Prière de Saint Ephrem le Syrien

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Irène
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Prière de Saint Ephrem le Syrien

Message par Irène » mar. 14 mars 2006 21:11

Voici une courte prière que l'on peut considérer comme "la" prière du Carême.



Seigneur et Maître de ma vie,
l’esprit d’oisiveté, de découragement,
de domination et de vaines paroles,
éloigne de moi.
L’esprit d’intégrité, d’humilité,
de patience et de charité,
accorde à ton serviteur.
Oui, Seigneur et Roi,
donne-moi de voir mes fautes
et de ne pas juger mon frère,
car tu béni aux siècles des siècles. Amen.



Nous reproduisons également ci dessous quelques échanges extraits de "Ancien forum" rubrique Carême 2003
apportant des commentaires sur cette prière de St Ephrem.

Commentaire du Père Alexandre Schmemann
Commentaire d'Olivier Clément
Traductions comparées de la prière

Antoine
Messages : 1782
Inscription : mer. 18 juin 2003 22:05

Message par Antoine » mer. 15 mars 2006 22:46

Pris sur notre forum iconographie:

Irène Dim 05 Fév 2006 18:42
28 janvier : icône de saint Ephrem le Syrien



Image

Saint Ephrem le Syrien (+373)
Icône grecque contemporaine du moine Léonce
(collection privée)
Dernière édition par Antoine le jeu. 16 mars 2006 0:25, édité 2 fois.

Antoine
Messages : 1782
Inscription : mer. 18 juin 2003 22:05

Message par Antoine » mer. 15 mars 2006 22:50

Sujet : La prière de St Ephrem
Date : 11.03 11h04
auteur : Antoine



Voici un commentaire extrait de:
Olivier Clément
Trois prières: Le notre Père,
La prière au Saint Esprit
La prière de saint Ephrem
Desclée de Brouwer 1993
Ceux qui veulent une meilleure mise en page et en forme du
texte peuvent m'écrire pour l'obtenir sous format Word.
Antoine
-------------------------------------------------------------
Seigneur et maître de ma vie, éloigne de moi l'esprit
de paresse, d'abattement, de domination, de vaines
paroles; accorde-moi, à moi ton serviteur, un esprit de
chasteté, d'humilité, de patience et d'amour;
oui, Seigneur Roi, donne-moi de voir mes péchés et de
ne pas juger mon frère, car tu es béni dans les siècles
des siècles, amen.

Cette prière, due à saint Ephrem le Syrien (306 env.-373),
ponctue les offices de Carême. On la répète trois fois, en
faisant trois grandes «métanies» qui sont des prosternations
front contre terre. Métanie (métanoïa) désigne justement la
pénitence comme retournement de toute notre saisie du réel.


- Seigneur et maître de ma vie


« Seigneur » suggère le mystère inaccessible du « Dieu
au-delà de Dieu », hyperthéos. Ce Dieu pourtant ne m'est
pas étranger, il me fait exister par sa volonté, il anime ma
boue de son Souffle, il m'appelle et sollicite ma réponse, il
devient par son incarnation le « maître de ma vie ». C'est lui
qui donne sens à ma vie, même et surtout quand ce sens
m'échappe. « Maître » ici, tout en soulignant la
transcendance, ne signifie pas tyran mais Père sacrificiel et
libérateur qui veut m'adopter dans son Fils et respecte
infiniment ma liberté. Son Fils incarné, en qui il est
entièrement présent, naît dans une étable, se laisse
assassiner par notre liberté cruelle, ressuscite mais ne se
révèle qu'à ceux qui l'aiment. Or ce «maître» crucifié reste le
Maître de la Vie. Lui seul peut libérer notre liberté, lui seul
peut transfigurer dans son Souffle vivifiant l'obscure passion
de nos vies. La grandeur de ce Roi est de se faire notre
serviteur. «Je suis parmi vous comme celui qui sert.»

Ma relation à ce Maître n'est donc pas de servitude mais
de libre confiance. Il est le « maître de ma vie »parce qu'il en
est la source, parce que je ne cesse de la recevoir de lui,
parce qu'il est celui qui donne et qui par-donne, c'est-à-dire
donne encore, en surabondance, un avenir renouvelé «Va, et
ne pèche plus.»Je n'existe que par cet amour infiniment
discret qui m'élève au-delà de tout conditionnement, de toute
nécessité, qui se fait serviteur pour que ceux qui se veulent
ses serviteurs deviennent ses amis. L'ascèse que le Carême
accentue ne peut être de libération vraie que dans le
mouvement de la foi. Et la foi, c'est d'abord le risque de la
confiance. En toi, maître de la vie qui se révèle dans un
Visage, je mets toute ma confiance. En ta parole, en ta
présence car tu n'es pas seulement un exemple, tu es le
non-séparé qui te fais notre lieu, un lieu de non-mort: «Venez
à moi, vous tous qui êtes chargés et fatigués et je vous
donnerai du repos.» Se reposer, se poser doublement, dans
le divin et dans l'humain. Un lieu, pour nous orphelins de la
terre natale, des sages coutumes, des civilisations certes
âpres et dures mais de silence et de lenteur, pour nous
nomades sans poésie des mégapoles, tu es le lieu de la vie,
son maître. En ce lieu, nous creuserons les catacombes d'où
germeront les cathédrales de l'avenir.


- éloigne de moi l'esprit de paresse, d'abattement,
de domination, de vaines paroles


Il y a un chemin. Tu es le chemin. Mais sur ce chemin des
obstacles. Qui définissent notre condition fondamentale de
péché, celle que Jésus a rappelée à ceux qui voulaient
lapider la femme adultère.

La «paresse» n'est pas la clinophilie d'Oblomov, voire de
nos matins de vacances. La paresse signifie l'oubli, dont les
ascètes disent qu'il est le «géant du péché». L'oubli, c'est-à-
dire l'incapacité à s'étonner et à s'émerveiller, à voir. Le non-
éveil, une espèce de somnambulisme, celui de l'agitation
comme celui de l'inertie. Pas d'autre critère que l'utilité, la
rentabilité, le rapport qualité-prix. Le bruit intérieur et
extérieur, pour les uns l'agenda trop rempli où chaque
moment engrène sur un autre, pour d'autres l'agenda trop
vide, la violence et les drogues molles ou dures. Ne plus
savoir que l'autre existe aussi intérieurement que moi-même,
ne jamais s'arrêter pour rien, dans le saisissement d'une
musique ou d'une rose, ne plus rendre grâce — puisque tout
m'est dû. Ignorer que tout s'enracine dans le mystère et que
le mystère m'habite. Oublier Dieu et la création de Dieu. Ne
plus savoir s'accepter comme une créature au destin infini.
Oublier la mort et le sens possible au-delà d'elle : une
névrose spirituelle qui n'a rien à voir avec la sexualité —
laquelle devient alors moyen de l'oubli — mais avec le
refoulement de la «lumière de la vie» qui donne sens à
l'autre, au moindre grain de poussière, à moi-même.

Cet oubli, devenu collectif, ouvre les chemins de l'horreur.
Nous nous disons alors que Dieu n'existe pas, la névrose
s'accentue, les anges pervers du néant envahissent la scène
de l'histoire. Seigneur et maître de ma vie, éveille-moi.

