L'Amour de Dieu et l'Amour du Frère

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Modérateur : Auteurs

Antoine
Messages : 1782
Inscription : mer. 18 juin 2003 22:05

L'Amour de Dieu et l'Amour du Frère

Message par Antoine » lun. 28 juil. 2003 21:42

Date : 03.03 12h42
auteur : Éliazar


Nous, Orthodoxes, partageons avec beaucoup d'autres Français, notamment avec les catholiques romains, une sorte de ras-le-bol de « la
politique » - et beaucoup d'entre nous considèrent que le fait même de
s'opposer à la guerre par des manifestations est « de la politique. Et de ce fait, ils condamnent au nom de la religion une telle « ingérence » des chrétiens dans les affaires publiques.
Or, une bonne dizaine de millions d'hommes et de femmes, et pas seulement des athées politicards ( !) sont descendus dans la rue pour
manifester, parfois contre leur propre gouvernement, qu'ils ne voulaient
pas d'une guerre de plus – contre l'Irak cette fois.
Cette attitude de retrait (cela ne nous regarde pas, nous n'avons pas à nous en mêler) est-elle vraiment si chrétienne qu'on le prétend ? Combien de chrétiens n'ont-ils pas honte, aujourd'hui, de leur indifférence (et de la passivité de leurs hiérarques) à l'époque où la police et le gouvernement français arrêtaient en masse les Juifs, les Gitans, les réfugiés anti-fasciste de nationalité étrangère ou française, pour les livrer aux camps de la mort des Allemands ? Font-
ils (après coup, et « trop tard »…) à leur tour « de la politique » ?
Je ne crois pas. Je crois que leur conscience les gêne
chaque fois qu'ils voient les photos des déportés. Et que cette
conscience est (un tout petit peu) une des marques de la présence du Saint Esprit en eux. Cette présence qu'ils ont préféré ignorer à l'époque pour ne pas l'écouter.
Nous négligeons beaucoup trop (me semble-t-il) l'un des deux impératifs
fondamentaux de notre Foi : l'Amour du Frère.
Pourtant, nous connaissons et nous répétons à longueur d'année l'injonction du Christ : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton
cœur, et avec toute ton âme et avec toute ta force et avec toute ta pensée - et ton prochain comme toi- même » (Luc 10, 27). Pourquoi n'y faisons-nous plus attention ? Serions-nous comme Caïn : fatigués d'être « les gardiens de notre frère » ?

Pourtant nous tous, chrétiens orthodoxes, nous nous sommes convertis un jour à la première partie de ce commandement. C'est non seulement vrai des néo- orthodoxes comme moi – mais de toute âme vivant en ce monde. Même ceux qui sont nés dans la confortable orthodoxie héréditaire commune à l'ensemble de leur peuple d'origine, il a fallu quand même qu'il y ait un moment de leur vie personnelle, intime, où ils ont découvert cela : c'est la seconde naissance de tout serviteur de Dieu, celle qui le fait « sortir du ventre » d'une religion aisée, héritée sans travail particulier, signe même parfois de bienséance sociale - pour entrer violemment dans le Royaume de l'Amour. Qui est un Feu
dévorant, et qui nous a dit qu'il vomissait les tièdes : ce jour-là, pour la
première fois, nous avons com-pris, pris en nous et avec nous, la vérité de cette parole divine, et cela nous a bouleversés. Non ?
Après cette conversion à l'amour fou de Dieu, tout ce qui nous restait à vivre n'était pas de trop (aux yeux de notre cœur) pour essayer de réaliser, de rendre véritable en nous, de porter jusqu'à son accomplissement, avec la Grâce de Dieu, la seconde partie de son commandement essentiel : Tu aimeras ton prochain comme
toi-même.
C'était très difficile, et cette ascèse nous a semblée parfois insurmontable :
comment aimer le bourreau qui a torturé mon ami, mon frère en Algérie, ou massacré nos frères orthodoxes en Serbie, ou crucifié nos prêtres (oui, c'est arrivé, et il n'y a pas longtemps), ou tout simplement
abattu ma vieille voisine pour se payer de la drogue ?
L'homme, notre prochain, nous est in-supportable – comme nous aussi, nous lui sommes insupportables.
C'est l'une des pires conséquences du péché d'Adam, que les hommes aient peur les uns des autres, et horreur les uns des autres, et se
méprisent les uns les autres. Comme Adam a immédiatement rejeté le
péché qui était entré en lui sur « la femme que Dieu lui avait donnée », c'est à dire sur son prochain (la seule à l'époque !) nous aussi nous rejetons immédiatement, à la première douleur que nous éprouvons, tout le mal sur notre prochain.
Certains groupes de chrétiens ont même poussé cela jusqu'à changer les termes du Notre Père, pour demander qu'Il les délivre du mal.
Ce faisant, ils ont complètement occulté la racine même de ce mal, qui
est Satan. Et peu à peu, ils sont parvenus à oublier jusqu'à l'existence de Satan.
Beaucoup d'orthodoxes, hélas, font aujourd'hui la même erreur – gagnés qu'ils sont par une envie dénaturée de vivre leur foi « à l'occidentale ».
Jésus savait parfaitement pourquoi il nous faisait demander, au contraire :
délivre-nous du malin ! C'est à dire du maléfique - de celui qui fait entrer, et prospérer, le mal dans le monde.
En les accusant de « faire de la politique », nous démontrons notre ignorance.
C'est parce que nous voulons oublier la puissance de Satan sur ce monde que nous ne comprenons plus pourquoi, dans le monde entier,
des peuples descendent dans la rue pour protester contre leurs gouvernements : c'est à cause des horreurs de la guerre qu'ils se lèvent contre les gouvernements assez puissants pour décider tranquillement de déchaîner les chevaux de l'Apocalypse en déclarant la guerre, et en envoyant des êtres humains, des enfants de Dieu, commettre impunément des crimes atroces « par devoir patriotique ».

