Conciles orthodoxes

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Antoine
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Inscription : mer. 18 juin 2003 22:05

Message par Antoine »

Oui c'est dans le fil "Lourdes " et dans mon message du Mar 18 Mai 2004 1h 01 .

Dans ce fil vous avez ,sur ce sujet, ce qui se passe quand on se situe dans le relatif en voulant l'absolutiser par du symbolique. Que les coïncidences soient porteuses de sens oui , mais qu'on veuille limiter le sens à la coïncidence alors on tombe vite dans l' arbitraire .
Il y a eu sept conciles et sept est le chiffre de la totalité. Bon. De là à dire que comme "sept" est le chiffre de la totalité il ne peut y avoir que sept conciles c'est un autre pas.
En revanche on peut dire que le Huitième concile n'a pu se dérouler que parce que la totalité était déjà circonscrite dans les sept précedents.

Travaux pratiques :
Exode 16,28-29 nous dit: "Voyez que l'éternel vous a donné le chabbat. C'est pourquoi il vous donne au 6ème jour le pain de deux jours." Si un pain de deux jours préfigure le pain de vie, une hypostase et deux natures, de quel 6ème jour parle-t-on et qu' a-t-on traité ou ratifié lors du 6ème concile ?
Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur »

Stephanopoulos a écrit : Ce que tu écris, Claude, sur le pape Siccone est très intéressant parce que j'ai posé la question à un papiste pour voire ce qu'il me réponderait à ce propos! Si cela vous intéresse, est-ce que je pourrais publier sur ce forum notre correspondance dès que mon interlocuteur m'aura répondu?
Mon cher Stephanopoulos,

Puisque tu t'intéresses à la triste aventure de Jean XVI Philagathos, je voudrais te transmettre quelques détails peu connus qui se trouvent dans la Vita de saint Nil de Rossano (910-1004), moine grec de Calabre, fondateur du monastère (aujourd'hui uniate) de Grottaferrata dans la banlieue de Rome. C'est ce saint qui, au cours d'un séjour au Mont-Cassin, a composé en grec un office byzantin à saint Benoît de Nursie que le père Denis Guillaume a traduit en français voici quelques années.

En apprenant que Philagathos avait été élu pape et patriarche de Rome par le parti orthodoxe et anti-ottonien, saint Nil lui écrit qu'il doit abandonner la gloire humaine et retourner dans son monastère:

"Parakhorisai ti anthropini dhoxi, ate taftis is koron khrisaméno, kai en hysichia pros tin monakhikin katastasin avakampsai."

"Abandonne la gloire humaine, ayant vu que tu la possédais dans sa plénitude, et retourne à l'hésychia dans l'état monastique."


Jean XVI refuse de l'écouter et, au retour d'Otton III et du pape filioquiste Grégoire V, il subit le terrible supplice que j'ai décrit (aveuglement, ablation de la langue, mutilation du nez). A cette nouvelle, Nil est profondément attristé et il décide (à 88 ans) de faire le voyage de Rome pour intercéder en faveur de Jean XVI. Comme le prestige de Nil était très grand, Otton III et Grégoire V le conduisent au palais du Latran et lui baisent la main. (Chapitre 89.)

Saint Nil n'accepte cela que parce qu'il veut sauver Jean XVI Philagathos. Il accepte l'higouménat du monastère grec Saint-Anastase à Rome, que lui propose l'empereur allemand, si en échange Philagathos est libéré. Le pape allemand Grégoire V refuse et impose au pape romaïque Jean XVI l'humiliante traversée de Rome à califourchon et à rebours sur un âne dont il tenait la queue. (Chapitre 90.)

Quand Nil l'apprend, il refuse de revoir Otton III et il prophétise que, puisque le mauvais traitement qui a été infligé à Philagathos a été en fait infligé à Nil et même à Dieu en fin de compte, le pape Grégoire V et l'empereur Otton III connaîtront la même absence de compassion:

"Nin oun osa auto prosethikate, ouk afto, all'emi episate, mallon dhe eis afton ton Theon enivrisate. Este tinin yinoskondes, oti kathos imis ou synepathisate, oute enedeixasthe eleos is ton ypo tou Theou paradothenda is tas kheiras imon, outos oude o Patir imon o ouranios sympathisi tais amartiais imon."

"Maintenant, pour tout ce que vous lui avez donné, ou plutôt que vous avez fait à moi, ou plutôt l'insulte que vous avez faite à Dieu, sachez que de la même manière que vous n'avez pas eu de compassion pour lui (i.e. Philagathos - NdL) et que vous n'avez pas manifesté de pitié pour lui, alors que Dieu l'avait livré dans vos mains, de la même manière votre Père céleste n'aura pas de compassion pour vos péchés."