Cette « paresse », cette anesthésie de tout l'être,
insensibilité, fermeture du coeur profond, exaspération du
sexe et de l'intellect, conduit à l'«abattement», à ce que les
ascètes nomment l'«acédie» — dégoût de vivre,
désespérance. A quoi bon rien ? fascination du suicide,
universelle dérision. Je suis revenu de tout, tout m'est égal,
me voici cynique ou engourdi. Très vieux, et sans esprit
d'enfance.

On peut aussi prendre ses jambes à son cou, fuir dans
l'esprit de « domination » et celui des « vaines paroles ». On
a besoin d'esclaves et d'ennemis, on les invente, on peut
même les sacraliser comme l'a montré René Girard.
Dominer, c'est se sentir dieu, avoir des ennemis, c'est les
rendre responsables de son angoisse. Torturer l'autre —
puisque c'est toujours sa faute —, violer son corps et peut-
être violer son âme, le tenir à merci, à la limite de
l'anéantissement, mais sans le laisser échapper dans la mort
—, c'est faire l'expérience d'une sorte de toute-puissance,
quasi divine. En lui, je me hais mortel. Le piétinant, je piétine
ma propre mort. Nous avons connu les rois-dieux et les
tyrans divinisés. Tout exercice de la puissance s'auréole
d'une sacralité à laquelle les natures «fémellines», comme
disait Proudhon, sont particulièrement sensibles.

C'est pourquoi les premiers chrétiens, au prix de leur vie,
refusaient de dire que César est Seigneur. Seul Dieu est
Seigneur. D'autres chrétiens, en notre siècle, ont refusé
d'adorer la race, ou la classe, et payé le prix. En rappelant
qu'il faut rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui
est à César, le Christ a exorcisé la sacralité de la domination.
Pendant des siècles, les chrétiens ne l'ont pas toujours fait.
Ils ont sanctifié un empereur qui avait tué son fils et sa
femme, parce qu'ils croyaient qu'il avait mis la domination au
service de Dieu. Espérance, parfois réalisée, d'une
puissance qui devient service. Coûteuse illusion le plus
souvent.

Et l'Eglise même combien contaminée par l'esprit de
domination?

Quant aux «vaines paroles», — l'expression est
évangélique — elles désignent tout exercice de la pensée et
de l'imagination qui se retranche du silence, de
l'émerveillement et de l'angoisse d'être, du mystère. Elles
concernent toute approche de l'homme qui prétend
l'expliquer, le réduire, en ignorant en lui l'inexplicable et
l'irréductible. Toute approche de la création qui méprise ses
rythmes et sa beauté. Saisie et non saisissement.
Fantasmes d'un art qui ne veut plus être nuptial.

Nous sommes dans une civilisation de «vaines paroles»,
de vaines images, où les besoins, hypertrophiés, piratent le
désir, où l'argent pétrit les rêves, où la publicité devient
l'inverse de l'ascèse, cette réduction volontaire des besoins
pour le partage et la libération du désir. Pour autant en
attente d'une parole de vie, pesant son poids de silence et de
mort démasquée, une parole de résurrection.


- accorde-moi, à moi ton serviteur,
un esprit de chasteté, d'humilité, de patience
et d'amour


A chaque demande, nous nous reconnaissons
«serviteurs», créatures recréées par un Souffle qui monte du
plus profond de nous. La prière n'est pas une simple
méditation; elle est rencontre, mise en relation,
«conversation», disaient les vieux moines. Car Dieu nous
parle : par l'Ecriture, par les êtres et les choses, par les
situations de notre existence, par sa présence aussi paroles
de silence, pleines de douceur, touches de feu dans le coeur
(et non bavardage inventé, impudique, illusoire). Seule
pareille prière peut briser le cercle magique de la philautia,
narcissisme métaphysique, esprit de «domination» et de
suffisance. Les «vertus» qu'énumère la prière, et qui
coexistent pour s'unir, s'enracinent ainsi dans la foi. Dans
cette perspective, la «vertu» n'est pas simplement morale,
elle participe à l'humanité du Christ, humanité déifiée où les
virtualités de l'humain sont pleinement réalisées par l'union
avec les Noms divins qu'elles reflètent.

La «chasteté» est loin de ne désigner que la continence,
comme le voudrait une acception moralisatrice et rétrécie.
Elle évoque bien plutôt intégration et intégralité. L'homme
chaste n'est plus disloqué, emporté comme un fétu par les
vagues d'un éros impersonnel. Il intègre l'éros dans la
communion, la force de la vie dans une existence
personnelle en relation. Le moine, pour qui, en effet, chasteté
signifie continence (mais toute continence n'est pas chaste),
consume son éros dans l'agapé, dans la rencontre du Dieu
vivant, infiniment personnel, dans l'admiration inépuisable —
douleur puis émerveillement — pour le Crucifié vainqueur de
la mort. Alors il peut rencontrer les autres avec une attention
désintéressée, vieillard-enfant, «beau vieillard» entraîné
dans la non-séparation christique.

La chasteté, pour l'homme et la femme qui s'aiment d'un
noble et fidèle amour, c'est, en Christ uni à son Eglise, en
Dieu épousant l'humanité et la terre, à la lumière de l'uni-
diversité trinitaire, la transformation, — agapique elle aussi
— de l'éros en langage d'une rencontre, en expression des
personnes dans la tendresse d'une patiente et réciproque
découverte. Et l'enfant, petit hôte inconnu, ou tel hôte
inattendu ou trop connu, surgissent toujours à temps pour
empêcher la passion de se clore sur elle-même dans une
parodie d'absolu.

Chaste est une pensée, une parole, une expression que
traverse, en toute franchise et réalisme (petit moine, ne
baisse pas sottement les yeux devant les dames) cette
pureté fondamentale, ce respect des corps, ce
rassemblement de la vie dans un mystère qui la pacifie et
l'unifie. La Bible vomit l'extase impersonnelle de la
prostitution sacrée, elle met l'accent sur le «Cantique des
cantiques» d'une rencontre cherchée, perdue, retrouvée, car
Dieu est le «toujours cherché», disait saint Grégoire de
Nysse, et sur une humble fidélité, car Dieu est le toujours
Fidèle.

L'« humilité » inscrit la foi dans l'existence quotidienne. Je
n'ai rien qui ne me soit donné. Précaire, si souvent sur le
point de se rompre, le fil de mon existence n'est maintenu,
renoué, que par l'étrange volonté d'un Autre. L'humilité «est
un don de Dieu lui-même et un don venant de lui», dit saint
Jean Climaque, «car il est dit: apprenez, non d'un ange ni
d'un homme, mais de moi — de moi demeurant en vous, de
mon illumination et de mon opération en vous — que je suis
doux et humble de coeur, de pensées et d'esprit, et vous
trouverez pour vos âmes l'apaisement des combats et le
soulagement des pensées». Humble est le publicain de la
parabole, qui ne saurait prétendre à la vertu, lui, le
«collaborateur» méprisé, et ne compte que sur la miséricorde
de Dieu, tandis que le pharisien, trop parfait, n'a certes pas
besoin de Sauveur. L'homme parfait, sûr de lui, orgueilleux
de sa vertu, il n'y a pas de place pour lui et pour Dieu dans le
monde : il occupe tout. L'homme humble, au contraire, fait
place. II s'ouvre à la gratuité du salut, il l'accueille avec
gratitude en revêtant son coeur d'un habit de fête.