Et nous, pendant ce temps-là, nous penserions que les peuples qui se
souviennent de ces horreurs, qui les ont vécues dans leur chair, dans la mort ou la mutilation ou la déchéance des êtres qui leur étaient les plus chers – ne sont pas bien placés pour dire si nous devons ou ne devons pas recommencer ? Il nous suffirait donc vraiment qu'ils pleurent dans leur oreiller, et qu'ils se taisent ?
Nous penserions au contraire qu'il vaut mieux laisser cette terrible décision entre les mains de gouvernements soigneusement éloignés du champ de bataille, composés d'hommes aux pouvoirs illimités (puisqu'ils
ont le pouvoir de tuer les enfants du Bon Dieu…), des hommes qui, eux, ne subiront cette guerre ni de loin ni de près ?
Parce que nous ne voulons pas « nous souiller », nous qui sommes des êtres religieux et qui ne « faisons pas de politique », il leur sera donc aussi facile de déclencher les prochains massacres que s'ils habitaient sur la Lune, et ne regardaient les êtres humains mourir qu'au bout d'une
longue-vue interplanétaire ?
Et après cela, comme notre père Adam, nous dirons au grand jour du Jugement : ce n'était pas nous, Maître, c'était eux… ?

Je crois de toute mon âme que le devoir de tout chrétien, même «patriote» à cent pour cent, est d'arrêter ce massacre avant qu'il
ne commence – avant que l'ennemi des hommes se frotte les mains dans le sang des enfants de Dieu…

Le XXème siècle a vu les pires horreurs, les pires massacres de toute
l'histoire occidentale. Les horreurs de la IIème guerre mondiale sont
directement sorties des horreurs de la Ière guerre mondiale - comme d'une boîte de Pandore. La haine atroce qui s'est emparée
comme une folie de tous les peuples, depuis la Guerre du Rif, ou la Guerre d'Espagne jusqu'à la Sibérie des déportations de l'URSS, en passant par les massacres fascistes des Juifs, des Rom, des Slaves, etc. –cette haine est sortie toute nue des immenses charniers de 1914-1918, comme la vérité de son puits.
Si les peuples se sont jetés à corps perdu dans le fascisme comme dans le bolchevisme, c'est parce que leurs yeux et leurs cœurs étaient encore remplis du sang et des larmes qui les avaient étouffés au spectacle de ces millions de cadavres écrasés dans la boue. Une génération presque entière avait été réduite en bouillie sanglante par des obus qui n'ont pas l'air plus sérieux aujourd'hui que des jouets de Kriegspiel, comparés aux bombes que notre « civilisation » a larguées sur Hiroshima et sur Nagasaki. Et je prends que ce seul exemple, déjà bien dépassé, nous le savons tous.
Alors, devenus fous d'horreur et de haine, les peuples se sont jetés comme des fous à l'assaut de la société, de ces régimes qui avaient permis les atrocités qu'ils avaient vécues pendant quatre ans. Et dont les
privilégiés avaient tiré d'énormes bénéfices.
Le diable a diablement profité de nos guerres pour attiser des haines de plus en plus fortes entre les peuples, et à l'intérieur des peuples - parfois jusqu'au sein de chaque famille. Après avoir abattu leurs régimes assassins, les peuples égarés par la colère et par la haine ont édifié
de nouveaux régimes, opposés aux précédents certes, mais qui les ont
conduits vers les mêmes boucheries. Pires que les premières, car la science et la technologie n'avaient pas chômé, et les armes des gouvernements guerriers sont devenues des moyens de destruction comme l'humanité n'en avait jamais connu depuis le commencement de
l'Histoire.