Puis saint Nil se retire dans son monastère de Serperi. Sa prophétie se réalise lorsque le pape allemand est assassiné. L'empereur germanique, en revanche, décide de faire pénitence et se rend à pied au sanctuaire du Mont-Gargan. A son retour, il rend visite à saint Nil. (Chapitre 91.)

Nil sort en procession, avec ses moines portant les encensoirs, à la rencontre d'Otton III. Ils prient ensemble et le roi lui propose de nouveau un monastère, ou tout ce qu'il voudra. La seule réponse de Nil est que seul l'intéresse le salut de l'âme de l' "empereur". A ces mots, le roi pleure et dépose sa couronne dans les mains du saint. Mais Otton III ne peut plus échapper au jugement de Dieu et, quand une insurrection éclate à Rome, il doit quitter la ville avant de mourir peu de temps après. (Chapitre 93.)

(Pour plus de détails, cf. David Paul Hester, Monasticism and Spirituality of the Italo-Greeks, Analecta Vlatadhon n° 55, Patriarchikon Idrima Paterikon Meleton, Thessalonique 1991, pp. 218-219 et 402-403.)

Voilà ce que nous apprend la tradition hagiographique de l'Eglise. Evidemment, on peut toujours supposer que la Vita de saint Nil contient des prophéties écrites après les événements. Mais, étant donné la réputation de thaumaturge de saint Nil, je ne suis pas a priori sceptique à propos de ce récit. (En priant pour que personne n'ait l'idée de le chasser du synaxaire pour avoir encensé un prince germanique...) Il est cependant intéressant de confronter ce récit avec d'autres sources de moindre élévation spirituelle.

D'abord, reconstituons la chronologie des faits. A la mort de Jean XV et contre toutes les règles canoniques, Otton III avait désigné comme pape et patriarche de Rome son chapelain, Brunon, fils du duc Otton de Carinthie et petit-fils d'Otton Ier, donc cousin de Otton III. Brunon, âgé seulement de vingt-quatre ans, fut sacré pape à Rome sous le nom de Grégoire V le 3 mai 996. La révolte des Romains éclate en septembre 996 et Jean XVI Philagathos devient pape en février 997. Les Allemands s'emparent de Rome en février 998. Le supplice de Jean XVI se déroule en février ou mars 998. La mort de Grégoire V, à vingt-sept ans (vingt-neuf ans selon d'autres), le 18 février 999, reste mystérieuse. Le compilateur jésuite Jean Mathieu-Rosay l'attribue un peu vite à la maladie. Le professeur Riché signale que plusieurs chroniques parlent en fait d'assassinat par le fer ou par le poison et fait état, sans la déclarer invraisemblable, de la version selon laquelle les assassins auraient arraché les yeux du mort "comme pour venger Jean Philagathos". Otton III reste en Italie jusqu'en décembre 999, avant de revenir à Rome en août 1000 et d'en être chassé le 16 février 1001. Il mourra, à vingt-deux ans et dans l'amertume, le 24 janvier 1002. L'épisode de son repentir et de la déposition de sa couronne entre les mains de saint Nil n'a donc rien d'invraisemblable au point de vue de la chronologie; on le situe en février ou mars 999, peu de temps après la mort de Grégoire V.

Otton III était le fils d'Otton II et de la princesse byzantine Théophano. Il n'y aurait donc rien d'invraisemblable à ce qu'il ait été capable de converser en grec avec saint Nil de Rossano.

En fait, Jean Philagathos, semble-t-il originaire de Rossano comme saint Nil, s'était détourné de la vie monastique depuis longtemps puisqu'il avait été chancelier du royaume d'Italie dès 980. Théophano en avait fait le parrain d'Otton III, l'avait nommé archevêque de Plaisance (Piacenza en italien) et lui avait donné le titre extravagant en sabir gréco-latin de protoasecretis ac vestiarius Ottonis regis. C'est au retour d'une mission à Constantinople qu'il fut élu pape de Rome par le parti romain, orthodoxe et pro-byzantin de Jean Crescentius, contre le pape allemand et filioquiste Grégoire V, cousin d'Otton III.