Humilité-humus: non écrasement mais fécondité.
L'humilité est active, elle laboure la terre, la prépare, pour
qu'elle rapporte cent pour un quand sera passé le Semeur.

L'humilité est une vertu qu'on voit chez l'autre, mais qu'on
ne peut voir chez soi. Celui qui dirait : je suis humble, serait
un pauvre vaniteux. Humble, on le devient sans le chercher,
par l'obéissance, le détachement, le respect du mystère en
sa gratuité, l'ouverture, donc, à la grâce. Par la « crainte de
Dieu » surtout, qui n'est pas la terreur de l'esclave devant un
maître qui châtie, mais l'épouvante, soudain, de perdre sa
vie dans l'illusion, dans l'ubuesque ventripotence du moi,
dans la boursouflure de néant des «passions». La «crainte
de Dieu» nous rend humbles, elle nous délivre de la crainte
du monde — je suis libre parce que je n'ai plus rien, dit un
personnage du Premier Cercle de Soijenitsyne — elle se
transforme peu à peu en cette crainte émerveillée que donne
tout grand amour. L'humilité s'exprime dans la capacité
d'attention à l'autre, aux veines du bois, au scorpion sur la
marche de l'escalier, voire à ce nuage éphémère, un instant
si beau. L'humilité permet l'éveil, la capacité de « voir les
secrets de la gloire de Dieu cachés dans les êtres 2... »

L'humilité est le fondement et le résultat des «vertus», l'un
et l'autre invisibles à nos propres yeux. C'est une sensibilité
de tout l'être à la résurrection.

Si nous ne pouvons rien savoir de l'insaisissable humilité,
nous pouvons beaucoup apprendre de la « patience » dans
les humiliations. Ce que nous cherchons dans l'abstinence,
vous le trouverez dans la patience devant les inévitables
vicissitudes, voire tragédies, de l'existence, disent les moines
à ceux qui restent dans le monde. La patience est en effet un
monachisme intériorisé. Donc le contraire de l'abattement
qui, si souvent, provient du désir, comme adolescent, d'avoir
tout, et tout de suite (la patience a conduit Thérèse de
Lisieux à transfigurer cette impatience en exigence de
sainteté). La patience fait confiance au temps. Non pas
seulement le temps ordinaire où la mort a le dernier mot, le
temps qui use, sépare et détruit, mais le temps mêlé
d'éternité que nous offre la Résurrection. Le temps qui va à
la mort est celui de l'angoisse; le temps qui va à la
résurrection, celui de l'espérance. Ainsi la patience est
attentive aux maturations, parfois paradoxales comme celle
du grain qui meurt pour porter beaucoup de fruit. Elle sait, en
effet, que les expériences de mort peuvent devenir des
étapes, de quasi initiatiques ruptures de niveau, si elles nous
jettent au pied de la croix vivifiante et font refluer en nous
l'eau vive du baptême. Quand Dieu semble se retirer, quand
le regard de l'autre me pétrffie ou se pétrifie dans la mort,
quand s'effondrent les espoirs personnels et collectifs, la
patience fait confiance. En quoi elle s'apparente à la charité
dont saint Paul nous dit qu'« elle excuse tout, croit tout,
espère tout, supporte tout» (1 Co 13, 7).

Les Pères ont souvent évoqué la «patience de Job»,
Dostoïevski et Berdiaev ont évoqué aussi sa révolte. Mais
c'est une révolte non dans le vide mais dans une sorte de foi.
Job refuse les aimables théodicées des théologiens en
chambre, mais il sait que Quelqu'un le cherche à travers
l'expérience même du mal.

« Patience dans l'azur » ou patience dans les ténèbres, le
poète3 a raison
«Chaque atome de silence
Est la chance
D'un fruit mûr.»

Et tout culmine en effet dans l'«amour» qui constitue la
synthèse de toutes les « vertus » dont l'essence est le Christ.
Se libérer, par la patience et l'espérance, des «passions»
impatientes et désespérées, permet d'acquérir peu à peu
l'apathéia, qui n'est pas l'impassibilité stoïcienne mais la
liberté intérieure et la participation à l' « amour fou » de Dieu
pour ses créatures. Syméon le Nouveau Théologien disait de
l'homme qui se sanctifie qu'il devient «un pauvre rempli
d'amour fraternel4». Pauvre, parce qu'il se dépouille de ses
rôles, de son importance sociale (ou ecclésiastique), de ses
personnages névrotiques, parce qu'il ouvre simultanément à
Dieu et à l'autre, ne séparant pas prière et service. Il peut
alors discerner la personne d'autrui sous tant de masques,
de laideur, de péchés, comme le fait Jésus dans les
évangiles. Et pacifier ceux qui se haïssent et voudraient
détruire le monde.

La scène du jugement, au 25e chapitre de saint Matthieu,
montre que l'exercice de l'amour actif— nourrir, accueillir,
vêtir, loger, soigner, libérer — n'a nullement besoin de faire
claquer au vent la bannière de Dieu, car l'homme est pour
l'homme un sacrement du Christ, «homme-maximum5». Un
sacrement secret et concret.

Abba Antoine dit encore : «La vie et la mort dépendent de
notre prochain. En effet, si nous gagnons notre frère, nous
gagnons Dieu. Mais si nous scandalisons notre frère, nous
péchons contre le Christ 6»

Et Isaac le Syrien : «Frère, je te recommande ceci: Qu'en
toi le poids de la compassion fasse pencher la balance
jusqu'à ce que tu sentes dans ton coeur la compassion
même que Dieu a pour le monde 7»


- Oui, Seigneur Roi, donne-moi de voir mes péchés et
de ne pas juger mon frère,
car tu es béni dans les siècles des siècles, Amen


La demande ultime dénonce, démasque une des formes
les plus effrayantes du péché, aussi bien sur le plan
personnel que sur le plan collectif: se justifier en
condamnant, se diviniser en damnant, haïr, mépriser,
disqualifier avec la bonne conscience du juste.

«Voir ses péchés» obéit à l'injonction première de
l'Evangile : «Repentez-vous, car le Royaume de Dieu est
proche.» Quand la lumière en effet se fait proche, elle
débusque en nous les ténèbres. L'homme qui se découvre
ainsi, et dont l'intelligence et le coeur — qui s'identifient dans
la Bible — se retournent, prend la mesure de sa déviance, de
sa perte où il entraîne d'autres, du néant qui le guette et déjà
le pénètre, de l'abîme sur lequel il a jeté quelques planches
dérisoires, aujourd'hui brisées. Telle est bien la «mémoire de
la mort» dont parlent les ascètes : mise à nu de cette
angoisse fondamentale que nous refoulons, mais qui,
justement, s'exprime dans la haine du frère, dans le besoin
frénétique de le juger, comprenons : de le condamner. Mais
si la «mémoire de la mort» est traversée non par la dérision
mais par la foi, celle-ci découvre plus profond encore,
s'interposant entre nous et le néant, le Christ vainqueur de
l'enfer. En lui, toute séparation est surmontée : le caractère
inaccessible de Dieu, le péché, la mort. Je ne suis pas jugé,
mais sauvé, je n'ai plus à juger mais à sauver.