Il est clair que les guerres n'ont servi à rien. La guerre sert par contre
formidablement à un être qui nous est infiniment supérieur : Satan. Et il est encore plus clair que ce terrorisme que nos gouvernants invoquent vertueusement pour se justifier de nous lancer dans la prochaine
boucherie a été engendré par la haine des peuples opprimés, affamés, écrasés et par-dessus tout méprisés par nos grandes puissances. Celles à qui nous abandonnons tous nos pouvoirs : pour « ne pas faire de politique ». Elles ont des armes qui suffiront pour les tuer par millions à la fois, et elles ont bien l'intention de s'en servir – parce qu'une bonne guerre rapporte beaucoup de bon argent. Par contre, ceux que les grandes puissances veulent nous envoyer massacrer, eux, ne
peuvent nous tuer qu'en se mettant une ceinture d'explosifs autour de la taille, ou en volant un de nos avions pour se jeter contre un de nos gratte-ciel. C'est de l'artisanat un peu dérisoire, mais Satan les encourage à se venger comme il encourage nos gouvernants à les faire encore plus souffrir : c'est une spirale infernale.
Et nous, qui nous prétendons chrétiens, nous laisserions faire ? Un grand
écrivain russe du temps des tzars raconta comment, voyant un soldat qu'on fouettait à mort, il n'avait pu s'empêcher de protester
auprès de l'officier qui commandait le supplice. L'officier, étonné, lui
demanda : Tu n'as donc pas lu le Règlement ? Et lui, alors, lui demanda à son tour : Tu n'as donc pas lu l'Évangile ?

Aujourd'hui, il ne servirait plus à grand'chose de parler d'Évangile à nos
gouvernants ! Il n'y a plus que quelques « pacifistes » égarés pour prétendre que si nous aimions notre prochain comme nous-mêmes, nous ne ferions pas cette guerre – mais au contraire nous descendrions dans la rue à leurs côtés, pour la refuser.
Pour moi (mais cela n'engage que moi, après tout), je me contenterai de
murmurer tout bas, le plus bas possible (pour ne pas faire de politique) que « Ceux qui auront tiré l'épée périront par l'épée » (Matth. 26, 52).

Antoine
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Inscription : mer. 18 juin 2003 22:05

L'Amour de Dieu et l'Amour du Frère

Message par Antoine » lun. 28 juil. 2003 21:48

Date : 10.03 13h58
auteur : Antoine


Qui est mon prochain?
A cette question le Christ répond par "qui s'est
montré le prochain de..."

Sous le texte de Luc vous trouverez
le commentaire d'origène puis celui de St
Ambroise.
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LUC X,25-37

25 Un docteur de la loi se leva, et dit à Jésus, pour
l'éprouver:
Maître, que dois-je faire pour hériter la vie
éternelle?
26 Jésus lui dit: Qu'est-il écrit dans la loi? Qu'y lis-
tu?
27 Il répondit: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de
tout ton coeur,
de toute ton âme, de toute ta force, et de toute ta
pensée; et ton
prochain comme toi-même.
28 Tu as bien répondu, lui dit Jésus; fais cela, et tu
vivras.
29 Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus: Et qui
est mon prochain?
30 Jésus reprit la parole, et dit: Un homme
descendait de Jérusalem
à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le
dépouillèrent, le
chargèrent de coups, et s'en allèrent, le laissant à
demi mort.
31 Un sacrificateur, qui par hasard descendait par
le même chemin,
ayant vu cet homme, passa outre.
32 Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l'ayant
vu, passa outre.
33 Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu
là, fut ému de
compassion lorsqu'il le vit.
34 Il s'approcha, et banda ses plaies, en y versant
de l'huile et du
vin; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit
à une
hôtellerie, et prit soin de lui.
35 Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à
l'hôte, et dit: Aie
soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te
le rendrai à
mon retour.
36 Lequel de ces trois te semble avoir été le
prochain de celui qui
était tombé au milieu des brigands?
37 C'est celui qui a exercé la miséricorde envers
lui, répondit le
docteur de la loi. Et Jésus lui dit: Va, et toi, fais de
même.
-----------------------------------------------------------------------------
ORIGENE

Que faut-il faire pour avoir la vie éternelle?