Le professeur Allard ("Byzance et le Saint-Empire: Théophano, Otton III, Benzon d'Albe", in Regards sur l'Orthodoxie, L'Âge d'Homme, Lausanne 1997, p. 42), nous apprend à propos du supplice infligé à Jean XVI (qui n'avait opposé aucune résistance aux armées d'Otton III et n'avait pas fait couler le sang) que "ce délire de cruauté gratuite et humiliante fit scandale". Jean-Pierre Allard souligne aussi l'importance du supplice de Jean XVI (dont la plupart des sources confirment la vie de saint Nil en indiquant qu'il fut bien ordonné par Grégoire V et qu'Otton III ferma lâchement les yeux sur le sort infligé à son propre parrain) comme préfiguration de la réforme grégorienne. Disons en termes moins choisis qu'en suppliciant atrocement Jean XVI, Grégoire V voulait surtout punir un ami de l'Empire et de la Romanité et manifester la puissance de la Papauté naissante. C'était en fait une préfiguration des assauts que Grégoire VII allait mener, non plus contre l'Empire romain d'Orient, mais contre l'Empire germanique (le père Guettée parle à son propos de "ses entreprises contre les Eglises et les trônes").

Le professeur Allard mentionne que la responsabilité principale de Grégoire V dans le supplice de Jean XVI Philagatos a été démontrée par Mathilde Uhrliz dans un article de 1933 ("Die italienische Kirchenpolitik der Ottonen", in Mitteilungen des Insituts für Österreichsiche Geschichtsforschung 48, pp. 201-321, spécialement p. 299): "Mais on peut surtout retenir l'opinion de Mathilde Uhrliz qui, avec une logique irréfutable, explique le sort réservé à l'antipape par les efforts soutenus et même acharnés de Grégoire V pour y aboutir et satisfaire ainsi tout à la fois son ambition personnelle et l'ambition qu'il avait pour sa fonction, en raison de son goût pour les idées réformistes." (La seule nuance que j'apporterais à cette phrase, c'est que Jean XVI était un pape légitime, et non un antipape.)

Le professeur Jean-Pierre Allard mentionne le récit de la vie de saint Nil à propos du repentir d'Otton III, récit qu'aucune source ne vient infirmer et qui me paraît vraisemblable.

Il semble d'ailleurs qu'Otton III ait vraiment changé de politique ecclésiastique après la mort de Grégoire V et qu'il se soit rendu compte qu'il avait engendré un monstre. Otton III favorisa l'accession au trône pontifical du moine mathématicien auvergnat Gerbert d'Aurillac, dont j'ai déjà écrit sur ce forum en quelle piètre opinion il tenait les prétentions de la Papauté naissante. Dès janvier 1001, Otton III fut le premier en Occident à dénoncer comme un faux la fameuse Donation de Constantin, qui allait encore tromper beaucoup de monde pendant quatre siècles, jusqu'au jour où le grand Laurent Valla parvint à prouver la falsification. Trop tard. Et le pontificat de Sylvestre II (Gerbert d'Aurillac) ne fut qu'une parenthèse honorable avant que le patriarcat de Rome ne reprenne, avec des personnages comme Benoît VIII, Jean XIX ou Léon IX, la triste trajectoire qui devait aboutir à sa chute définitive hors de l'Eglise le 16 juillet 1054.

L'Histoire semble donc confirmer l'hagiographie.
En tout cas, aucune des sources que j'ai consultées ne met formellement en doute le récit des événements de la Vita de saint Nil de Rossano.

Il est donc probable que, si Otton III avait écouté l'avertissement de saint Nil en février 998, la chute irrémédiable de l'Occident hors de l'Orthodoxie eut été freinée, voire arrêtée.

Faut-il voir un hasard dans le fait que le malheureux pape Jean XVI Philagathos mourut dans sa prison en 1013, quelques mois avant que le pontife romain ne tombe dans l'hérésie en acceptant, le 14 février 1014, l'insertion du filioque dans le Credo par l'empereur germanique Henri II?
eliazar
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Message par eliazar »

Claude écrit à propos de saint NIL : »(En priant pour que personne n'ait l'idée de le chasser du synaxaire pour avoir encensé un prince germanique...) »
Bien évidemment, comme le prêtre encense tous ceux qui sont dans l’église, pécheurs compri, Nil a encensé l’icône du Crist qui était dans la personne créée de l’empereur.

Mais (et je m’adresse ici à Antoine !) : « Quand vas-tu nous donner la réponse à ta dernière phrase d’il y a déjà trois jours ?! … Nous avons assez attendu, maintenant ! »
Stephanopoulos
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Message par Stephanopoulos »

Merci Claude pour toutes ces précisions!

Je n'ai toujours pas de réponse de mon interlocuteur papiste! Il m'avait pourtant dit qu'il avait la réponse à ma question, mais qu'il ne pouvait me la donner qu'aux alentours du 21 mai!

Il est toujours intéressant de connaître la version d'un papiste.
En fait, je voulais qu'il me dise quand et qui a décidé que Jean XVI
est ou était un anti-pape!
Stephanopoulos
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