « urbi et orbi »
(comme dirait un kto). Le
hiérarque parle du haut du soléa, à la communauté
entière. Et de plus, la parole
de l'Évêque doit être écoutée, pour des motifs
d'obéissance – alors que celle du
père spirituel est ou n'est pas suivie : seul l'amour
qu'on a pour lui nous fait
un devoir de faire ce qu'il a conseillé (et non ce qu'il
ordonnerait, comme
c'est le cas des « directeurs spirituels » kto).
L'Évêque est un épiskopos, un
gardien du troupeau, et le père spirituel est juste un
rang plus haut (ou plus
près du cœur) que le père physique.

Mais j'ignorais complètement qu'on put célébrer un
office liturgique (autre que
la Divine Liturgie) dans un lieu non consacré (ce qui
semble encore acceptable à
ma raison, somme toute), et pire encore à mes yeux :
dans un sanctuaire
hérétique et schismatique à la fois !

Si cela ne venait pas de vous (et du père Cassien) je
n'arriverais pas à y
croire ! Cela ne colle pas du tout avec l'idée que j'ai
de la sainteté de Dieu.
N'est-ce pas saint Polycarpe qui ne voulait même
pas entrer dans les mêmes
thermes que cet hérétique que son disciple lui avait
signalé la présence ? Lui
qui ne voulait même pas toucher le vêtement qu'un
renégat avait porté, comment
aurait-il admis de célébrer une pannychide, par
exemple, ou les Vêpres, dans son
église, devant et avec une foule d'autres hérétiques?! Ne tomberions-nous pas carrément dans l'oecuménisme le plus délirant ?!
L'évêque Innocent aurait célébré en plein air, dans la
nature créée par Dieu,
je n'y verrais aucune incongruité : c'est le temple du
Seigneur par sa création,
comme notre corps peut l'être par son baptême. Mais
dans une cathédrale romaine,
construite et bénie pour attester devant le peuple
entier d'une foi hérétique,
c'est une véritable provocation…De plus, n'est-ce
pas réduire la célébration
d'un office de l'Église à une sorte de spectacle,
auquel n'importe qui peut «assister» - alors que toute prière liturgique est «en commun» entre le prêtre,
le diacre, et les fidèles – qui n'y assistent pas
passivement, mais y «participent» ?
Et si je ne me trompe pas en ceci, comment un
évêque peut-il par exemple
dialoguer les prières avec des hérétiques et leur
demander d'y répondre, pour
ensuite les conclure par une doxologie partagée avec
ceux qui ne partagent pas
sa foi, pire : qui ne partagent pas la foi qu'il est
chargé d'enseigner et de
défendre contre leur hérésie, justement ?!
Je suis peut-être idiot, et attardé, mais je ne peux pas
croire qu'un Évêque
orthodoxe aille partager, dans un office solennel où il
officie pontificalement,
le Credo hérétique de ceux à qui appartient cette
cathédrale, et qui réponde à
ses doxologies « comme s'ils croyaient à la même
définition trinitaire » que
celle de l'Église dont il est et reste l'Évêque…
Chère Catherine, je crois vraiment rêver !
Dernière modification par Antoine le lun. 28 juil. 2003 10:17, modifié 1 fois.

Antoine
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Message par Antoine » lun. 28 juil. 2003 10:14

Date : 06.04 21h13
auteur : Catherine


Cher Éliazar,
— Comment dit-on « mea culpa » en hongrois ?!
• Comme en '"français" : mea culpa, tout
simplement. Le Vatican et les
Habsbourg aidant, le latin et l'allemand étaient les
langues officielles de
mon pays jusqu'à la deuxième moitié du XIXe s.
L'avantage en était que
tout le monde, tant soit peu instruit, était trilingue
en Hongrie, et on y
PARLAIT aussi le latin, figurez-vous ! Et dans la
génération de mes
parents, c'était encore ainsi.
— N'est-ce pas saint Polycarpe qui ne voulait
même pas entrer dans les
mêmes thermes que cet hérétique que son
disciple lui avait signalé la
présence ?
• À ma connaissance, c'était saint Jean, mais peu
importe…
— Lui qui ne voulait même pas toucher le
vêtement qu'un renégat avait
porté, comment aurait-il admis de célébrer une
pannychide, par exemple,
ou les Vêpres, dans son église, devant et avec
une foule d'autres
hérétiques ?!
• C'était peut-être Polycarpe en revanche, je ne
sais plus…
— Ne tomberions-nous pas carrément dans
l'oecuménisme le plus
délirant ?!
• Ce n'est pas de l'œcuménisme. Il ne s'agit pas
de prier AVEC les
hérétiques, mais on ne peut pas les chasser s'ils
y sont. Et l'expression
"en cas de besoin" a dû vous échapper.
Je vous avais laissé analyser le "besoin" dans le
cas qui vous occupe,
car vous connaissez les détails mieux que moi.
Seule la divine Liturgie a besoin d'un autel
orthodoxe consacré, c'était
l'idée. Il faut pratiquer la nuance dans l'application
des canons, chaque
cas étant particulier.
On voit que vous n'avez jamais été fidèle d'une
Église pauvre et
persécutée. Nous avions été obligés de célébrer
l'office de Pâques (mais
sans divine Liturgie) dans une grange
abandonnée une fois. C'est
d'ailleurs cela qui m'avait fait penser que je
devrais demander des
précisions à père Cassien.
S'il existe un office pour vénérer une relique, et
que l'on ne puisse pas
transporter cette relique ailleurs, je suppose que
l'on peut faire
abstraction du lieu. Mais c'est toujours l'intention
qui compte.
Si par exemple Catherine tombait malade chez
des amis kto, Père
Cassien pourrait bien y aller célébrer un office de
l'onction des malades
pour elle chez ces hérétiques. Cela ne l'oblige
pas de prier avec eux.
En revanche, si un kto tombait malade dans une
église orthodoxe, le
prêtre orthodoxe présent n'aurait pas le droit de
lui administrer un
sacrement orthodoxe, comme l'onction des
malades. Il pourrait le
baptiser avec son consentement, ce qui peut
obtenir une guérison. Père
Cassien a sauvé ainsi la vie d'une jeune fille
luthérienne, écrasée par
une camionnette et condamnée par les médecins.
Il y a tant de cas différents…
Quand vous avez prié devant une icône au
musée, vous n'avez pas prié
avec le jésuite qui vous a abordé. Et j'ai fait la
même chose chez un ami
athée qui avait ramené de Russie, en tant
qu'objets d'art, de très belles
icônes anciennes. Je n'ai pas prié avec lui, même
s'il restait à côté de
moi !
Je fais discrètement la prière de table quand je
suis invitée à manger
chez des hérétiques, et s'ils se mettent à prier en
même temps, c'est leur
affaire, je ne peux pas le leur interdire, mais ce
n'est pas pour autant de
l'œcuménisme.
En revanche, s'ils veulent que l'on prie ensemble,
je les laisse faire,
mais je ne participe pas.
Et les paléochrétiens persécutés, les VCO de
Grèce, l'Église des
Catacombes en Russie ont été combien de fois
obligés de célébrer des
offices dans des maisons privées, puisque les
Églises officielles leur
avaient enlevé de force toutes les églises et
chapelles.

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