1. Dans la Loi, nombreux sont les préceptes, mais
dans l'Evangile, le
Seigneur a rassemblé seulement en une sorte de
résumé ceux dont la
pratique conduit à la vie éternelle. Tel est en effet
l'objet de la question
que lui posait un docteur de la Loi: «Maître, que
dois-je faire pour avoir la
vie éternelle?» C'est le texte de Luc qui vous a été
lu aujourd'hui. Et
Jésus répondit : «Qu'y a-t-il dans la Loi? Qu'y lis-
tu?»
— «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton
coeur, de toute ton âme,
de toute ta force et de tout ton esprit, et aussi ton
prochain comme toi-
même» (cf. Dt 6, 5). «Tu as bien répondu, dit
Jésus, fais cela et tu
vivras» (cf. Lv 18, 5).
Sans aucun doute, il s'agit de la vie éternelle, objet
de la question
posée par le docteur de la Loi et des paroles du
Sauveur. En même
temps, ce précepte de la Loi nous apprend très
clairement à aimer Dieu:
«Ecoute, Israël, dit le Deutéronome (6, 4-5), tu
aimeras le Seigneur ton
Dieu de tout ton esprit» et la suite : «et ton
prochain comme toi-même».
A cela, le Seigneur a rendu témoignage lorsqu'il dit
: «De ces deux
commandements dépendent toute la Loi et les
Prophètes» (Mt 22, 40).


Qui est mon prochain?

2. Mais le docteur de la Loi «voulant se justifier lui-
même» et montrer que
personne n'était son prochain, dit:
«Qui est mon prochain?» Alors le Seigneur lui
répond par la parabole qui
commence ainsi : «Un homme descendait de
Jérusalem à Jéricho»... et
la suite. Il enseigne que cet homme qui descendait
n'a été le prochain de
personne, sinon de celui qui a voulu observer les
commandements et se
préparer à être le prochain de tout homme qui
aurait besoin d'être
secouru. Et c'est bien ce qui vient en conclusion de
la parabole : «De ces
trois hommes, lequel, à ton avis, s'est montré le
prochain de celui qui
était tombé sur des brigands?» Car ni le prêtre, ni
le lévite n'ont été son
prochain, mais comme l'a répondu le docteur lui-
même: «Celui qui s'est
montré miséricordieux envers lui, voilà celui qui fut
son prochain.» Alors
le Sauveur de dire : «Va, et toi aussi, fais de
même.»


Un commentaire ancien de la parabole

3. Pour un ancien qui voulait interpréter la
parabole, l'homme qui
descendait était Adam; Jérusalem, le paradis;
Jéricho, le monde; les
bandits, les forces ennemies; le prêtre, la loi; le
lévite, les Prophètes; le
Samaritain, le Christ. Les blessures représentent la
désobéissance; la
monture, le corps du Christ; le «pandochium»,
c'est-à-dire l'auberge qui
accueille tous ceux qui veulent y entrer, est le
symbole de l'Eglise. En
outre, les deux deniers doivent être compris
comme le Père et le Fils;
l'hôtelier, comme le chef de l'Eglise, auquel est
confiée son
administration. Quant à la promesse de revenir que
fait le Samaritain, elle
figurerait le second avènement du Sauveur.


Discussion de cette interprétation

4. Cette interprétation est judicieuse et belle;
toutefois on ne doit pas
penser qu'elle puisse convenir à tout homme2. Car
tout homme n'est pas
descendu «de Jérusalem à Jéricho» et ce n'est
pas pour cette raison que
tous les hommes demeurent dans le siècle
présent, tandis que le Christ,
lui, «y a été envoyé» et y est venu «pour les brebis
perdues de la maison
d'Israël» (Mt 15, 24).
Donc, l'homme qui «descend de Jérusalem à
Jéricho» tombe sur les
brigands parce que lui-même a voulu descendre.
Les bandits ne peuvent
être que ceux dont le Seigneur dit «Tous ceux qui
sont venus avant moi
sont des voleurs et des bandits» (Jn 10, 8).
Cependant, il ne tombe pas
sur de simples voleurs, mais sur des bandits bien
pires que des voleurs,
car ils Ont «dépouillé et couvert de plaies» cet
homme qui, «descendant
de Jérusalem», était tombé sur eux. Quelles sont
ces plaies, quelles sont
ces blessures dont l'homme est atteint? Les vices
et les péchés.