«Voir ses péchés» ce n'est pas comptabiliser des
transgressions, c'est se sentir asphyxié, noyé, perdu, et
gesticuler vainement dans cette perte, trahir l'amour,
mépriser en ricanant tant on se méprise. C'est étouffer dans
les eaux de la mort, afin qu'elles deviennent baptismales.
Mourir mais désormais en Christ pour renaître dans son
souffle et reprendre pied dans la maison du Père. «Il est plus
grand de voir ses péchés que de ressusciter les morts», dit
un vieil adage. Car voir ses péchés, c'est passer par la plus
dure mort, tandis que, après la renaissance «baptismale»,
c'est sans y penser qu'on multiplie la vie, puisqu'on est
devenu un « pacificateur de l'existence ». Encore qu'il faille
«verser le sang de son coeur», disait le starets Siouane du
mont Athos, pour ébranler certaines négations, briser la
pierre de certains coeurs, pouvoir implorer le salut universel.

Celui qui voit ses péchés et ne juge pas son frère devient
capable de l'aimer vraiment. Je me suis suffisamment déçu
pour ne plus l'être par quiconque. Je sais que l'homme, à
l'image de Dieu, est Secret et Amour, mais que cet amour
peut devenir haine. Je respecte le Secret, je n'attends rien en
retour. Que vienne l'amour, c'est pure grâce.

Alors, bénir. Tenter de devenir non pas un être de
possession — qui possède et qui est possédé — mais un
être de bénéfaction. Réciprocité sans limites de la
bénédiction : bénir Dieu qui nous bénit, tout bénir dans sa
lumière, sans oublier que la bénédiction, pour ne pas devenir
«vaines paroles», doit se faire « bénéfaction ». Oui, agir la
bénédiction reçue au profond de soi, se soumettre à toute vie
pour la faire grandir toute, pour qu'elle devienne bénédiction.

La prière de saint Ephrem suggère bien ce qu'est l'ascèse:
jeûner, mais non uniquement de la nourriture du corps, aussi
de l'alourdissement de l'âme, afin que nous ne vivions pas
seulement de pain (d'images, de bruits, d'excitations) mais
de toute parole qui sort de la bouche de Dieu 8. Jeûner des
«passions», du désir de dominer et de condamner. Pour
atteindre la vraie liberté dont a su parler saint Jean
Climaque: «Sois roi dans ton coeur, règne dans la hauteur
de l'humilité, commandant au rire : viens, et il vient; aux
douces larmes : venez, et elles viennent; et au corps,
serviteur et non plus tyran : fais cela, et il le fait (9)»

Notes:

1 L'Échelle sainte, 25e degré, 3.

2. Saint Isaac le Syrien, Traités ascétiques, 72e traité.

3 Paul Valéry.

4 Cf. Basile Krivochéine, Dans la lumière du Christ, saint
Syméon le Nouveau Théologien, chap. 1: « Un pauvre rempli
d'amour fraternel », Éd. de Chèvetogne, 1980, p. 13-25.

5. Nicolas de Cuse, Sermons, 49; De pace fidei, 444; De
cribatione Alchorani, 507.

6. Apophtegmes, Antoine, 9.

7 Traités ascétiques, 34e traité.

8. Mat 4,4.

9. L'Echelle sainte, 7e degré, 3.

Antoine
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Message par Antoine » mer. 15 mars 2006 22:51

Sujet : Prière de Saint Ephrem
Date : 11.03 16h20
auteur : Catherine



Une autre traduction et un autre commentaire de la prière de
saint Ephrem :

Seigneur et Maître de ma vie
Ne me donne pas l'esprit d'oisiveté,
De curiosité, de domnaition et de vaines paroles
Mais accorde-moi l'esprit de continence, d'humilité
De patience et d'amour à moi ton serviteur
Oui, Seigneur Roi, donne-moi
De voir mes péchés et de ne pas juger mon frère
Car tu es béni dans les siècles des siècles. Amen.

Le travail du chrétien c'est la prière et la lutte contre les
passions.
L'esprit d'oisiveté fait négliger ce travail.
Celui qui ne travaille pas ainsi avec Dieu à l'intérieur de son
âme
deviendra fatalement proie à l'esprit de curiosité et s'occupera
de ce qui
ne le regarde pas. Son intellect se répandra à l'extérieur de
lui-même,
parmi les choses créées, comme le dit l'Apôtre : "Il y en a
parmi vous
quelques-uns qui vivent dans le désordre, qui ne travaillent
pas, mais qui
s'occupent de futilités". (2Th 3,11)
L'âme désœuvrée, dont la vocation aurait été de dominer ses
propres
vices, devient alors proie à l'esprit de domination. Il est
toujours facile de
trouver quelque chose ou quelqu'un à dominer à l'extérieur de
soi, plutôt
que de dominer sa propre âme.
Au lieu des paroles salutaires de la prière, l'esprit de vaines
paroles finira
par prendre possession de cette âme, qui se dissipera en
bavardages
inutiles.
Pour faire la "métanoïa" nécessaire, on a besoin de retourner
en
soi-même dans le silence. L'esprit de continence oblige le
chrétien à
travailler à l'intérieur de lui-même, à réprimer, avec l'aide de la
prière, les
passions. L'âpreté de cette lutte et la conscience de l'Aide de
Dieu
engendre l'esprit d'humilité. À la suite de l'humilité, l'esprit de
patience
s'installe. Cet esprit provient d'une juste connaissance de
notre propre
faiblesse et de la Patience de Dieu à notre égard. Quand on
est devenu
patient par rapport à nos propres péchés ("supporte-toi
comme Dieu te
supporte"), on se laisse envahir par l'esprit d'amour à la fois
envers Dieu
qui nous a libérés de notre souffrance et le prochain, que l'on
sait
souffrant.
Cet amour une fois acquis fait que nous ne voyons plus que
nos péchés
(les plus grands saints se considèrent toujours les plus
grands
pécheurs) et que nous devenons incapables de juger notre
frère.

Antoine
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Inscription : mer. 18 juin 2003 22:05

Message par Antoine » mer. 15 mars 2006 22:52

Sujet : La prière de saint Ephrem
Date : 13.03 15h55
auteur : Antoine



Pour illustrer le texte de Catherine, quelques perles extraites du
collier ascétique de St Isaac le Syrien:


Une petite ascèse toujours continuée est une grande force; car
une eau légère persévérant à tomber goutte après goutte vient à bout d'une grande roche dure.

C'est pour l'homme un don spirituel venu de Dieu que de
percevoir ses péchés.


L'humilité, même sans œuvres, obtient le pardon de beaucoup
d'offenses ; mais sans elle, les œuvres ne nous sont nul profit, et nous préparent bien plutôt à de grands maux.


La vie t'a été donnée pour la pénitence; ne la dissipe pas en de
vains propos.


Il est impossible, sans épreuves, que l'homme croisse en
sagesse au combat spirituel, comme il est impossible qu'il perçoive son Dieu, qu'il connaisse Celui qui est sa Providence et qu'il soit secrètement confirmé dans sa foi, si ce n'est par la vertu de l'expérience qu'il s'est acquise.