5. Puis les bandits, après l'avoir dépouillé et
couvert de blessures, le
laissent nu, sans la moindre assistance, et
l'abandonnent après lui avoir
infligé une nouvelle volée de coups. C'est pourquoi
il est écrit : «L'ayant
dépouillé et roué de coups, ils s'en allèrent, le
laissant» non pas mort,
mais «à moitié mort».
Or, il arriva que par le même chemin descendit
d'abord un prêtre, puis un
lévite, qui auraient peut-être fait preuve de bonté
envers d'autres
hommes, mais ne le furent pas envers celui «qui
était descendu de
Jérusalem à Jéricho».
Cet homme, le prêtre — qui selon moi représente
la Loi — l'a pourtant
bien vu, et le lévite aussi, lui qui, je pense,
représente les Prophètes. Ils
l'ont vu, mais ils ont passé et l'ont laissé là.
Assurément, la Providence
réservait cet homme à demi mort à celui qui était
plus fort que la Loi et
les Prophètes, c'est-à-dire au Samaritain, dont le
nom signifie «gardien»;
c'est lui qui «ne sommeille ni ne dort tandis qu'il
garde Israël» (Ps 121, 4).


Le Samaritain est le gardien

C'est à cause de l'homme à demi mort que s'est
mis en route le
Samaritain; il ne descend pas «de Jérusalem à
Jéricho » comme le
prêtre et le lévite; ou s'il descend, c'est pour sauver
le moribond, pour
veiller sur lui, alors que les Juifs lui ont dit «Tu es
un Samaritain et un
possédé du démon» (Jn 8, 48). Jésus a bien
affirmé qu'il n'était pas
possédé du démon, mais il n'a pas voulu nier qu'il
fût Samaritain, car il
savait qu'il était le gardien.

6. Aussi, lorsqu'il fut arrivé près de l'homme à demi
mort, qu'il le vit
baignant dans son sang, plein de pitié il s'approcha
de lui pour devenir
son prochain. «Il banda ses blessures, y versa un
mélange d'huile et de
vin» et ne dit pas ce qu'on lit dans les Prophètes:«
Il n'y a pas d'onguent,
d'huile ou de bandelettes à appliquer» (Is 1, 6).
Voilà le Samaritain dont les soins et l'assistance
sont nécessaires à tous
ceux qui sont malades. C'est du secours de ce
Samaritain qu'avait
besoin plus que tout autre l'homme qui,
«descendant de Jérusalem à
Jéricho, était tombé sur des bandits» qui l'avaient
blessé et abandonné à
demi mort. C'était la Providence divine qui faisait
descendre le
Samaritain pour soigner l'homme «tombé sur des
bandits». Un fait le
montrera clairement il avait en effet avec lui des
bandes, de l'huile, du
vin, toutes choses que, selon moi, ce Samaritain
n'emportait
vraisemblablement pas pour ce seul moribond,
mais aussi pour d'autres,
blessés de diverses façons et qui eux aussi avaient
besoin de bandes,
d'huile et de vin. Il avait de l'huile dont il est écrit
«Que l'huile donne de
l'éclat au visage» (Ps 104 (103), 15), le visage
assurément de celui qui
avait été soigné. Pour adoucir les plaies, il les
nettoie avec de l'huile et
aussi avec du vin mêlé de quelque produit amer.
Puis «il chargea le
blessé sur sa propre monture», c'est-à-dire son
propre corps, tout
comme il a daigné assumer la condition d'homme.
Le Samaritain «porte
nos péchés » (Mt 8, 17 et Is 53, 4) et souffre avec
nous. Il porte le
moribond, le conduit dans une auberge, c'est-à-
dire dans l'Eglise qui
accueille tout le monde et ne refuse son secours à
personne, et où tous
sont invités par Jésus : «Venez à moi, vous tous
qui peinez et ployez
sous le fardeau, et je referai vos forces» (Mt 11,
28).


Des soins attentifs

8. Et après avoir conduit le moribond à l'auberge, il
ne le quitte pas, il
demeure avec lui toute une journée, il soigne ses
blessures non
seulement le jour, mais aussi pendant la nuit, lui
témoignant ainsi toute
sa sollicitude et toute sa compétence. Le matin, au
moment de partir, il
prend sur son argent, sur ses ressources
personnelles, «deux
deniers»de bonne monnaie et il en «gratifie
l'aubergiste» — sans aucun
doute l'ange de l'Eglise — et lui enjoint de soigner
avec diligence et de
mener à la guérison complète cet homme que lui-
même avait soigné
pendant trop peu de temps.