N'approche point sans prière les mystères contenus dans les
divines Ecritures, mais implorant l'aide de Dieu, dis :
« Seigneur, accorde-moi de percevoir la puissance qui est dans ces paroles ».
Et considère que la prière est la clef de l'intelligence véritable des divines écritures.


(Conclusion):

Comme un grain de sable ne peut valoir le poids d'un lourd
amas d'or, ainsi, s'il les faut comparer, la justice dont Dieu fait usage ne saurait
contrebalancer l'effet de sa miséricorde.

Antoine
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Message par Antoine » mer. 15 mars 2006 22:53

Sujet : La prière de carême de Saint Ephrem
Date : 14.03 15h33
auteur : Antoine


Alexandre Schmemann
Le grand carême
Spiritualité orientale n°13
Abbaye de Bellefontaine 1974
P39 à 44


LA PRIÈRE DE CARÊME DE SAINT EPHREM LE SYRIEN

Parmi toutes les hymnes et prières de Carême se trouve une
courte prière que
l'on peut appeler la prière de Carême.

La tradition l'attribue à l'un des grands maîtres de la vie
spirituelle : saint
Ephrem le Syrien. En voici le texte:
"Seigneur et Maître de ma vie, ne m'abandonne pas à l'esprit de
paresse, de
découragement, de domination et de vain bavardage!

Mais fais-moi la grâce, à moi ton serviteur, de l'esprit de
chasteté, d'humilité,
de patience et de charité.

Oui, Seigneur-Roi, accorde-moi de voir mes fautes et de ne pas
condamner mon
frère, ô Toi qui es béni dans les siècles des siècles. Amen."


Cette prière est lue deux fois à la fin de chaque office de
Carême, du lundi au
vendredi (on ne la dit pas le samedi et le dimanche, car les
offices de ces deux
jours, comme nous le verrons plus loin, ne suivent pas
l'ordonnance du Carême).
On la dit une première fois, en faisant une métanie après
chaque demande. Puis
on s'incline douze fois en disant : "O Dieu, purifie-moi, pécheur !"
Enfin l'on
répète toute la prière avec un dernier prosternement à la fin.


Pourquoi cette courte et si simple prière occupe-t-elle une place
aussi
importante dans la prière liturgique du Carême? C'est qu'elle
énumère d'une
façon très heureuse tous les éléments négatifs et positifs du
repentir, et
constitue en quelque sorte un aide-mémoire pour notre effort
personnel de Carême.
Cet effort vise d'abord nous libérer de certaines maladies
spirituelles
fondamentales qui imprègnent notre vie et nous mettent
pratiquement dans
l'impossibilité de commencer même à nous tourner vers Dieu.

La maladie fondamentale est la paresse. Elle est cette étrange
apathie, cette
passivité de tout notre être, qui toujours nous tire plutôt vers le
bas que vers
le haut, et qui, constamment, nous persuade qu'aucun
changement n'est possible,
ni par conséquent désirable. C'est, en fait, un cynisme
profondément ancré qui,
â toute invitation spirituelle, répond: "A quoi bon?" et qui fait ainsi
de notre
vie un désert spirituel effrayant. Cette paresse est la racine de
tout péché,
parce qu'elle empoisonne l'énergie spirituelle à sa source
même.

La conséquence de la paresse, c'est le découragement. C'est
l'état d'acédie - ou
de dégoût - que tous les Pères spirituels regardent comme le
plus grand danger
pour l'âme. L'acédie est l'impossibilité pour l'homme de
reconnaître quelque
chose de bon ou de positif: tout est ramené au négativisme et au
pessimisme.
C'est vraiment un pouvoir démoniaque en nous, car le diable est
fondamentalement
un menteur. Il ment à l'homme au sujet de Dieu et du monde; il
remplit la vie
d'obscurité et de négation. Le découragement est le suicide de
l'âme, car
lorsque l'homme en est possédé, il est absolument incapable de
voir la lumière
et de la désirer.

La soif de domination. Aussi étrange que cela puisse paraître,
c'est précisément
la paresse et le découragment qui emplissent notre vie du désir
de dominer. En
viciant entièrement notre attitude devant la vie, et en la rendant
vide et
dénuée de tout sens, ils nous obligent à chercher compensation
dans une attitude
radicalement fausse envers les autres. Si ma vie n'est pas
orientée vers Dieu,
ne vise pas les valeurs éternelles, inévitablement elle deviendra
égoïste et
centrée sur moi-même, ce qui veut dire que tous les autres êtres
deviendront des
moyens au service de ma propre satisfaction. Si Dieu n'est pas
le Seigneur et
Maître de ma vie, alors je deviens mon propre seigneur et
maître, le centre
absolu de mon univers, et je commence à tout évaluer en
fonction de mes besoins,
de mes idées, de mes désirs et de mes jugements. De cette
façon, l'esprit de
domination vicie à la base mes relations avec les autres; je
cherche à me les
soumettre. Il ne s'exprime pas nécessairement dans le besoin
effectif de
commander ou de dominer les autres. Il peut tout aussi bien
tourner à
l'indifférence, au mépris, au manque d'intérêt, de considération
et de respect.
C'est bien la paresse et le découragement, mais cette fois dans
leur référence
aux autres; ce qui achève le suicide spirituel par un meurtre
spirituel.

Et pour finir : le vain bavardage. De tous les êtres créés, seul
l'homme a été
doté du don de la parole. Tous les Pères y voient le "sceau" de
l'image divine
en l'homme, car Dieu lui-même s'est révélé comme Verbe (Jn
1,1). Mais du fait
qu'il est le don suprême, le don de la parole est par là même le
suprême danger.
Du fait qu'il est l'expression même de l'homme, le moyen de
s'accomplir lui-même,
il est, pour cette raison, l'occasion de sa chute et de son auto-
destruction,
de sa trahison et de son péché. La parole sauve, et la parole
tue; la parole
inspire, et la parole empoisonne. La parole est instrument de
vérité, et la
parole est moyen de mensonge diabolique. Ayant un extrême
pouvoir positif, elle
a, partant, un terrible pouvoir négatif. Véritablement, elle crée,
positivement
ou négativement. Déviée de son origine et de sa fin divines, la
parole devient
vaine. Elle prête main forte â la paresse, au découragment, à
l'esprit de
domination, et transforme la vie en enfer. Elle devient la
puissance même du
péché.

Voilà donc les quatre points négatifs visés par le repentir; ce
sont les
obstacles qu'il faut éliminer; mais seul Dieu peut le faire. D'où la
première
partie de la prière de Carême : ce cri du fond de notre
impuissance humaine.
Puis la prière passe aux buts positifs du repentir qui sont aussi
au nombre de
quatre.