Les deux deniers

Les deux deniers représentent, il me semble, la
connaissance du Père
et du Fils et nous instruisent de ce mystère le Père
est dans le Fils et le
Fils dans le Père; c'est là le salaire dont l'ange3 est
gratifié pour qu'il
soigne avec plus de diligence l'homme qui lui a été
confié. De plus, il lui
est promis que tout ce qu'il dépensera pour la
guérison lui sera aussitôt
remboursé.


Comment suivre cet exemple

9. Vraiment ce gardien des âmes s'est montré plus
proche des hommes
que la Loi et les Prophètes, lui « qui a fait
miséricorde à celui qui était
tombé sur des bandits». Il s'est montré son
prochain moins en paroles
qu'en actes. Voilà pourquoi, selon qu'il est dit:
«Soyez mes imitateurs
comme je le suis du Christ» (1 Co 4, 16), nous
pouvons imiter le Christ et
faire preuve de miséricorde à l'égard de ceux qui
«sont tombés sur des
bandits», aller à eux, bander leurs plaies, y verser
de l'huile et du vin, les
charger sur notre propre monture et porter leurs
fardeaux. C'est pour
nous y exhorter que le Fils de Dieu dit au docteur
de la Loi, mais plus
encore à nous tous : «Va et toi aussi fais de
même.»
Si nous faisons de même, nous obtiendrons la vie
éternelle dans le Christ
Jésus, «à qui appartiennent la gloire et la
puissance pour les siècles des
siècles. Amen » (1 P 4, 11).

Notes :
1. Nous trouvons une trace de cette source, chez
Irénée,
Adv.haer. III, 17, 3.

2. Origène pense que seul le Christ est ((descendu
» pour obéir à
son Père et sauver les hommes.

3. Allégorie chère à Origène, qui veut introduire
chaque fidèle dans le
mystère trinitaire.


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AMBROISE DE MILAN


71. «Un homme descendait de Jérusalem à
Jéricho.»
Afin de pouvoir plus aisément expliquer le texte qui
nous est proposé,
repassons l'histoire ancienne de la ville de Jéricho.
Nous nous
souvenons que Jéricho — comme nous le lisons
dans le livre intitulé
Josué fils de Navé — était une grande cité
entourée de murs et de
remparts, pour n'être pas accessible au fer, ni
forcée par le bélier. Il y
demeurait une prostituée, Rahab, qui donna
l'hospitalité aux éclaireurs
envoyés par Josué, les aida de ses conseils,
répondit aux questions de
ses concitoyens qu'ils étaient partis, les cacha sur
son toit, et, pour
arriver à se soustraire, elle et les siens, à la
destruction de la ville,
attacha de l'écarlate à sa fenêtre. Quant aux murs
inexpugnables de la
cité, au son des sept trompettes des prêtres
,accompagné par les cris et
les hurlements joyeux du peuple, ils s'écroulèrent.
72. Voyez comment
chacun tient son rôle propre : l'éclaireur la
vigilance, la prostituée le
secret, le vainqueur la fidélité, le prêtre la religion :
les premiers, pour la
gloire, ne craignent pas le péril ; elle, même en
péril, ne trahit pas ceux
qu'elle a reçus ; celui-ci, plus soucieux de garder la
fidélité que de
vaincre, prescrit la vie sauve pour la prostituée
avant la ruine de la cité
quant aux instruments de la religion, ce sont les
armes du prêtre. Et
maintenant, comment ne pas trouver parfaitement
merveilleux que dans
toute cette ville nul n'ait été sauvé sinon celui que
la prostituée a libéré?

73. Telle est la simple vérité historique. Considérée
plus à fond, elle
révèle d'admirables mystères. Jéricho est en effet
la figure de ce monde,
où, chassé du paradis, c'est-à-dire de la Jérusalem
céleste, Adam est
descendu par la déchéance de sa prévarication,
passant de la vie aux
enfers : c'est le changement non pas de lieu, mais
de moeurs, qui a fait
l'exil de sa nature. Bien changé de l'Adam qui
jouissait d'un bonheur
sans trouble, dès qu'il se fut abaissé aux fautes du
monde, il rencontra
des larrons ; il ne les aurait pas rencontrés, s'il ne
s'y était exposé en
déviant du commandement céleste. Quels sont ces
larrons, sinon les
anges de la nuit et des ténèbres, qui parfois se
travestissent en anges de
lumière (II Cor., XI, 14), mais ne peuvent s'y tenir ?
Ils nous dépouillent
d'abord des vêtements de grâce spirituelle que
nous avons reçus, et c'est
ainsi qu'ils ont coutume d'infliger des blessures: car
si nous gardons
intacts les vêtements que nous avons pris, nous ne
pouvons ressentir les
coups des larrons. Prenez donc garde d'être
d'abord dépouillé, comme
Adam a d'abord été mis à nu, dépourvu de la
protection du
commandement céleste et dépouillé du vêtement
de la foi : c'est ainsi
qu'il a reçu la blessure mortelle à laquelle aurait
succombé tout le genre
humain, si le Samaritain n'était descendu pour
guérir ses cruelles
blessures. 74. Ce n'est pas le premier venu que ce
Samaritain : celui
qu'avaient dédaigné le prêtre, le lévite, Il ne l'a pas
dédaigné à son tour.
Ne méprisez pas non plus, à cause de ce nom de
secte, Celui qu'en
interprétant ce nom vous admirerez : car le nom de
Samaritain signifie
gardien telle est sa traduction. Qui est ce gardien?
N'est-ce pas Celui
dont il est dit: «Le Seigneur garde les petits» (Ps.
114, 6)? De même
donc qu'il y a un Juif selon la lettre, un autre selon
l'esprit, il y a aussi un

Samaritain du dehors, un autre caché. Donc ce
Samaritain qui
descendait — «qui est descendu du ciel, sinon
Celui qui est monté au
ciel, le Fils de l'homme, qui est au ciel» (Jn, III, 13)
? — voyant cet
homme à demi mort, que personne jusque-là
n'avait pu guérir (comme
celle qui avait un flux de sang et avait dépensé
toute sa fortune en
médecins), s'est approché de lui, c'est-à-dire en
acceptant de souffrir
avec nous s'est fait notre proche et, en nous
faisant miséricorde, notre
voisin. 75. «Et il pansa ses blessures, en y versant
de l'huile et du vin.»
Ce médecin a bien des remèdes, au moyen
desquels il a coutume de
guérir. Sa parole est un remède : tel de ses
discours ligature les plaies,
un autre les fomente d'huile, un autre y verse le vin
; Il ligature les plaies
par tel précepte plus austère, Il réchauffe en
remettant le péché, II pique
comme avec le vin en annonçant le jugement. 76.
«Et il le plaça, dit-il, sur
sa monture.» Ecoutez comment Il vous y place: «Il
porte nos péchés et
souffre pour nous (Is., L III, 4). Le Pasteur aussi a
placé la brebis fatiguée
sur ses épaules (Lc, XV, 5). Car «l'homme est
devenu semblable à une
monture» (Ps. 48, 13): alors Il nous a placés sur sa
monture, pour que
nous ne soyons pas comme le cheval et le mulet
(Ps. 31, 9), pour
supprimer les infirmités de notre chair en prenant
notre corps. 77. Enfin Il
nous a conduits à l'écurie, nous qui étions
montures : l'écurie est le lieu
où aiment à se retirer ceux qui sont lassés d'un
long parcours. Donc le
Seigneur a conduit à l'écurie, Lui qui relève de
terre l'indigent et retire le
pauvre du fumier (Ps. 112, 7). 78. «Et il a pris soin
de lui», de crainte que
malade il ne pût observer les préceptes qu'il avait
reçus.