La chasteté. Si l'on ne réduit pas ce terme, comme on le fait
souvent de façon
erronée, à son acception sexuelle, la chasteté peut être
considérée comme la
contre-partie positive de la paresse. La traduction exacte et
complète du terme
grec sofrosyni et du russe tsélomoudryié devrait être: "totale
intégrité". La
paresse est avant tout dispersion, fractionnement de notre vision
et de notre
énergie, incapacité àvoir le tout. Son contraire est alors
précisément
l'intégralité. Si par le terme de chasteté, nous désignons
habituellement la
vertu opposée à la dépravation sexuelle, c'est que le caractère
brisé de notre
existence n'est nulle part ailleurs plus manifeste que dans le
désir sexuel,
cette dissociation du corps d'avec la vie et le contrôle de l'esprit.
Le Christ
restaure en nous l'intégrité et il le fait en nous redonnant la vraie
échelle
des valeurs, en nous ramenant à Dieu.

Le premier fruit merveilleux de cette intégrité ou chasteté est
l'humilité. Nous
en avons déjà parlé; elle est par-dessus tout la victoire de la
vérité en nous,
l'élimination de tous les mensonges dans lesquels nous vivons
habituellement.
Seule l'humilité est capable de vérité, capable de voir et
d'accepter les choses
comme elles sont et donc de voir Dieu, sa majesté, sa bonté et
son amour en tout.
C'est pourquoi il nous est dit que Dieu fait grâce à l'humble et
résiste au
superbe.

La chasteté et l'humilité sont naturellement suivies de la
patience. L'homme
"naturel" ou "déchu" est impatient parce que, aveugle sur lui-
même, il est
prompt à juger et à condamner les autres. N'ayant qu'une vision
fragmentaire,
incomplète et faussée de toutes choses, il juge tout à partir de
ses idées et de
ses goûts. Indifférent à tous, sauf à lui-même, il veut que la vie
réussisse ici-
même et dès maintenant. La patience, d'ailleurs, est une vertu
véritablement
divine. Dieu est patient non pas parce qu'il est "indulgent", mais
parce qu'il
voit la profondeur de tout ce qui existe, parce que la réalité
interne des
choses que, dans notre aveuglement, nous ne voyons pas, est à
nu devant lui.
Plus nous nous approchons de Dieu, plus nous devenons
patients et plus nous
reflétons ce respect infini pour tous les êtres qui est la qualité
propre de
Dieu.

Et enfin, la couronne et le fruit de toutes les vertus, de toute
croissance et
de tout effort, est la charité, cet amour qui, comme nous l'avons
déjà dit, ne
peut être donné que par Dieu, ce don qui est le but de tout effort
spirituel, de
toute préparation et de toute ascèse.

Tout ceci se trouve résumé et rassemblé dans la demande qui
conclut la prière de
Carême et dans laquelle nous demandons "de voir mes propres
fautes et de ne pas
condamner mon frère". Car, finalement, il n'y a qu'un danger:
celui de l'orgueil.
L'orgueil est la source du mal, et tout mal est orgueil. Pourtant, il
ne me
suffit pas de voir mes propres fautes, car même cette apparente
vertu peut
tourner en orgueil. Les écrits spirituels sont remplis
d'avertissements contre
les formes subtiles d'une pseudo-piété qui, en réalité, sous
couvert d'humilité
et d'auto-accusation, peut conduire à un orgueil vraiment
diabolique. Mais quand
nous "voyons nos propres fautes" et "ne jugeons pas nos frères",
quand, en
d'autres termes, chasteté, humilité, patience et amour ne sont
plus qu'une même
chose en nous, alors et alors seulement, le dernier ennemi -
l'orgueil -est
détruit en nous.

Après chaque demande de la prière, on se prosterne. Ce geste
n'est pas limité à
la prière de saint Ephrem, mais constitue une des
caractéristiques de toute la
prière liturgique quadragésimale. Ici, cependant, sa signification
apparaît au
mieux. Dans le long et difficile effort de recouvrement spirituel,
l'Eglise ne
sépare pas l'âme du corps. L'homme tout entier, dans sa chute,
s'est détourné de
Dieu; l'homme tout entier devra être restauré; c'est tout l'homme
qui doit
revenir à Dieu. La catastrophe du péché réside précisément
dans la victoire de
la chair - l'animal, l'irrationnel, la passion en nous - sur le
spirituel et le
divin. Mais le corps est glorieux, le corps est saint, si saint que
Dieu lui-
même "s'est fait chair". Le salut et le repentir ne sont donc pas
mépris ou
négligence du corps, mais restauration de celui-ci dans sa vraie
fonction en
tant qu'expression de la vie de l'esprit, en tant que temple de
l'âme humaine
qui n'a pas de prix. L'ascétisme chrétien est une lutte, non pas
contre le corps
mais pour lui. Pour cette raison, tout l'homme - corps et âme - se
repent. Le
corps participe â la prière de l'âme, de même que l'âme prie par
et dans le
corps. Les prosternements, signes psycho-somatiques du
repentir et de l'humilité,
de l'adoration et de l'obéissance, sont donc le rite
quadragésimal par
excellence.

Antoine
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Inscription : mer. 18 juin 2003 22:05

Message par Antoine » mer. 15 mars 2006 22:53

Sujet : La prière de Saint ephrem
Date : 14.03 15h42
auteur : Antoine


Catherine a attiré notre attention sur les différences de
traduction de la prière de St Ephrem
Nous sommes déjà en présence de quatre traductions différentes.
En voici les comparaisons verset à verset. Faîtes votre choix et corrigez le mien.


P Denis Guillaume
Seigneur et Maître de ma vie,
ne me donne pas un esprit
de paresse, de curiosité, d'ambition et de bavardage

Olivier Clément
Seigneur et maître de ma vie,
éloigne de moi l'esprit
de paresse, d'abattement, de domination, de vaines paroles;

Catherine
Seigneur et Maître de ma vie,
ne me donne pas l'esprit
d'oisiveté, de curiosité, de domination et de vaines paroles

P. Alexandre Schmemann
Seigneur et Maître de ma vie,
ne m'abandonne pas à l'esprit
de paresse, de découragement, de domination et de vain
bavardage!

Mes Préférences :

- « Ne m'abandonne pas à » Qui rappelle la passion du Christ
- « Oisiveté » qui me semble plus large que paresse. On peut
être paresseux pour
certaines choses et pas pour d'autres Oisif renvoie à dés-
œuvré, suppose
également qu'on ne se laisse pas œuvré par Dieu.
- «Curiosité » je n'aime pas ce terme car on peut être curieux de
Dieu.
- « Abattement » me semble plus juste que découragement qui
peut être passager.
Abattement me semble rendre mieux compte de cette maladie
spirituelle qu'esr
l'acédie.
- « Domination » me semble plus approprié que ambition. Certes
il s' agit de se
défaire du monde dans les deux cas, mais domination inclue le
« non pas ma
volonté , mais la tienne » ce qui donne encore une référence à
la passion.
- « Vain bavardage » Je préfère vaines paroles qui est plus
ample et fait appel
au silence pour l'écoute de LA parole.
- « Le silence est le langage du siècle à venir » dit St Isaac le
Syrien.
---------------------------------------------------------------------------
P Denis Guillaume
Mais à ton serviteur daigne accorder un esprit de
sagesse, d'humilité de patience et de charité

Olivier Clément
Accorde-moi, à moi ton serviteur, un esprit de
chasteté, d'humilité, de patience et d'amour;

Catherine
Mais accorde-moi l'esprit
de continence, d'humilité de patience et d'amour
à moi ton serviteur

P. Alexandre Schmemann
Mais fais-moi la grâce, à moi ton serviteur, de l'esprit
de chasteté, d'humilité, de patience et de charité.


Mes Préférences :

- « Fais moi la grâce » bien sûr est plus explicite que « accorde
» ou « donne »
Rappeler que tout don n'est pas un dû mais une grâce et que
sans elle l'homme ne
peut rien.
« Je le ferai » dit le Christ.
- « Continence » ou « sagesse » Je préfère chasteté qui réunit
en un seul terme
l'âme et le corps. « Celui qui n'est pas spirituel jusque dans son
corps est
charnel jusque dans son âme » dira Augustin.
- « Charité » que je préfère à amour. « L'Esprit d'amour » a pour
moi une
consonance filioquiste. Les deux ensemble ne vont pas et
l'amour n'est pas la
prérogative de l'Esprit seul.

------------------------------------------------------------------------------

P Denis Guillaume
Oui, Seigneur mon Roi, donne-moi
de voir mes fautes et de ne pas juger mon frère
car tu es béni dans les siècles des siècles Amen.

Olivier Clément
oui, Seigneur Roi, donne-moi
de voir mes péchés et de ne pas juger mon frère,
car tu es béni dans les siècles des siècles. Amen.

Catherine
Oui, Seigneur Roi, donne-moi
de voir mes péchés et de ne pas juger mon frère
Car tu es béni dans les siècles des siècles. Amen.

P. Alexandre Schmemann
Oui, Seigneur-Roi, accorde-moi
de voir mes fautes et de ne pas condamner mon frère
ô Toi qui es béni dans les siècles des siècles. Amen."

Mes Préférences :

- « Donne-moi » me semble plus direct. Il s'agit bien d'un don et
non pas d'une
permission comme pourrait le sous entendre « accorde » qui me
semble plus
juridique.
- « Péché » est plus explicite que fautes. La vision des péchés
est un grand
thème patristique. On a raté la cible. Faute me semble encore
une fois inclure
des éléments juridiques qui n'ont rien à faire dans la relation à
Dieu.
- « Condamner » est le jugement négatif. Or, c'est tout jugement
qu'il faut
éradiquer, même les positifs.
- « Car » plutôt que « ô Toi » a le mérite d' induire la causalité.
Car seul Dieu est capable de nous donner ce qui est rassemblé dans
cette prière et qu'il n'est pas en notre pouvoir d'accomplir par nous mêmes.

Antoine
Messages : 1782
Inscription : mer. 18 juin 2003 22:05

Message par Antoine » mer. 15 mars 2006 22:54

Sujet : La prière de Saint ephrem
Date : 16.03 12h09
auteur : Catherine


Quant à la prière de saint Ephrem, il faudrait peut-être voir
l'original syriaque pour notre litige "curiosité" - "abattement"
("découragement").
Quelqu'un connaît-il et comprend-il l'original syriaque de cette
prière ?
Dans le grec, on a "periergia" qui n'a rien à voir ni avec
"abattement" ou "découragement".
Pendant des années, j'ai dit cette prière avec le mot "découragement" et je la sentais. Je la dis maintenant avec "curiosité" et cela se
vérifie aussi.
Mystère… que je n'ai pas envie de scruter.
Certes, "curiosité" n'est peut-être pas le terme idéal.

"Periergia" a deux sens :
1) l'activité de quelqu'un de méticuleux, voire vétilleux, qui
s'occupe trop des détails, de ce qu'il y a "autour" (="peri") de l'essentiel ou, sur le plan spirituel : qui scrute les profondeurs inaccessibles.

2) l'activité de quelqu'un qui ne s'occupe plus de l'essentiel ni
de ses détails, mais de tout ce qui encore est "autour" (="peri") de
cela, ou de ce qui ne le regarde pas.

Pour le premier sens, on peut peut-être proposer "indiscrétion"
au sens où l'emploie Diadoque de Photicé dans ce magnifique
passage :
"L'abîme de la foi bouillonne, si on le scrute; contemplé avec
des dispositions simples, il revient au calme. C'est qu'étant une
eau d'oubli des maux, la profondeur de la foi ne supporte pas d'être
contemplée par d'indiscrets raisonnements. Naviguons donc sur ses eaux
avec simplicité de pensée, afin d'arriver ainsi jusqu'au port de la volonté
divine.".

Si dans mon commentaire, j'ai cité 2 Th 3,11 : "il y en a parmi
vous quelques-uns qui… ne travaillent pas, mais qui s'occupent de
futilités", c'est parce que je le sentais correspondre à la réalité de mon
expérience (désœuvrement spirituel —> curiosités extérieures), et je
viens de vérifier dans ma Bible grecque que, en effet, le mot qui y est employé pour "ceux qui s'occupent de futilités" est "peri-ergazoménous" (cf. "periergia"), par opposition à "ergazoménous" = "ceux qui travaillent". Cela pour le deuxième sens. Recherche de futilité ? Curiosité malsaine ?
Je ne trouve pas de bon équivalent français.

Je ne trouve pas de mot français qui englobe les deux sens.
"Curiosité" pourtant serait le plus simple.
Antoine a raison de dire que l'on peut être curieux de Dieu,
mais là aussi il y a des limites.
On peut être curieux de Dieu aussi de façon indiscrète,
comme aussi d'une personne humaine que l'on aime, son conjoint par
exemple qui est la personne humaine la plus proche de soi, mais même là on doit respecter le mystère de sa personne, dont la connaissance
appartient à Dieu.
Pour le reste de la prière, à dimanche prochain.
"Festina lente", surtout en carême. (—;

Claude le Liseur
Messages : 3856
Inscription : mer. 18 juin 2003 15:13

Re: Prière de Saint Ephrem le Syrien

Message par Claude le Liseur » mer. 24 févr. 2010 18:07

Autant reprendre le travail à zéro.

Voici le texte grec de la prière:
Κύριε καὶ Δέσποτα τῆς ζωῆς μου, πνεῦμα ἀργίας, περιεργίας, φιλαρχίας, καὶ ἀργολογίας μή μοι δῷς.

Πνεῦμα δὲ σωφροσύνης, ταπεινοφροσύνης, ὑπομονῆς, καὶ ἀγάπης χάρισαί μοι τῷ σῷ δούλῳ.

Ναί, Κύριε Βασιλεῦ, δώρησαι μοι τοῦ ὁρᾶν τὰ ἐμὰ πταίσματα, καὶ μὴ κατακρίνειν τὸν ἀδελφόν μου, ὅτι εὐλογητὸς εἶ, εἰς τοὺς αἰῶνας τῶν αἰώνων. Ἀμήν.

Source: site Internet de la métropole de Toronto et du Canada du Patriarcat de Constantinople (ici: http://www.gocanada.org/greatlent/sundaysoflent.htm ).


Je vais fournir ma propre traduction par la suite.

Henri
Messages : 59
Inscription : mar. 25 oct. 2005 11:19
Localisation : Aude, France

Re: Prière de Saint Ephrem le Syrien

Message par Henri » dim. 07 mars 2010 18:42

Je me permets de poster ici une traduction personnelle de cette prière que j'avais faite il y a quelques mois à partir du texte grec. Je serais heureux d'avoir votre avis :

Κύριε, καὶ Δέσποτα τῆς ζωῆς μου, πνεῦμα ἀργίας, περιεργίας, φιλαρχίας, καὶ ἀργολογίας μή μοι δῷς.
Seigneur et Maître de ma vie, ne me donne pas [d'avoir part à] un esprit de négligence, de dissipation, de désir du pouvoir et de paroles stériles.