Mais ce Samaritain n'avait pas le loisir de
demeurer longtemps sur terre:
il Lui fallait retourner au lieu d'où Il était descendu.
79. Aussi «le jour
suivant» — quel est cet autre jour ? Ne serait-ce
pas celui de la
résurrection du Seigneur, celui dont il est dit: «Voici
le jour que le
Seigneur a fait» (Ps. 1.1.7, 24) ? — «Il tira deux
deniers et les remit à
l'hôtelier, et il dit : prenez soin de lui. »80.Qu'est-ce
que ces deux deniers
? Peut-être les deux Testaments, qui portent
empreinte sur eux l'effigie
du Père éternel, et au prix desquels sont guéries
nos blessures. Car nous
avons été rachetés au prix du sang (I Pierre, I, 19),
afin d'échapper aux
ulcères de la mort finale. 81. Donc ces deux
deniers — encore qu'il ne
soit pas déplacé de penser aussi aux pièces de
ces quatre livres (1) —
l'hôtelier les a reçus. Lequel ? Peut-être celui qui a
dit : «Je tiens cela
pour de l'ordure, afin d'acquérir le Christ» (Phil., III,
8) — pour avoir soin
de l'homme blessé. L'hôtelier donc, c'est celui qui a
dit: «Le Christ m'a
envoyé prêcher l'évangile» (I Cor., I, 17). Les
hôteliers sont ceux
auxquels il est dit: «Allez dans le monde entier, et
prêchez l'évangile à
toute créature» et ((quiconque croira et recevra le
baptême, sera sauvé
(Mc, XV, 16): oui, sauvé de la mort, sauvé de la
blessure qu'ont infligée
les larrons. 82. Heureux l'hôtelier qui peut soigner
les blessures d'autrui !
Heureux celui à qui Jésus dit: «Ce que vous aurez
dépensé en surplus,
je vous le rendrai à mon retour!» Le bon
dispensateur, qui dépense
même en surplus ! Bon dispensateur Paul, dont les
discours et les
épîtres sont comme en excédent sur le compte
qu'il avait reçu ! Il a
exécuté le mandat déterminé 2 du Seigneur par un
travail presque
immodéré de l'âme et du corps, afin de soulager
bien des gens de leurs
graves maladies en leur dispensant sa parole.
C'était donc le bon hôtelier
de cette écurie dans laquelle l'ânesse a reconnu la
crêche de son maître
(Is., I, 3), et dans laquelle on renferme les
troupeaux des agneaux, de
crainte que les loups rapaces qui grondent près
des parcs n'aient un
facile accès dans la bergerie. 83. Il promet donc de
rendre la
récompense. Quand reviendrez-vous, Seigneur,
sinon au jour du
jugement ? Car bien que vous soyez partout sans
cesse, vous tenant au
milieu de nous sans être vu de nous, il y aura
cependant un moment où
toute chair vous verra revenir. Vous rendrez donc
ce que vous devez.
Heureux ceux qui ont pour débiteur Dieu !
Puissions-nous, nous autres,
être débiteurs solvables ! Puissions-nous être en
état de payer ce que
nous avons reçu, sans que la fonction du
sacerdoce ou du ministère
nous exalte! Comment rendrez-vous, Seigneur
Jésus ? Vous avez bien
promis qu'au ciel les bons auront une abondante
récompense; pourtant
vous rendrez encore, quand vous direz: «C'est
bien, bon serviteur;
puisque vous avez été fidèle aux petites choses, je
vous confierai
beaucoup; entrez dans la joie de votre Seigneur»
(Matth., XXV, 21). 84.
Puis donc que nul n'est plus notre prochain que
Celui qui a guéri nos
blessures, aimons-Le comme Seigneur, aimons-Le
aussi comme proche:
car rien n'est si proche que la tête pour les
membres. Aimons aussi celui
qui imite le Christ aimons celui qui compatit à
l'indigence d'autrui de par
l'unité du corps. Ce n'est pas la parenté qui rend
proche, mais la
miséricorde; car la miséricorde est conforme à la
nature: il n'est rien de si
conforme à la nature que d'aider celui qui participe
à notre nature.
Dernière édition par Antoine le lun. 28 juil. 2003 22:08, édité 3 fois.

Antoine
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L'Amour de Dieu et l'Amour du Frère

Message par Antoine » mar. 29 juil. 2003 13:51

Date : 10.03 14h35
auteur : Catherine


Merci, Antoine, pour ces trésors de l'Esprit, et
"que toute chair fasse silence…"

Antoine
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L'Amour de Dieu et l'Amour du Frère

Message par Antoine » mar. 29 juil. 2003 13:53

Date : 15.03 17h53
auteur : Athanase



Désolé pour Ccatherine , j'ouvre ma gueule (de chair). juste pour dire
qu'Antoine vient de nous donner un bel exemple de la complémentarité neécessaire de l'Ecriture et de la Tradition.
Je ne connaissais pas ces interprétations , et je suis bien aise qu'elles me soient offertes.

Antoine
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L'Amour de Dieu et l'Amour du Frère

Message par Antoine » mar. 29 juil. 2003 13:54

Date : 16.03 12h14
auteur : Catherine



Cher Athanase, ce que vous dites là montre que
ce n'est pas tant d'une g… de chair que vous parlez.

Antoine
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Message par Antoine » mar. 29 juil. 2003 13:56

Date : 16.03 16h47
Ecrire à l'auteur : Athan
ase


Catherine ,

Merci , mais vous savez , je suis plutôt dans le désert. Bien que n'étant pas moine :-)).
Et si j'ai un peu de l'Esprit Saint , comme vous le suggérez , et ce
dont je doute fort , c'est par mon épouse que je l'ai , la véritable femme
pneumatophore selon les Ecritures , notamment de l'AT.

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