Πνεῦμα δὲ σωφροσύνης, ταπεινοφροσύνης, ὑπομονῆς καὶ ἀγάπης, χάρισαί μοι τῷ σῷ δούλῳ.
Gratifie ton serviteur d'un esprit de pleine conscience (ou de tempérance, de vigilance) d'humilité, de persévérance et d'amour.

Ναί, Κύριε Βασιλεῦ, δώρησαί μοι τοῦ ὁρᾶν τὰ ἐμὰ πταίσματα, καὶ μὴ κατακρίνειν τὸν ἀδελφόν μου, ὅτι εὐλογητὸς εἶ, εἰς τοὺς αἰῶνας τῶν αἰώνων. Ἀμήν.
Oui, Seigneur Roi, donne-moi de voir mes propres faux-pas et de ne pas juger mon frère, car tu es béni, dans tous les siècles des siècles. Amen.
Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu Vivant, fais-moi miséricorde.

Claude le Liseur
Messages : 3856
Inscription : mer. 18 juin 2003 15:13

Re: Prière de Saint Ephrem le Syrien

Message par Claude le Liseur » dim. 07 mars 2010 20:28

Henri a écrit :Je me permets de poster ici une traduction personnelle de cette prière que j'avais faite il y a quelques mois à partir du texte grec. Je serais heureux d'avoir votre avis :

Κύριε, καὶ Δέσποτα τῆς ζωῆς μου, πνεῦμα ἀργίας, περιεργίας, φιλαρχίας, καὶ ἀργολογίας μή μοι δῷς.
Seigneur et Maître de ma vie, ne me donne pas [d'avoir part à] un esprit de négligence, de dissipation, de désir du pouvoir et de paroles stériles.

Πνεῦμα δὲ σωφροσύνης, ταπεινοφροσύνης, ὑπομονῆς καὶ ἀγάπης, χάρισαί μοι τῷ σῷ δούλῳ.
Gratifie ton serviteur d'un esprit de pleine conscience (ou de tempérance, de vigilance) d'humilité, de persévérance et d'amour.

Ναί, Κύριε Βασιλεῦ, δώρησαί μοι τοῦ ὁρᾶν τὰ ἐμὰ πταίσματα, καὶ μὴ κατακρίνειν τὸν ἀδελφόν μου, ὅτι εὐλογητὸς εἶ, εἰς τοὺς αἰῶνας τῶν αἰώνων. Ἀμήν.
Oui, Seigneur Roi, donne-moi de voir mes propres faux-pas et de ne pas juger mon frère, car tu es béni, dans tous les siècles des siècles. Amen.

Votre traduction me paraît excellente et je vous remercie beaucoup pour cette contribution de grande qualité au forum. J'apprécie en particulier votre idée de traduire χάρισαί par «gratifie», ce qui permet de rendre l'analogie χάρις = «grâce». Je pense que, quand on traduit du grec vers le français, il faut se souvenir qu'on traduit vers une langue latine, et ne pas oublier les racines latines des mots français (lorsque ceux-ci ne sont pas des mots d'origine celtique, grecque ou germanique, naturellement).

Je me permets de vous faire part de mon avis sur certains points de votre traduction que je trouve par ailleurs remarquable. N'y voyez de ma part ni pédanterie, ni méchanceté, ni rage de discussion, mais simplement la volonté de collaborer avec vous pour arriver à une traduction qui soit la plus profitable possible sur le plan spirituel. Je vous suis d'autant plus reconnaissant que vous êtes le premier membre du forum depuis très longtemps à utiiser le forum pour lancer un projet de traduction en commun. Comme, de mon côté, j'attends toujours que quelqu'un m'aide à améliorer ma traduction de la pastorale de saint Tikhon de Moscou de 1918, je suis réellement enchanté que vous ayez l'idée de ce projet de traduction collaborative. Voici donc quelques observations de ma part:

ἀργία: J'aurais quand même plutôt traduit par «paresse» que «négligence». Je n'aimerais pas traduire par «oisiveté, parce que oisiveté nous renvoie immanquablement à otium qui a un sens positif en latin, tandis que «paresse» ne renvoie qu'à des connotations négatives et me semble donc préférable.

περιεργία: Très bonne idée de traduire par «dissipation» plutôt que par «curiosité excessive», car je crois qu'ainsi vous préférez l'esprit à la lettre - la curiosité excessive est une forme de dissipation. Au point de vue spirituel, c'est bien l'image de l'esprit qui s'égare d'une pensée à l'autre. En outre, d'un point de vue pratique, pour faciliter la mémorisation et la récitation d'une prière, il faut éviter les périphrases et les traductions trop longues. «Curiosité» pouvant avoir un sens positif en français, il serait nécessaire de préciser «excessive» pour rendre le sens négatif; c'est tellement plus efficace de traduire un substantif par un substantif et de dire «dissipation».

φιλαρχία: J'aurais quand même mis «l'amour du pouvoir» plutôt que le «désir du pouvoir». On peut désirer le pouvoir pour le bien d'autrui, me semble-t-il; ce n'est donc peut-être pas la même chose que d'aimer le pouvoir pour le pouvoir.

ἀργολογία: Je préfère votre traduction «paroles stériles» à la traduction «vains discours» donnée par le Bailly. «Stérile» donne une idée encore plus négative que «vain».

σωφροσύνη: Je penche à fond pour «tempérance». Cela fait aussi le lien avec la sagesse antique qui a préparé le monde à recevoir le christianisme, puisque le sens tempérance se trouve déjà chez Platon et Aristote (références dans le Bailly, page 1892).

ὑπομονῆ: Votre choix de «persévérance» donne une idée plus combattive, plus dynamique, que «patience», issu de racines latines qui évoquent par trop la passivité.

ἀγάπη: L'éternel problème de traduire ce mot, dans la mesure où le français est incapable de faire la distinction entre Eros et Agapê... Mais si on traduit par «charité», c'est un mot tellement galvaudé, affadi, qui évoque la transformation de la religion en agitation sociale. Alors, je penche aussi pour «amour».

πταίσματα: «Faux-pas» est en effet la traduction littérale et nous permet de nous éloigner de l'habituel prêchi-prêcha culpabilisateur.

Votre traduction mériterait d'être diffusée et j'espère que notre forum pourra y aider.

Reste à proposer une formulation qui facilite la mémorisation par les fidèles. Que pensez-vous de cette rédaction (on transforme les trois lignes du texte grec en onze lignes pour favoriser la mémorisation en français):

Seigneur et Maître de ma vie,
ne me donne pas
un esprit de paresse, de dissipation,
d'amour du pouvoir et de paroles stériles.
Gratifie ton serviteur
d'un esprit de tempérance, d'humilité,
de persévérance et d'amour.
Oui, Seigneur Roi,
donne-moi de voir mes propres faux-pas
et de ne pas juger mon frère,
car Tu es béni dans les siècles des siècles. Amen.

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